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Le Journal du séducteur

De
192 pages

Texte révisé suivi d'une biographie de Sören Kierkegaard. Dans "Le Journal du séducteur", Kierkegaard présente un type d'esthéticien, Johannes, pour lequel le beau, le plaisir raffiné, la jouissance sont le but de l'existence, mais qui incarne en outre une certaine conception de l'érotisme d'une perversité toute particulière. Au-delà de la sensualité et du désir triomphant d'un Don Juan, Johannes est un imposteur qui maîtrise l'art véritable de la séduction, fait avant tout de finesse, de tactique amoureuse, de manipulation et de perfidie. Ce qui fait sa force, c'est la parole, c'est-à-dire le mensonge, car on ne séduit une femme qu'avec les armes dont elle dispose elle aussi. Machiavélique, il mûrit sournoisement ses desseins. Hypocrite, il s'insinue dans le coeur et les pensées d'une femme pour jouir de sa fourberie et, in fine, de sa réflexion sur la jouissance.


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traduit du danois par Marguerite Grimault
La République des LettresLE JOURNAL DU SÉDUCTEUR
Je ne puis me dissimuler qu'une angoisse presque insurmontable m'étreint
au moment où, dans mon intérêt personnel, je me décide à mettre au net la
copie que je griffonnai jadis dans une hâte fébrile, tant j'étais bouleversé. La
situation se présente à moi tout aussi inquiétante, tout aussi chargée de
reproches qu'autrefois. Contrairement à son habitude, il n'avait pas fermé son
secrétaire si bien que tout son contenu était à ma merci. Mais à quoi bon vouloir
embellir ma conduite en me rappelant que je n'ouvris aucun tiroir. L'un d'eux
l'était déjà. Il s'y trouvait un amas de feuilles volantes sous un grand in-quarto
élégamment relié. Sur la couverture était collée une étiquette blanche sur
laquelle il avait écrit de sa propre main: Commentarius perpetuus N° 4.
Cependant c'est en vain que j'essayai de me persuader que si ce côté du livre
n'avait pas été en haut et si le titre insolite ne m'avait pas alléché, je n'aurais pas
succombé à la tentation ou du moins que j'y aurais résisté. Le titre était étrange,
pas tant en lui-même que par ce qui l'entourait. Un coup d'œil rapide sur ces
feuillets me révéla qu'ils contenaient des conceptions de vie érotique, des
remarques diverses, des projets de lettres d'une nature très particulière dont
j'appris plus tard à goûter le style d'une nonchalance intentionnelle,
artistiquement calculée. Lorsque aujourd'hui, après avoir percé le for intérieur
plein d'artifices de cet homme pervers, j'évoque la situation, lorsque, avec, pour
toute astuce, mes yeux grands ouverts, je me dirige en pensée vers ce tiroir,
mon impression est identique à celle que doit ressentir un commissaire de
police quand il pénètre dans la chambre d'un faussaire, ouvre ses cachettes et
dans l'une d'elles découvre un amoncellement de feuilles volantes qui ont servi
à des essais graphiques. Sur l'une, figure un brin de verdure, sur une autre un
parafe, sur une troisième une ligne d'écriture à rebours. C'est assez pour lui
prouver qu'il est dans la bonne voie et sa joie se mêle d'une certaine admiration
pour ce travail zélé, cette évidente application. Sans doute, à sa place, me
comporterais-je d'une manière quelque peu différente car je suis moins habitué
à dépister des crimes et je ne porte pas l'insigne des policiers. Le sentiment de
fouler des sentiers interdits aurait pesé lourdement sur ma conscience. Commeil arrive d'ordinaire, je ne fus pas ce jour-là moins pauvre d'idées que de mots.
Une impression vous oppresse jusqu'à ce que la réflexion se fasse jour à
nouveau et, complexe et agile dans ses mouvements, enjôle un inconnu et
s'insinue en lui. Plus la réflexion est développée, plus elle est prompte à se
ressaisir et comme un agent spécialisé dans les passeports, elle se familiarise
si bien avec les figures les plus étranges qu'elle ne se laisse pas facilement
déconcerter. Or quoique la mienne soit, me semble-t-il, très développée, je
restai tout d'abord stupéfait. Je me rappelle fort bien avoir pâli, avoir été sur le
point de m'effondrer et l'angoisse que je ressentis alors. Supposez qu'il soit
revenu à l'improviste chez lui et m'ait trouvé, sans connaissance, le tiroir à la
main — qu'une mauvaise conscience peut donc rendre la vie intéressante !
