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Le harcèlement moral dans l'enseignement

De
178 pages
Le harcèlement moral au travail cause de multiples dégâts dans les services publics. Daniel Arnaud livre une passionnante enquête sur le harcèlement moral dans l'enseignement, sur fond de baisse du niveau scolaire et de délires pédagogiques. Un ouvrage qui permet de nommer ce que vivent des milliers de professeurs, avec la complicité d'une administration qui entretient le déni. Indispensable pour comprendre la ruine du système éducatif français.
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Daniel Arnaud
LE HARCÈLEMENT MORALQ
DANS L’ENSEIGNEMENT
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Sévices publics
LE HARCÈLEMENT MORAL
DANS L’ENSEIGNEMENTQQQQ
Le harcèlement moral au travail est généralement associé Sévices publics
au monde de l’entreprise, lorsque la course au pro t conduit à
l’intensi cation des pressions sur les salariés. Pourtant, il cause
également de multiples dégâts dans les services publics, qui
deviennent alors des sévices publics.
Daniel Arnaud recueille depuis des années des témoignages de
personnels de l’Education nationale victimes de pratiques abusives.
Il livre aujourd’hui une passionnante enquête sur le harcèlement
moral dans l’enseignement, sur fond de baisse du niveau scolaire
et de délires pédagogiques. Pour des raisons de con dentialité, les
noms des lieux et des personnes ont été changés, mais toutes les
situations décrites ici proviennent de faits réels. Si de nombreuses
publications font état du malaise enseignant, ce dernier a rarement,
sinon jamais, été traité de manière approfondie à partir d’un tel
angle d’approche. Un ouvrage fouillé et novateur, donc, qui permet
de nommer ce que vivent des milliers de professeurs, avec la
complicité d’une administration qui entretient le déni.
Indispensable pour faire tomber les masques et pour comprendre
la ruine du système éducatif français. À lire d’urgence.
PPrrééffaacce de de Fe Frraannççooiisse Ge Guuiicchhaarrdd
Questions contemporainesDaniel Arnaud est philosophe, écrivain, et enseigne à Ajaccio. Il
tient également le blog Idées républicaines sur le site Internet du
Nouvel Observateur: http://generation69.blogs.nouvelobs.com/.
ISBN : 978-2-343-00823-3
17 €
Daniel Arnaud
LE HARCÈLEMENT MORAL DANS L’ENSEIGNEMENT








LE HARCÈLEMENT MORAL
DANS L’ENSEIGNEMENT
Sévices publics


Questions contemporaines
Collection dirigée par B. Péquignot, D. Rolland
et Jean-Paul Chagnollaud

Chômage, exclusion, globalisation… Jamais les « questions
contemporaines » n’ont été aussi nombreuses et aussi com-
plexes à appréhender. Le pari de la collection « Questions ines » est d’offrir un espace de réflexion et de
débat à tous ceux, chercheurs, militants ou praticiens, qui
osent penser autrement, exprimer des idées neuves et ouvrir
de nouvelles pistes à la réflexion collective.

Dernières parutions

e e Hervé TERRAL, Figure(s) de l’Occitanie. XIX -XX siècles, 2013.
Etienne AUTANT, Construire une société conviviale, 2013.
Bertrand PIRAUDEAU, Le recrutement dans le football fran-
çais. Histoire, logiques et enjeux géographiques, 2013.
Jean-Marie BOUGUEN, La naissance de la politique pétrolière
en France, 2013.
Herbert GESCHWIND, Le rôle des soins palliatifs, nouvelle
édition, 2013.
Sébastien de DIESBACH, La révolution impossible. Mes années
avec Socialisme ou Barbarie, 2013.
Jacob ETIENNE, Protection rapprochée et sécurité entreprise.
Des nouvelles normes à l’international, 2013.
Jacques ARNOL-STEPHAN, Entreprendre dans un monde en
mutation, 2013.
Françoise HAY, Christian MILELLI, Yunnan SHI, avec la colla-
boration de Joëlle LE GOFF, Faut-il encore investir en Chine ?
Opportunités, risques et logiques économiques, 2013.
Andreea ZAMFIRA, Une sociologie électorale des communau-
tés pluriethniques, 2012.
Eric LAFOND et Vincent BELEY, Emploi, ne pas renoncer,
2012.
Geneviève GUILPAIN, Les célibataires, des femmes singulières.
e eLe célibat féminin en France (XVII -XXI siècle), 2012.
François DI SALVO, La Grèce à l’heure du décrochage euro-
péen, 2012.
Daniel Arnaud











LE HARCÈLEMENT MORAL
DANS L’ENSEIGNEMENT
Sévices publics


Préface de Françoise Guichard,
Présidente de "Reconstruire l’École"

















































Du même auteur

La Corse et l’idée républicaine,
L’Harmattan, 2006. Essai.

