Le Manuscrit de Cayeux-sur-Mer juillet-août 1945

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Je suis revenue maintenant mais ces visions d'horreur, je crois, ne pourront plus jamais me quitter, et d'ailleurs je ne veux pas oublier, les Français oublient eux beaucoup trop vite et surtout ceux qui n'ont pas souffert c'est-à-dire ceux qui ne sont pas passés entre les mains des Allemands. Ce sont là les dernières lignes du texte reproduit dans ce livre que Denise Holstein a patiemment tapé à la machine durant l'été 1945 pour extérioriser ce qu'elle vient de subir de mai 1942 jusqu'à son retour de déportation en mai 1945. Ces trois ans qui ont brisé son adolescence et son univers, sont racontés avec la bouleversante simplicité de ses dix-huit ans et la précision due à la proximité des événements dramatiques qu'elle évoque : l'assassi
Publié le : vendredi 10 juin 2011
Lecture(s) : 165
EAN13 : 9782304019681
Nombre de pages : 233
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1 SOUVENIRS D’UN MEDECIN D’ENFANTS A L’OSE
2
Le Manuscrit
de Cayeux-sur-Mer
juillet-août 1945
3 SOUVENIRS D’UN MEDECIN D’ENFANTS A L’OSE
4ERICH ALTMANN
Denise Holstein
Le Manuscrit
de Cayeux-sur-Mer
juillet-août 1945
Rouen - Drancy - Louveciennes -
Birkenau - Bergen-Belsen
1943-1945

Préface de Serge Klarsfeld
Entretiens avec Raymond Riquier
Étude historique de Françoise Bottois

COLLECTION
TÉMOIGNAGES DE LA SHOAH



Éditions Le Manuscrit Le Manuscrit
www.manuscrit.com
5

© Éditions Le Manuscrit, 2008
20 rue des Petits-Champs
75002 Paris
Téléphone : 01 48 07 50 00
Télécopie : 01 48 07 50 10
www.manuscrit.com
communication@manuscrit.com

ISBN : 978-2-304-01968-1 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782304019681 (livre imprimé)
ISBN : 978-2-304-01968-1 (livre numérique)
ISBN (livre numérique) 6
Présentation de la collection
« Témoignages de la Shoah »
de la
Fondation pour la Mémoire de la Shoah

En lançant sa collection « Témoignages de la Shoah » avec
les éditions Le Manuscrit, et grâce aux nouvelles technolo-
gies de communication, la Fondation souhaite conserver
et transmettre vers un large public la mémoire des victi-
mes et des témoins des années noires des persécutions an-
tisémites, de 1933 à 1945.
Aux nombreux ouvrages déjà parus, la Fondation es-
père ainsi ajouter les récits de celles et ceux dont les voix
sont restées jusqu’ici sans écho : souvenirs souvent en-
fouis au plus profond des mémoires individuelles ou fami-
liales, récits parfois écrits mais jamais diffusés, témoigna-
ges publiés au sortir de l’enfer des camps, mais disparus
depuis trop longtemps des rayons des bibliothèques.
Si quelqu’un seul ne peut décrire l’indicible, la multi-
plicité des récits peut s’en approcher.
En tout cas, c’est l’objectif que s’assigne cette collec-
tion à laquelle la Fondation, grâce à son Comité de lec-
ture composé d’historiens et de témoins, apporte sa
caution morale et historique.
Face à une actualité où l’instrumentalisation des
conflits divers tend à obscurcir, confondre et banaliser
ce que fut la Shoah, cette collection permettra aux lec-
teurs, chercheurs et étudiants de mesurer la spécificité
d’une persécution extrême dont les uns furent acteurs,
les autres complices, et face à laquelle certains restèrent
indifférents et les autres héroïques.
Puissent ces ouvrages inspirer à leurs lecteurs le rejet
de l’antisémitisme et de toute autre forme d’exclusion,
et l’esprit de fraternité.

