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Le meurtre du féminin

De

Définissant le viol comme une fonction cannibalique, excrémentielle et sacrificielle, l’auteur soutient qu’il n’est pas sexuel même s’il passe par le sexe. L’objectif du viol est le meurtre de la femme, tant elle garde le secret de la jouissance et le mystère de la maternité. Bien plus qu’une pratique clinique et thérapeutique de laquelle il témoigne avec pudeur mais réalité, tant dans ses formes pathologiques que dans ses effets psychosociaux, Philippe Bessoles tente de dévoiler ce que le sexe entretient de rapport avec la mort, l’énigme des origines et l’abject comme figure archaïque de tout sujet. Interrogeant les enjeux conscients et inconscients du viol, ce livre est à la fois un outil de travail et un support de réflexion à l’intention des professionnels et des étudiants de santé mentale comme de ceux des champs médico-psychologiques, socio-éducatifs et juridiques.


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Le meurtre du féminin
Clinique du viol

 

Philippe Bessoles

 

La numérisation de cet ouvrage a reçu le soutien du CNL

 

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Et de la région Languedoc Roussillon

 

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Présentation du livre : Définissant le viol comme une fonction cannibalique, excrémentielle et sacrificielle, l’auteur soutient qu’il n’est pas sexuel même s’il passe par le sexe. L’objectif du viol est le meurtre de la femme, tant elle garde le secret de la jouissance et le mystère de la maternité. Bien plus qu’une pratique clinique et thérapeutique de laquelle il témoigne avec pudeur mais réalité, tant dans ses formes pathologiques que dans ses effets psychosociaux, Philippe Bessoles tente de dévoiler ce que le sexe entretient de rapport avec la mort, l’énigme des origines et l’abject comme figure archaïque de tout sujet. Interrogeant les enjeux conscients et inconscients du viol, ce livre est à la fois un outil de travail et un support de réflexion à l’intention des professionnels et des étudiants de santé mentale comme de ceux des champs médico-psychologiques, socio-éducatifs et juridiques.

Auteur : Philippe Bessoles, psychologue clinicien, psychanalyste, est docteur en psychopathologie clinique. Enseignant chercheur à l’université, il intervient au DU de sciences criminelles (faculté de droit), de dommages corporels et capacité en médecine légale (faculté de médecine). Ses travaux portent sur les figures du lien à l’épreuve traumatique en victimologie clinique.

 

Table des matières

 

Prolégomènes

Le meurtre du féminin

Clinique et heuristique

Je ne sais pas : de Clémence à Léontine

Éléments du féminin

Tableau clinique

Les troubles de la corporéité

Vignettes cliniques

Les troubles du comportement et de la conduite

Vignettes cliniques

Les troubles de l’efficience intellectuelle

Vignette clinique

Les troubles psychopathologiques

Vignettes cliniques

Mise en perspective

Problématisation

La fonction excrémentielle

Vignettes cliniques

La fonction cannibalique

La fonction sacrificielle

Maîtrise et emprise

Le viol : garde-fou ou prête-nom à la psychose

Équivalences de viol

L’hérésie sexuelle :  perspectives de théorisation

Réflexions thérapeutiques

Interface du sensible et du sens

L’aesthésique

L’esthétique

Prélude à une mise en représentation

Éléments de conclusion

Éléments bibliographiques

 

Prolégomènes

 

S’il y a une violence singulière, c’est bien celle qui emprunte le déguisement du sexe et se cache dans la mascarade d’une impossible sexualité. Ici règne la violence honteuse, comme on dit par ailleurs « maladies honteuses », par où on est puni quand on a péché. Il n’est pas rare d’entendre, fut-ce à demi-mot, « après tout, elle l’a bien cherché ».

Prétexte ou excuse, la femme est le « prête-à-jouir » d’une œuvre de saccage. Entre hérésie et sacrilège, prédation et infamie, le viol est tel un meurtre qui laisse la victime vivante. En tant que meurtre, il forclôt l’espace du sexuel même s’il passe par le lieu dit du génital qu’il dégénitalise. Impasse plutôt que passe, c’est à une mise à mort qu’on assiste. Double meurtre en fait où le sexuel et le maternel sont assassinés. Pire, le viol assigne à la torture tel un matricule à l’avant-bras à cette différence qu’il n’y a pas mieux que le sexe pour réduire l’Autre au simple commentaire de son esclavage. Telle une profanation du sacré, l’Autre – féminin – offre l’expérience la plus totalitaire aux pulsions d’emprise. Le viol n’est pas un acte sexuel. Au contraire, il signe l’impossible déploiement de rencontre pour exacerber les sensations, le sensible, la présence et la permanence de sa mise en scène. L’espace de la douleur s’engouffre et annexe l’existant pour le réduire à quelques pointillés du vivant, à quelques îlots épars de souffle de vie étonnés eux-mêmes d’émerger à fleur d’eau du raz de marée qui les a engloutis. Comme les rescapés des camps de la mort, la femme s’étonne elle-même d’être revenue vivante de l’holocauste pour nourrir remords et culpabilité. Bien des décennies après, elle décline le trauma et conjugue le pathos. Femme crucifiée, elle porte l’infamante brûlure.

