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Jean-Pierre EstivalLes révolutions des printemps arabes devaient apporter dans
les pays arabo-musulmans la démocratie et le progrès. Or, bien
au contraire, c’est le chaos qui s’y est installé, notamment en
Syrie, où l’Occident a ignoré le caractère confessionnel séculaire
du confit. Tant que ce dernier était confné à la Syrie, l’Occident
y a favorisé le renforcement d’une opposition militaire modérée.
Or, cette dernière s’est rapidement efondrée, phagocytée par
deux grandes nébuleuses djihadistes qui disposaient de la
supériorité technologique et fnancière grâce aux appuis dont
elles ont bénéfcié de la part des pétromonarchies, de la Turquie,
et plus discrètement de l’Occident. Tant que ces groupes étaient
circonscrits au champ de bataille syrien, l’Occident a fermé
les yeux. Ce n’est que quand Al Nosra s’en est pris au Liban
et que Da’ech a envahi le quart de l’Irak que l’Amérique, sans Le monde renier ses erreurs, a organisé dans la précipitation une
contreofensive internationale avec des alliés, dont certains sont ceux
qui ont aidé ces organisations djihadistes à prospérer. On ne
peut qu’être sceptique sur l’efcacité d’une coalition où les arabo-musuLman
pyromanes sont appelés à jouer désormais le rôle de pompiers.
Cette guerre à l’issue incertaine devrait durer au moins 10 ans.
Le risque est que, comme en Libye et au Yémen, elle aboutisse à en p Leine tourmentela ‘’somalisation‘’ d’une des plus riches régions du globe.
Les fautes inexcusables de l’Occident
Jean-Pierre ESTIVAL, politologue et économiste, est Docteur d’État ès
sciences économiques, diplômé IEP et ESCAE, et de plusieurs universités
européennes. Il s’est spécialisé à l’université de Cergy-Pontoise dans le
domaine de la guerre économique, après une longue carrière dans le géostratégique où il a été amené à intervenir à des niveaux
élevés dans le cadre de missions institutionnelles sous l’égide d’organismes
internationaux dans une quinzaine de pays, notamment dans la plupart des
pays arabes. Il préside pour l’ensemble des OING du Conseil de l’Europe un
groupe de travail international sur les évolutions politiques et sociales du
Moyen-Orient et du sud de la Méditerranée.
Illustration de couverture : © asafta
ISBN : 978-2-343-04774-4 9 782343 047744
25 €
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Jean-Pierre Estival
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Le monde arabo-musulman
en pleine tourmente
Jean-Pierre ESTIVAL



Le monde arabo-musulman
en pleine tourmente

Les fautes inexcusables de l’Occident


















Du même auteur chez le même éditeur

Le marché mondial des ressources. La guerre fait rage, 2009.
Les nouveaux affrontements économiques entre les nations, 2011.
Le duel économique franco-allemand, 2011.
L'Europe face au printemps arabe, 2012.
La tragédie syrienne :
révolte populaire ou complot international ?, 2013.
Le naufrage de l'Islam politique à l'épreuve du pouvoir, 2013.
















































































































© L’Harmattan, 2014
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-04774-4
EAN : 9782343047744

« Nous n’avons pas, semble-t-il, d’approche cohérente ou
globale de l’extrémisme islamique tel qu’il se développe
dans le monde ».

(Nicholas Baines, évêque de Leeds dans une lettre envoyée
à la mi-août 2014 au journal The Observer).



« Nous sommes engagés dans une longue guerre. Cette
guerre ne se terminera pas en quelques mois, ou en une
année, ou en des années, elle pourra durer des décennies ».

(Selon Abou Firas al-Souri, porte-parole d’Al-Nosra,
selon une vidéo postée sur YouTube le 27 septembre 2014)



« Aujourd’hui, nous avons un niveau de crises dans le
monde plus important que jamais depuis la Seconde Guerre
mondiale et la principale raison de cette situation est que
l’on réagit lorsqu’il est déjà trop tard ».