Consultez le site Internet de la FMS : www.fondationshoah.org
7 SOUVENIRS D’UN MEDECIN D’ENFANTS A L’OSE
Comité de lecture de la collection

Président : Serge Klarsfeld
Membres : Isabelle Choko, Olivier Coquard, Gérard Gobitz,
Katy Hazan (OSE), Dominique Missika,
Denis Peschanski, Paul Schaffer
Responsable de la collection : Philippe Weyl

Dans la même collection
Murmures d’enfants dans la nuit, de Rachel Chetrit-Benaudis.
Auschwitz, le 16 mars 1945, d’Alex Mayer.
Dernière Porte suivi de 50 ans après, une journée à Auschwitz,
de Claude Zlotzisty.
À la vie ! Les enfants de Buchenwald, du shtetl à l’OSE,
de Katy Hazan et Éric Ghozlan.
J’ai eu douze ans à Bergen-Belsen, d’Albert Bigielman.
Matricule A-16689. Souvenirs de déportation d’un enfant de treize ans
(mai 1944 - mai 1945), de Claude Hirsch.
Jamais je n’aurai quatorze ans, de François Lecomte.
Sali, de Salomon Malmed.
Journal d’un interné. Compiègne, Drancy, Pithiviers.12 décembre 1941-
23 septembre 1942, de Benjamin Schatzman.
Volume I : Journal ; volume II : Souvenirs et lettres.
Trois mois dura notre bonheur. Mémoires 1943-1944, de Jacques Salon.
Vies interdites, de Mireille Boccara.
Retour d’Auschwitz. Souvenirs du déporté 174949, de Guy Kohen.
Le Camp de la mort lente, Compiègne 1941-1942, de Jean-Jacques Bernard.
Mille jours de la vie d’un déporté qui a eu de la chance, de Théodore Woda.
Évadée du Vél’ d’Hiv’, d’Anna Traube.
Journal de route, 14 mars-9 mai 1945, de Jean Oppenheimer.
Mes vingt ans à l’OSE, 1941-1961, de Jenny Masour-Ratner.
J’avais promis à ma mère de revenir, de Moniek Baumzecer.
Aux frontières de l’espoir, de Georges Loinger avec le concours de Katy Hazan.
De Drancy à Bergen-Belsen 1944-1945. Souvenirs rassemblés d’un enfant déporté,
de Jacques Saurel.
Entre les mots, de Thérèse Malachy-Krol.
Le Sang et l’Or. Souvenirs de camps allemands, de Julien Unger.
C’est leur histoire, 1939-1943, d’André-Lilian Mossé et Réjane Mossé.
Discours 2002-2007, de Simone Veil.
Sans droit à la vie, de Simon Grunwald.
Combats de vies, d’Éliezer Lewinsohn.
Étoile jaune et croix gammée. Les Juifs de Tunisie face aux nazis, de Robert Borgel.
Le Camp juif de Royallieu-Compiègne 1941-1943, collectif.
La Mémoire dans la chair, d’Adèle Grossman.
Face à la mort. Auschwitz-Buchenwald-Oranienburg, d’Erich Altmann.
Souvenirs d’un médecin d’enfants de l’OSE en France et en Suisse, 1940-1945,
rD Gaston Lévy.
J’avais seize ans à Pitchipoï, de Denise Toros-Marter.
8BIOGRAPHIE DE DENISE HOLSTEIN



Biographie
de Denise Holstein







1927 6 février : naissance de Denise à Rouen,
17 rue Jeanne-d’Arc, au domicile de ses pa-
rents. Sa famille se compose de Bernard
Holstein, son père, né le 20 août 1890 à
Kovno (Kaunas) en Lituanie, chirurgien-
dentiste, de Juliette, sa mère, née Cohen, le
16 octobre 1902 à Paris où vit sa famille, et
de Jean, son frère, né le 26 juillet 1924.

Denise Holstein fréquente les petites classes
du lycée Corneille, puis le lycée Jeanne-d’Arc.

1938 La famille procède à l’acquisition de
l’immeuble du 79 rue Jeanne-d’Arc à Rouen
et s’y installe. Son père transfère son cabinet
à cette adresse.

1939 3 septembre : la France et le Royaume-Uni
déclarent la guerre à l’Allemagne nazie à la
suite de son invasion de la Pologne deux
9 BIOGRAPHIE DE DENISE HOLSTEIN
jours plus tôt : début de la Seconde
Guerre mondiale.
Bernard Holstein, ancien combattant de la
Première Guerre mondiale, est mobilisé
comme lieutenant. Il dirige les Gueules cassées
ede la 3 Région militaire à l’hôpital de Rouen.

1940 10 mai : fin de la « drôle de guerre » et pas-
sage à la phase armée du conflit.

