Le marquillage clair-obscur

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Publié le : lundi 1 janvier 0001
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EAN13 : 9782296319516
Nombre de pages : 128
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Le maquillage clair-obscur
Une anthropologie du maquillage contemporain

Collection NOUVELLES ETUDES ANTHROPOLOGIQUES Une libre association d'universitaires et de chercheurs entend promouvoir de «Nouvelles Etudes Anthropologiques». En privilégiant dans une perspective novatrice et transversale les objets oubliés, les choses insolites, les réalités énigmatiques, les univers parallèles, les «Nouvelles Etudes Anthropologiques» interrogeront surtout la Vie, la Mort, la Survie sous toutes leurs formes, le Temps avec ses mémoires et ses imaginaires, la Corporéité dans ses aspects fantasmatiques et ritualisés, le Surnaturel, y compris dans ses croyances et ses témoignages les plus extraordinaires. Sans renoncer aux principes de la rationalité, les «Nouvelles Etudes Anthropologiques» chercheront à développer un nouvel esprit scientifique en explorant la pluralité des mondes, les états frontières, les dimensions cachées.
PatrickBAUDRY, Louis-Vincent THOMAS t

Ouvrages parus:
Patrick Baudry, Le corps extrême, Approche sociologique des conduites à risque, 1991. Louis-Vincent Thomas, La mort en question, 1991. Annick Barrau, Quelle mort pour demain, 1992. Christiane Montandon-Binet, Alain Montandon (ed), Savoir mourir, 1993. Jean-Marie Brohm, Les meutes sportives, 1993. Alain Gauthier, L'impact de l'image, 1993. Louis-Vincent Thomas, Mélanges thanatiques, 1993. Françoise Duvignaud, Terre mythique, terre fantasmée, L'Arcadie, 1994. Anne Cadoret, Parenté plurielle, Anthropologie du placement familial, 1995. Didier Pingeon, Serge Heughebaert, Philippe Beuret, Mario Castiglione, Grandir de l'échec, Des familles dans un centre d'expression créative, 1995. Jeff Kintzelé, La drague, 1995. Ricardo Freitas, Centres commerciaux: îles urbaines de la postmodernité, 1996 <9L'Harmattan, 1996 ISBN: 2-7384-4282-X

Christine Arzaroli

Le maquillage clair-obscur
Une anthropologie du maquillage contemporain

Editions L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole Polytechnique 75005 Paris

L'Harmattan INC 55, rue Saint Jacques Montréal-Québec H2Y 1K9

"Apprends d'un aveugle le secret de la vision." 'Attar, Le Livre divin

A VANT PROPOS

Le maquillage se révèle être un cheminement délicat et complexe: il entremêle les fils du paradoxe pour tisser le voile du visage; telle une étoffe infiniment légère, parfois perceptible, parfois insoupçonnable, il épouse la peau, compose picturalement et de façon vivante les traits. Art de faire que l'on peut qualifier de "léger", il est cependant riche de par ses multiples dimensions car il met en mouvement des forces latentes et manifestes. Le maquillage relève de l'efficacité symbolique par le fait qu'il participe à l'inscription corporelle des femmes dans la société (elles seules instituent au quotidien l'artifice ritualisé spécifique du visage maquillé). Tout comme la mythologie du chaman possédant sa propre efficacité symbolique, analysée par Claude Lévi-Strauss, le maquillage en tant qu'esthétique et pratique engendre des effets de croyance quant à la beauté féminine. Les signes effectifs que la femme appose sur son visage témoigne d'une quête de la féminité et du désir de souligner celle-ci par le détour et le jeu de l'apparence. Ainsi l'interrogation concernant le maquillage est une question posée aux marques culturelles qui signent la féminité, ce mystère indicernable qui continue de nourrir l'imagination. Le visage constitue la manifestation la plus évidente de l'individualité. Si le maquillage apparaît comme une invitation au regard d'autrui, il demeure aussi un secret, une part d'ombre et de lumière (l'usage lui-même s'élabore grâce au voilement et au soulignement), une juxtaposition de substances, un jeu de clairobscur, une limite entre la surface (le visible) et la profondeur (l'invisible). fi témoigne de désirs certains (accéder à la beauté, à la séduction, à la reconnaissance) mais également de la part d'aventure inconsciente qui échappe à chaque femme. La stratification du visage par le maquillage intervient comme un élément de fixation ou, au contraire, de métamorphose de 7

l'expressivité. Le maquillage a pour fonction d'introduire soit une forme hiératique dans l'espace social, soit une forme de désordre (le maquillage à forte connotation sexuelle ou l'anti-maquillage de jeunes marginales). Le visage œuvré par l'artifice prend part à la consolidation des échanges sociaux (stratégie des apparences, séduction discrète) ou introduit, par l'épiphanie d'un visage maquillé, l'animalité virtuelle du corps, un trouble ou une subversion qui s'expriment à travers une écriture particulière et délibérée. Chaque société module l'expression du visage, lui qui "résout le plus parfaitement cette tâche de produire, avec un minimum de modification de détail, un maximum de modification dans l'impression d'ensembleI". Le maquillage contribue à un mode de visagéité contemporaine répondant à des données culturelles. Voir, être vu, dans un monde où les modèles sont massivement diffusés sous forme d'images démultipliées, devient un enjeu qui en appelle à la volonté de distinction. Le maquillage s'inscrit dans la perspective de modifier la visibilité du visage grâce aux stratégies de la parure devenue un élément de singularisation. La société dans laquelle nous évoluons a modifié la symbolique du maquillage puisqu'elle a bouleversé la perception du visage. Aujourd'hui les supports de la communication produisent et propulsent des visages d'une remarquable proximité. Le visage, de par ses multiples mises en perspective (photographie, cinéma, télévision, vidéo...) s'adressant au plus grand nombre, s'avère sans doute plus commun, peut-être même glisse-t-il vers l'effacement. Mais s'il existe bien une coïncidence entre les visages-images et la pratique du maquillage, celle-ci n'est pas une traduction littérale: l'image passe du côté de la trame quotidienne. En effet le maquillage ne subsiste pas seulement tel un reflet de la société de consommation, de la mode. Les femmes ne sont pas de simples "figurantes", elles expriment, chacune à leur manière, un rapport subjectif à l'apparence même si cette dernière se comprend toujours en référence à un environnement collectif.

1 Georg Simme1, La tragédie de la culture, trad. fr., Paris, Rivages, 1987, p. 143. 8

Par le désir de sur-ajouter, grâce au scintillement des fards, des signes sur sa peau, la femme perpétue l'ample et millénaire effervescence de la transfiguration symbolique. Mais le visage comme modèle visible prenant part à une esthétisation générale impulsée par les images devient-il plus encore élément de contemplation ou perd-t-il de sa puissance d'apparition et d'évocation? L'esthétique sociale contemporaine se révèle être un univers créateur de tensions et d'interrogations. Peut-être aussi le maquillage perdure parce qu'il est un des symptômes de l'inquiétude anthropomorphique! qui se retrouve de tout temps, dans toutes les civilisations et dont jaillissent les productions artistiques. Ce "symptôme" devient sans doute plus crucial de nos jours dans la mesure où le corps et le visage humains sont en permanence confrontés aux images qui les représentent.

1 Georges Didi-Huberman, Ce que nous voyons, ce qui nous regarde, Paris, Minuit, 1992. 9

I UNE ESTHETIQUE SOCIALE SINGULIERE
"Et vous ne rougissez pas de marquer le tour des yeux avec de la cendre fine ou avec le safran qui naît sur tes rives, limpide Cydnus." Ovide,L'Art d'aimer

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