(Mme Georgieva, Commissaire européenne à l’aide
humanitaire lors d’une conférence de presse en marge
de l’Assemblée générale de l’ONU de septembre 2014)
SOMMAIRE
INTRODUCTION ............................................................... 11
CHAPITRE I
La fin programmée de certains États-nations
du monde arabo-musulman ............................................ 29
CHAPITRE II
Le djihadisme international face aux frontières
héritées de l’époque coloniale .......................................... 37
CHAPITRE III
Le retour des califats, symboles de l’âge d’or de l’islam . 45
CHAPITRE IV
Les bataillons des djihadistes du monde entier
au service des nouveaux califes ........................................ 55
CHAPITRE V
Les atouts du djihadisme mondial ................................... 71
CHAPITRE VI
Al-Baghdadi sur le « chemin du prophète ? »
ou le défi lancé à tout l’Occident ..................................... 83
CHAPITRE VII
L’agonie de l’Irak redevenu le « tombeau
des ambitions américaines » .......................................... 115
CHAPITRE VIII
La réalisation de la prophétie de Kadhafi
L’effondrement de la Libye ........................................... 137
CHAPITRE IX
L’onde de choc islamiste déstabilise le Liban ................ 155
CHAPITRE X
Le Yémen en guerre contre les milices djihadistes
et les milices chiites ........................................................ 163
CHAPITRE XI
L’échec de l’Occident à l’égard du régime syrien
La lutte internationale contre Da’ech
peut-elle sauver Assad ? ................................................. 173
CHAPITRE XII
L’Amérique d’Obama face à ses contradictions ............ 195
CHAPITRE XIII
Les autres bouleversements
La nouvelle croisade d’Al-Sissi face au terrorisme ....... 207
CHAPITRE XIV
Une nouvelle guerre meurtrière israélo-palestinienne
sans résultat probant ...................................................... 215
CHAPITRE XV
Le retour de la Russie en tant qu’hyperpuissance
au Proche et au Moyen-Orient ..................................... 231
CONCLUSION ................................................................. 247


10 INTRODUCTION
« Vous voyez comment les djihadistes procèdent à des
décapitations et font que des enfants exhibent des têtes
coupées dans la rue. Ce n’est pas un secret pour vous, ce
qu’ils ont commis et ce qu’ils vont commettre encore. Si on
les néglige, je suis sûr qu’ils parviendront au bout d’un mois
en Europe, et un mois plus tard en Amérique. »

(Le roi Abdallah d’Arabie saoudite
lors de la réception de nouveaux ambassadeurs accrédités
en Arabie saoudite le 29 août 2014)

Le monde n’attendait pas les horreurs perpétrées par les
djihadistes de l’État islamique du Levant et de l’Irak. Il
avait cru dans sa naïveté que les révolutions des printemps
arabes entraineraient des conséquences positives,
l’avènement d’un système de démocratie et le développement
d’un islam éclairé, un islam des Lumières qui l’aurait
rapproché des fondements des démocraties occidentales
basées sur le respect exigeant des droits de l’homme,
impliquant la liberté individuelle, la liberté de culte, de
pensée, et la tolérance. L’Occident s’est manifestement
trompé et toutes ces révolutions porteuses d’espoir ont
accouché au contraire presque partout d’un obscurantisme
religieux que l’on croyait révolu à jamais, avec un mépris
affiché des droits de l’homme et de la liberté individuelle.
Révolutions et contre-révolutions se sont succédé à Tunis,
à Tripoli, au Caire, à Bagdad, à Sanaa pour ne parler que
des événements les plus caractéristiques que l’Histoire
retiendra. Seuls le Maroc et l’Algérie ont été jusqu’ici
relativement épargnés. Le Maroc le doit à l’habileté de son
Roi qui, bien qu’ayant appelé au pouvoir un
gouvernement islamiste, a su dresser des lignes rouges à ne pas
dépasser. Pour l’Algérie, qui a déjà connu une longue
guerre civile de dix années et près de 250 000 morts, le
problème est tout autre. Compte tenu de sa position
stratégique au sein du monde arabo-musulman, une mainmise
islamiste sur le pays, que certains appelaient de leurs
vœux, aurait provoqué un tsunami dont les vagues
dévastatrices auraient été ressenties non seulement dans tout le
monde arabo-musulman, mais aussi dans toute l’Afrique et
jusqu’en Europe, si proche et si intimement liée à l’Algérie
sur le plan économique. Pour une fois, l’Algérie et le
Maroc se sont retrouvés du même côté de l’Histoire.
En Tunisie, le parti islamiste Ennahda, proche des
Frères musulmans, et financièrement appuyé par le Qatar
qui voulait faire du pays une vitrine pour sa conception
wahhabite de l’islam, a bien failli sombrer à un moment
dans l’obscurantisme religieux, dans la négation des droits
de l’homme, dans la confiscation des droits que la femme
tunisienne avait conquis de haute lutte et dans le déni de la
liberté de la création intellectuelle. Mais c’était sans
compter sans la pugnacité des forces de progrès, des forces
démocratiques et des forces syndicales qui se sont
soulevées et coalisées, souvent au péril de leur vie, bravant
l’ombre menaçante des escouades de la mort en vue de
faire triompher la raison et l’espoir. Face à cette
contestation, Ennahda a dû abandonner, contre son gré, le pouvoir
au profit d’un gouvernement neutre de transition.
Pourtant cette tentative de déstabilisation dans laquelle la main
étrangère était à l’œuvre aura laissé des traces. Les groupes
terroristes auront profité de cette période turbulente pour
s’implanter dans le pays et menacer cette frêle démocratie.
