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Le Monde défait la révolution - XXe siècle

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650 pages

Pourquoi la nécessité de la révolution dans l'histoire ? Pourquoi cette nécessité prit-elle la forme du communisme au XXe siècle ? Pourquoi ce communisme-là échoua-t-il à révolutionner le monde ? Pourquoi le stalinisme put-il apparaître, primer, s'ancrer et, finalement, dévoyer l'altruisme et la noblesse de l'idée communiste ? Comprendre n'est pas excuser. Le XXe siècle est le fruit de la matrice qui lia et qui exacerba réciproquement "révolution" et "système international". Dès 1917, la révolution russe fut frappée d'isolement et de harcèlement permanents ; dès l'aube, le monde put donc la façonner contre sa promesse et la défigurer ; "celui qui ne connaît pas l'histoire est condamné à la revivre." Karl Marx Parce que l'on ne saurait se contenter de se référer à une histoire partialement décrite et écrite par des vainqueurs bien plus soucieux d'allégeance que de connaissance, Parce que pour diviser et régner, ces mêmes vainqueurs se doivent de continuer à segmenter la connaissance et à disqualifier voire à interdire toute pluridisciplinarité, Parce que l'approche préconisée ici correspond à l'une des deux facettes de la thèse de doctorat en science politique produite et soutenue sur le thème « Révolution et Système International (1917-1941) ».


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Arslane Klioua
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Le Monde défait la révolution - XXe siècle
« Nous ne vivons pas seulement dans un Etat mais dans un système d’Etats ; et il est inconcevable que la République soviétique puisse continuer d’exister longtemps côte à côte avec des Etats impérialistes. Il faudra bien que l’une ou les autres l’emportent. Avant cela, il y aura inévitablement une série de terribles conflits entre la République soviétique et les Etats 1 bourgeois. » . V.I. Lénine « En raison de l’hostilité du monde extérieur, le premier Etat socialiste « ser[a] profondément et durablement altéré par ses nombreuses années de siège, de terreur inévitable et de régime 2 militaire. » Alexandre Bogdanov (1907) « La révolution d’Octobre 1917 est le point de départ d’un mouvement historique dont les suites 3 s’étendent jusqu’à nous et qui n’a pas encore épuisé toutes ses conséquences. » René Rémond
Épilogue
Pourquoi Staline estimait-il se devoir d’aller jusqu’à Mexico tuer Trotsky en 1940 ?
2332 Dans la mesure où les purges et le contexte systémique de 1936-1938 avaient déjà largement démontré que la guerre et que la révolution constituaient deux menaces inséparablement imbriquées pour Staline, en 1940, à l’effroyable approche d’une guerre antisoviétique qui risquait chaque jour davantage de revêtir la forme d’une coalition précipitée dans sa constitution par l’inextinguible permanence du facteur révolutionnaire mondial, considérant le fait d’une Turquie lui apparaissant partisane de Trotsky et de surcroît alliée à une Grande-Bretagne contre-2333 révolutionnaire qui était favorable à la « cause » de nationalistes ukrainiens , guerre et révolution lui étaient alors plus que jamais insécables et problématiques en ces temps de dilemme systémique « guerre mondiale ou révolution mondiale ». Car du point de vue du dictateur soviétique, la substance de ce dilemme risquait d’impliquer la fatale conjugaison d’une coalition militaire antisoviétique (favorisée dans son agrégation par une alternative systémique « révolution mondiale » objectivement sustentée par le processus révolutionnaire mondial et subjectivement par Trotsky) avec une révolution antistalinienne (catalysée par une alternative systémique « guerre mondiale » qui signifiait de toute évidence guerre de coalition antisoviétique pour l’URSS) ; guerre de coalition antisoviétique qui risquait d’être précipitée par la permanence du facteur révolutionnaire mondial que la simple persistance historique et systémique de l’Etat soviétique 2334 entretenait parallèlement à la réalité et à la symbolique inhérentes à Trotsky ; propension révolutionnaire mondiale inaccessible au contrôle pourtant énergiquement recherché par le Comintern et par l’URSS de Staline ; propension révolutionnaire