Le titre du livre en lui-même ne me frappait pas. Je pensais qu'il s'agissait
d'un recueil d'extraits, ce qui ne m'étonna pas car je savais qu'il s'était toujours
occupé avec passion de ses études. Mais le contenu était tout différent. Ce
n'était ni plus ni moins qu'un journal soigneusement tenu. Et, bien que d'après
ce que je savais de lui auparavant, un commentaire de sa vie ne me paraisse
pas particulièrement indiqué, je ne puis nier, après avoir jeté un premier regard
sur le manuscrit, que le titre n'ait été choisi avec beaucoup de goût et
d'intelligence, révélant ainsi avec quelle supériorité esthétique et objective il
savait juger de lui-même et de la situation. Le titre est en parfaite harmonie avec
le contenu. Sa vie a été un essai pour réaliser la tâche de vivre poétiquement.
Doué d'une sorte de double vue pour déceler ce qui est intéressant dans la vie,
il a su le découvrir puis ensuite il a toujours eu l'art de reproduire ce qu'il
éprouvait en y mêlant à demi la poésie. Son journal, par conséquent, n'est pas
historiquement fidèle, ce n'est pas non plus une simple narration, il n'est pas
rédigé à l'indicatif mais au subjonctif. Bien que les événements aient été notés
après avoir été vécus, parfois peut-être même assez longtemps après,
cependant le récit est souvent conduit de telle manière qu'il semble actuel, la vie
dramatique est si intense que parfois on croirait que tout se passe devant nos
yeux. Qu'il ait écrit ce journal avec des intentions précises, c'est absolument
invraisemblable. Il est évident qu'il n'avait de signification que pour lui. Lesdétails tout autant que l'ensemble interdisent de penser qu'on ait là une œuvre
littéraire, peut-être même destinée à être imprimée. Il n'avait pourtant rien à
craindre en la publiant. La plupart des noms sont trop bizarres sans doute pour
être exacts, je soupçonne seulement les prénoms de l'être. Aussi a-t-il toujours
été sûr de reconnaître le vrai personnage tandis que les profanes seraient
induits en erreur par le nom de famille. C'est du moins le cas pour la jeune fille,
Cordélia, que j'ai connue. Elle s'appelait bien Cordélia mais non pas Walh.
Mais alors comment expliquer que le journal ait pris une telle tournure
poétique ? La réponse est simple. Il possédait un tempérament poétique qui
n'était, si on veut, ni assez riche, ni assez pauvre pour distinguer entre poésie et
réalité. La poésie était le surplus qu'il apportait lui-même. Ce surplus était la
poésie dont il jouissait dans la situation poétique de la réalité et qu'il revivait
sous forme de réflexion poétique. C'était une nouvelle jouissance, et toute sa vie
avait pour but la jouissance. D'abord il jouissait personnellement de l'esthétique,
ensuite il jouissait esthétiquement de sa personnalité. D'abord il jouissait
égoïstement de ce que la réalité lui offrait aussi bien que de ce dont il avait
fécondé la réalité. Puis sa personnalité s'estompait et il jouissait de la situation
et de lui-même dans la situation. Pour commencer, il avait toujours besoin de la
réalité comme occasion, comme moment; ensuite la réalité était noyée dans la
poésie. Le résultat de premier stade est donc l'état d'âme où a pris naissance le
journal comme résultat du second stade, ce mot ayant ici un sens quelque peu
différent. Et ainsi la poésie ne l'a jamais quitté grâce à l'ambiguïté même de son
existence.
Derrière le monde dans lequel nous vivons, loin à l'arrière-plan, se situe un
autre monde; leur rapport réciproque ressemble à celui qui règne entre les deux
scènes qu'on voit parfois au théâtre, l'une derrière l'autre. A travers un mince
rideau de gaze, on découvre comme un monde de gaze, plus léger. Beaucoup
de gens, bien en chair et en os dans le monde réel, ne lui appartiennent
cependant pas, mais à l'autre. Or se perdre ainsi, disparaître en quelque sorte
de la réalité, peut être sain ou morbide. C'est bien cette dernière hypothèse qui
convenait pour cet homme que j'ai connu jadis sans pourtant le connaître. Iln'appartenait pas à la réalité, toutefois il avait beaucoup à faire avec elle. Il
passait toujours au-dessus d'elle et même lorsqu'il s'abandonnait le plus, il
restait éloigné d'elle. Mais ce n'était pas le bien qui l'en détournait, ce n'était pas
non plus le mal, aujourd'hui encore, je n'oserais pas le prétendre. Il possédait un
peu d'exacerbatio cerebri pour lequel la réalité n'offrait pas de stimulant assez
puissant, sinon passager. Il ne succombait pas sous la réalité, il n'était pas trop
faible pour la porter, non, il était trop fort. Mais cette force était une maladie. Dès
que la réalité avait perdu sa signification en tant que stimulant, il était désarmé,
c'est en cela que consistait le mal chez lui. Il en était conscient même au
moment où le stimulant opérait et c'est dans cette conscience que se trouvait le
mal.