Il n’est pas une semaine qui passe sans qu’une explosion,
une attaque terroriste, n’apporte son lot de morts. La
Tunisie, à la croisée des chemins de toutes les convulsions du
monde arabo-musulman, est en danger et il faudra l’aider.
12 Mais tout à côté, la Libye a pratiquement cessé
d’exister, prête à exploser entre des provinces qui se
haïssent et qui se toisent, déchirée par les luttes incessantes
des katibas qui sèment partout la terreur et la désolation.
Un peuple exsangue, dépouillé, martyrisé, assiste
impuissant à l’effondrement du pays et au dépeçage de cet État.
Le bilan de cette catastrophe politique, humanitaire et
géopolitique est inconnu, comme l’est le nombre des
personnes massacrées, torturées, kidnappées et emprisonnées
sans procès. Ce bilan restera volontairement inconnu, car
l’Occident n’en veut pas, lui qui s’est précipité dans cette
guerre, aveuglé seulement par l’attrait du pétrole et du
gaz, et donc par la recherche majeure de ses seuls intérêts
géostratégiques. L’intervention occidentale a été justifiée
par de beaux sentiments de commisération qui cachaient
des ambitions géostratégiques : la volonté de mettre la
main sur cette première réserve de pétrole d’Afrique et
quatrième réserve de gaz, tandis que le Qatar rêvait de
prendre possession du gisement NC7 à l’ouest de Tripoli,
et que la France croyait dur comme fer que le CNT
(Conseil national de transition) allait lui accorder un tiers de l’or
noir libyen.
Pourtant, l’Occident semble ne pas avoir de regrets,
pensant que sa cause était juste et il ne veut pas être
comptable des morts quotidiens que la déliquescence du pays a
entraînés. Il ne veut surtout pas de compteur comme celui
mis en œuvre par l’OSDH en Syrie. Le pays se meurt en
grande partie en raison du manque de vision de cette
intervention appelée Harmattan, mais nous regardons
ailleurs, pour reprendre la métaphore de Jacques Chirac,
alors que l’incendie ravage le pays à quelques encablures
de la France. Les bienpensants aujourd’hui ne sont plus
nombreux pour justifier a posteriori cette guerre qui se
retourne contre tout un peuple, un peuple que nous avions
l’ambition de libérer, selon nos dires. Il fallait éviter un
massacre, mais les massacres bien plus terrifiants
d’aujourd’hui, qui s’en soucient ? Nous n’obtiendrons
jamais de réponse.
13 Pourtant la dégénérescence complète de ce pays,
devenu par nos fautes un immense champ de bataille proche de
nous, est un territoire dont les brigades et les brigands de
Zintan et ceux de Misrata se disputent les lambeaux à
coups de canon. Il est devenu un volcan dont les volutes de
fumée ne vont pas manquer d’obscurcir une partie de
l’Afrique, une partie du monde arabo-musulman, mais
aussi une partie de l’Europe. Déjà les retombées de ce
volcan se font sentir en Europe à travers ces flux incessants et
croissants de migrants que plus rien n’arrête puisqu’il
n’existe plus de contrôle sur cette immense côte libyenne
livrée aux trafiquants en tous genres et aux milices qui font
régner leurs lois pour satisfaire leurs seuls intérêts. C’est
cette dégénérescence qui incite ces milliers de malheureux
à se lancer chaque nuit sur des embarcations de fortune
vers l’Eldorado de leurs rêves que certains n’atteindront
jamais, des milliers de malheureux que l’Europe
complètement dépassée n’arrive plus à gérer. Ce sont les
premières retombées de ce volcan qui touchent les côtes de
l’Europe, retombées qui ne sont pas prêtes à disparaitre,
mais plutôt à s’amplifier.
Mais la dégénérescence de la Libye favorise, voire
encourage, l’expansion du terrorisme international, en
hébergeant de multiples camps d’entrainement dont les
combattants repartiront aguerris vers le Sahel pour les uns,
vers le Maghreb pour les autres, et pour beaucoup d’autres
vers les champs de bataille du Proche et du Moyen-Orient,
peut-être bientôt même vers l’Europe, notre Europe. La
dégénérescence du pays a aussi encouragé la naissance
d’immenses supermarchés d’armement dont Benghazi est
devenu la capitale, lieu où les combattants de toutes les
nébuleuses djihadistes viennent se ravitailler, car on y
trouve de tout, aussi bien des armes provenant du pillage
des arsenaux de Kadhafi que celles récentes venant
clandestinement de l’Europe, et ce, malgré l’embargo
international si facilement contournable. Mais la Libye
actuelle est devenue aussi un hub de mercenaires de toutes
nationalités qui se louent, qui se vendent, avec leurs
rabat14 teurs, leurs vendeurs et leurs acheteurs, car les militaires
rompus à la guérilla, laquelle est par excellence l’art de la
guerre des djihadistes, constituent un marché convoité. La
Libye qui s’effondre est ainsi devenue une pièce maîtresse
du terrorisme international dont le rayon d’action
embrasse une partie de l’Afrique, le Maghreb, le Proche et le
Moyen-Orient, en conséquence, une zone immense prête
à s’enflammer. L’Europe se croit épargnée, peut-être
aujourd’hui, mais pour combien de temps encore ? Déjà, en
8 mois de l’année 2014, 100 000 migrants venant
principalement de Libye sont arrivés sur les côtes italiennes, sur les
côtes de notre Europe qui assiste impuissante à ce
déferlement. Un homicide de masse faisant près de 600 morts
s’est même produit en mer mi-septembre. Près de 4 000
réfugiés ont trouvé la mort en 2014. Qui s’en soucie ?
