Le Métro revisité

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Je n'ai jamais cessé de prendre le métro, jamais cessé d'être un Parisien. Je peste parfois contre les embarras de la capitale et rêve d'une ville sans embouteillages, sans heures de pointe, mais, d'un autre côté, je suis toujours un peu dérouté par la paix des champs, la douceur angevine ou la solitude des plages désertes en hiver lorsque, d'aventure, il m'arrive d'en faire l'expérience.


Pus de vingt ans après Un ethnologue dans le métro, publié en 1986 dans " Textes du XXe siècle ", l'ancêtre de la présente collection chez Hachette, ce n'est pas d'un retour à proprement parler qu'il peut s'agir ici, mais plutôt d'un arrêt, d'une pause, d'un coup d'œil rétrospectif pour essayer de faire le point. Car l'étonnant, avec le changement, ce n'est pas qu'il ait eu lieu, c'est que nous ne nous en soyons pas rendu compte : il s'est imposé si " naturellement " que nous avons besoin aujourd'hui des traces du passé, évidences d'hier devenues plus ou moins obsolètes, pour en admettre la réalité et en prendre la mesure.


En vingt ans, le métro s'est transformé au rythme de Paris et du monde. Qui sont au juste mes contemporains ou plutôt de qui puis-je me dire contemporain ? Pour répondre à cette question, j'invite mes lecteurs à me rejoindre dans le métro, à se perdre dans la foule anonyme de tous ceux que j'y côtoie quotidiennement. Peut-être nous y frôlerons nous sans le savoir.


M. A .



Publié le : dimanche 25 mai 2014
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782021186383
Nombre de pages : 112
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LA LIBRAIRIE DU XXIeSIÈCLE Collection dirigée par Maurice Olender
Marc Augé
Le Métro revisité
Éditions du Seuil
ISBN9782021188639
© ÉDITIONS DUSEUIL,SEPTEMBRE2008
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Je n’ai jamais cessé de prendre le métro, jamais cessé d’être un Parisien. Je peste par fois contre les embarras de la capitale et rêve d’une ville sans embouteillages et sans heures de pointe, mais, d’un autre côté, je suis tou jours un peu dérouté par la paix des champs, la douceur angevine ou la solitude des plages désertes en hiver lorsque, d’aventure, il m’arrive d’en faire l’expérience. Je suis toujours vague ment nostalgique lorsque je reste trop long temps loin de la capitale et toujours soulagé, au fond, dès que j’en retrouve l’agitation et les bousculades. Vingt ans après, ce n’est donc pas d’unretourdans le métro, à proprement parler, qu’il peut s’agir ici, mais plutôt d’un arrêt, d’une pause, d’un coup d’œil rétro
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spectif pour essayer de faire le point, comme nous le faisons tous de temps à autre pour nous étonner, en termes nécessairement trop convenus, de la vitesse à laquelle le temps a passé ou nous interroger sur ce qui a bien pu se passer. Car l’étonnant, avec le chan gement, ce n’est pas qu’il ait eu lieu, c’est que nous ne nous en soyons pas rendu compte : il s’est imposé si « naturellement » que nous avons besoin aujourd’hui des traces du passé, évidences d’hier devenues plus ou moins obsolètes, pour en admettre la réalité et en prendre la mesure. Ces traces du passé, en l’occurrence, sont de deux ordres. Il y a d’abord ce livre,Un eth nologue dans le métro, publié en 1986, mais que je peux relire, et puis le métro luimême, qui est toujours là, mais qui a changé. Revi siter le métro, pour ce qui me concerne, c’est donc à la fois revenir sur le livre écrit jadis, pour essayer de mieux comprendre les raisons pour lesquelles je l’ai écrit, et observer le métro luimême. En vingt ans, il s’est trans
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formé au rythme de Paris et du monde en général, tout se passant comme si l’espace souterrain, par un effet d’optique particulier, offrait une image « grossie » des évolutions lentes ou accélérées de la société en mou vement. Ultime remarque : le monde change et je vieillis. Ces deux mouvements sont évidem ment incommensurables, mais les mettre en parallèle permet de s’interroger sur le sens et la réalité de ce que nous appelons contem poranéité. Qui sont au juste mes contem porainsouplutôtdequipuisjemedire contemporain ? Pour essayer de répondre à cette question, ou au moins essayer de la reformuler, j’inviterai donc en fin de parcours mes lecteurs à me rejoindre dans le métro et à se perdre dans la foule anonyme de tous ceux que j’y côtoie quotidiennement. Peut être nous y frôleronsnous sans le savoir. Ils se confondront à mes yeux avec la masse diverse de tous ceux et de toutes celles qui, selon l’humeur ou les circonstances, me
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paraissent tour à tour ou très proches ou très lointains, mais dont, pour des raisons obs cures, je me sens foncièrement solidaire, même si je suis incapable de décider du sens à donner à cet adjectif, qui oscille, on le sait, entre mécanique et fraternité.
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