Mai-juin : Rouen est durement bombardée.
Exode : Juliette Holstein s’engage comme
conductrice d’ambulance et suit son mari.
Sur la route du replit vers le sud, ils sont vic-
times d’un bombardement. Ils garderont des
séquelles de l’accident.
Denise et Jean font l’Exode avec leur grand-
mère et arrière grand-mère maternelle, par
Vierzon.
Toute la famille Holstein se retrouve en Avi-
gnon. Le père de Denise décline l’offre de
reprendre le cabinet dentaire de son frère,
récemment décédé dans cette cité.

Octobre : les Holstein regagnent Rouen, en
zone occupée. Denise entre au lycée Corneille.

Bernard Holstein, dans le cadre des lois ra-
ciales du gouvernement de Vichy, reçoit
l’autorisation d’exercer son métier de den-
tiste. Il est le seul dentiste recensé comme
Juif à recevoir cette autorisation sur la rive
droite de Rouen.
10BIOGRAPHIE DE DENISE HOLSTEIN
1942 6 mai : Bernard Holstein est raflé à son domi-
cile avec 76 autres hommes reconnus comme
Juifs pour être interné au camp de transit de
Drancy (aujourd’hui en Seine-Saint-Denis).

Juin : Jean Holstein, avant ses 18 ans, est
mis à l’abri en Avignon dans sa famille ;
malade, il est envoyé à la montagne à
Villars-de-Lans (Isère).

8 août : Bernard revient chez lui, avec une
seule autre victime de la même rafle égale-
ment libérée.

1943 15 janvier, 21 h : Denise est arrêtée avec son
père et sa mère à leur domicile, dans la rafle
de tous les Juifs de Rouen et de la Seine-
Inférieure (de nos jours Seine-Maritime). Ils
sont conduits au camp de Drancy le lende-
main au petit matin.

5 mars : Denise est envoyée du camp de
Drancy à l’hôpital Claude-Bernard de Paris
pour soigner diphtérie et oreillons. Elle re-
cevra des nouvelles écrites de ses parents par
l’intermédiaire de sa grand-mère maternelle,
mais ne les reverra plus.

31 mars : Denise Holstein, à sa sortie de
l’hôpital, est placée à Paris dans des maisons
d’enfants juifs orphelins de leurs parents dé-
portés (centres de l’UGIF). Elle poursuit ses
e tétudes au lycée Lamartine (IX arr de Paris).
11 BIOGRAPHIE DE DENISE HOLSTEIN
Début de l’été : elle est conduite au centre
de l’UGIF de Louveciennes (de nos jours
dans les Yvelines) ; elle continue ses études
par correspondance, puis devient monitrice
d’un groupe d’enfants.

Avril : Denise reçoit la visite clandestine de
sa grand-mère maternelle et de sa camarade
Christiane Le Rouxel qui prend les clichés
du centre de Louveciennes reproduits dans
le présent volume.

er1 novembre : Denise est de retour à Louve-
ciennes après une opération de l’appendicite.

20 novembre : Bernard et Juliette Holstein
sont déportés par le convoi n° 62, à Aus-
chwitz II-Birkenau où ils sont immédiate-
ment assassinés.

1944 22 juillet : arrestation des enfants du centre
de Louveciennes, avec leurs monitrices, dans
le cadre d’une rafle plus large.

31 juillet : déportation par le convoi n° 77
– l’avant dernier en partance du camp de
Drancy –, des raflés de Louveciennes. De la
chambrée de Denise, deux enfants seule-
ment survivront : l’un, déporté à Bergen-
Belsen comme fils de prisonnier de guerre,
Samuel Przemisliawski, et Paulette Sklarz,
qui se trouvait à l’hôpital de Saint-Germain
au moment des arrestations. Parmi les autres
12BIOGRAPHIE DE DENISE HOLSTEIN
enfants du centre de Louveciennes, survi-
vront les trois enfants Nelson, Pierre, Josette
et François, et les deux autres enfants Prze-
misliawski, Régine et Maurice, déportés au
camp juif de Bergen-Belsen en raison du sta-
tut de prisonnier de guerre de leurs pères.

Nuit du 2 au 3 août : arrivée à Birkenau.
Denise est « sélectionnée » pour le travail
forcé. Elle survit dans différents Kommandos,
et effectue deux séjours dans des Revier
(« hôpital ») jusqu’à la fin de l’année.

31 décembre : elle est évacuée en train au
camp de Bergen-Belsen (actuellement dans
le Land de Basse-Saxe, Allemagne).