Cette jeune fille, dont l'histoire occupe la plus grande partie du journal, je l'ai
connue. En a-t-il séduit d'autres, je n'en sais rien. Mais d'après ses papiers, c'est
possible. En outre, il paraît avoir été versé dans une autre espèce de pratique
qui le caractérise bien. Car il était beaucoup trop cérébral pour faire un
séducteur au sens ordinaire. Ainsi le journal montre que parfois c'était quelque
chose de tout à fait arbitraire qu'il désirait, un salut, par exemple, et n'aurait à
aucun prix voulu recevoir davantage parce que le salut était ce qu'il y avait de
plus beau chez la personne en question. Grâce à ses dons d'esprit, il était habile
à tenter une jeune fille, à l'attirer vers lui, sans se soucier de la posséder au
sens strict du mot. Je peux me figurer qu'il a su amener une jeune fille à ce point
culminant où il était sûr qu'elle se donnerait toute. Mais les choses étant
poussées jusque-là, il rompait sans que de son côté il se fût permis les
moindres privautés, sans qu'il eût prononcé un mot de tendresse, encore moins
une déclaration d'amour, une promesse. Et pourtant quelque chose était arrivé
et la malheureuse en gardait une conscience doublement amère parce qu'elle
n'avait rien sur quoi s'appuyer et que les sentiments les plus divers devaient
continuer à la ballotter dans un horrible sabbat quand elle lui adressait des
reproches tantôt à elle-même en lui pardonnant, tantôt à lui, ou encore quand le
doute la harcelait sans trêve: Après tout, ne s'agissait-il pas d'une aventure
purement chimérique puisque ce n'était qu'au sens figuré que l'on pouvait parlerde la réalité de leurs rapports. Elle ne pouvait faire de confidences à personne
car au fond elle n'avait rien à confier. Un rêve, on peut le raconter aux autres,
mais ce qu'elle avait à raconter n'était pas un rêve, c'était une réalité et
cependant, aussitôt qu'elle voulait en faire part à quelqu'un et soulager son
esprit torturé, il ne restait plus rien. Elle s'en rendait bien compte. Personne, pas
même elle, ne pouvait comprendre ce qui se passait et pourtant son âme
angoissée en ressentait le pesant fardeau. Aussi ces victimes-là étaient-elles
d'une nature toute particulière. Il ne s'agissait pas de ces malheureuses filles
qui, rejetées de la société ou se croyant l'être, s'affligeaient d'un profond chagrin
ou parfois, lorsque leur cœur était trop lourd, laissaient éclater leur haine ou leur
pardon. Apparemment, rien n'était modifié en elles, elles poursuivaient leur vie
quotidienne, elles étaient respectées comme toujours, et cependant elles
avaient changé, presque à leur insu, et sans que personne y comprit rien. Leur
vie n'était pas brisée, ni rompue comme la vie de celles-là, elles étaient repliées
sur elles-mêmes. Perdues pour les autres, elles cherchaient en vain à se
retrouver. Comme on peut dire que cet homme traversait la vie sans laisser de
traces (car ses pieds étaient constitués de telle manière qu'ils gardaient les
empreintes qu'ils faisaient — en effet c'est ainsi que je me représente le mieux
son intellectualisme infini), on peut dire de même qu'il ne faisait pas de victimes.
Il vivait sur un plan beaucoup trop intellectuel pour être un séducteur au sens
habituel. Mais il lui arrivait de revêtir un corps parastatique (1) et alors il n'était
plus que sensualité. Même son histoire avec Cordélia est si embrouillée qu'il lui
était possible de se présenter comme celui qui avait été séduit; la pauvre fille
pouvait parfois nourrir des doutes à ce sujet et là aussi les marques qu'il a
laissées sont si imperceptibles qu'aucune preuve n'est possible. Les individus
n'ont été pour lui que des stimulants, il les rejetait loin de lui comme les arbres
secouent leurs feuilles — lui rajeunissait, les feuilles se fanaient.