Bien plus que le sexe, le viol dénature l’espace anatomique et avec cruauté joue du devant et du derrière, du haut et du bas, du dedans et du dehors. Il exacerbe la choséité, brouille et barbouille. Le viol n’a qu’un objet : l’extermination. S’il privilégie le sexe, le viol viole aussi par la parole, le geste, le contact, le regard. Il assujettit, aliène et asservit. Il « immonde ». Le guerrier ne s’y trompe pas ; l’acte de violer rythme avec l’acte de tuer. La représaille passe par la femme ; la conquête aussi.

Les bourreaux, ordinaires ou médiatiques, savent où se niche l’avilissement de l’autre : dans la perversion de la différence. En costume de racisme ou d’extrémisme, tantôt appartenance ethnique tantôt croyance religieuse, le viol incarne ce que la mort entretient de rapport étroit avec le sexe. Il est une violence au carré en ce sens que sa mise à mort suspend la temporalité et, à perpétuité, tient sa sentence comme permanente menace. Le viol balaye les garde-fous de la néantisation. Il taillade au vif du Sujet et en le chosifiant, il marque au fer rouge sa trace ineffaçable.

Le viol fait œuvre de saccage. Il souille et condamne  à la simple réduction de sa barbarie. Il profane le sacré de la femme – et de la mère – et en dévoilant son mystère, il ne cesse de l’interroger. Alors que diable ! Que fait donc l’homme entre les cuisses de la femme sinon, en deçà et au-delà de l’« immonde », interroger l’énigme de son origine. Y a-t-il dans le viol bien plus qu’un assassinat mais quelque chose de sacrificiel – fut-il pulsionnel – qui renoue avec la violence des commencements ? Qui sait si la faute de la femme n’est pas seulement d’en être une mais bien d’entretenir quelques douteuses connivences avec les secrets du commencement.

« C’est moi qui ai planté l’arbre, c’est à moi à goûter au premier fruit. »

Drôle de retour au même dans cette phrase de ce père incestueux dont la primauté venait comme excuse ou prétexte. Tabou de la virginité ou rite initiatique pour cet autre expliquant le nécessaire passage par le père avant que la fille ne rencontrât les hommes. L’acte de défloration devenait-il initiatique ou sous couvert d’initiation, cachait-il d’inavouables désirs incestueux ? Le culturel comme le cultuel, en costume de sacrificiel ou de rites de passage, cachent bien souvent les figures de la barbarie. L’anthropologie clinique débusque quelques conjugaisons perverses faisant « prendre les vessies du sadisme pour les lanternes des tropiques ». La femme reste trop détentrice – ou supposée telle – du secret de la jouissance comme gardienne du mystère de la fécondité qu’elle reste suspecte de l’acte qu’elle n’a pas commis. Tout compte fait, elle sait sûrement pourquoi elle est violée même si elle ne veut rien en savoir. Le seul fait d’être une femme relève déjà de sa suspicion; de là à être suspecte il n’y a qu’un pas que l’autre – y compris l’autre femme – franchit souvent « allègrement ». Dans les conjugaisons de l’abjection, la femme sait faire à l’autre femme bien plus de torture que l’homme n’aurait imaginée. En quelques sinistres époques du côté de Buchenwald, certaines se sont illustrées…

Que dire alors sinon que tout ça n’est pas « très catholique » ; catholique ou autre puisque, comme le souligne Julia Kristeva (1980) « ces femelles [n’arrêtent pas] de nous gâcher l’infini… ». La femme est le pousse-à-jouir de la douleur et de l’horreur comme figure fondatrice de toute énigme. En cela l’abjection reste, inhumainement, une réponse possible à ce que la femme incarne comme mal radical. Son anatomie est déjà suspecte. Son intime rapproche trop plaisir et dégoût, excréments et sang menstruel, vie et mort pour ne pas être complice de quelque malignité.