mondiale qui était historiquement et effectivement relative à l’opération et à la concaténation des séismes systémiques d’Octobre 2335 1917 et d’Octobre 1929 et à leurs incontournables répliques subséquentes . En somme, évaluant les risques qu’il encourait, Staline calculait que la combinaison de la réalité de « Trotsky vivant » avec celle d’un processus révolutionnaire mondial incomplètement maîtrisable était source de consensus contre-révolutionnaire systémique et de coalition militaire antisoviétique. Et dans le même temps, il calculait que la combinaison de la guerre et/ou de la coalition antisoviétiques avec la réalité de « Trotsky vivant » était source de révolution antistalinienne. Coalition antisoviétique et révolution antistalinienne avaient alors une donnée commune qu’il fallait s’empresser de supprimer en la personne de Trotsky. En effet, « l’approche de la guerre conduit Staline à accélérer la 2336 liquidation de Trotsky » . A défaut, « tant qu’il serait en vie, il resterait lui-même « une force 2337 d’agitation, de développement, de création » » . L’affaire est alors confiée à Soudoplatov 2338 qui, beaucoup plus tard, rapportera que « Trotsky et ses partisans représentaient un grave danger pour l’Union soviétique car ils rivalisaient avec nous pour devenir l’avant-garde de la 2339 révolution communiste » . Nonobstant, religieusement focalisé sur le risque de révolution 2340 antistalinienne , l’espion soviétique en oublia (ou omit) d’ajouter que Trotsky, par le biais de sa constante exhortation révolutionnaire mondiale, tendait à accentuer la focalisation antisoviétique des puissances « capitalistes » contre-révolutionnaires. Ce faisant (estimaient Staline et ses sbires obligés), Trotsky tendait à inciter au scellement du consensus contre-révolutionnaire systémique (en l’occurrence anglo-nazi) et à pousser alors à la corrélative et fatale constitution d’une coalition militaire qui déferlerait contre l’Union soviétique. Si « Staline sait que la guerre qui vient va susciter une vague révolutionnaire », « le nom de Trotsky résume pour lui la menace comme, un an plus tôt, l’ambassadeur français Coulondre l’avait déclaré à Hitler, le 25 août 1939 : « J’ai […] la 2341 crainte qu’à l’issue de la guerre il n’y ait qu’un vainqueur : monsieur Trotsky » » . C’est ainsi qu’« en dernière analyse, du commissariat à la Guerre, Znamenka 23, à Moscou, à l’avenida Viena à Coyoàcan [au Mexique], ses adversaires n’ont formulé à son égard et sous toutes les formes 2342 qu’une seule revendication : qu’il se taise » ; impossibilité absolue qui, aux yeux de 2343 Soudoplatov et de son maître, en faisait « un ennemi actif et déterminé qu’il fallait abattre » . Trotsky lui-même en fut très tôt conscient puisque le 20 février 1935, il écrivait dans son Journal
d’Exil que l’« acte terroriste » contre sa personne, « Staline y recourra à coup sûr dans deux cas : si la guerre menace ou si sa propre position empire à l’extrême » ; et Broué d’observer, du point de vue de Staline, que « le début de la guerre européenne, la menace directe sur l’URSS depuis que l’Allemagne se libérait les mains à l’ouest étaient bien là pour le presser de passer à l’« acte 2344 terroriste » auquel il s’était apparemment déjà résolu » . En effet, « Staline ne pouvait en 2345 aucune façon traiter Trotsky comme un simple auteur d’ouvrages philosophiques en exil » . Et contrairement à Hobsbawm qui soutient que quand il fut assassiné « son poids politique était 2346 totalement négligeable » , Trotsky était, en 1940, encore appréhendé par Staline comme 2347 « l’ennemi du peuple numéro un » ; étant entendu que « pour expliquer le déchaînement d’une répression de cette envergure (qui ne se cantonna pas au seul Trotsky mais qui s’étendit à ses proches et aux « trotskystes » soupçonnés et avérés du monde entier), [Staline] devait tout de même supposer l’éventualité d’une articulation concrète entre la pensée de l’exilé et le développement 2348 politique et social réel » .Ainsi, pour le dictateur soviétique, « il faut en finir avec Trotsky 2349 dans l’année, avant le début de la guerre qui est inévitable » . Et de fait, « l’imminence de la 2350 guerre le persuade qu’il faut se hâter d’abattre Trotsky » . Ce fut chose faite le 20 août 1940, lorsque Ramon