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Le masochisme sexuel

De
224 pages
Si, jusqu'à présent, aucune thèse satisfaisante sur le masochisme n'a vu le jour, il faut peut-être en chercher la cause dans la théorie freudienne de la sexualité. Les concepts lacaniens ont permis d'aborder différemment le phénomène. Cet ouvrage, riche en témoignages, prend en compte la parole des masochistes. Voici des jalons pour comprendre le théâtre baroque en perpétuelle représentation qu'est le masochisme sexuel.
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LE MASOCHISME SEXUEL

Michel Mogniat

LE MASOCHISME SEXUEL

L' Harmattan

OUVRAGE

DU MÊME AUTEUR

Essai

L'Idéologie freudienne

(éditions Édilivre)

Théâtre Antigone à La Rochelle (épuisé) Axnos (épuisé)
Site Internet

http://causepsy.fr

2009 5-7, rue de l'Ecole polytechnique, 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com diffusi on.harmattan@wanadoo.fr harmattan I@wanadoo.fr

@ L'Harmattan,

ISBN: 978-2-296-09236-5 EAN : 9782296092365

Sommaire: Avant-propos
Introduction Les usages Sadisme et masochisme La science

13 15

Chapitre 1 Les théories de la psychanalyse
Les thèses de Freud: -La théorie des pulsions -La pulsion de mort Sacha Nacht et Wilhelm Reich Le caractère masochiste Théodore Reik ou le non-dit théorique Edmund Bergler Trois concepts Les contemporains La réaction thérapeutique négative Le DSM La morale comme base théorique L'approche lacanienne: -Le déni et la forclusion -Le Phallus -Les objets Récapitulatif

27

7

Chapitre 2 Eléments pour un complexe matriciel
Le ventre du monde Un complexe matriciel Les fondements mythologiques Le calendrier biologique Georg Groddeck, la matrice et la poitrine

65

Chapitre 3 La théorie des masochismes
Le masochiste compulsionnel Le masochiste déviant Le masochiste pervers Le masochisme de situation Le masochisme d'objet

85

Chapitre 4 Les jeux masochistes
Les jeux de bondage Le jeu de l'araignée Biens: meubles et immeubles Carpettes et tapisseries Prises de vues Les quatre objets A quatre pattes, ensemble mais différents La mise en croix Le travestissement dans les jeux masochistes La Maman et la soubrette Le travesti se ment? Une apparence trompeuse: le dépôt 8

107

Une apparence trompeuse (suite) : la Reine Le lavement La Maman et la putain De l'évolution des espèces

Chapitre 5 Deux exemples de masochisme d'objet
Premier récit: un masochisme œdipien Deuxième récit: un masochisme matriciel La différence de sens dans les deux récits: -Présentation -La prise en main -Le travail ménager -L'argent -L'accord tacite -La castration et l'effacement -Les tiers -La correction Conclusion

143

Chapitre 6 Gilles Deleuze ou l'approche philosophique
Les trois femmes Le contrat masochiste Le sens du contrat L'institution G. Deleuze, un freudien? Les raisons

169

9

Chapitre 7 Masociologie
Catholicisme et Réfonne La société civite La société moderne: -Les sports -La culture -Les nouveaux médias Du bordel au dpnjon : la culpabilité Un devenir incertain Index alphabétique des auteurs cités

189

221

10

Ce travail est dédié à tous ceux qui, par leurs témoignages, ont permis que cet essai voie lejour. Que leur témoignage fût écrit, oral ou de visu, qu'il fût de quelques minutes furtivement ou s'étalant sur plusieurs mois avec un support électronique ou lors de rencontres. Tous m'ont apporté beaucoup. Qu'ils soient remerciés ici pour leur participation. Les témoignages cités, sauf s'ils ont donné lieu à publication, sont en grande partie de sources privées, aucune référence n'est donnée, les prénoms ont souvent été changés.