La femme violée a vu le diable. Elle est contaminée. Elle a son étoile : celle de l’abjection qui l’assigne aux confins du vivant et de l’existant. À l’interface de la mort et de la vie, objet chu, elle signe la limite floue et suspecte de ce qui choit et tombe sans véritablement choir ni tomber. Plus qu’un repère identificatoire qui rapproche le viol de la folie (« Qui suis-je ? »), c’est d’un acte qui s’est passé mais n’a pas eu lieu dont la femme violée témoigne. Sa question reste lancinante : « Où suis-je ? ».

Alors le viol reste cet innommable sans vergogne, menaçant et fascinant condensant oubli et révélation des figures du maternel. Enraciné profondément et viscéralement dans cet archaïque maternel, il lève le voile sans dévoiler cependant quoique ce soit, de cette impensable rencontre du pur et de l’impur, du sacré et du profane. Tel un prélude de mise à mort, sans pantomime aucune, le viol émarge au sacrificiel. Il assassine sans tuer et sans cadavre. Pire, il n’a de cesse de torturer. En suspendant ce temps, il témoigne de l’inefficacité symbolique pour se complaire dans l’emprise du sensible, dans l’empire des sens, jetant la femme, hagarde, sur les chemins d’errance où elle se perd.

Le viol opère sa forfaiture entre chien et loup, dans ce temps réel et métaphorique où rien ne se distingue sinon les vagues formes d’un contour de corps apeuré et meurtri d’où geint une longue plainte. Est-ce alors dans cette victime que l’on veut docile – et consentante – que gît l’inhumaine abjection qui nous fonde pour pouvoir exister au prix de ne point disparaître. Le sexe de la femme ne peut qu’incarner les mystères fondateurs qui « énigme à l’énigmatique ». N’en déplaise à l’homme la femme a ce privilège d’être Suma et non Prima c’est-à-dire essentielle et non première.

Quitte à choisir entre la corde, la chaise électrique ou la guillotine comme entre la violence fondamentale, la violence des origines et la violence du symbolique, le viol tente vainement d’économiser la perte qu’exige le choix fut-il dans un marché de dupes. Tel un camelot de l’humanité, il fait les trois pour le prix d’un. Tout compte fait, et solde de tout compte, la femme violée paye le prix fort de son usure. Son usurier oublie par contre que les vrais marchés ne sont point ceux de l’argent mais ceux de la confiance et qu’à toucher l’originaire, seule l’esthétique est une réponse possible. À la question que n’arrive pas à poser le viol, Gustave Courbet y a déjà répondu dans sa toile L’origine du monde. Il y a plus de cent ans déjà.

Le meurtre du féminin

 

CLINIQUEETHEURISTIQUE

Écrire sur la clinique en général comme sur une clinique en particulier – à supposer que cette distinction soit pertinente – tient de l’imposture. Il n’existe de clinique que dans la singularité d’énonciation du sujet tant du « versus » symptomatique que du « versus » de l’irreprésentable. Plus que de l’existence d’un énoncé, c’est déjà dans l’écart d’une approximation et d’une appropriation que le sujet rend compte. Ces approximations comme ces appropriations ne peuvent être que les siennes.

L’écriture de la clinique – comme tout autre au demeurant – tient de l’impossible. Elle reste écriture sur la clinique. Qui plus est, quand cette écriture s’attache à la métapsychologie freudienne, y insiste pour tenter, dans son esprit comme sa technique, d’y nourrir quelques réflexions singulières, cela relève de l’aporie sinon de la naïveté. Il y a cependant quelques naïvetés salvatrices, quelques impasses contre-transférentielles heureuses ramenant le « brillant » de l’énonciation à l’humilité de l’énoncé. Ne point confondre ici la demi-teinte du cadeau avec le brillant du papier qui le présente.

Conrad Stein (1989) souligne cette posture ainsi : « […] l’analyse est toujours celle de celui qui dit […] ». Encore faudrait-il préciser ce « dire » et son (in)efficacité symbolique comme de son lieu d’énonciation tant dans l’espace de séance – de la psychanalyse – que dans les lieux périphériques où elle tente – la psychanalyse – de s’énoncer. Le lieu n’a pas forcément lieu. Il est alors risqué – mais j’en prends le risque – d’emprunter la « voie aporétique de la vignette clinique laquelle, souligne Roland Gori (1996), ne fait qu’épingler celui qui s’y astreint aux illusions de la logique inductive et du réalisme naïf en contradiction avec l’heuristique de la psychanalyse … » L’aporie épingle autant l’illusionnement de la logique déductive nourri de discours sur la clinique. Force est de constater qu’entre les exercices de style d’une lecture philosophique du fait psychopathologique ou les adhésivités d’une causalité transféro-transférentielle, la vignette clinique tient aussi du souci de la clinique in situ c’est-à-dire in klinê. Il n’y a qu’une logique en psychanalyse, c’est celle de l’inconscient.