Tout à côté, l’Égypte sort d’un long cauchemar, un des
plus longs de son histoire récente. Depuis 2011, elle a
constitué aussi un immense champ de bataille, compte
tenu de sa position de leadership au sein des nations
arabes. Après la révolution du printemps égyptien qui a
entraîné la chute de Moubarak s’est ouverte une période
incertaine où se sont affrontées les trois composantes d’un
puzzle complexe : le peuple laïque et éclairé, les Frères
musulmans, sortis tout d’un coup de leur longue nuit de
bannissement et l’armée garante jusque-là des institutions.
Entre l’armée et les Frères musulmans, l’affrontement
feutré aura duré plusieurs mois pour savoir qui arriverait à
accaparer définitivement le pouvoir ; l’armée pensait bien
le conserver, la confrérie espérait bien l’arracher à l’armée
en profitant de l’auréole de martyr qu’elle revendiquait et
de ses soutiens financiers occultes de l’étranger. Les deux
forces se sont toisées dans les coulisses de ce théâtre dont la
place Tahrir était la scène ostensible et permanente.
Pendant longtemps, les militaires ont cru conserver ce pouvoir,
et avec lui, leurs prérogatives fort nombreuses, notamment
leurs intérêts économiques et financiers. Mais les élections
promises et sans cesse repoussées ont fini par avoir lieu et
elles ont donné la victoire aux Frères musulmans, ce qui a
15 constitué non seulement un revers, mais aussi une cuisante
humiliation pour une armée qui depuis Nasser avait été
habituée à diriger le pays. Une revanche s’imposait et elle
a été préparée minutieusement.
Pour remplacer le maréchal Tantaoui, le président,
Morsi alla dénicher un illustre officier inconnu, en la
personne d’Abdel Fattah Al-Sissi, qui s’était fait remarquer
par sa piété et sa forte pratique religieuse. Il fut nommé
aussitôt général et Chef des Armées en remplacement du
vieux maréchal évincé. Mohamed Morsi pensait ainsi
avoir fait rentrer l’armée dans le rang, désireux désormais
de s’appuyer sur un nouveau commandement militaire
soumis. Pourtant, cette situation ne devait pas perdurer.
La situation sociale était de plus en plus tendue, le
chômage explosait, des régions entières faisaient sécession, des
villes comme Port-Saïd étaient en rébellion, les libéraux et
les Coptes réprimés se soulevaient, tandis que le monde
des médias et de la création artistique était en conflit
frontal avec le pouvoir, suite à la restriction des libertés
fondamentales et aux arrestations arbitraires. Le pays était
de plus en plus paralysé et le spectre de la guerre civile
devenait de plus en plus prégnant. Dans ce contexte pré
insurrectionnel, l’armée avait conservé un fort crédit et
continuait à incarner le prestige et la grandeur passée de
l’Égypte. Dans une Égypte où la situation était devenue
chaotique sous la férule des Frères, beaucoup d’Égyptiens
estimaient que seuls les militaires étaient capables de
rétablir l’ordre et il n’était pas rare dans les manifestations de
lire sur les nombreuses pancartes : « l’armée et le peuple,
une seule main. »
Le jeune général Al-Sissi dans un tel contexte, soutenu
par tout l’appareil militaire humilié par les oukases de
Mohamed Morsi, commença à jouer une partition
personnelle. Il s’opposa clairement à toute tentative de
« frérariser » l’armée, en affirmant clairement que l’armée
n’avait pas à se positionner politiquement et qu’elle était là
pour servir la nation, toute la nation, et non une frange de
cette dernière. Puis il mit en garde le pays contre un «
ef16 fondrement de l’État que l’armée ne permettrait jamais »,
appelant « toutes les forces politiques » à trouver une issue
aux « problèmes politiques, économiques, sociaux et de
sécurité ». Une telle affirmation était une critique à peine
voilée de la politique de la confrérie qui avait fait taire
toute opposition et qui cumulait l’ensemble des pouvoirs
du pays.