Mais qu'est-ce qui peut bien se passer dans sa tête ? Pour moi, comme il en
a détourné d'autres du bon chemin, il finira par se fourvoyer lui-même. Ceux qu'il
a égarés, ce n'est pas dans l'espace, mais en eux-mêmes. S'il est déjà révoltant
de faire prendre une fausse direction au voyageur en quête de sa route et de lelaisser ensuite dans son erreur, n'est-il pas encore plus odieux d'amener
quelqu'un à se fourvoyer en lui-même ? Le voyageur ainsi abusé a du moins la
consolation de voir le paysage se renouveler sans cesse et d'espérer à chaque
changement qu'une issue s'offrira à lui. Mais celui qui s'est égaré en lui-même
n'a pas autant de place pour se mouvoir et bien vite il a l'impression d'être
enfermé dans un cercle dont il ne peut s'échapper. A mon avis, tel sera son sort,
mais bien autrement terrible. Je ne peux rien imaginer de plus pénible qu'un
intrigant qui perd le fil et tourne toute sa sagacité contre lui-même lorsque sa
conscience se réveille et qu'il lui faut sortir d'une telle confusion. Il ne lui sert à
rien d'avoir plus d'un trou à sa tanière de renard. Au moment où son âme
inquiète croit déjà apercevoir la clarté du jour, c'est une nouvelle entrée qui
apparaît et, tenaillé par le désespoir comme le gibier pourchassé, il cherche
toujours une sortie et ne trouve jamais qu'une entrée qui ouvre sur lui-même. Un
tel homme n'est pas forcément ce qu'on pourrait appeler un criminel. Il est
souvent déçu par ses propres machinations et cependant il est frappé d'un
châtiment plus effroyable que celui du criminel. Car la douleur même du remords
qu'est-elle en comparaison de cette folie lucide ? Sa punition est d'un caractère
purement esthétique. En effet, parler ici d'éveil de la conscience, c'est user à
son égard d'une expression trop morale. La conscience se présente pour lui
seulement comme une connaissance supérieure. Elle prend l'allure d'une
inquiétude qui ne l'accuse même pas mais le tient sur le qui-vive et ne lui laisse
aucun instant de répit dans son agitation stérile. Il n'est pas non plus un insensé
car la multiplicité des idées finies n'est pas pétrifiée dans l'éternité de la
démence.
La pauvre Cordélia, elle aussi, aura de la peine à goûter le calme. Elle lui
pardonne du fond du cœur mais n'obtient pas non plus le repos car le doute
commence à poindre. C'est elle qui a rompu les fiançailles, c'est elle qui a été la
cause du malheur, c'est son orgueil qui a eu soif d'exceptionnel. Alors elle se
repent mais ne peut trouver l'apaisement car des pensées accusatrices
l'acquittent à son tour. C'est lui dont la perfidie lui a mis ce projet en tête. Aussi
l'exècre-t-elle; son cœur se soulage en le maudissant, mais elle ne connaît pasla quiétude. Elle se fait reproche sur reproche parce qu'elle l'a haï, elle, une
pécheresse, parce qu'elle restera toujours la coupable, malgré la traîtrise de
l'autre. Il est cruel, certes, qu'il l'ait trompée, mais plus encore, pourrait-on dire,
qu'il ait suscité en elle une réflexion aux mille résonances, qu'il lui ait donné un
développement assez esthétique pour qu'elle n'écoute plus humblement une
seule voix et qu'elle puisse désormais entendre maints propos à la fois. Alors sa
mémoire renaît. Elle oublie faute et péché, et toute vibrante d'une exaltation
singulière, elle ne se rappelle que les plus belles heures. Dans ces instants-là,
non seulement elle se souvient de lui mais elle le comprend avec une
clairvoyance (2) qui montre combien son développement s'est accru. Elle ne voit
pas en lui le criminel ni l'honnête homme, elle n'éprouve plus à son égard que
des impressions esthétiques. Elle m'a écrit un jour un billet où elle s'exprimait
ainsi sur son compte: "Parfois il était tellement intellectuel que je me sentais
anéantie comme femme. A d'autres moments, il était si sauvage, si passionné,
si brûlant de désir qu'il me faisait presque trembler. Tantôt j'étais une étrangère
pour lui, tantôt il se donnait tout entier. Si je le serrais alors entre mes bras, tout
pouvait brusquement changer et c'était une nuée que j'embrassais. Cette
expression, je la connaissais avant de le rencontrer mais c'est lui qui m'a appris
à la comprendre et quand je l'emploie, je pense toujours à lui, comme d'ailleurs
je lui dois chacune de mes pensées. J'ai toujours aimé la musique et il était un
instrument incomparable, aux résonances inégalées. Il était un riche composé
de tous les sentiments, de tous les états d'âme. Aucune idée n'était trop sublime
pour lui ni trop désespérée. Il pouvait faire entendre le long mugissement d'une
tempête d'automne, il pouvait chuchoter d'une manière imperceptible. Aucun
mot de moi n'est resté sans effet, bien que je ne puisse cependant pas dire que
mes paroles aient toutes porté, car il m'était impossible de prévoir le
retentissement qu'elles auraient. Avec une angoisse indescriptible mais
mystérieuse, bienheureuse, ineffable j'écoutais cette musique que je provoquais
sans toutefois la provoquer. Toujours elle était harmonieuse, toujours elle me
ravissait."
C'est affreux pour elle, cela le sera encore plus pour lui si j'en crois la craintepresque insurmontable qui m'envahit chaque fois que je pense à cette histoire.