1945 15 avril : libération du camp par les troupes
britanniques. Denise contracte le typhus et
est mise en quarantaine.

8 mai : fin de la Seconde Guerre mondiale
en Europe.

Fin mai : retour à Paris. Elle retrouve, 53 rue
e tde Châteaudun (IX arr de Paris), sa grand-
mère et son arrière-grand-mère maternelles,
son frère Jean et ses cousins.

Juin : voyage à Rouen.

Juillet-août : séjour à Brighton, un hameau de
la commune de Cayeux-sur-Mer (Somme),
13 BIOGRAPHIE DE DENISE HOLSTEIN
chez les Sanson, des amis très proches de
ses parents. Elle retrouve son amie Isabelle.
Rédaction du manuscrit transcrit dans le
présent volume à la demande de M. Sanson.
Quelques rares témoignages dans le cadre
familial, essentiellement.

Denise occupe un emploi de vendeuse,
puis celui de secrétaire médicale à l’hôpital
Necker à Paris. Elle suit des cours de se-
crétariat à l’école Pigier et vit chez sa
grand-mère maternelle.

e t1947 10 février : mariage à la mairie du IX arr et
à la synagogue de Chasseloup-Laubat
e t(XV arr de Paris) avec Jean Samuel. Le
couple s’installe à Boulogne-Billancourt.

1948 Naissance de son fils Patrick qui décède à
l’âge de deux mois et demi.

1949 Naissance de sa fille Catherine.

1951 Denise Holstein participe à l’inauguration de
la nouvelle synagogue de Rouen et de la pla-
que commémorative de la déportation.

1953 Naissance de sa fille Marie-Hélène.

1955 Denise entame sa carrière de représentante
commerciale dans la confection de luxe
pour enfants.

14BIOGRAPHIE DE DENISE HOLSTEIN
1966 Denise divorce.

1983 Elle s’installe dans les Alpes-Maritimes.

1990 Décembre : sur l’invitation de Serge Klars-
feld, Denise participe à l’inauguration d’une
plaque commémorative à Louveciennes.

1992 Elle témoigne pour la première fois de sa
déportation au collège de la Rostagne à An-
tibes : c’est pour elle une révélation et elle ne
pense plus qu’à témoigner.

Denise confectionne une cassette audio de
son témoignage et prend contact avec des
associations locales de résistants et de dé-
portés pour entrer dans les écoles.

Juin : elle revient dans sa ville natale afin de
témoigner au collège Barbey-d’Aurevilly de
Rouen où elle a un impact considérable sur
les élèves.

1993 Denise multiplie ses interventions dans
l’académie de Rouen et celle de Nice.

1994 À partir de cette année, elle sillonne la
France, va de collège en lycée, et même au
lycée français de Londres.

1995 Janvier : Denise participe à l’émission « La
Marche du siècle », à l’occasion du cinquan-
tième anniversaire de la libération des camps
15 BIOGRAPHIE DE DENISE HOLSTEIN
alors que sort son témoignage de déporta-
tion aux Éditions n° 1 (Hachette, Paris) sous
le titre « Je ne vous oublierai jamais, mes enfants
d’Auschwitz… ».

Elle répond à de nombreux interviews aux
différents médias nationaux et locaux. Elle
continuera à répondre aux sollicitations des
journalistes au cours des années suivantes.

Mai : Denise fait le « voyage-retour » à
Auschwitz-Birkenau avec des élèves du
collége Barbey-d’Aurevilly.
Cinq autres voyages suivront dont trois
filmés : par le Centre départemental de
documentation pédagogique (CDDP) de
l’Eure en 1996, par FR3-Normandie en
1997 et FR3-Côte-d’Azur en 1999.

1997 Sortie de la vidéo-casette Le Passage du témoin
réalisée par le CDDP de l’Eure.

2001 27 juin : elle est élevée au rang de chevalier
de l’ordre des Palmes académiques et déco-
rée par le recteur de l’académie de Rouen.

2006 27 janvier : Denise est décorée de la médaille
de chevalier de l’ordre de la Légion d’honneur.

2007 28 novembre : elle est invitée à l’émission de
France 3 « Droit d’inventaire » consacrée à
la fin de la Seconde Guerre mondiale.