Les prétextes de la fronde militaire qui allait suivre
furent nombreux. Le premier prétexte fut la concentration
de tous les pouvoirs dans les mains du président, ce qui
pouvait être considéré comme l’établissement d’une
dictature de facto. Le second prétexte fut la rupture des
relations diplomatiques avec le régime syrien, décision
unilatérale prise sans consultation avec la hiérarchie
militaire, et peu appréciée par cette dernière, en raison des
liens tissés à l’époque où les deux pays avaient fusionné au
sein de la République arabe unie. Le troisième prétexte, le
pire, fut la présence lors des cérémonies commémorant
l’anniversaire de la fin de la guerre de Suez, de
représentants des anciens mouvements djihadistes de la Gamaa
islamiya, auteurs des attentats terroristes de Louqsor et de
l’assassinat du président Sadate. La coupe était pleine et
l’armée ne pouvait plus coopérer avec le régime islamiste
de Mohammed Morsi. Il manquait tout juste une fenêtre
de tir favorable. Elle allait se présenter, grâce aux
manifestations monstres organisées par le Mouvement «
Tamarod » (« Rébellion ») qui avait collecté jusqu’à 22 millions
de signatures pour exiger le départ du président Morsi,
lequel considérait de son côté que sa légitimité venait des
urnes. L’heure de la revanche sur le pouvoir islamiste avait
sonné.
Retrouvant les accents messianiques de Nasser, mettant
la nation au-dessus de toute considération constitutionnelle
et surfant sur la vague de Tamarod, Al-Sissi, au nom du
peuple, déposera le raïs le 3 juin 2013 et fera décapiter
l’organisation des Frères musulmans. Ainsi la boucle était
bouclée et l’armée redevenait le maître absolu de la nation,
dans la pure tradition nassérienne. Pour ce faire, outre les
17 22 millions de signatures sur lesquelles elle pouvait
s’appuyer, l’armée avait obtenu, pour la première fois dans
l’histoire du pays, l’accord des deux grands chefs religieux
de l’Égypte. Forts de l’appui de la majorité de la société
civile, les militaires n’ont pas hésité à braver une Amérique
décontenancée par son soutien indéfectible aux Frères
musulmans. Pour essayer de reprendre pied, cette dernière
n’a pas hésité à mettre dans la balance l’aide annuelle de
1,3 milliard de dollars octroyée à l’armée, somme à
laquelle s’ajoutaient 250 millions d’aide économique au
pays. Ce chantage a indisposé le nouvel homme fort du
pays, Abdul Fatah Sissi, qui, prenant un accent nassérien,
a alors déclaré qu’il ne tolèrerait pas d’interférence
américaine en Égypte. Le fossé qui existe désormais entre les
deux pays apparait important, même si le récent conflit
israélo-palestinien a permis à l’Amérique de se rapprocher
de l’Égypte en conférant au nouveau président le rôle de
médiateur en chef. Il n’a pas fallu pourtant beaucoup de
temps pour que la nouvelle Égypte déclare vouloir
dynamiser ses relations avec la Russie en vue de relever le
niveau des échanges bilatéraux. L’enjeu est important. Il
est peu probable que le général Al-Sissi, devenu maréchal,
puis président de la République, modifie sensiblement à
l’égard de l’Amérique sa posture nassérienne, car l’Arabie
saoudite, rivale désormais d’un Qatar qui avait tant
appuyé et défendu Mohamed Morsi, s’est portée garante de
la vitalité de la nouvelle Égypte et de son avenir financier
en lui accordant une aide inattendue. Le soutien des pays
du Golfe est acquis au nouveau président, car ceux-ci
voient dans le nouveau chef égyptien le seul moyen de
rétablir l’ordre dans le Moyen-Orient et de mettre
définitivement fin au tsunami des révolutions arabes. Ainsi,
l’Arabie saoudite a octroyé une aide de 5 milliards de
dollars à l’Égypte, aide qui s’ajoute à celle des Émirats arabes
unis de 3 milliards de dollars. L’Égypte actuelle veut
désormais maintenir un équilibre entre l’Amérique et la
Russie, elle ne sera plus la chasse gardée de l’Amérique
comme ce fut le cas avec Moubarak.
18 Fort de son élection incontestée à la présidence, Al-Sissi
a dû se confronter à la rébellion des Frères musulmans
dans tout le pays, ce qui a obligé alors son gouvernement à
déclarer la guerre à la confrérie en la désignant comme
organisation terroriste, en décapitant son organisation, en
confisquant ses biens et en interdisant son parti. Les
Tribunaux, siégeant en permanence depuis juillet 2013, ont
condamné au nom de la raison d’État des centaines de
Frères musulmans, dont certains à mort, comme ce fut le
cas de leur chef suprême. C’est alors que les membres de
la confrérie ont choisi d’entrer dans une clandestinité
active, manifestant leur opposition par une série d’attentats
meurtriers qui ensanglantent le pays depuis l’élection
présidentielle. Le pays fait face à une guerre civile entre, d’un
côté, le nouveau président appuyé par la majorité de la
population et l’armée, et de l’autre, les membres de l’ex
confrérie passés dans la clandestinité et de plus en plus liés
aux groupes djihadistes. Cette rébellion est devenue
multiforme. D’abord urbaine à ses débuts, elle a essaimé dans
tout le pays qui est devenu un champ de bataille. Le Sinaï
est devenu l’épicentre de la rébellion, voire son sanctuaire.
