LE LECTEUR DANS LES POESIES DE STEPHANE MALLARME

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Bien qu'abondamment étudié, le recueil de Mallarmé sera toujours l'objet de nouvelles investigations. La présente étude l'examine du point de vue de l'esthétique de la réception. Elle se propose de montrer que l'examen du rapport entre écriture et lecture

Publié le : vendredi 1 juin 2012
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EAN13 : 9782296496958
Nombre de pages : 198
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A œ s s Collection dirige par Claire S TOLZ (Universit Paris-Sorbonne) 1. Alia BACCAR-BOURNAZ, Essais sur la littrature tunisienne d’expression française , 2005. 2. Alya CHELLY-ZEMNI, Le sauveur dans Baaille  dan la monane de Jean Giono , 2005. 3. Noureddine LAMOUCHI, Jean-Paul Sartre, critique littraire , 2006. 4. Caherine VIOLLEt e Marie-Françoie LEMONNIER-DELpY (dir.), Mtamorphoses du journal personnel. De Rtif de la Bretonne à Sophie Calle, 2006. 5. Lia KURts-WöstE, Marie-Albane RIOUx-WAtINE e Mahilde VALLEspIR , éthique et significations , 2007. 6. Jean-Loui JEANNELLE e Caherine VIOLLEt (dir.), Genèse et autofiction , 2007. 7. Irène FENOgLIO (dir.), L’criture et le souci de la langue. écrivains, linguistes : tmoignages et traces manuscrites , 2007. 8. Irène FENOgLIO, Une auto-graphie du tragique. Les manuscrits de Le  Fai et de L’avenir dure lonem de Louis Althusser , 2007. 9. Delhine DENIs (dir.), L’obscurit. Langage et hermneutique sous l’Ancien Rgime , 2007. 10. Aurèle CRAssON (dir.), L’dition du manuscrit. De l’archive de cration au scriptorium lectronique , 2008. 11. Lucile gAUDIN e geneviève sALVAN (dir.), Les registres. Enjeux stylistiques et vises pragmatiques , 2008. 12. Françoie RULLIER-tHEUREt, Faut pas pisser sur les vieilles recettes. San-Antonio ou la fascination pour le genre romanesque , 2008. 13. Valenina CHEpIgA, émile et un romain , 2009. 14. Caherine VIOLLEt e Vronique MONtéMONt , Genèse et transtextualits , 2009. 15. Ridha BOURKHIs e Mohammed BENJELLOUN (dir.), La phrase littraire , 2008. 16. salah OUEsLAtI, Le lecteur dans les poie de Stphane Mallarm , 2009.
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© Bruylant-Academia s.a. Grand’Place, 29 B-1348 L OUVAIN -LA -N EUVE
ISBN 13 : 978-2-87209-917-7
ts s  n, ’aaan   an, a qlq  q  s, ss  s as sans l’asan  l’   ss aans . imm n Blgq.
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www.academia-bruylant.be
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IntroductIon
Mllm s-il s fil à ss is  jss s l’bsi iq ? M laselolsna  rcrmictri iqtauu erdse  sfneonepdsptu o dsleehvneet rnsmuuer  tlioas pmqaeuq euesetn i qopuno e dsepi lelu as d ètdsa rlsdia.t   jCeduue sntpe ospèsotee,u  ràqm suaeiossi   premières ides. Selon Paul Bnichou, Mallarm est rest fidèle, pendant sa maturit, à ce qu’il avait crit, pendant sa jeunesse, au sujet du rapport entre la posie et le lecteur. Il voit en lui un poète dsenchant tant all dans son dsenchantement plus loin que tous ses prdcesseurs, et considère qu’il n’y a pas de diffrence de fond entre la conception qu’avait le poète au dbut des annes soixante sur l’obscurit potique et ses mditations ultrieures sur le mystère dans les lettres. Hugo Friedrich pense, lui, que l’œuvre de la maturit du poète est diffrente de ses crits du dbut des annes soixante. Il n’est pas le seul à dfendre cette position. Bertrand Marchal, dont les travaux ont clair des aspects essentiels de l’œuvre mallarmenne, valide, sur ce point, le jugement de Friedrich. Pour lui, il serait illgitime de mettre les spculations religieuses tardives de Mallarm sur le compte d’une exaltation juvnile des arcanes de la posie. Ceux qui pensent que l’obscurit de Mallarm est la consquence de son exaltation prcoce du secret potique se rfèrent à un article crit en 1862 où il dveloppe des ides litistes sur la posie. À cette