Dernières nouvelles du front.
Choses vues dans un système éducatif à la dérive,
L’Harmattan, 2008. Roman.

La République a-t-elle encore un sens ?,
L’Harmattan, 2011. Essai.

Site Internet : http://generation69.blogs.nouvelobs.com/.
(Idées républicaines)
























































































© L’Harmattan, 2013
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-00823-3
EAN : 9782343008233






Au regretté Pierre-Yves Chereul,
qui fut l’un des premiers à inclure le
harcèlement moral au travail dans la
réflexion sur l’Education nationale.






« … exactement comme dans
n’importe quel pays totalitaire. »

Maurice T. Maschino, L’Ecole de
la lâcheté.








Préface





Les enseignants se cachent pour mourir

Encore un professeur qui publie à propos de l’Ecole, vous
entends-je déjà soupirer, encore des protestations déclinistes,
des cris, des gémissements, encore de la plainte stérile, de la
nostalgie et du ressassement…Cachez cette douleur que je ne
saurais voir, et cessez donc de rabâcher sans cesse la vieille
antienne du système qui dysfonctionne et de l’Instruction
publique qui coule pavillon haut. Circulez donc, il n’y a rien à
voir.
Oui, encore un professeur qui parle, témoigne, analyse et
propose, sans doute parce que malgré le nombre croissant de
ces enseignants qui s’avancent leur petit livre à la main, tel
Rousseau devant le Souverain Juge, il y a des aspects de la
question scolaire qui n’ont pas encore été traités à la mesure de
leur gravité et pour tout dire de leur horreur, et le harcèlement
moral est de ceux-là.
A force d’entendre parler, et pas toujours avec pertinence (je
pense ici à M. Peter Gumbel, entre autres grands penseurs) de la
souffrance des élèves, à force de lire, accablé, dans n’importe
11
quel journal, le récit de faits divers navrants où des enfants
prennent en bouc émissaire des camarades plus faibles qu’eux
ou simplement différents, on a juste oublié la souffrance des
enseignants, cette souffrance au travail, silencieuse machine à
broyer qui conduit certains de nos collègues à mettre fin à leurs
jours, si l’on en croit cet effrayant pourcentage de 34 pour
1100.000 : c’est le taux de suicides chez les enseignants, soit
plus que dans la police, et plus que chez France Télécom. Mais
on n’en parle pas, sauf lorsque, comme l’infortunée Lise
Bonnafous, le professeur a le mauvais goût de s’immoler en
public.
2Certes, voici quelques années, Maurice T. Maschino avait
déjà levé le tabou dans son pamphlet sur « L’Ecole de la
lâcheté », mais, je dois le reconnaître, avant d’avoir lu cet
ouvrage de Daniel Arnaud, je n’imaginais pas que la question
du harcèlement moral dans l’Education Nationale ait pu
atteindre de telles proportions sans que rien, ou presque, ait été
fait pour y remédier efficacement.
Syndiquée depuis 1976, élue du personnel depuis des
3lustres, présidente de « Reconstruire l’Ecole » , je me pensais
relativement informée sur ces questions. Il m’est naturellement
arrivé, dans ma carrière de professeur et de syndicaliste, de
prendre la défense de collègues fragiles, victimes de rumeurs,
pris en tenailles entre l’agressivité des élèves, l’irritation des
familles et l’absence de soutien de la hiérarchie. Mais, je dois
l’avouer à ma grande honte, je n’aurais jamais envisagé que ce
phénomène du harcèlement moral ait pu à ce point se
généraliser jusqu’à en être devenu une sorte de maladie
nosocomiale du système éducatif français. Selon moi, il
s’agissait le plus souvent de difficultés individuelles, parfois
liées à des problèmes de santé, et de situations particulières
exacerbées par des conflits de personnes.