Ces islamistes se sont alliés avec Al-Tawhid wal Djihad, un
groupe déjà ancien. L’objectif stratégique de ces groupes
terroristes, comme le dit le général Fouad Allam, ancien
haut responsable aux services de renseignements de l’État,
est de « transformer l’Égypte en un champ de bataille et de désordre
similaire à la scène syrienne : frapper les institutions de l’État et
épuiser les forces des appareils de sécurité ». L’Égypte a un nouveau
président, mais elle n’a pas retrouvé la paix et le pays
s’enfonce dans une guerre civile larvée où l’ennemi est
omniprésent et invisible. Un nouveau front est né, qui par
de nombreux égards, notamment les objectifs anti
islamistes de l’État et la nature des belligérants, ressemble à
celui de la Syrie voisine. Alors, ces deux raïs épouseront-ils
une cause commune ? L’avenir le dira, mais il faut
remarquer que Bachar al-Assad a été un des premiers chefs
d’État à féliciter la victoire d’Al-Sissi. Est-ce un nouveau
présage face au tsunami djihadiste transnational actuel ?
19 Mais ce tsunami djihadiste se déchaine aujourd’hui en
Syrie et en Irak. La cause djihadiste l’a emporté sur toutes
les autres composantes de l’opposition militaire dite
modérée en Syrie, et de plus en plus l’armée loyaliste ne voit se
dresser contre elle que les combattants d’Al-Nosra et ceux
de l’État islamique du Levant et de l’Irak (EILL) devenu
État islamique (EI) tout court, groupes parfois alliés,
comme c’est le cas près de la frontière libanaise, mais de
plus en plus en confrontation directe, comme c’est le cas
dans le nord de la Syrie et en Irak. Le puzzle syrien s’est
complexifié par rapport à la situation qui prévalait au
début de 2012, période où l’armée du régime n’avait à
affronter que des groupes rebelles dits modérés.
Reconnaissons toutefois que c’est avec la complicité tacite de
l’Occident et de ses alliés locaux que sont la Turquie, le
Qatar et l’Arabie saoudite que les groupes devenus
djihadistes ont été sollicités, encouragés, armés et même
financés pour aller grossir la rébellion armée en Syrie. Cet
Occident naïf pensait qu’un simple renforcement de cette
opposition armée précipiterait la chute du régime syrien.
Peine perdue. Les groupes devenus djihadistes, bien mieux
traités que les autres composantes de la rébellion, ont vu
leur attractivité augmenter tant et si bien qu’ils ont capté
une grande partie des membres des autres composantes.
Ils ont vite fait de prendre la haute main sur la rébellion
dite modérée, celle de l’ASL, que les deux grands groupes
djihadistes ont en grande partie phagocytée. Un tel
scénario avait échappé aux Occidentaux qui, médusés, ont
assisté impuissants à la croissance fulgurante des deux
groupes djihadistes dominants, sans pouvoir infléchir le
cours de cette trajectoire. Cela constitue un fiasco
magistral de la stratégie occidentale, avant tout américaine, au
Proche-Orient et le meilleur cadeau que le régime d’Assad
pouvait obtenir. Il s’était toujours vanté depuis le début
des événements de mener la guerre contre le djihadisme
obscurantiste et rétrograde, ce qui était en partie faux aux
débuts de la rébellion, mais qui s’est avéré tout à fait exact
en 2014. Depuis l’été 2014, les troupes loyalistes
20 n’affrontent presque plus de groupes rebelles modérés,
disparus ou phagocytés, mais seulement les deux grandes
nébuleuses puissantes et structurées que sont devenues
AlNosra, pilier indéfectible d’Al-Qaeda, et l’EI,
indépendante.
Tant que le champ de bataille entre les troupes
loyalistes et les deux grands groupes djihadistes était circonscrit
aux frontières syriennes, l’Occident s’en accommodait
aisément, fermant les yeux sur toutes les exactions
commises, y compris contre les chrétiens et les autres minorités
religieuses syriennes qui n’avaient pas alors la priorité des
politiques occidentales. Qui se souvient d’une France
prenant fait et cause pour les chrétiens massacrés en Syrie ?
Ces chrétiens n’étaient qu’une simple variable
d’ajustement dans la stratégie occidentale uniquement
arcboutée sur l’immanence de la chute du régime syrien.