date, le langage du poète ne s’tait pas encore opacifi. Il n’est donc pas sûr que ces ides de jeunesse puissent clairer à elles seules l’opacit de la posie mallarmenne. L’tude prsente se situe dans ce dbat. Nous nous interrogerons, plus prcisment, sur la place qu’occupe le lecteur dans les Posies avant et après l’obscurcissement du langage de Mallarm. Aborder la question du statut du lecteur dans la posie mallarmenne, c’est poser autrement le problème de la constance ou de l’volution des ides de Mallarm sur le mystère en posie. Au lieu de nous demander si Mallarm a maintenu ses positions de 1862 sur le rapport entre la posie et le public ou s’il les a abandonnes, nous nous demanderons si l’image du lecteur dans les
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poèmes rputs difficiles est la mme que celle des premiers poèmes (ceux du dbut des annes soixante). En posant ainsi le problème, nous serons tenu de dlimiter une sorte de frontière entre les textes relativement accessibles et les textes difficiles. La mthode que nous adopterons consistera à dgager des poèmes ce que nous appellerons une potique de la lecture. Nous tcherons de comprendre la façon dont l’criture et la lecture s’articulent dans la posie de Mallarm. Le lecteur dont nous voulons capter l’image n’est pas uniquement celui dont le poète parle ouvertement (dans L’art pour tous,  par exemple). Nous nous intresserons surtout aux diffrentes images qui reprsentent le lecteur dans les poèmes eux-mmes. Le lecteur ne sera pas pour nous un sujet impliqu rellement dans un processus interlocutoire. Vincent Kaufmann qui a tudi la problmatique de la rception chez Mallarm a vivement mis en garde contre le risque d’une telle lecture. Il s’agit pour lui de « reconsidrer le problème de la place du   lecteur dans la perspective de celui qui crit » et à « interroger la spcificit du lien propos par chaque texte » 1 . Rien n’indique, d’après Kaufmann, que le rapport mis en place par « la stratgie discursive singulière » de l’crivain renvoie à un processus interlocutoire. Le texte reprsente sa propre règle de destination. Kaufmann conteste que la relation dialogique que le texte tablit avec le lecteur soit rductible à un jeu de questions et de rponses. Le jeu littraire excède cette règle pragmatique. Le texte constitue « un dispositif symbolique autonome, institue une fiction contractuelle singulière ». Le rle du lecteur ou la place que le texte rserve au lecteur sera double. L’nonciataire du texte est perçu comme destinataire « auquel un certain sens est transmis », mais aussi, il est lecteur de « la règle de cette destination ». Le lecteur accèdera ainsi au statut de sujet d’un « ordre symbolique ». Bien qu’il fasse partie de cet ordre, il ne s’oubliera pas quand il sera en contact avec le texte, ne se livrera pas à une lecture pragmatique. Kaufmann semble s’intresser surtout aux textes que Mallarm a composs après 1866 et privilgie ceux où se manifeste la part « circonstancielle » de l’œuvre du poète. Cette dmarche ne permet pas, nous semble-t-il, de saisir la diffrence entre le dispositif symbolique des premiers poèmes de Mallarm et
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1 Vincent Kaufmann, Le livre et ses adresses , Paris, Klincksieck, 1986, p. 8.
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Introduction  
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celui des poèmes publis plus tard. La place du lecteur dans Le Guignon , par exemple, procède-t-elle de la mme « symbolicit » que celle que Mallarm lui assigne dans À la nue accablante , compos vers la fin de la vie du poète ? C’est en comparant la place symbolique que le lecteur occupe dans les premiers poèmes de Mallarm à celle qu’il occupera dans les poèmes de la maturit qu’il sera possible de savoir si le poète a gard ou non l’hostilit qu’il avait à l’ge de vingt ans à « l’art pour tous ».