Moi aussi, je suis emporté dans ce royaume brumeux, ce monde du rêve où l'on
s'effraie de sa propre ombre. En vain je cherche souvent à m'en arracher, j'y fais
escorte tel un fantôme menaçant, tel un accusateur muet. Comme c'est étrange
! Il a entouré toute cette affaire du plus profond mystère et cependant il y a un
mystère plus profond encore: j'en suis le confident et c'est bien d'une manière
illégale que je le suis devenu. Oublier tout cela ? Impossible. J'ai parfois songé à
lui en parler. Mais à quoi bon ! Ou il désavouerait tout, ou il prétendrait que le
journal n'est qu'un essai poétique, ou bien il m'imposerait silence, ce que je ne
pourrais guère lui refuser étant donné la façon dont je suis entré dans la
confidence. Il n'y a rien sur quoi plane autant de séduction et de malédiction
qu'un secret.
J'ai reçu de Cordélia un recueil de lettres. Est-il complet ? Je l'ignore, mais il
me revient en mémoire qu'un jour elle m'a laissé entendre qu'elle en avait
subtilisé quelques-unes. J'en ai fait une copie que je vais joindre aux copies
déjà mises au net. Il est vrai que ces lettres n'ont pas été datées mais quand
bien même elles l'auraient été que je n'en serais pas plus avancé. Car, à mesure
que le journal s'allonge, les dates deviennent de plus en plus rares si bien que,
sauf une ou deux fois, elles disparaissent. On dirait que l'histoire, en se
déroulant, s'est chargée d'une signification qualitative telle que, malgré sa réalité
historique, elle tend à s'idéaliser, ce qui rend toute chronologie inutile. Par
contre, ce qui m'a aidé, c'est que çà et là dans le journal on remarque des mots
dont l'importance m'avait tout d'abord échappé. En les rapprochant des lettres,
j'ai cependant compris qu'ils en étaient les motifs. Il me sera donc facile de les
insérer en bonne et due place puisque les lettres leur feront toujours pendant. Si
je n'avais pas découvert ce fil conducteur, je me serais rendu coupable d'un
malentendu. Il ne me serait sans doute pas venu à l'esprit qu'à certaines
périodes, comme le journal le rend maintenant probable, les lettres se sont
succédé à une telle cadence que la jeune fille a dû en recevoir plusieurs par
jour. Si j'avais suivi mon premier mouvement, je les aurais peut-être réparties
d'une façon plus égale et je n'aurais pas soupçonné l'énergie passionnée aveclaquelle il a usé d'un pareil moyen pour maintenir Cordélia au paroxysme de la
passion.
Outre l'explication complète de ses rapports avec Cordélia, le journal
contenait quelques petites descriptions intercalées çà et là et qu'il a signalées
en marge par un nota bene. Elles n'ont aucun lien avec l'histoire de Cordélia
mais elles m'ont vivement éclairé sur une expression dont il usait souvent et que
j'avais jusque-là comprise autrement: Quand on va à la pêche, il faut toujours
avoir une bonne ligne en réserve. Si un volume précédent de ce journal m'était
tombé entre les mains, j'aurais probablement trouvé plusieurs de ces
descriptions qu'il appelle lui-même quelque part en marge: actiones in distans,
car il avoue que Cordélia l'occupait trop pour qu'il eût le temps de songer à autre
chose.
Peu après l'avoir abandonnée, il reçut quelques lettres d'elle qu'il retourna
sans les décacheter. Elles se trouvaient parmi celles que Cordélia me remit. Elle
les avait ouvertes et j'ose me permettre d'en prendre copie aussi. Elle ne m'a
jamais parlé de leur contenu, mais quand elle faisait allusion à ses relations
avec Johannes, elle avait coutume de citer quelques vers de Goethe, autant que
je sache, qui selon son humeur et les nuances de sa diction étaient susceptibles
de revêtir plusieurs significations:
Gehe,
Verschmähe
Die Treue,
Die Reue
Kommt nach (3)
Voici les lettres:
***
Johannes !
Je ne t'appelle plus "mon Johaness" car je sais bien que tu ne l'as jamais étéet j'ai été cruellement punie que l'idée m'en ait une fois délecté l'âme; et pourtant
je t'appelle mien, mon séducteur, mon suborneur, mon ennemi, mon assassin,
l'auteur de mon malheur, le tombeau de ma joie, l'abîme de mon infortune. Je
t'appelle mien et je m'appelle tienne, et ces mots qui autrefois flattaient tes
oreilles fièrement tendues vers mon adoration, qu'ils tombent à présent sur toi
comme une malédiction, une malédiction pour l'éternité. Ne te réjouis pas en
pensant que j'ai l'intention de te poursuivre ou de m'armer d'un poignard pour
exciter tes sarcasmes. Ou que tu fuies, je suis pourtant tienne, va jusqu'au bout
du monde, je resterai pourtant tienne, aimes-en des centaines d'autres, je serai
pourtant tienne, oui, jusqu'à l'heure de la mort, je resterai tienne. Les mots
mêmes dont j'use contre toi doivent te prouver que je suis tienne. Tu as eu
l'audace de tromper un être, de telle sorte que tu es devenu tout pour cet être,
pour moi, et que je mettrai toute ma joie à te servir d'esclave. Je suis à toi, à toi,
à toi, ta malédiction.