Ce n’est que quand les djihadistes de l’EI s’en sont pris aux
localités libanaises frontalières, massacrant civils et soldats
libanais, qu’ils ont envahi l’Irak en y perpétrant des crimes
contre l’humanité à l’encontre des minorités religieuses,
qu’ ils ont proclamé vouloir vite renverser les régimes
monarchiques de Jordanie et d’Arabie saoudite, que le
djihadisme militant et obscurantiste des deux grandes
nébuleuses est devenu, non plus le levier libérateur qu’il était
en Syrie, mais une association terroriste et le grand
problème du jour de l’Occident. Il en a fallu arriver là pour
que l’Occident réagisse enfin dans le bon sens, en décidant
de s’attaquer à ce que certains commentateurs ont appelé
un « cancer mondial » risquant de déstabiliser l’ordre
international, mais ce même Occident feint d’oublier
cependant que, pendant près de trois ans, il avait été
complice de la croissance accélérée de cette hydre qui lui
apparaissait « utile » dans sa croisade implacable contre le
régime syrien. Ce faisant, et indirectement, la nouvelle
position occidentale remet dans le jeu la diplomatie honnie
du régime syrien qui ne manque plus d’affirmer que ce qui
est arrivé correspond à ce qu’elle avait prévu. Obama a su,
contre toute attente, briser la glace avec le « grand Satan »
21 iranien sera-t-il capable de faire de même avec le régime
syrien ? La question reste posée.
Si l’EI s’est senti obligé de se diriger brusquement vers
l’Irak, c’est qu’à l’exception du nord et de l’est de la Syrie,
il n’a pas pu conquérir le centre vital et stratégique du
pays. Il s’est cantonné donc aux zones périphériques du
pays qui, par ailleurs, ne sont pas sans intérêt économique
en raison des ressources pétrolières qui lui rapportent de
substantiels revenus. L’autre raison est que l’EI a vite
compris que l’Irak était en déliquescence complète et lui
offrait ainsi une occasion de conquête inespérée. Certes,
les troupes du « calife » Baghdadi fortes de 30 000
combattants ont volé, depuis le début de l’été 2014, de victoire en
victoire. Mais, ceci ne doit pas faire illusion. En s’étendant
de tous côtés, il affaiblit sa stratégie d’offensive et de
défense et l’effet de surprise ne jouera pas par ailleurs deux
fois. L’effet d’aubaine ne lui sourira plus. De plus, on peut
penser que, plus ou moins vite, les « têtes pensantes » de
Saddam Hussein, ces officiers laïques pétris de doctrine
Baas, qui ne se sont engagés sous la bannière de cet
islamisme rétrograde que pour effacer l’humiliation de leur
éviction après l’invasion américaine de l’Irak, se
désolidariseront de l’EI. Or, ce sont eux qui constituent la tête
pensante de la stratégie militaire de l’EI. Sans eux, il n’y
aurait pas eu de percée fulgurante en Irak, et sans eux, il
n’y aura plus d’offensives conquérantes comme jusqu’ici.
Qui, sans eux, élaborera et mettra en œuvre la logistique
nécessaire à de nouvelles victoires ? Qui pourra enseigner
aux jeunes recrues le maniement des armements
sophistiqués d’origine américaine volés dans les arsenaux
irakiens ? L’EI va rapidement être confronté à
d’importantes difficultés sur le plan militaire au regard de la
formidable coalition qui est en train de se mettre en place
contre lui.
Par ailleurs, comme un arroseur arrosé, les généreux
donateurs de la péninsule arabique commencent à être
pétrifiés, car cette créature criminelle qu’ils ont appelée de
leurs vœux, qu’ils ont contribué à faire naître et à se
déve22 lopper, croyant qu’elle se retournerait seulement contre le
régime syrien, commence à déchanter. Le nouveau calife
ne fait plus mystère de s’en prendre bientôt aux
monarchies du Golfe et, au premier chef, à l’Arabie saoudite qui,
depuis peu de temps, a décidé de couper les robinets de
financement de ces groupes. Il en résultera une diminution
de ressources financières pour l’EI qui sera obligé de
compenser peu ou prou la perte encourue par des levées
supplémentaires d’impôts, suscitant alors l’aversion des
personnes qui vivent désormais sous son joug, tandis qu’il
ne pourra que difficilement écouler son pétrole, malgré ses
espérances, en raison de l’embargo qui va être organisé sur
ces ventes au niveau mondial. Même les trafiquants turcs
qui jusqu’ici rachetaient à bas prix ce pétrole de
contrebande n’auront qu’à bien se tenir. De plus, les populations
sunnites, soumises par la terreur des islamistes, finiront, un
jour, à la première occasion, par se rebeller
inévitablement. La libération de Mossoul n’est pas éloignée de nous.
Enfin, tous les pays Occidentaux qui craignent plus que
tout le reflux de « leurs djihadistes », évalués à près de
12 000 personnes désormais sur les terres du Proche et
Moyen-Orient, vont être obligés de contrôler avec minutie
les sorties de territoire et les retours de ses nationaux en
provenance des champs de bataille, contribuant à limiter
les nouvelles recrues du groupe islamiste. C’est un
tournant important, car, jusqu’en 2013, cette politique de
contrôle était peu systématisée. Cela concernera aussi les
femmes djihadistes occidentales de plus en plus
nombreuses à franchir le pas. On sait qu’à Raqua le nombre
des Françaises est en augmentation permanente. Le
combat contre l’EI ne fait que commencer. À court terme, le
combat sera dur, car l’Occident ne peut que difficilement
contrôler les flux des djihadistes provenant de pays non
occidentaux. Or, ces derniers sont en augmentation, grâce
au recrutement fait par l’EI à l’échelle mondiale. De plus,
des combattants étrangers, jusqu’ici inféodés à Al-Qaeda,
ont fait défection et rejoint l’EI. Les tribus dans les zones
nouvellement conquises font elles aussi allégeance à l’État
23 islamique et le renforcent. Il se pourrait qu’un jour, les
deux grands groupes se rapprochent, voire fusionnent.