Mercader, agent stalinien infiltré dans la demeure de Trotsky au Mexique, lui fendit le crâne avec un coup de piolet dont il ne devait pas se relever : « la vie de Trotsky et le développement de sa pensée politique ont été tranchés nets par les coups de piolet de l’assassin » 2351 . Au final, le décès intervint le lendemain, « à un moment décisif de l’histoire mondiale » 2352 puisque « le meurtre de Trotsky, quoique étouffé par le fracas de la guerre, [devait rétrospectivement] a[voir] la même signification politique que parachèvera trois ans plus tard la 2353 dissolution du Comintern » ; Trotsky ayant été à l’URSS stalinienne ce que le Comintern avait été à ses débuts : l’organe transnational qui s’était efforcé d’encenser le processus révolutionnaire international et de l’acheminer vers l’accomplissement de la révolution sociale mondiale en s’adressant directement aux peuples de la planète par-dessus la tête de leurs gouvernants. Néanmoins, si Staline put être momentanément rassuré à la nouvelle de l’élimination de son irréconciliable ennemi, « cette liquidation ne dissip[a] manifestement pas sa hantise du trotskysme ». Car pour exemple, trois mois plus tard, « le 7 novembre [1940], au début de la réception qui sui[vit] les festivités [annuelles] de la révolution, Staline rappel[ait] à ses invités silencieux ses désaccords avec Trotsky, pendant la guerre civile et à Tsaritsyne, ce Trotsky dont le 2354 fantôme le poursui[vait] » . Broué est alors tout fait fondé à interroger : « Est-il excessif et partisan d’imaginer qu’en prenant à ce sujet des mesures aussi draconiennes, Staline et ses successeurs démontraient seulement à quel point ils redoutaient l’impact des idées du mort ? Est-il abusif de penser qu’ils n’auraient pas eu peur de ces idées s’ils n’avaient pensé qu’elles étaient 2355 susceptibles de devenir des forces matérielles ? » En ce sens et témoignant des inquiétudes et de l’obnubilation staliniennes, Pavel Soudaplatov, l’agent qui organisa et qui supervisa le meurtre de Trotsky, rapporte que le dictateur soviétique avait l’un de ses agents dans un journal trotskyste de New York et que « souvent, il lisait des documents et des articles trotskystes avant même leur 2356 publication à New York » . Au-delà, « sa peur devant Trotsky et les trotskystes […] [fut] telle qu’il a même cru possible, en supprimant, jusqu’au dernier, témoins et éventuels dépositaires 2357 d’idées, d’effacer de l’Histoire l’image et le nom de Trotsky » .
L’« énigme » du 22 juin 1941
Pour finir, s’« il est intéressant de noter l’[étonnante] réaction de surprise de Staline, au matin 2358 du 22 juin [1941], aux terribles nouvelles qui arrivent du front » , il convient d’observer et de rappeler que pour le dictateur soviétique, 1) la guerre contre l’URSS ne pouvait être qu’une guerre de coalition antisoviétique, 2) qu’elle ne pouvait intervenir que si la Grande-Bretagne y participait en son indépassable qualité de fer de lance historique de la contre-révolution entre 1792 et 1815, entre 1917 et 1921 et de l’entre-deux-guerres à la « drôle de guerre » de 1939-1940, 3) et, en conséquence, et bien que Hitler eût déjà éloquemment fait montre de son authentique essence contre-révolutionnaire au fil de son ascension politique puis entre 1933 et 1941, que le Führer
n’aurait jamais pris le risque d’attaquer l’URSS seul. Ce, d’autant moins qu’à la veille du 22 juin 1941, il était encore en guerre avec une Grande-Bretagne qui semblait rejeter sa dernière offre de paix transmise par Hess et, favorablement pour Staline, qui paraissait alors résolue à vouloir continuer le combat. Staline n’avait légitimement eu aucune confiance dans les intentions de la 2359 Grande-Bretagne . Profondément et constamment, il redouta bel et bien que dans l’éventualité où cette dernière n’eût considéré qu’elle fût sur le point de perdre sa guerre avec l’Allemagne, elle ne se soit sentie et ne se soit corrélativement vue dans la pragmatique obligation de se soumettre à Hitler pour préserver l’essentiel. Néanmoins, s’étant estimé suffisamment au fait de l’idiosyncrasie hitlérienne, Staline avait spéculé sur l’affront contre le Führer que devait avoir été le nouveau refus britannique de s’incliner devant la supériorité de la puissance allemande. Offense qui devait