Roland Gori a raison de rappeler cette vigilance à toute démarche clinique. Cette vigilance qui souligne par ailleurs le caractère heuristique du « trouver/créer » (D. Winnicott, 1971) de la psychanalyse, ne doit pas rigidifier sa rigueur du côté de l’herméneutique. L’écriture de la clinique ne peut se figer dans le texte sacré fut-il celui du « discours du maître ». Entre deux soupirs d’agacement, J. Lacan demandait à ce qu’on fasse taire « certains singes qui le singeaient ».

La vignette clinique ne tient lieu de preuve. Elle témoigne. L’objet ne nuit pas à la clinique, il la nourrit à condition d’en saisir, non pas la choséïté mais son objectalisation. Il n’y a pas d’objet en psychanalyse mais des relations d’objets. La causalité psychique relève de ce positionnement singulier. Si le langage crée l’objet plus qu’il ne le révèle – et relève – il n’empêche que l’objet est déjà là en (im)passe de « révélation ». La seule interrogation qui valide le modèle clinique, à condition de ne pas le rabattre à la modélisation, est sa lecture signifiante et non conceptuelle. En moindre mal, et dans les effets de contexture évoqués, la vignette clinique donne une conjugaison possible de son pathos comme de son transfert.

Il y a dans l’acte d’écriture une tromperie qui souligne plus l’acte d’écriture dans son imposture même que l’intention qui le fonde. Si comme l’écrit Conrad Stein (1973) il n’est que « bâtardise foncière de l’écrit psychanalytique », il n’empêche qu’il n’y a pas plus enfant de désir qu’un bâtard. Entre écrire et s’écrier – qui sont des anagrammes –, la vignette est un « prête nom », – une représentation sans doute – de l’acte clinique dont la lecture dit qu’il a lieu. Faute de mieux, dans « la négritude de son verbe » (P. Bessoles, 1995), la figure de style formalise une formalisation qui ne cesse de se signifier – en tant que signifiant – dans le mot qui le réduit.

La vignette dévoile plus celui qui l’écrit que celui qui l’augure bien sûr. Comme j’y insiste, le clinicien déploie sa clinique quand il la perd, quand il est percuté dans les modèles qui sont les siens, quand il doute de sa technique, quand il réinterroge sa pratique. Au même titre que la clinique de l’accompagnement à la mort – notamment chez l’enfant –, le viol comme la stérilité psychogène a argumenté et soutenu cette (mon) interrogation. Il confronte – et conforte – mon approche, autant clinique que théorisée des processus originaires me conduisant à proposer, en terme de réflexion les perspectives thérapeutiques hypostasiées plus loin.

Enfin, si l’analyste poursuit son analyse avec ses patients, soyons alors reconnaissants à Dora d’avoir révélé S. Freud, Aimée J. Lacan, Dominique F. Dolto, Hortense S. Leclaire, … Il faut un humour anglo-saxon pour, comme le fait Donald Winnicott, remercier ses patients pour avoir payé pour lui apprendre. À préférer alors l’épistémophilie à l’épistémologie comme la métonymie à la métaphore, il est temps de « prouver » quelque chose dans ce « meurtre du féminin » et d’en transmettre dans la portée de mon acte d’écriture quelque décision arrachée au sol des evidentia et du sensible. S’il y a, assurément, de l’impossible, soyons réalistes et suivons S. Leclaire, demandons-le.

JENESAISPAS : DE CLÉMENCEÀ LÉONTINE

Dans un travail récent (1996) rassemblé sous le titre « Le livre de la douleur et de l’amour », Juan David Nasio emprunte, en augure à sa réflexion de clinique psychanalytique, l’aporie de la vignette clinique. Qui plus est, dans l’humilité et l’authenticité de son témoignage qui « frise » « le contre-transfert notoire », il témoigne de la psychanalyse telle qu’elle est aussi au quotidien de sa praxis.

Deux moments de l’écriture de J. D. Nasio, à propos de Clémence qui vient de perdre son enfant après l’épreuve de la stérilité, sont à repérer. Plus exactement, ce « relevé » relève de ma propre lecture signifiante.