1 Selon une étude de l’Inserm réalisée en 2002.
2 Maurice T. Maschino, L’Ecole de la lâcheté (Jean-Claude Gawsewitch,
2007).
3 Voir http://leblogdelapresidente.over-blog.com/.
12
Du relationnel, en somme : des enseignants trop sensibles
victimes d’élèves odieux, de parents complaisants et de chefs
d’établissement tyranniques.
L’immense mérite de Daniel Arnaud est de montrer que
c’est en fait l’institution même qui produit le harcèlement
moral : s’il n’exclut pas l’existence dans la hiérarchie de
pervers narcissiques, de sadiques et de manipulateurs, ce livre
montre surtout, et c’est là sa richesse, que, plus que « les gens »
tels ou tels, c’est la structure qui est fondamentalement
perverse, et qui génère de la perversité par son fonctionnement
contradictoire même.

Dans cette configuration du harcèlement moral à l’école, il
n’y a donc pas des « bons » et des « méchants », car, comme le
disait Jean Renoir, « le plus terrible dans ce monde c'est que
chacun a ses raisons ». Et c’est ainsi que le système, parce qu’il
fonctionne selon une sorte de « double contrainte », rend fous
ceux qu’il veut plus ou moins perdre, selon une logique
infernale qui échappe largement aux victimes comme à leurs
bourreaux.

Daniel Arnaud est un « Républicain », nourri de la pensée
des Lumières et de la conviction selon laquelle le droit doit
s’appliquer de manière égale sur tous les territoires de la
République, y compris pour les enseignants victimes des abus
de leur hiérarchie. Il est aussi « Républicain » au sens où il
considère que le rôle fondamental de l’Ecole est de transmettre
des savoirs, ce qui, selon lui, met en place une sorte de conflit
éthique au sein même de l’institution : le professeur est pris
dans un système où il doit en quelque sorte servir deux maîtres,
le Pouvoir et le Savoir, soit d’une part un système hiérarchisé,
post-napoléonien, où tout se règle à grands coups d’injonctions,
d’autre part la transmission de connaissances susceptibles de
développer l’esprit critique et la contestation de la hiérarchie.
En clair, l’intérêt du Pouvoir est de ne plus transmettre de
Savoirs susceptibles de le rendre illégitime, et de faire en sorte
que les enseignants renoncent à ce qui devrait être la raison
d’être même de leur métier : enseigner.
13
C’est sans doute ce que la novlangue ministérielle appelle
« agir en fonctionnaire et de façon éthique et responsable »,
comprendre : obéir, et sans faire de vagues.

Daniel Arnaud dresse ainsi le tableau saisissant (je n’ose
employer « ubuesque » ou « kafkaïen », tant ces adjectifs ont
été galvaudés) d’une structure totalitaire où tous, enseignants,
chefs d’établissement, inspecteurs, sont également aliénés par
un système qui les dépasse et dont aucun ne sort intact. Il ne
s’agit donc pas de crier « tous pourris », mais plutôt « tous
malades »… et ce n’est pas un hasard si les tranquillisants s’y
croquent souvent comme des bonbons. En somme, le
harcèlement vient le plus souvent de personnes qui ne sont pas
fondamentalement perverses, mais dont le comportement est lié
à leur situation de travail, à leur besoin de faire illusion pour se
maintenir à leur poste, à des luttes de pouvoir, y compris parfois
pour des hochets et des avantages purement symboliques.
Bref, « chacun a ses raisons », oui, mais ne périssent, au sens
figuré mais parfois hélas au sens propre, que les plus faibles,
comprendre les plus naïfs, les plus sincères et les moins aptes à
se défendre.

Les quelques cas dont Daniel Arnaud se fait ici l’écho
frappent par leur exemplarité. Le schéma est toujours à peu près
le même, celui de professeurs consciencieux, scrupuleux,
attentifs à la réussite de leurs élèves, et auxquels on va
reprocher de reproduire, par excès d’exigence, les inégalités
sociales que l’Ecole est censée corriger. La culpabilisation de la
victime n’est pourtant que la première étape d’un processus
infernal qui conduit à en faire un authentique fauteur de
troubles dont les agissements compromettent la bonne marche
de l’institution. On entre donc dans une spirale de « bouc
émissaire » quasiment au sens girardien ; rappelons entre
parenthèses que pour René Girard, le bouc doit être sacrifié
pour que le système retrouve son équilibre, et que l’un des
critères de choix du « bon » bouc est précisément qu’il doit être
innocent…
Daniel Arnaud nous explique aussi comment, dans une
institution où les fonctionnaires, jouissant de la sécurité de
14
l’emploi, sont difficilement licenciables, le harcèlement moral
est devenu de facto une technique de gestion des ressources
humaines, permettant de pousser vers la sortie tout professeur
jugé inapte, parce qu’inadapté à sa fonction. Les quelques
extraits qu’il donne du « livret Marois » de 2002, Aide aux
personnels en difficulté, où des comportements aussi subjectifs
que « difficultés d’adaptation, isolement excessif, refus
d’obéissance » sont présentés comme rédhibitoires, font froid
dans le dos, tant le caractère flou de ces critères semble ouvrir
la porte à l’arbitraire. Et voilà comment, au nom de « l’atteinte
à l’image du service public », le récalcitrant est en quelque sorte
psychiatrisé.

