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Le mariage et ses implications chez les Luluwa

De
158 pages
Dans ce livre, l'ensemble des formes de comportement propres aux Luluwa, acquises et observées sont analysées à partir des règles et des rites matrimoniaux. L'auteur expose objectivement les bonnes moeurs conjugales, les mythes, les pratiques magiques et d'autres faits sociaux qui sont en rapport avec les forces invisibles.
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Le mariage et ses implications chez les Luluwa
de la République démocratique du Congo

@ L'Harmattan, 2009 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan l@wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-08100-0 EAN : 9782296081000

Ngindu LUKUSA

Le mariage et ses implications chez les Luluwa
de la République démocratique du Congo

Priface de Mwamba Cabakulu

L'Harmattan

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Kananga: 1980.

«Tshadima umue tshadia bange »1.
(Proverbe luluwa).

1. Ce qu'une personne sème profite à tout le monde.

AVERTISSEMENT

Dans cette étude, nous avons évité de franciser les noms et autres termes africains, pour respecter leur authenticité établie par l'usage courant en République démocratique du Congo. Ainsi, nous les avons bien expliqués littéralement par des mots mis entre parenthèses. Ceux qui n'ont pas d'équivalents en français sont écrits en langue tshiluba et repris dans un lexique sommaire à la fin du texte, pour faciliter la compréhension au lecteur. La croisette en cuivre qui illustre la couverture de cet ouvrage est une production propre à l'auteur; elle faisait partie intégrante de la dot traditionnelle.

REMERCIEMENTS

Je veux, de prime abord, témoigner l'expression de ma profonde gratitude à ma mère Tshashi wa Tumata Mukua Kasua dont les conseils m'ont toujours servi de guide; à mon feu père Ngindu wa Mamina Tshibanga qui m'a appris l'austérité de tabous et d'interdits de notre société. Trop tôt, la mort l'a arraché à l'affection des siens; ce drame m'a semblé douloureux et injuste. Je songe à lui, même s'il n'a pas vu cet ouvrage dès sa parution. J'ai une pensée unique pour mes enfants, le sang de mon sang, à qui je dédie cette œuvre et je transmets ce que mon père m'a demandé avec insistance. A ma femme qui m'a encouragé à sa façon de la conception à la réalisation de cette étude. Aux souhaits formulés aux parents, s'ajoutent d'autres éléments de remerciements à tous ceux qui m'ont rendu des services petits et grands dans l'exécution de ce travail. Je témoigne les mêmes sentiments de reconnaissance envers

mes amis africains soucieux comme moi de nos traditions qui font maintenant l'objet de mutations dans toutes les couches sociales, et qui sont menacées de disparaître sous les assauts de la civilisation industrielle. l'adresse également des remerciements à mes frères et sœurs qui vivent dans le terroir luluwa, pour m'avoir donné des explications de certains concepts et termes luluwa. Je suis responsable de quelques erreurs d'interprétation de leur témoignage, dans la phase finale de ce texte. En outre, je suis reconnaissant envers quelques hommes et femmes luluwa, spécialement Muamba Ngindu, Mudiele Ndungu, Kayembe Ntambwe et Tshela Mombuyi qui m'ont fourni des renseignements vraiment utiles, pour que cette étude ait une présentation des faits concrets. Le Professeur Mwamba Cabakulu mérite aussi toute ma reconnaissance, et il sait lui-même pourquoi. Bien des personnes sympathiques et généreuses ne verront sans doute pas leurs noms mentionnés dans cet ouvrage, parce que j'ai simplement évité une longue liste nominative. En dépit de cette omission, je leur dis merci mille fois.

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PREFACE

Il convient d'emblée de saluer la publication de Ngindu Lukusa sur le peuple luluwa ; elle vient compléter une liste bien longue d'études sur les Luluwa. Il suffjt pour cela de lire les références bibliographiques sélectives signalées à la fin de cet ouvrage. Le sujet de cette étude, « Le mariage et ses implications chez les Luluwa )), s'inscrit dans la sociologie du rituel du mariage. Par de nombreuses traditions, on sait que le mariage n'est pas perçu de la même façon selon les époques et les civilisations. C'est pOurqUOi: avec cet ouvrage, Ngindu Lukusa se donne comme objectif de faire ressortir la spécificité des pratiques rituelles nuptiales chez les Luluwa. Il présente ainsi une description détaJ1léede la trame des événements qui se déroulent à partir de la première rencontre de futurs époux jusqu'à la noce. L'ouvrage est divisé en huit chapitres qui décrivent les différentes étapes du scénario nuptial. Il évoque entre

autres éléments: écologie lu1uwa, circonstances de la prenlière rencontre, modalités qui entrent dans le choix du conjoin~ fixation des accords en vue du mariage, célébration du mariage, installation du couple à son domicl1e, etc. Dans son analyse, l'auteur situe les éléments de pennanence et de changement de cette tradition en montrant comment la faml1le luluwa, socle de la société, a été atteinte aussi, comme toutes les autres institutions a/iicaines, par les transfonnations rapides et profondes de la modemité. Ces rituels de mariage se présentent ainsi comme des indicateurs de l'état des lieux de cette société au 20è s. Ils sont analysés avec pertinence dans leur morphologie, dans leur matérialité visible et perceptible mais aussi dans leurs significations.