assurément avoir été ressentie en tant que tel par Hitler puisque (s’était persuadé le dictateur soviétique) la mission Hess ne pouvait qu’émaner de lui. Dès lors, si Staline ne pouvait pas ne pas continuer de juger le risque de paix anglo-nazie (et donc le risque de scellement dudit consensus contre-révolutionnaire interétatique) avec l’effroi d’une appréciation qui tendait à le situer à un niveau encore singulièrement élevé et dangereux pour une URSS irrémédiablement esseulée, le dictateur soviétique était certain (et c’était certainement rassurant) que Hitler, forcément vexé dans l’amour-propre de son Allemagne continûment et implacablement triomphante depuis septembre 1939, chercherait en priorité à faire plier son outrecuidante Majesté impériale. Or pour ce faire, et dans la mesure où, en outre, le Führer ne reproduirait certainement jamais la grossière erreur allemande de combattre simultanément sur deux fronts, c’était l’invasion des îles britanniques qui, pour Staline, était instamment à l’ordre du jour hitlérien. En fin d’analyse, pour Staline, la fatale perspective d’un modus vivendi intervenant entre une Grande-Bretagne et une Allemagne nazie pactisant et se polarisant alors en réaction à la persistance internationale du pôle révolutionnaire 2360 animé par l’URSS était encore un temps contournable. Et dans la mesure où il s’en convainquit en se martelant que Hitler tendrait obligatoirement à finir par prioritairement pencher pour l’invasion des îles britanniques, il considéra les avertissements britanniques relatifs à l’imminence de l’invasion allemande comme une pure et flagrante provocation qui n’avait mesquinement pour but que d’entraîner l’URSS dans la guerre. Il s’empressa donc, à l’attention du 2361 Führer, de démentir toute entente soviéto-britannique en cours , et, à l’égard de ce dernier, persista alors dans une « attitude servile » qui, en fait, « convena[it] davantage à « un petit pays 2362 balkanique qu’à une grande puissance » » . En ce sens, suggérons qu’il semblerait que Staline se soit ultimement et inflexiblement fondé sur une information que lui fournit, dès le 17 mai 1939, Proskourov, alors chef du renseignement militaire soviétique dont les agents infiltrés au sein de l’ambassade d’Allemagne à Varsovie avaient intercepté « les plans futurs d’agression de l’Allemagne nazie selon un officiel du ministère des Affaires étrangères allemand, Kleist » : « Le rapport était classé « top secret » […] et « d’intérêt capital » […]. Produit par la résidence du renseignement militaire soviétique de Varsovie, ce dossier se fondait sur une réunion d’information organisée par le Dr Kleist, chef du département Orient du cabinet de Ribbentrop, pour les hauts fonctionnaires de l’ambassade d’Allemagne à Varsovie au cours de la visite qu’il fit le 2 mai 2363 1939 » . Comme l’indique David E. Murphy, « il y avait trois agents [soviétiques] parmi les fonctionnaires de l’ambassade d’Allemagne à Varsovie : Rudolf von Scheliha, Gerhard Kegel et Kurt Völkisch, dont l’épouse travaillait également pour les Soviétiques en photographiant les documents obtenus par d’autres membres du groupe Herrnstadt [qui dirigeait la résidence du renseignement militaire soviétique de Varsovie depuis 1933]. Von Scheliha devait être présent à la réunion de Kleist, et le rapport était probablement son œuvre. » Or, éloquemment, « après avoir lu ce rapport, Staline écrivit cette instruction en marge : « Parler à Proskourov : qui est cette « source » ? » Le mot « source » était souligné deux fois ». Ce faisant, « Prokourov dut donner à Staline les raisons de croire en la fiabilité de ces sources et, si l’on compare les points abordés par Kleist et les mesures décidées par Staline pour contrecarrer certains plans [ultérieurs] de Hitler, il 2364 apparaît qu’il prit au moins à cœur quelques parties du rapport » . En effet, « Staline dut lire avec grand intérêt les commentaires de Kleist sur les plans de Hitler concernant la Pologne et sur ses intentions à plus long terme. Après tout, Kleist était l’homme qui, dans l’entourage immédiat de