C’est pourquoi, à plusieurs reprises et même si cela peut a
priori choquer, Daniel Arnaud fait référence à des systèmes
totalitaires comme la Corée du Nord pour qualifier ce qu’il
appelle « la basse police d’un état policier », avec ses
procédures de flicage, de délation et de chasse aux sorcières,
qui visent à discréditer ceux qu’il nomme, en filant la
métaphore soviétique, des « dissidents ».
Comme l’URSS au temps de Staline, l’Education Nationale
se présente comme un modèle idéal, et, comme l’URSS, ne peut
justifier son existence qu’en produisant des simulacres : c’est
ainsi que les violences deviennent des « incivilités », la
ségrégation sociale « orientation », et la baisse du niveau
« 80 % au baccalauréat » : fonctionnant sur le mode du
mensonge permanent, l’institution ne peut survivre qu’en
disqualifiant les voix discordantes. Moyennes trop basses, refus
de trafiquer la notation, de brader l’examen ? Vous voici
aussitôt accusé de porter atteinte à une Ecole où, finalement,
« tout ne va pas si mal ». Et c’est ainsi que la victime devient
coupable, tandis que le bourreau, lui, se pose en victime et se
persuade de son bon droit : convocations par les services
académiques, humiliations, procédures opaques, pratiques
contredisant le principe du contradictoire, culture du secret au
nom du sacro-saint « devoir de réserve »… Le livre énumère, à
la stupéfaction du lecteur, toute une série de « dérives
mafieuses » indignes de notre République. Et l’on découvre,
15
abasourdi, qu’en fait le système ne prévoit aucun garde-fou
contre sa propre perversité.

Ce qui est également effrayant dans ce tableau, si l’on en
croit Daniel Arnaud, c’est la manière dont la structure empoisse
y compris ceux qui devraient au premier chef défendre les
victimes du harcèlement, à savoir les délégués syndicaux, qui
en viennent eux aussi à penser selon les normes officielles et,
parce qu’ils entretiennent ainsi quelque part le déni, à perpétuer
un système qu’ils dénoncent par ailleurs, dans une sorte de
schizophrénie difficile à analyser : pourquoi se contenter d’une
rhétorique d’accompagnement en faisant passer pour des
affaires personnelles des contentieux liés au code du travail ? Si
les cas de harcèlement sont des cas particuliers, ce ne sont pas
pour autant des affaires privées, insiste Daniel Arnaud, et,
devant ces dérives globales, ce sont des réponses globales qu’il
faut apporter.

Cela dit, et c’est aussi une des forces de ce passionnant petit
livre, la solution n’est pas dans un retour nostalgique à un temps
idéal qui n’a sans doute jamais existé. Aucun passéisme , aucun
relent réactionnaire dans le discours de Daniel Arnaud : par
exemple, s’il attaque véhémentement la pédagogie de « l’élève
au centre », la loi Jospin de 1989, le développement des
communautarismes à l’Ecole et le règne de l’opinion, Daniel
Arnaud, parce qu’il est Républicain, entend maintenir le
« Collège unique » : même s’il a échoué dans l’état actuel des
choses, il est hors de question de revenir à l’Ecole de l’Ancien
Régime qui marginaliserait définitivement les enfants des
classes populaires, relégués au rang d’élèves de seconde zone.
En fait, ce que propose ici Daniel Arnaud, c’est ni plus ni moins
qu’une réforme de la Fonction Publique : d’abord à l’Ecole, où
il faut rompre avec le pédagogisme en restaurant l’autorité des
professeurs et la transmission des savoirs, mais aussi, plus
globalement, réduire le poids de la hiérarchie en renforçant les
contrepouvoirs au sein même des Services Publics. On doit,
martèle-t-il, y rétablir le droit, et assouplir le devoir de réserve,
impératif d’un autre âge et qui ne peut se maintenir tel quel :
notre Ecole ne doit plus être la « Grande Muette ».
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