Ta Cordélia
***
Johannes !
Il y avait un homme riche qui possédait une foule de gros et menus
troupeaux, il y avait une pauvre fille qui ne possédait qu'un seul agneau,
mangeant dans sa main et buvant à sa coupe. Tu étais l'homme riche, riche de
toutes les splendeurs de la terre, j'étais la pauvrette qui ne possédait que son
amour. Tu l'as pris, tu en as fait ta joie. Puis le désir te fit signe et tu sacrifias le
peu que je possédais, mais de tes propres richesses, tu ne pus rien sacrifier. Il y
avait un homme riche qui possédait une foule de gros et menus troupeaux et il y
avait une pauvre fille qui ne possédait que son amour.
Ta Cordélia
***Johannes !
Ne reste-t-il donc plus aucun espoir ? Ton amour ne s'éveillera-t-il donc
jamais à nouveau ? Car tu m'as aimée, je le sais, bien que j'ignore ce qui me
donne cette certitude. J'attendrai, même si le temps me paraît long, j'attendrai,
oui, j'attendrai que tu sois las de l'amour des autres, alors ta passion pour moi
resurgira de sa tombe, alors je t'aimerai comme toujours, je te vouerai la même
gratitude que toujours, qu'autrefois, oh ! Johannes, comme autrefois, Johannes.
Ta froideur impitoyable, est-ce vraiment ton être ? Ton amour, les richesses de
ton cœur, n'étaient-ils que mensonges et feintes, es-tu redevenu toi-même ? Aie
patience avec mon amour, pardonne-moi de t'aimer toujours, oh ! je sais bien
que cet amour est un fardeau pour toi. Mais le temps viendra où tu retourneras
vers ta Cordélia. Ta Cordélia ! Écoute ce mot suppliant ! Ta Cordélia ! Ta
Cordélia !
Ta Cordélia
***
Même si Cordélia n'a pas été en possession d'un registre musical aussi
étendu que celui qu'elle admirait chez son Johannes, on voit cependant qu'elle
savait, elle aussi, moduler. Son état d'âme transparaît clairement dans chacune
de ses lettres, bien qu'elle ait manqué d'une certaine netteté dans l'expression.
C'est surtout sensible dans la seconde où l'on devine ses pensées plutôt qu'on
ne les comprend, mais cette imperfection me la rend d'autant plus émouvante.
Le 4 avril
Prudence, ma belle inconnue ! Prudence ! Sortir d'un carrosse n'est pas
chose aisée. C'est même parfois un pas décisif. Je pourrais vous prêter une
nouvelle de Tieck où vous verriez qu'une dame, en descendant de cheval,
s'empêtra tant et si bien que ce pas décida du reste de sa vie. Mais les
marchepieds des carrosses sont en général si mal construits que force est
presque de renoncer à toute grâce et d'oser un saut désespéré qui vous jettedans les bras du cocher ou du valet. Ah ! Qu'ils sont donc heureux ! Je crois
vraiment que je vais essayer de trouver, moi aussi, une place dans une maison
où il y a des jeunes filles. Un valet devient bientôt le confident des secrets d'une
petite demoiselle.
Mais pour l'amour de Dieu, je vous prie, ne sautez pas. Il fait si sombre ! Je
ne vous importunerai pas, je me mettrai seulement sous ce réverbère, ainsi
vous ne pourrez me voir. On n'est jamais timide que dans la mesure où l'on est
vu et on n'est jamais vu que dans la mesure où l'on voit, donc par souci du valet,
qui ne résisterait peut-être pas à un tel saut, par égard pour la robe de soie, item
par égard pour les franges des dentelles, enfin par sollicitude pour moi, laissez
ce pied mignon dont j'ai admiré la petitesse, laissez-le tâter du monde, osez
vous fier à lui, il trouvera bien un point d'appui. Si vous frémissez une seconde
en pensant qu'il n'y parviendra pas, si vous frémissez encore une fois qu'il y est
parvenu, alors avancez vite l'autre pied. Qui serait assez cruel pour vous laisser
ainsi suspendue en l'air, qui serait assez béotien pour ne pas se hâter devant
cette révélation de la beauté ? Ou craignez-vous encore quelque intrus, le valet
sûrement pas, ni moi non plus, car j'ai déjà vu le petit pied, et comme je suis
naturaliste, j'ai appris par Cuvier à tirer les conclusions qui s'imposent.