16BIOGRAPHIE DE DENISE HOLSTEIN



Jean et Denise Holstein de part et d’autre
d’Isabelle Sanson sur la plage de Cayeux-sur-Mer
en 1931.
17 BIOGRAPHIE DE DENISE HOLSTEIN
Remerciements

Je voudrais tout d’abord remercier Raymond Riquier :
sans vous, ce livre n’aurait jamais existé. À la suite d’une
rencontre lors d’une projection sur le camp de Bergen-
Belsen au CDJC, nous décidons de nous revoir à Anti-
bes et là vous découvrez mon « Manuscrit ». C’est à sa
lecture que vous me proposez de réaliser ce livre.
Nous avons ensemble fouillé ce récit durant de nom-
breuses heures. Ce retour au passé fut souvent très pé-
nible pour moi. Mais grâce à votre gentillesse, j’ai pu
m’exprimer et retrouver des souvenirs enfouis à jamais.
Avec toute ma gratitude, merci pour tout.
Merci à Isabelle Estienne. Ton père a compris de suite
l’importance « d’écrire à chaud » mon histoire dès mon
retour : « Il vous servira plus tard. » Combien il a eu rai-
son ! Et nous deux resterons amies à jamais, comme
l’étaient nos parents !
Merci à Françoise Bottois de m’avoir tant aidée à ren-
contrer des milliers d’élèves en Seine-Maritime.
Merci pour cet immense travail de recherche sur
l’extermination des Juifs de Rouen. Avec toute ma re-
connaissance et mon amitié profonde.
Merci à Serge Klarsfeld. Je vous ai rencontré à Louve-
ciennes à l’occasion de la pose d’une plaque en souve-
nirs de tous ces pauvres enfants disparus. Vous m’avez
fait comprendre que nous étions si peu de rescapés qu’il
fallait parler et ne pas laisser les « révisionnistes » nier
l’horreur de la Shoah. Pendant des années, grâce à vous,
j’ai témoigné auprès des jeunes et refait plusieurs voya-
ges à Auschwitz-Birkenau. Merci pour votre aide pré-
cieuse, sans oublier l’affection de Beate.

Denise Holstein,
Antibes, mars 2008
18PREFACE



Préface







Parmi les rescapés des camps d’extermination, plus
nombreux que l’on ne croit sont ceux qui ont très
tôt et même quasi immédiatement relaté leur sort.
Notons que pratiquement aucun déporté juif n’a
été interviewé au moyen de la radio et du film et
que même la presse écrite s’est peu intéressée à re-
cueillir les récits qu’ils auraient pu lui confier. Pour-
tant certains déportés survivants ont commencé à
écrire leurs souvenirs dès leur libération : tel s’est
emparé du papier à en-tête de la direction du camp
d’Auschwitz ; tel n’a pu trouver que du papier hy-
giénique ; telle autre en convalescence en Suède
s’est imposé ce travail de mémoire. On pourrait
multiplier les exemples. Certains ont essayé de pu-
blier leurs manuscrits ; très peu ont réussi : les édi-
teurs n’étaient pas demandeurs et il n’y avait pas
foule de lecteurs. D’ailleurs ceux qui écrivaient le
faisaient plutôt pour eux-mêmes et dans l’absolu :
ils voulaient témoigner avant d’oublier et fixer sur
papier ce qu’ils avaient vécu et ce qu’ils avaient vu.
Certains aussi l’ont fait parce que d’autres avaient
19 PREFACE
compris qu’écrire constituait une sorte de catharsis
qui les aiderait à surmonter la terrible épreuve qu’ils
avaient endurée.
Ce fut le cas de Denise Holstein, dont paraît le
livre très justement intitulé Le Manuscrit de Cayeux-
sur-Mer. Juillet-août 1945. Ce texte a été rédigé par
une adolescente de dix-huit ans à la demande du
père de son amie Isabelle, qui lui accorde
l’hospitalité pendant l’été 1945.
Denise y a relaté la tragique épopée qui l’a
conduite de Rouen à Drancy puis à Birkenau et à
Bergen-Belsen et pendant laquelle elle a perdu sa
mère, Juliette, et son père, Bernard, assassinés dans
les chambres à gaz.
Ce texte est bouleversant par sa simplicité et par
la lumière implacable qu’il projette sur la condition
juive pendant la Shoah. Il n’y a pas seulement la
souffrance de Denise d’être séparée de ses parents à
Drancy et de les savoir déportés vers une destina-
tion inconnue mais très périlleuse. Il y a aussi le fait
que, libérée provisoirement, Denise s’occupe des
petits enfants du centre d’enfants juifs de Louve-
ciennes liquidés par le SS Aloïs Brunner en juillet
1944. Ils furent 32 à partir pour Birkenau avec De-
nise dans le dernier grand convoi de Drancy, le
31 juillet 1944, et Denise revient de déportation.
Tous les enfants furent assassinés dès leur arrivée et
Denise raconte en détail comment un interné l’a
obligée, à la descente du wagon puis sur la rampe, à
lâcher les mains des enfants qui s’accrochaient à
elle. Lire ces pages et suivre le chemin de Denise,
c’est comme mourir et se réveiller en enfer.