Cette grande coalition internationale risque de sonner
le glas des conquêtes. Il faut reconnaître qu’elle s’est
structurée avec beaucoup de difficultés lors de la Conférence de
Paris du 15 septembre et elle ne s’annonce pas sous les
meilleurs auspices. L’Iran incontournable dans cette
guerre en a été maladroitement écarté et fera jouer sa
partition indépendante. Bien sûr, le régime syrien en est exclu,
mais des pays comme l’Égypte ont montré certaines
réticences, et comme il s’agit d’une coalition de longue durée,
se posera la question d’une motivation pérenne et d’un
financement conséquent que les contraintes budgétaires
subies par les pays occidentaux risquent de remettre en
question. Pour le combat au sol, pourtant capital, il n’y a
pas eu beaucoup de volontaires, pourtant c’est lui qui sera
capital. Les menaces de l’EI contre le régime d’Arabie
saoudite ont cependant motivé celui-ci et la diplomatie
saoudienne est en train d’opérer un virage important.
Finie la complaisance avec les groupes armés salafistes. Le
19 août 2014, le grand mufti d’Arabie saoudite, Abdel
Aziz Al-Cheikh, a déjà officiellement annoncé la couleur
en dénonçant violemment les djihadistes de l’État
islamique (EI) et d’Al-Qaeda, les qualifiant « d’ennemis numéro
un de l’islam ». Il était temps.
Quant à Israël qui a aussi beaucoup d’ennemis dans la
région, il sera obligé de prendre parti. Il est loin pour lui ce
temps où, se vantant d’accueillir dans ses hôpitaux proches
de la frontière syrienne des blessés islamistes provenant des
champs de bataille, il se persuadait que ces djihadistes
seraient ses amis potentiels de demain au sein d’un Orient
apaisé. Ces rêves, fussent-ils des rêves sincères, ont volé en
éclats. L’EI proclame désormais haut et fort qu’une de ses
prochaines étapes sera de prendre Jérusalem et d’anéantir
l’État d’Israël. Ce dernier ne pourra plus tergiverser et de
façon vraisemblablement informelle, il devra appuyer la
coalition. De plus, il est notoirement connu que ses
pétro24 liers, ses instructeurs, et même le Mossad, sont très
présents au Kurdistan irakien. Israël ne peut abandonner cet
investissement humain, gage d’intérêts économiques futurs
et ne peut que porter secours au Kurdistan et donc
renforcer la coalition occidentale. Restera à la Russie à se
déterminer malgré sa fixation actuelle sur l’Ukraine et
« l’étranger proche », selon la formule consacrée. Elle était
présente à la Conférence de Paris du 15 octobre 2014 et
elle s’est proposé d’apporter une aide militaire directe à
Bagdad. Menacée elle aussi par l’islamisme militant à ses
frontières et au Caucase, elle ne peut pas laisser passer le
coche.
Dans cette nouvelle stratégie mondiale, les États-Unis
ne pourront pas éviter de se rapprocher officieusement du
régime syrien, notamment lorsqu’il s’agira de bombarder
une partie du territoire occupé par les combattants de l’EI.
Pour chacun de ces deux acteurs, l’EI est devenu un
ennemi commun et redoutable et cela devrait contribuer à
les rapprocher en secret, même si Obama, pour ne pas se
discréditer, est contraint d’affirmer qu’il n’a pas besoin de
la permission du régime syrien pour faire des frappes dans
la zone occupée par les djihadistes. Pour faire bonne
mesure, il a même annoncé un renforcement de l’aide
accordée à la rébellion syrienne dite modérée, cette même
rébellion dont il affirmait en plein été qu’elle était
incapable de prendre le pouvoir. Cette nouvelle armée
« modérée » syrienne qui a été un moment appelée
l’Armée syrienne libre, va être appelée la « Coalition
nationale syrienne » et sera entraînée en Arabie Saoudite.
Mais sera-t-elle plus efficace que la précédente ?
Déjà, la Norvège avait reçu officiellement pendant
l’été 2014 la représentante du président Bachar al-Assad,
laquelle avait eu aussi des pourparlers avec l’ex-président
Carter. Le thème de ces rencontres était prémonitoire : ce
fut le djihadisme international, devenu terrorisme
international. Il est certain que sur ce thème le régime de Bachar
al-Assad doit être intarissable. Les États-Unis auront
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