L'ouvrage de Ngindu Lukusa doit se lire comme une
contribution importante à l'éducation de jeunes générations luluwa et aussi comme une réactivation des traditions aiHcaines agressées par les effets de la mondialisation. Ce livre constitue finalement un plaidoyer pour une nouvelle socialité luluwa. ProfesseurMwamba Cabakulu
Université Gaston Berger de Saint-Louis (Sénégal)

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INTRODUCTION
« Peu de jeunes épouses sont fidèles.. .les jeunes maris sont toujours soupçonneux, enclins à des colères jalouses...le mariage implique toutes sortes d'ajustements difficiles ». Oliver Douglas L.

En réalisant ce travail, nous n'analysons pas tous les systèmes matrimoniaux tels qu'ils sont pratiqués partout en Afrique noire, parce que nous voulons volontairement repousser certains affirmations et détails loufoques. Notre ambition se limite à l'explication des règles et des rites du mariage (dibaka) toujours en vigueur chez les Luluwa qui vivent absolument pour la morale coutumière. Cependant, nous n'avons nullement besoin de spéculer sur tout ce qui se passe aujourd'hui dans beaucoup de familles citadines où l'on observe une rupture de l'austérité de leurs mœurs. Dans cette société, le mariage en tant qu'institution sociale sacrée, utile à l'homme et à la femme lie de nombreuses personnes sous son aspect juridique, culturel; elle suppose l'observation scrupuleuse des règles qui ont pour objet de

préserver sa légitimité ainsi que tous, un homme qui ne se marie un marginal, un paria. De même, assimilée à une personne maudite

sa stabilité. Aux yeux de pas est considéré comme une femme célibataire est par la sorcellerie.

Si nous avons choisi la région luluwa comme l'axe central de cette étude c'est parce que nous en faisons partie. Et nous sommes ému par l'amour de notre sol natal (kuetu kundela) qui nous est familier et que nous connaissons très bien. Notre appartenance à l'ethnie considérée nous a permis en certains points et par notre expérience personnelle de mieux éclairer l'opportunité que représente cette étude qui s'inscrit dans une ethnologie de l'identité essentielles des Luluwa. A l'évidence, nous essayons d'apporter les réalités socioculturelles des hommes et des femmes luluwa qui ont pratiqué et qui continuent à pratiquer ce qu'il est convenu d'appeler un mariage. Depuis notre plus jeune âge, nous avons assisté à beaucoup de cérémonies qui accompagnaient le mariage luluwa. Mais en réalisant cette étude, nous cherchons à réfléchir davantage sur leurs significations psychologiques, religieuses que nous ne pouvions approfondir à l'époque, pour voir dans quelle mesure l'importance sociale qui les caractérisait était bien conforme aux règles coutumières liées au mariage luluwa et justifiées à partir de l'histoire de cette société. Ce texte se présente comme une contribution à la connaissance de la culture luluwa, et vient combler le manque de quelques ouvrages sur ce peuple. Selon l'organisation sociale luluwa, le mariage de deux personnes n'est pas une simple union qui les concernera individuellement. C'est plutôt une institution d'importance primordiale qui permet à chacun d'avoir un statut social 14

propre à son identité et qui met en rapport les vivants et les morts de deux familles. Selon P. L. Tolra et J.P. Wamier:
« Le mariage ne trouve pas son origine dans les individus, mais dans l'alliance de groupes preneurs de femmes et de groupes donneurs de femmes (familles, lignages, clans) qu'il unit avant les individus et audessus d'eux» 1.

Compte tenu des mœurs et coutumes luluwa, le mariage est considéré comme une obligation sociale. Par contre, le célibat est la pire des situations qu'on déteste. Bien qu'il existe évidement dans la ville, il n'est pas toléré pour un homme ou pour une femme. C'est vrai qu'en milieu rural, on constate sans doute que des jeunes célibataires sont généralement minoritaires. Certains d'entre eux se trouvent dans cette situation un peu inconfortable, par suite des difficultés financières et économiques qui ne permettent pas aux parents de constituer facilement les biens spéciaux en vue de préparer leur mariage au moment opportun. L'importance du mariage est stigmatisée par ce célèbre dicton luluwa : « tshikunda mmukaji tshibi mbujike », c'està-dire, mieux vaut une vieille femme que le célibat. Il faut rappeler que dans l'institution du mariage luluwa comme dans d'autres activités pas mal de choses ont changé. Ce changement est imputable à la colonisation et à sa politique culturelle. A leur arrivée vers 1887, dans la région luluwa, sur l'invitation du roi Kalamba Mukenge dont ils ont obtenu la collaboration et la conversion au christianisme, les missionnaires ont joué un rôle très important dans la structure du mariage. Par la force des choses et par la mauvaise foi, ils ont fait tout ce qu'il fallait pour arracher les hommes, les femmes et les enfants à l'appréciation de leur culture. Comme beaucoup le savent, la colonisation avait totalement toute liberté pour imposer sa loi et pour sanctionner très vite certaines règles de la morale établies
1. P. L. ToIra et J. P. Warnier, Ethnologie Anthropologie, Paris, 1993, p.60.

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