20PREFACE
À Birkenau, Denise a bien du mal à survivre et à
franchir avec succès le tamis des sélections qu’opère
le Dr Mengele. Au dernier jour de 1944, elle a la
chance d’être transférée par train dans le camp de
Bergen-Belsen et d’échapper ainsi aux « marches de la
mort » qui élimineront une si grande proportion de
déportés jusqu’alors survivants. Denise ne relate pas
seulement les conditions si inhumaines de Bergen-
Belsen (où périt Anne Frank), elle nous permet de sa-
voir comment elle a réagi à sa libération, à son retour
en France, à sa difficile réintégration dans l’univers de
ceux qui n’ont pas connu Auschwitz.

Ce récit si attachant est suivi de très intéressants
entretiens menés en 2007 par Raymond Riquier avec
Denise et qui approfondissent et éclairent très habi-
lement le texte de 1945. Ils font savoir aussi quel fut
le destin personnel de Denise entre 1945 et 2008.

Enfin, la dernière partie de l’ouvrage est constituée
par une remarquable étude historique de Françoise
Bottois sur l’anéantissement des Juifs de Rouen. Elle
s’explique par le fait que la famille Holstein vivait à
Rouen, où le père de Denise était un chirurgien-
dentiste réputé. Denise dans son récit évoque souvent
les Juifs de Rouen et de l’agglomération qui furent
persécutés plus qu’ailleurs en France, puisque les
premières arrestations y ont lieu, individuelles, en
1941 ; les suivantes, le 6 mai 1942, quand Bernard
Holstein est raflé avec 76 autres Juifs. Transportés à
Drancy, 75 seront déportés, deux reviendront. Quant
au père de Denise, libéré miraculeusement, il est arrê-
té à nouveau et cette fois avec sa femme et Denise, le
21 PREFACE
15 janvier 1943. C’est toute la communauté juive de
Rouen qui est visée et c’est la première fois que la po-
lice française arrête massivement des familles juives
de nationalité française. Le préfet André Parmentier
n’a même pas demandé l’autorisation du préfet Jean
Leguay, délégué de Bousquet en zone occupée, de
mener cette rafle ; ce que Bousquet lui reprochera.
Deux cent vingt deux adultes et enfants de la Seine-
Inférieure (aujourd’hui, Maritime) sont conduits à
Drancy. Cent quatre-vingt quinze seront déportés à
Auschwitz ou à Sobibor ; cent quatre-vingt treize pé-
riront ; Denise sera l’une des deux survivants.

J’ai assisté aux cérémonies du cinquantenaire de
ecette rafle et de son 60 anniversaire. J’ai réussi à
convaincre Denise, il y aura bientôt vingt ans, de ve-
nir à Louveciennes participer à la pose de la plaque
commémorative, dont nous avons pris l’initiative.
Depuis, elle n’a cessé de témoigner avec une rare
énergie et une rare efficacité : dans les établissements
scolaires de Rouen et sur la Côte-d’Azur, dans les
voyages de collégiens ou de lycéens à Auschwitz et
dans les médias nationaux. À plus de quatre-vingts
ans et avec l’affaiblissement de l’âge et de la santé,
Denise a décidé, avec raison, de rendre public un
premier témoignage, de le commenter et d’associer à
son histoire personnelle l’histoire des Juifs de
Rouen, disparus si nombreux pendant la Shoah et
qu’elle est la seule au monde aujourd’hui à avoir ac-
compagnés dans leur terrifiant voyage jusqu’au bout
de la nuit et du brouillard qui était celui du gaz.

Serge Klarsfeld
22PREFACE








À ma jolie petite Marie-Anne,
aux yeux si bleus







Denise Holstein et la petite Marie-Anne Vexler,
sur le perron du centre de Louveciennes, avril 1944.
23

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