[p. 15] « […] J’ai perdu mon bébé. Il est mort ce matin à la clinique. On ne sait pas de quoi. En entendant ces mots terribles, je (J. D. Nasio) fus frappé de stupeur et je ne pus dire que :  Ce n’est pas possible ! C’est absurde. »

[p. 17] « Cependant tout mon savoir sur la douleur […] ne m’a pas protégé de l’impact violent que je reçus en accueillant ma patiente aussitôt après l’accident […]. J’étais là, déstabilisé par l’impénétrable détresse de l’autre. La parole me semblait alors inutile, et j’en étais réduit à résonner en écho à son cri lancinant. Je savais que la douleur irradie celui qui l’écoute […] ».

Le viol et sa clinique relèvent de cet absurde et de cette irradiation. Il résonne et percute. Il amplifie le Réel du mourir mais bien plus quand il réalise l’impossible du sexuel dans une scénarisation de « mise à mort ».

Comme l’écrit J. D. Nasio, « tout mon – hypothétique – savoir (au demeurant de la “ connaissance ”) sur la douleur et son étayage notamment sur une clinique exigeante comme l’accompagnement à la mort fondit comme neige au soleil  et dévoila la brutalité des choses. C’est sûrement là qu’en perdant ma clinique, je devins clinicien ».

J. D. Nasio a raison : « Ce n’est pas possible !  C’est absurde. » De Clémence à Léontine, ce fut, mot pour mot, la même expression. Léontine avait neuf ans, elle en paraissait six dans la grâce des arabesques qu’elle dessinait sur le parquet de son cours de danse. Pour cette passion et cette raison – car elle était aussi brillante à l’école – elle logeait en ville chez son oncle et sa tante. Elle dormait même dans la chambre de sa petite cousine. Alors ce fut « pas possible et absurde » quand elle cria la douleur du viol quotidien de son oncle et que celui-ci, du haut de son mètre quatre-vingt-douze et cent dix-huit kilos, avoua cet « immonde ». Sidérant, l’absurde tient de cette butée où un impossible se réalise. Cet impossible ne se réfère pas au réflexe d’une lecture « œdipifiée » sur un acte incestueux. Cet impossible relève qu’une rencontre a lieu sans avoir lieu, entre deux mondes physiques opposés, pas physique au sens matériel et physique formalisé, au sens matériel de l’irreprésentable en représentation dans son expression la plus abjecte qui soit. Absurde rencontre du vide et du plein, de l’existence des martiens, du croisement réalisé entre un humain et un animal, … Im-monde.

Léontine interrogea d’emblée les modèles qui étaient les miens. Plus qu’interroger, elle vint percuter leur validité, leur capacité « par trop simpliste » de pacification névrotisante, leur facilité d’énonciation, leur vernis trompeur et leur position d’imposture. Le « trou dans le symbolique » (J. Lacan) n’était pas qu’une figure de style. Originaire était l’impact auguré par Léontine. Entre empreinte, trace et signe, comme ceux laissés dans la salle de danse, Léontine convoquait l’arrachement du sens au sol du sensible sans y rabattre qu’une simple sensibilité ou sensorialité. Elle y convoquait la qualité signifiante dans sa version métonymique, son rapport à la temporalité, à l’inscription en négatif, aux signifiants archaïques, … Irradiée par l’acte qui n’avait pas eu lieu, elle contamina de sa propre irradiation les bégaiements d’énonciation qui donne à voir sans se montrer.

ÉLÉMENTSDUFÉMININ

Il ne s’agit pas ici de soutenir une quelconque approche du diptyque « féminité et psychanalyse » tant l’un et l’autre, pour dire vite, sont fondateurs de réciprocité. Dora en sait quelque chose. S. Freud aussi. Il ne s’agit pas non plus d’en ignorer les interrogations sous-jacentes, les passes et impasses posées en terme de libido, de bisexualité psychique, d’énigme de la féminité ou de « La femme n’existe pas », … Les figures du féminin sont particulièrement complexes et le viol en souligne à la fois la complexité comme les conjugaisons. Ces figures sont autant figuratives qu’abstraites comme on dit en arts plastiques. Dans cette référence esthétique, elles peuvent se formaliser dans la pétrification statufiante comme dans la simple touche pastellisante qui s’évanouit au soleil. Au demeurant, la clinique du viol atteste d’un questionnement bien plus archaïque d’une formalisation possible du féminin mais bien d’un en deçà et d’un au-delà où résonnent jouissance, Réel et originaire. Si, effectivement, le féminin peut problématiser la « simple » question de l’Origine – scène primitive –, il condense l’énigme du sexuel comme de la mort en terme d’énigme fondatrice que le mythe tente de rendre compte. En fait, le viol révèle le...