Avaut-propos
Ce travail est bien sûr incomplet. Je ne traite pas dans cet essai sur le masochisme du phénomène de la douleur; je l'ai volontairement laissé de côté, je n'avais pour cela ni la connaissance de sa physiologie ni les moyens matériels pour l'étudier. Dans une vision globale, la douleur, quoiqu'importante, se situe souvent à la périphérie et non au centre du masochisme, elle n'en est qu'un élément, même si dans certaines formes elle en est l'essentiel. Laissant de côté la physiologie, je n'ai pas cherché non plus à savoir si les neurosciences ont un élément de réponse au masochisme. Si elles peuvent apporter une explication au processus de la douleur, il serait étonnant qu'elles puissent répondre au «pourquoi» du masochisme. Il ne suffit pas de dresser un animal de laboratoire en associant stimuli de plaisir et sensation désagréable pour expliquer le phénOIp.ène et cela reviendrait à dire que le masochisme ne tire son origine que de facteurs environnementaux. Isoler tel ou tel groupe de neurones n'apportera pas davantage de réponse. Même si on trouve un jour un groupe d'expérimentateurs-témoins prêt à fantasmer ou à regarder leurs scènes favorites enfermés dans un tunnel d'IRM, cela ne nous indiquera rien sur l'origine du masochisme. Il ne serait par contre pas surprenant que l'on nous annonce dans quelque temps que le « gène» du masochisme a été isolé. Bien souvent, les masochistes ont eu un parent masochiste, mais cela n'est pas confIrmé par une étude de masse. On peut d'ailleurs se demander si cela pourra l'être un jour et encore faudrait-il savoir de quel masochisme il s'agit et s'entendre sur une défInition un peu plus sérieuse

13

que celle qu'en donne aujourd'hui la CIM ou le DSM IV 1. Comme il sera vu dans les pages suivantes, le masochisme ne correspond pas forcément à un comportement stéréotypé, il est polymorphe. Je ne traite pas séparément le masochisme de la femme et celui de I'homme. Même si les exemples et les témoignages illustrant mes propos sont majoritairement masculins, le masochisme doit être considéré comme un phénomène féminin au sens où Freud entendait masochisme féminin. Il est évident que le masochisme de l'homme est souvent plus voyant que celui de la femme qui, jusqu'à présent, dans nos sociétés, pouvait vivre son masochisme sans trop attirer l'attention. La « culture» la formant, l'invitant même à accepter son masochisme. La femme, dans la majorité des cas, si elle voulait atteindre un semblant de bonheur, avait tout intérêt à développer son masochisme. Ce qui ne signifie pas que toutes les femmes étaient ou soient biologiquement des masochistes avérées. Chacun de nous, homme ou femme, possède sa quantité de masochisme féminin, acquise ou inscrite en soi. Mais entre le noir et le blanc il existe toute une palette de gris... Le chapitre I pourra paraître fastidieux aux lecteurs qui ne sont pas habitués aux thèses et au vocabulaire de la psychanalyse, ce chapitre pourra être lu ultérieurement.

I

CIM: classification Internationale des maladies. DSM : Diagnostic

and Statistical Manual of Mentais Discorders

14

Introduction
Il est évident qu'effectuer un travail sur le masochisme c'est poser plus de questions que répondre à celles qui existent déjà. S'il est possible d'apporter un début de réponse aux interrogations que pose le masochisme, on ne peut pas le faire en se limitant à un système psychologique limité aux interférences entre les pulsions et les mouvements du psychisme. Il faudra, pour tenter une réponse, élargir le champ de recherche à la mythologie, au symbolisme, à la religion et au monde animal. On rencontrera dans le masochisme, comme dans toutes formes de pratique sexuelle, l'importance de la différence des sexes, la pratique religieuse, les mythes de fécondité et les modes d'organisation de société. Le masochisme est un sujet qui a fait couler plus d'encre que de sang et pourtant les tentatives d'écriture à son sujet sont peu nombreuses. À de rares exceptions près, ce compagnon de route du genre humain n'a pas l'air d'intéresser les philosophes ou d'être un sujet de réelle curiosité. Il faut dire qu'avant que les psychiatres ne braquent sur lui les feux de l'anomalie, il cheminait tranquillement avec l'humanité sous forme de rites initiatiques, de pratiques sociales ou religieuses ou plus simplement dans sa forme sexuelle. Car aussi loin que l'on remonte dans le temps, il semble que le masochisme fut toujours un partenaire de l'espèce humaine. L'humanité et le masochisme "chevauchent" côte à côte, depuis la nuit des temps. Des ex-voto sous forme d'éperons, de cravaches ou de mors ont été retrouvés dans les temples dédiés à Vénus Aphrodite. Du lieu sacré au cabinet du psychiatre, en passant par le bordel, le masochisme est là, compagnon fidèle de l'humanité. On sait, par des bas-reliefs, qu'il remonte à la plus haute Antiquité, et par quelques écrits, que divers philosophes grecs étaient adeptes de ces pratiques; Socrate 15