Dépêchez-vous donc ! Comme cette angoisse vous rend jolie ! L'angoisse en
elle-même n'est pas belle, elle ne le devient qu'à l'instant où l'on prend
conscience de l'énergie qui la domine. C'est parfait ! Il est bien aguerri,
maintenant, ce petit pied. J'ai remarqué que les jeunes filles qui ont de petits
pieds savent généralement mieux s'y tenir ferme que celles qui ont de larges
extrémités. Qui y songerait ? C'est contraire à toute expérience. Il y a bien plus
de chance que la robe s'accroche quand on saute précipitamment de voiture
que lorsqu'on en descend posément. Mais certes, il est toujours un peu
inquiétant pour les jeunes filles de se promener en carrosse, elles finiront par y
rester. Les dentelles et les franges sont perdues, et voilà tout ! Personne n'a rien
vu. Seul se profile un homme encapuchonné jusqu'aux yeux. D'où vient-il ?
Impossible de le savoir car la lumière du réverbère vous éblouit. Il vous dépasse
au moment où vous alliez entrer par la porte de la maison. Juste à l'instantdécisif, un coup d'œil oblique glisse sur son objet. Vous rougissez, votre poitrine
se gonfle trop pour se vider en un seul souffle. Votre regard est chargé de
colère, de mépris. Vos prunelles, où brillent des pleurs, supplient. Larmes et
prières ont une égale beauté. Je les accepte les unes et les autres. J'ai droit aux
unes et aux autres car je puis tout aussi bien être ceci que cela. Mais je suis
méchant. Quel est donc le numéro de la maison ? Tiens ! Une exposition de
bimbeloterie. Ma belle inconnue, c'est peut-être révoltant de ma part, mais je
suivrai le chemin éclairé... Elle a oublié ce qui vient de se passer. Mon Dieu oui,
quand on a dix-sept ans, quand à cet âge heureux on sort pour faire des
emplettes, quand chaque objet, grand ou petit, qui vous tombe sous la main,
vous plonge dans une joie indescriptible, on a l'oubli facile. Elle ne m'a pas
encore vu. Je me trouve à l'autre bout du comptoir, très loin, à l'écart. Un miroir
est suspendu sur le mur opposé, elle n'y pense pas, mais le miroir y pense.
Avec quelle exactitude il a su reproduire ses traits, tel un humble esclave qui
prouve son attachement par sa fidélité, un esclave pour lequel elle a de
l'importance mais qui n'en a pas pour elle, qui ose bien esquisser son portrait
mais non pas le garder. Malheureux miroir qui se contente de son reflet,
malheureux miroir qui ne peut conserver son image dans le secret de ses
cachettes, la dérober au monde entier, mais qui tout au contraire la dénonce à
d'autres, comme à moi maintenant. Quel supplice endurerait un homme qui
serait ainsi fait. Et pourtant ne rencontre-t-on pas beaucoup de gens de cette
sorte qui ne possèdent rien sauf au moment où ils le dévoilent aux autres, qui ne
saisissent que l'apparence des choses, non pas leur essence et qui perdent tout
lorsque celle-ci veut se révéler, de même que ce miroir perdrait son image si par
un seul souffle elle lui ouvrait son cœur. Si un homme était incapable de graver
dans son souvenir une image de la beauté même à l'instant où elle se présente
à lui, il devrait souhaiter en être toujours éloigné. Oui, il devrait souhaiter ne pas
approcher de trop près l'objet de son amour si bien qu'il lui devient impossible
d'admirer avec les yeux de la chair la beauté de la femme qu'il enlace, qu'il ne
voit plus et qu'il ne reverrait qu'en s'écartant d'elle. Mais cette beauté qui lui
échappe ainsi à cette minute où il l'étreint, où les lèvres se joignent, peut
cependant demeurer visible pour les yeux de l'âme...Comme elle est donc jolie ! Pauvre miroir, quel supplice pour vous, mais
aussi quelle chance d'ignorer la jalousie. Sa figure, d'un ovale parfait, est
légèrement penchée en avant, ce qui rehausse le front. Celui-ci se dresse, pur
et fier, sans rien laisser deviner des facultés intellectuelles. Des cheveux foncés
et flous le cernent avec tendresse. Son visage est comme un fruit, arrondi et
replet. Sa peau transparente est de velours au toucher, je le sens à la voir. Ses
yeux — je ne les ai pas encore aperçus derrière des paupières armées de longs
cils soyeux et recourbés — dangereux pour ceux qui rencontrent son regard. Sa
tête, comme celle d'une madone, est toute candeur et innocence. Comme celle
d'une madone aussi, elle s'incline, mais sans se perdre dans la contemplation
de l'Unique, si bien que ses traits gardent leur mobilité. Ce qu'elle contemple,
elle, c'est la variété, cette multitude de choses sur lesquelles les somptuosités
splendides de la terre jettent un reflet. Elle ôte son gant pour montrer au miroir,
et à moi, une main blanche, d'un modelé digne de la statuaire antique, sans
aucun ornement, pas même un mince anneau d'or à l'annulaire. Bravo ! Elle lève
les yeux et sa physionomie, pourtant la même, s'en trouve modifiée. Le front est
un peu moins haut, l'ovale du visage un peu moins régulier, mais plus vivant.