Ribbentrop, se trouvait continuellement impliqué dans les actions de l’Allemagne en Europe de l’Est. [Ce 2 mai 1939,] il avait commencé par déclarer : « L’Allemagne est actuellement dans la première phase de sa consolidation militaire à l’est, consolidation qui, en dehors de toutes considérations idéologiques, doit être réalisée par tous les moyens. Après le nettoyage impitoyable de l’est viendra la phase occidentale qui doit s’achever par la défaite de la France et de l’Angleterre par des moyens militaires ou politiques. Ce n’est qu’après cela que l’on pourra compter sur la possibilité d’une destruction de l’Union soviétique. A l’heure actuelle, nous sommes encore dans la phase de consolidation militaire à l’est. Le prochain tour sera celui de la Pologne 2365 […] » parce que « Hitler […] a décidé qu’il était nécessaire de mettre la Pologne à genoux. » Ainsi, et parallèlement aux premières et insistantes sollicitations allemandes en faveur d’un accord germano-soviétique (sollicitations qui tendaient justement à se multiplier à partir de ce mois de mai 2366 1939 ), avec ce rapport du 17 mai 1939 qui rendait compte d’une réunion qui s’était tenue le 2 mai 1939 et qui précisait que « ce projet inquiét[ait] [cependant] l’Allemagne à propos d’un risque : la réaction possible de l’Union soviétique », Staline avait « certainement [compris] que les desseins de Hitler à l’égard de la Pologne étaient sérieux et il conv[enait] [alors] probablement que l’Angleterre et [que] la France ne [voulaient et ne] pouvaient pas faire grand-chose pour empêcher la défaite de l’Etat polonais ». En outre et au-delà de la signature (le 23 août 1939) du pacte germano-soviétique « [strictement] censé […] retarder une éventuelle invasion allemande », le dictateur soviétique, par le biais de ce même rapport, « avait dû également tomber d’accord sur le fait qu’une fois digérée la victoire sur la Pologne, Hitler se tournerait contre la Grande-Bretagne et 2367 la France » . A cet égard, « les commentaires de Kleist sur les plans allemands pour les Etats baltes, qui suivaient l’occupation de Memel, [avaient] [d’autant plus intensément] dû marquer l’esprit de Staline [qu’] à peine le pacte avec l’Allemagne fut-il signé et l’attaque contre la Pologne déclenchée, que l’URSS s’engagea dans des traités d’assistance mutuelle avec les Etats baltes qui prévoyaient le cantonnement de troupes soviétiques dans ces pays ». Et « dans l’esprit de Staline, cette mesure [était défensivement destinée à] indiqu[er] à Hitler que la Lituanie, la Lettonie, et l’Estonie étaient et resteraient dans la sphère d’intérêt de l’URSS ». Ce, même si, rétrospectivement appréhendé, « toujours sourcilleux [et prudent] en matière de subtilités diplomatiques, Staline attendrait jusqu’à l’été 1940 pour organiser des élections dans les Etats baltes suivies par leur intégration dans l’URSS comme républiques de l’Union », et que « quant aux propos de Kleist sur les projets allemands pour la Roumanie [qui disposaient notamment qu’« une pression directe sur Bucarest [était] nécessaire »], Staline devrait attendre 1940 pour recouvrer les provinces de 2368 Bessarabie et de Bucovine du Nord » . Par conséquent, dans la mesure où la teneur de ce rapport concordait avec les péripéties intervenues et les intentions allemandes mises en œuvre depuis septembre 1939, et que ce rapport intercepté laissait transparaître le caractère méthodique et planifié de la stratégie hitlérienne en même temps qu’il avait explicitement été prévu que la question de la « destruction de l’Union soviétique » ne se poserait concrètement qu’une fois la France et l’Angleterre défaites et soumises, Staline pouvait aisément s’y référer et se convaincre que, d’une part Hitler ne se lancerait jamais dans une guerre sur deux fronts, d’autre part qu’il n’entreprendrait de régler son compte au bolchevisme et à l’URSS qu’une fois la Grande-Bretagne effectivement domptée et domestiquée. Ce qui, en juin 1941, n’était pas encore le cas et, en outre, au regard du soufflet diplomatique que Sa Majesté impériale paraissait avoir honteusement exhalé à la face du Führer via l’offre de paix officieuse et sans conséquence de Hess, …ce qui ne pouvait pas ne pas corrélativement se traduire par la ferme et irascible résolution hitlérienne d’envahir les îles britanniques afin de définitivement neutraliser et contraindre l’arrogante et agaçante Grande-Bretagne… avant que ne se pose vraiment la question de l’invasion de l’URSS.