se faisait enfoncer des aiguilles dans ses chairs pour maintenir son érection. On sait également que le phénomène masochiste est de toutes les cultures et de tous les continents et qu'il fut toujours plus ou moins intégré à la structure sociale par le biais de la culture, de l'art et de la religion: "Dans le sanctuaire du dieu Zeus, à Dodone, les lanières d'un fouet tenu par une statue d'enfant frappent au soujjle du vent un chaudron sacré et le son qui en résulte est censé être l'oracle du dieu. Les statues du dieu Min, en Égypte, le représentent le bras droit levé en équerre dans l'angle d'un fouet, fouet royal, symbole de terreur salutaire qui flotte mystérieusement au dessus de la main ouverte. Mais ce dieu était également lié au culte de la fécondité, l'autre bras glisse sous le vêtement et la main entoure la racine du phallus divin... Telle est l'image calme en qui s'incarnait la divinité redoutable du taureau qui couvre les femelles, maître généreux dont la procession ouvrait le temps des moissons. " 1 De la simple fessée érotique au bondage le plus subtil, le masochisme ne connaît ni âge ni sexe. Il peut commencer dans l'enfance et finir à la vieillesse, il peut survenir un jour, sans crier gare, sous les traits d'un amant ou d'une amante qui intrigue en se mêlant aux plaisirs amoureux et disparaître sans laisser de traces, mais une profonde nostalgie. Nécessité religieuse ou fantaisie sexuelle, il est tout à la fois pratiques solitaires comme la dévotion privée ou pratique de groupe comme la flagellation collective, il est aussi une célébration mystique. Le masochisme est éternel retour, recommencement sans fin. Retour jusqu'aux endroits les plus profondément enfouis de l'enfance et de l'instinct. Il est ré1

J. Chevalier et A. Gheerbrant, Dictionnaire des Symboles, R.Laffont 16

gression individuelle dans le parcours de l'individu et régression instinctuelle collective du vivant. On verra parfois le masochiste redevenir un écolier maladroit que la maîtresse corrige pour une histoire de cahier sale ou de leçon non retenue, et on le verra aussi renouer avec de vieux instincts; ou plutôt, on verra s'exprimer en lui d'étranges comportements, inconnus à l'homme ordinaire. On verra le masochiste s'enfermer dans une chrysalide, ramper comme une larve venant de naître et s'élever comme un papillon maladroit pour se poser sur une croix. Dans le flot incessant des fourmis motorisées qui entrent et sortent de la grande fourmilière, dans la ruche bourdonnante, dans la termitière où chacun a sa fonction, on retrouvera le masochiste qui reproduit des comportements d'insectes dans une abnégation aveugle et anonyme à la reine. Il nous rappellera dans un miroir insupportable que cette organisation du vivant n'est pas si loin de nous. Et l'on verra aussi le masochiste en quête d'une vaine matrice pour obtenir la gestation, pour accoucher, pour laisser une trace visible dans la grande chaîne de la porlalion du vivant. Les usages Phénomène de société et fait culturel, on pourrait à l'infini, dans les coutumes populaires, essayer de tracer entre sadisme et masochisme une incertaine frontière. En Russie, il revenait au meilleur ami de l'époux d'offrir le "knout" au jeune marié. Si le mode d'emploi n'était pas fourni avec le cadeau, rien ne dit qui, dans le couple, tenait le plus souvent l'instrument par le manche. Plus cruellement, cet instrument servait lors de la "sortie", cérémonie destinée aux épouses adultères, à qui le mari bafoué et trompé faisait faire le tour du village entièrement dévêtue et accompagnée de coups du knout. Ce dernier était bien souvent remplacé 17