Elle parle avec le vendeur, elle est gaie, heureuse, bavarde. Elle a déjà choisi
un, deux, trois objets, elle en prend un quatrième, le tient dans sa main, ses
yeux s'abaissent à nouveau, elle en demande le prix et le met sous son gant.
Sans doute s'agit-il d'un secret destiné à — un amoureux ? — mais elle n'est
pourtant pas fiancée (4). Hélas, que d'amours sans fiançailles et que de fiancés
sans amour !
Que faire ? Renoncer à elle, partir sans troubler sa joie ? Elle veut payer,
mais a perdu sa bourse. Elle donne sans doute son adresse, que je me refuse à
entendre, car je ne veux pas me priver de la surprise. Il m'arrivera bien de la
croiser à nouveau sur mon chemin et certes je la reconnaîtrai, tout comme je
serai peut-être reconnu d'elle, car on n'oublie pas si vite mon coup d'œil en
biais. S'il m'est donné de la rencontrer à l'improviste, alors son tour viendra. Si
elle ne me reconnaît pas, si ses yeux ne m'en convainquent pas sur-le-champ,
je coulerai sur elle mon regard oblique, alors je vous promets qu'elle sesouviendra de ce qui s'est passé. Pas d'impatience, pas d'avidité, il faut jouir à
longs traits. J'ai jeté sur elle mon dévolu, je la rattraperai bien.
Le 5
Voilà qui me plaît: toute seule le soir dans Œstergade. Oh ! bien entendu, je
vois le valet qui vous suit. N'allez pas croire que je vous juge assez mal pour
penser que vous sortez seule. Soyez certaine, l'expérience m'a instruit, que
j'étais assuré, en jetant un coup d'œil sur la situation, d'apercevoir cette
silhouette sérieuse. Mais pourquoi si pressée ? On est tout de même un peu
anxieuse, on sent comme un battement de cœur qui ne vient pas d'un désir
nostalgique de regagner son chez soi, mais d'une crainte impatiente qui pénètre
tout le corps avec sa douce inquiétude et vous fait hâter le pas. Pourtant quel
délicieux, inestimable plaisir de se promener ainsi toute seule — avec le valet
derrière vous... On a seize ans, on a des lectures, c'est-à-dire qu'on a lu des
romans et, traversant par hasard la chambre des frères, on a surpris un mot
d'une conversation entre eux et leurs amis, un mot au sujet d'Œstergade (5).
Ensuite on a tournaillé plusieurs fois parmi eux pour tâcher d'en apprendre plus
long. Peine perdue. Pourtant, maintenant qu'on est une grande jeune fille, il faut
tout de même bien se renseigner un peu sur le monde. Si seulement on pouvait,
sans plus de façon, sortir, suivie du domestique. Ah ! Merci. Papa et maman
feraient une drôle de tête ! Et quelle excuse donner ? Quand on va en soirée, le
moment est mal choisi, il est trop tôt car j'ai entendu August (6) parler de 9
heures, 10 heures. Au retour il est trop tard, car le plus souvent on est
condamné à subir l'escorte d'un cavalier. Jeudi soir, après le théâtre, serait une
excellente occasion, mais il faut toujours revenir en voiture et y entasser aussi
madame Thomsen et ses aimables cousines. Si encore on était seule, on
pourrait ouvrir la fenêtre et regarder un peu dehors. Cependant: Unverhofft
kommt oft (7). Aujourd'hui, maman m'a dit: "Je crains que tu n'aies pas fini ta
broderie pour l'anniversaire de ton père. Va donc chez tante Jette, tu y seras
tranquille; restes-y jusqu'à l'heure du thé, Jens viendra te chercher."
Au fait, ce n'était pas du tout une nouvelle agréable: Chez tante Jette, ons'ennuie à mourir. Mais ainsi je resterai seule à 9 heures avec le domestique.
D'ailleurs quand Jens viendra, il pourra bien attendre jusqu'à dix heures moins le
quart avant que nous ne nous mettions en route. Si seulement je pouvais
rencontrer M. mon frère ou M. August ! Non, ce n'est pas souhaitable car ils
m'accompagneraient jusqu'à la maison. Très peu pour moi ! La liberté avant tout
! Mais s'il m'était donné de les apercevoir sans être remarquée...
Eh ! bien...

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