d l si à l lii,  l  fil v La question de savoir si les spculations de Mallarm de 1896 sur le mystère dans les lettres rejoignent ses dclarations de 1862 en appelle une autre. L’obscurit de Mallarm figure-t-elle un mal ou encore l’aggravation du mal auquel elle rpond, constitue-t-elle une suite de l’amère logique du dsenchantement, comme le soutient Bnichou, ou bien est-elle un dpassement de ce dsenchantement, une aventure qui ouvre de nouveaux horizons, qui fonde une religion moderne ? Plusieurs textes de Mallarm, crits après la grave crise du poète, peuvent tre dfinis comme une contribution à ce grand projet. Parmi les travaux qui ont abord l’œuvre mallarmenne dans cette perspective, La religion de Mallarm  de Bertrand Marchal constitue un ouvrage de rfrence. L’auteur de cette tude commence par reconstituer l’ambiance spirituelle au sein de laquelle a volu le poète : « Dans la deuxième moiti d’un siècle de critique religieuse, crit-il, où les avances de la science… entament les unes après les autres les certitudes thologiques, historiques, biologiques, dduites de l’écriture, le catholicisme, aux yeux d’un monde intellectuel acquis à l’idal positiviste, fait figure de dinosaure. Ce catholicisme… choque la conscience intellectuelle qui ne voit en lui, au nom de ses valeurs de libert, de critique et de progrès, qu’un gigantesque anachronisme, un vestige des temps fodaux attards dans la modernit » 2 . En cette fin de siècle, le catholicisme vacillait, mais il ne fut pas totalement abandonn. Renan, que Marchal cite longuement, explique qu’un christianisme libre et individuel serait susceptible de rsister indfiniment aux avances des multiples formes de progrès et de gnrer d’innombrables varits intrieures.
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2 Bertrand Marchal, La religion de Mallarm , Paris, Corti, 1988, pp. 28-29.
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Dans cette optique, le protestantisme a tent d’apporter de nouvelles rponses et d’acclimater la religion aux nouvelles valeurs de libert et de progrès. Les laïcs dnonceront cependant le leurre sur lequel repose ce protestantisme et montreront qu’il n’admet le principe de la libert d’examen que dans les limites tolres par la Bible. Ainsi, comme le prcise Marchal, loin de pouvoir tre une religion de l’avenir, le protestantisme n’aura t qu’une tentative dsespre de contenir une rvolution dvastatrice. À cette poque où le christianisme mourait et où les conditions n’taient pas encore mûres pour que naisse une religion de rechange, rgnait « le sentiment de vivre une priode critique de l’histoire, priode de transition sinon de confusion des valeurs que Mallarm baptise l’interrègne, et où se cherchent, en dehors et au-delà du christianisme cette fois, des religions nouvelles » 3 . Cette priode transitoire a vu fleurir des formes de culture diversifies. Certaines d’entre elles ont gard un caractère vaguement religieux alors que d’autres ont t franchement irrligieuses, mais visiblement aucune n’a russi à s’accrditer. Pendant cette ère de trouble et d’incertitude, Mallarm a pens aux nouvelles formes de civilisation qui doivent remplacer les anciennes formes moribondes. Ses spculations, ses rponses aux questions poses par cette priode d’interrègne ont quelque chose de particulier. Elles s’inscrivent dans un horizon large qui dpasse l’attente non pas du seul public français mais mme du public occidental. Et s’il a toujours paru difficile de comprendre Mallarm, c’est prcisment parce que, plus qu’un poète français, il est un poète universel. Comprendre ses Posies  et dlimiter la place qu’il y rserve au lecteur, c’est affronter toutes ces difficults et trouver une sorte de fil d’Ariane allant des toute premières figures jusqu’aux ultimes reprsentations du destinataire dans le recueil. Un fil d’Ariane parce que l’image du lecteur dans les Posies n’est ni simple, ni unique, ni constante. On a beaucoup de mal à suivre les multiples substituts de cette image dans un recueil où des figures apparaissent, se brouillent et disparaissent ensuite pour rapparaître plus loin totalement mtamorphoses et mconnaissables. Cette criture est de nature à approfondir les ruptures naturellement profondes qui ont marqu le parcours de Mallarm. À tout cela s’ajoute le fait que le destinataire dans les Posies  n’est pas un simple lecteur au sens courant du mot. C’est un fidèle nouveau appel à redfinir ses rapports avec une religion qui doit tre totalement refonde. Ce mme lecteur est aussi sujet, citoyen nouveau. Le changement de
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3  Ibid., p. 36.
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l’ordre culturel, politique et social n’aura de sens qu’en fonction du rle que ce nouveau sujet jouera dans un nouveau monde dont Mallarm a entraperçu l’mergence.
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