par un fouet. Certes, le traitement peut paraître cruel, il l'est moins qu'une lapidation. Qu'on l'appelle fouet, knout, martinet, chat à neuf queues ou tout simplement "discipline", cet instrument garni de lanières de cuir a parcouru plus d'une époque et plus d'un continent laissant partout des souvenirs cuisants ou... agréables. Son usage était de règle dans les familles, les prisons, les monastères et les couvents, les institutions d'éducation. Le fouet s'utilisait pour chasser les démons, pour accélérer le développement spirituel ou rendre la fécondité aux femmes stériles. Il était présent partout où il y avait "signe" de spiritualité et d'autorité. Le châtiment au fouet était de rigueur dans la plupart des armées; dans la flotte anglaise, les coups de fouet étaient remplacés par des coups de plat de sabre dont quelquefois la victime ne se relevait pas. La flagellation sous toutes ses formes, infamante et enrobée de sadisme ou jeu d'autorité enveloppé d'érotisme suivait la hiérarchie de haut en bas de l'échelle sociale. Dans les familles, le temps n'est pas si loin où le martinet était encore en usage. Il était de bon ton dans les foyers qui se respectaient que les parents usent ou menacent de ce dernier quand la gifle classique manquait son effet. Les éducateurs, les médecins, les hygiénistes conseillaient son usage. Les temps ont changé et l'éducateur d'hier est devenu le psychologue d'aujourd'hui et si un notable pouvait reprocher à un citoyen ordinaire de manquer à son devoir de père de famille en étant trop libéral envers sa progéniture, user du martinet aujourd'hui est assimilé à la maltraitance à enfant. Au Danemark, un père de famille a été récemment condamné à une forte amende pour avoir donné une fessée à son fils dans un jardin public.

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De l'usage de la discipline familiale à l'intimité de la fessée érotiquel, la correction évoque toujours un charme trouble, diffus, attirant. Ce qui fait du masochisme une expression sexuelle particulière est difficilement perceptible: c'est le secret. Rares sont ceux ou celles qui osent revendiquer leur plaisir à être dominé, humilié, battu. Il y a honte à cela, bien que la honte soit elle aussi toute entachée de sensualité et on peut parfois observer que les relations masochistes sortent du salon et la paire de gifles, voire la correction peuvent être données devant des tiers - certains masochistes ont besoin d'exhibition-. Paradoxalement, si le secret est de rigueur, la souffrance et la honte éprouvées devant autrui sont parfois des auxiliaires précieux à la satisfaction masochiste. Certes, on peut hurler à l'imposture et accuser d'amalgame entre le masochisme et l'éducation des siècles passés, pourtant les faits sont là : que cette éducation soit anglaise ou russe, c'est au motif d'éducation que se rencontraient les adeptes du masochisme par petites annonces. Dans certains journaux du XIXe et du début du XXe siècle quand un monsieur voulait prendre des cours particuliers d'anglais ou de russe, le lecteur, à moins qu'il ne fût complètement naïf, savait généralement ce qui se cachait derrière ces termes. Par l'austère discipline qui régnait dans les pensionnats d'outremanche, le terme "éducation anglaise" l'emporta sur les "cours de russe". Mais la discipline qui s'exerçait dans les institutions françaises n'avait rien à envier à nos voisins: "La réclusion est minutieuse: la pension n'a qu'une porte sur la rue, sévèrement gardée par le concierge qui est un personnage important. Les portes intérieures sont conçues
1 Jacques Serguine, Éloge de la fessée, éd. Gallimard

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de telle sorte qu'elles ne peuvent être ouvertes que de l'extérieur. Les livres et les correspondances sont strictement surveillés. Les maîtresses lisent toutes les lettres adressées aux pensionnaires, même par leurs parents. Il est impossible, dans une pension sérieuse, d'introduire un livre à l'insu des maîtresses, tout est intercepté au retour des pensionnaires, le dimanche soir ou le lundi matin. La communication même entre les jeunes filles est entravée parfois par l'obligation du silence pendant les "mouvements" et même les repas." I Beaucoup de femmes modernes et de cadres dynamiques trouveraient une certaine saveur masochiste à ce règlement de pensionnats pour jeunes filles du xIxe siècle. Les fétichistes ne seraient d'ailleurs pas en reste de satisfactions: "Le vêtement quotidien, plus austère, s'orne souvent de ceintures ou de rubans croisés de différentes couleurs selon les classes tels que les a imaginés Mme Campan pour la Légion d'Honneur. En classe, les élèves portent de grands tabliers noirs noués à la taille. " 2 La pratique du masochisme est en général anodine, elle peut se limiter au badinage ou à la badine, mais elle peut aller loin, jusqu'à l'esclavage total, à la déchéance de soi, et parfois jusqu'à la mutilation ou la mort véritable. Mais les masochistes allant jusqu'à ces points extrêmes demeurent assez rares en regard du nombre supposé de pratiquants.