Conclusion
Enfantée par la Première Grande saignée mondiale, la révolution russe évolua immédiatement au contact de son environnement : le système international qu’elle entendait révolutionner. Or dans la mesure où la teneur spatio-temporelle du Premier grand conflit mondial avait impliqué l’apparition d’une conjoncture révolutionnaire authentiquement mondiale et que l’Etat soviétique, pour survivre et en adéquation avec le messianisme marxien, cherchait à la concrétiser en révolution mondiale proprement dite, le système international recomposé par les vainqueurs à Versailles en 1918-1919 tendit, d’emblée, à emprunter la voie d’une orientation contre-révolutionnaire ; orientation qui, au fur et à mesure que le facteur révolutionnaire mondial persistait et que cet Etat soviétique subsistait en tant qu’Etat dudit système et en tant que quartier général objectif et subjectif de la révolution mondiale, franchit un palier supplémentaire à travers une homogénéisation internationale contre-révolutionnaire qui fut sensiblement opérée et observable dès la veille de la Grande crise économique de 1929 (autour de l’année 1927) puis accentuée par elle. Or ce processus, progressif et continu de 1917-1918 à 1927-1929, s’opérait en même temps que l’Etat révolutionnaire soviétique, exposé au spectre de la coalition militaire contre-révolutionnaire, demeurait fermement ostracisé et isolé. Ainsi, du point de vue de ce dernier, naturellement mu par le salut de la révolution en son sein, l’état d’esseulement international se conjuguant à cette propension internationale à l’homogénéisation contre-révolutionnaire, cela ne pouvait qu’intimement influencer sa dimension interne. Effectivement, la solitude internationale de l’Etat soviétique et l’érection réactionnelle de la contre-révolution mondiale ne pouvaient pas ne pas se répercuter sur l’orientation intérieure que cet Etat soviétique devait mettre en œuvre pour survivre. C’est ainsi que la contre-révolution russe de 1917-1921 et que la première coalition militaire antisoviétique de 1918-1919 ont successivement et directement enjoint et contraint, par peur, par prudence et par anticipation, les bolcheviks de décréter la « Terreur rouge », de recourir au « communisme de guerre » et d’instaurer la NEP entre 1918 et 1921. Par la suite, ces mêmes contraintes extérieures, entre-temps accentuées dans la mesure où la concrétisation révolutionnaire mondiale peinait à advenir, déterminèrent, finalement et étroitement, l’opportunité et l’occurrence historiques du « socialisme dans un seul pays » à partir de 1925, ainsi que, dans la foulée, l’amorce précipitée du premier plan quinquennal soviétique marqué, dès 1928, par la mise en œuvre interactive et combinée d’un processus d’industrialisation massive et de collectivisation forcée des terres. C’est alors que survint la Grande dépression économique mondiale qui allait constituer le puissant relais révolutionnaire mondial de l’antique séisme d’Octobre 1917. Et tandis que ce dernier s’était accompagné par la cristallisation révolutionnaire bolchevique – « internationale-socialiste » –, le séisme d’Octobre 1929 allait notamment se traduire par l’opération d’une cristallisation contre-révolutionnaire « nationale-socialiste » en cours d’achèvement en Allemagne à partir de 1933. A partir de là, le système international parut revêtir une configuration tripolaire animée par le pôle révolutionnaire (URSS et Comintern), par les « démocraties occidentales » anglaise, française et américaine victorieuses à Versailles, et par les « puissances fascistes » allemande, italienne et nippone quant à elles historiquement lésées lors de ladite recomposition systémique versaillaise. Pour autant et fondamentalement, ces deux dernières catégories de puissances ne divergeaient que sur la question de cet antique règlement systémique versaillais : les premières l’avaient édicté à leur profit et au détriment des secondes qu’elles lésèrent et qu’elles soumirent en conséquence. Ce faisant, et il