Le jugement social

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Cet ouvrage d'introduction dresse un panorama complet de ce processus fondamental de la psychologie sociale qu'est le jugement d'autrui.

Publié le : mercredi 2 septembre 2009
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EAN13 : 9782100542406
Nombre de pages : 128
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C hapitre 3
L e s m o d é l i s a t i o n s d u j u g e m e n t s o c i a l
CADRE GÉNÉRAL : DE L’INTERACTIONNISME SYMBOLIQUE À LA COGNITION SOCIALE
Considéré à juste titre comme l’une des approches fondatri-ces de la psychologie sociale, l’interactionnisme symbolique, notamment grâce aux travaux de Georges Herbert Mead publiés en 1934, continue d’influencer notre compréhen-sion des processus du jugement social. Selon Mead, nos capacités à construire des représentations symboliques basées sur nos interactions sociales fondent et str ucturent nos jugements sociaux et par là même nous aident à cons-truire une vision stable, consensuelle et durable de la réalité sociale dans laquelle nous évoluons. Bien que développée ultérieurement par des auteurs comme Becker en 1963 et Goffman en 1972 qui analysèrent le « jeu de rôle » social, falsificateur de la réalité, que doivent décr ypter les juge-ments interpersonnels, l’interactionnisme symbolique a manqué de preuves empiriques pour devenir une théorie centrale en psychologie sociale expérimentale.
Ces preuves ont été largement fournies par lecourant cons-tructiviste.À partir des années cinquante,ses principaux représentants, Asch, Kelly, Bruner et Heider, ont démontré en quoi le jugement social résultait des constr uctions perceptives et mentales des juges sur la base de leurs atten-tes, préconceptions, affects et expériences. Qui plus est, sous l’influence dumodèle gestaltiste(théorie de la forme), ils ont montré en quoi l’organisation perceptive est régie par un besoin de cohérence qui confère à l’ensemble des éléments de la perception une structure particulière non © Dunod - La photocopie non autorisée est un délit.
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réductible à la somme de ses éléments (modèle de la forma-tion des impressions de Asch). Se développant comme une approche alternative à la tradition de recherche constructi-viste, on trouve le modèle de l’intégrationmécanistede l’information sociale, selon une « algèbre cognitive » modé-lisée par Anderson en 1974.
Depuis ces vingt-cinq dernières années, l’approche de la cognition socialereprésente le courant théorique dominant des travaux sur la perception et le jugement social. Comme dans le cadre de l’interactionnisme symbolique, le para-digme de la cognition sociale s’intéresse en priorité à la façon dont les individus perçoivent et interprètent leurs expériences sociales, et comment ces représentations déter-minent leurs conduites nouvelles. Toutefois, si Mead insis-tait sur les ancrages interpersonnels, sociaux et cultur els de ces représentations, la cognition sociale, à son origine, se situe dans la perspective plus individualiste des processus cognitifs engagés dans le traitement intrapsychique de l’information sociale : analyse des stratégies procédurales de traitement de l’information dont la catégorisation, la mémorisation, l’activation de structures de représentation, etc. Longtemps négligée par les chercheurs en cognition sociale, l’étude des affects dans les jugements sociaux est désormais d’actualité depuis, notamment, les travaux de Forgas en 1981. De même, se sont développées, sous l’impulsion de travaux francophones, des modélisations du jugement social plus sensibles au contexte social et cultur el que ne le montraient les modèles dominants du début de « l’ère de la cognition », trop enclins à prôner l’universalité des processus sociocognitifs d’un sujet percevant quasiment coupé de ses insertions sociales, culturelles et idéologiques.
À défaut d’exhaustivité, nous présentons ici les modélisa-tions du jugement social les plus significatives de ces derniè-res décennies,passant en revue les principaux processus cognitifs (impression, catégorisation, mémoire, stratégie de traitement de l’information) qui sous-tendent l’activité de jugement.Au préalable, abordons une des questions trans-versales de la cognition sociale, celle des niveaux implicites et explicites des processus de jugement.
LES MODÉLISATIONS DU JUGEMENT SOCIAL
II. PROCESSUS IMPLICITES ET EXPLICITES DU JUGEMENT SOCIAL 1. La dualité des processus Quel que soit le champ d’investigation sur lequel por tent les modèles (modalités d’inférences, rationalités, persuasion, émotion, mémoire,etc.), la compréhension du jugement social passe par l’étude de deux types de processus: les processus ditsimplicites, rapides, automatiques, subcons-cients, mobilisant des procédures superficielles, et les processus ditsexplicites, plus lents, plus élaborés, délibérés, conscients, aux procédures plus systématiques. Les proces-sus implicites sont dits «profonds» car leurs structures cérébrales sont localisées à un niveau subcor tical, alors que les processus explicites sont de « haut niveau » de par les structures cérébrales préfrontales qu’ils mobilisent.
Une grande partie de la littérature traitant de cette dualité implicite-explicite décrit des processus qualitativement distincts et basés sur des informations différentes. Le tableau ci-dessous résume, selon Brewer, ces différences fondamentales.
Tableau 1. Deux systèmes de traitement impliqués dans le jugement (d’après M. B. Brewer, 2003, p. 390)
Localisation Origine
Système « profond » Subcortical Développement biologique, expériences précoces, conditionnement émotionnel
Système « haut » Cortex préfrontal Apprentissage explicite, culture (normes, règles symboliques, principes, valeurs)
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