Françoise Mayeur, L'éducation des filles en France au XIX' siècle, éd. Hachette
2 Ibid.

1

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Sadisme et masochisme Le masochisme n'est pas que régression infantile ou désir de maternité, il est aussi un mode d'expression polymorphe. Tel monsieur, le dimanche, fera le cheval, qu'il soit né à Moscou de russes blancs ou qu'il soit né à Pékin de parents asiatiques. Tel père de famille se transformera le soir en tapis que son épouse piétinera, qu'il habite le New Jersey ou la banlieue de Berlin. Telle femme ne connaîtra l'orgasme que traitée en prostituée par son partenaire qui la prendra comme telle. Une autre n'obtiendra son plaisir qu'en étant attachée et violée par son man. La cavalière chevauchant le moscovite, le faux client de la prostituée, le mari "attachant" sont-ils des sadiques? Ce serait s'avancer beaucoup que de répondre par l'affirmative ou la négative. Le sadisme comme le masochisme, sont présents en chacun de nous. Tout le monde en possède une certaine mesure, chacun, à sa naissance a été pourvu de sa part, de sa quotité. On les cache. Le sadisme moins que le masochisme d'ailleurs. On aurait même tendance à exhiber son sadisme, on a honte de son masochisme. Le sadisme est valorisé par la culture et les coutumes; le chef dominateur est admiré, le pleutre subalterne méprisé. Si ces deux enfants 1erribles de l'érotisme sont présents en chacun, la répartition ne s'est pas faite de manière égale. Certains furent mieux pourvus que d'autres. La distribution ne fut pas équitable. Le monsieur "attachant" n'est peut-être pas un sadique, il est possible que demain il soit lui-même vêtu en prostituée ou ficelé comme un saucisson. La dame qui piétine son mari lui servira peutêtre de porte-revues. Sont-ils alors des sadomasochistes? C'est le nom qui est donné à ce genre de pratiques. Si le sadisme n'est pas absent de l'élément dominateur dans la relation sadomasochiste, il n'en est pas pour autant l'élément principal. Ce serait plutôt le discours masochiste qui 21

établit le principe de la relation et structure cette liaison particulière. Dans la relation sadomasochiste le dominant semble plutôt être un masochiste actif qu'un sadique laissant libre cours à sa passion. Car s'ils entretiennent entre eux une curieuse dialectique, sadisme et masochisme ne sont pas du tout la même chose; le second n'est pas le négatif du premier. Le dominant s'identifie-t-il alors de façon masochiste à sa victime quand il jouit des humiliations et des souffrances qu'il lui impose? Ce qui signera chez un individu, homme ou femme, la différence entre le sadisme et la tendance masochiste dominante, c'est la recherche de la jouissance, la manière dont elle sera abordée. Le sadique ne recherche pas la jouissance de sa victime; elle lui importe peu. Le désir du sadique ne se situe pas dans la jouissance de l'autre, mais dans la satisfaction de son propre désir en infligeant une souffrance non voulue. Que cette souffrance soit voulue et désirée, le sadique s'en trouvera frustré. Par contre le masochiste dominant recherchera cette jouissance du partenaire pour la maîtriser, ne serait-ce que pour en priver celui qu'il domine et dirige. Il fera sienne cette jouissance que le masochiste lui offrira, il la maintiendra en suspens, décidera de l'opportunité de la lui accorder ou pas. Le masochiste dominant joue sur le registre de la jouissance de l'autre, de son émotion, il entend en avoir une maîtrise constante, en contrôler tous les paliers, en posséder le contrôle total. Le masochisme est une communication, le sadisme une expression. C'est parfois dans une cérébralité exacerbée, poussée à l'extrême que se fonde le désir masochiste. Désir d'unir le corps meurtri à l'esprit de soumission, désir de n'être plus rien que la volonté et la parole de l'autre, une recherche visible et profonde de non-être. Le masochiste qui recherche un Maître veut lui offrir sa jouissance. Il tente alors de trouver cette dernière, et souvent y parvient, dans le renoncement mysti22