en fut ainsi de 1917 à 1933, si des intérêts de puissance les avaient réellement et irréconciliablement opposées, ces puissances n’en étaient pas moins demeurées implicitement voire explicitement en accord contre-révolutionnaire. Autrement dit, elles étaient demeurées ensemble opposées à l’Etat révolutionnaire soviétique et à son internationalisme révolutionnaire qui menaçaient de toutes les fondre en une politie universelle ; URSS qui menaçait donc la substance nationale de chacune de ces deux catégories de puissances alors de facto en état de concordance politique sur la nécessité de pérenniser le principe de l’Etat-nation, socle du système international qu’elles entendaient faire se perpétuer. Certes, entre 1917 et 1933, cette
entente contre-révolutionnaire des puissances victorieuses et des puissances lésées à Versailles ne s’était pas militairement traduite par la constitution (ou, après celle des années 1918-1919, par la reconstitution) d’une coalition antisoviétique internationale. Nonobstant, l’orientation contre-révolutionnaire du système international était effective : l’Italie, pour exemple, ayant mué en entité étatique intrinsèquement contre-révolutionnaire dès la fin de 1922. Et en dépit du fait que cette orientation contre-révolutionnaire internationale semblait relativement informe ou multiforme, elle se perfectionna continûment au cours des années vingt et devint une véritable tendance à l’homogénéisation contre-révolutionnaire du système international ; tendance notamment révélée par les accords de Locarno d’octobre 1925 et par l’entrée de l’Allemagne à la Société des Nations en 1926 ; circonstances qui pouvaient éloquemment témoigner de l’entente embryonnaire et potentielle à laquelle les puissances victorieuses et les puissances lésées à Versailles devaient spéculativement finir par accéder en vue de favorablement harmoniser leurs intérêts respectifs. A compter des années 1933-1934, cette propension se précisa d’autant plus que s’il pouvait sembler que la configuration systémique bipolaire initiale (le pôle révolutionnaire et ledit pôle contre-révolutionnaire informe ou multiforme) tendait, avec l’avènement de Hitler, à s’avérer supplantée par une configuration tripolaire animée par l’URSS, par les « démocraties occidentales » et par les « puissances fascistes », la mutation internationale observée correspondait davantage à un approfondissement de cette configuration systémique bipolaire initiale. Ce, puisque le pôle contre-révolutionnaire initialement informe ou multiforme tendait justement à prendre forme en devenant bicéphale : d’une part les « démocraties occidentales » anglaise, française et américaine originellement contre-révolutionnaires, victorieuses à Versailles, favorables au statu quo puisque bénéficiaires de ce règlement systémique depuis 1918-1919 et donc soucieuses d’éviter la guerre pour éviter la révolution ; d’autre part les « puissances fascistes » allemande, italienne et japonaise également contre-révolutionnaires, fiévreusement dotées d’une légalité contre-révolutionnaire interne affectée à l’asphyxie des fortes vapeurs révolutionnaires en constante et en croissante émanation au niveau de leurs dimensions intérieures respectives depuis l’opération enchaînée des séismes d’Octobre 1917 et d’Octobre 1929, et peu à peu résolues à la guerre et à une expansion qu’elles envisageaient et qu’elles ambitionnaient précisément dans le but de parvenir à occire le menaçant ferment révolutionnaire déjà contenu en leurs seins respectifs à l’aube de ces années trente. Ainsi, à défaut d’avoir été évincée par une apparente configuration tripolaire, l’antique configuration systémique bipolaire se perpétuait et, en face du pôle révolutionnaire constitué par l’URSS et par son satellite (le Comintern), voyait désormais s’agréger et se dresser un pôle contre-révolutionnaire bicéphale (les « démocraties occidentales » et les « puissances fascistes »). Or ces deux catégories de puissances avaient en commun d’être irréductiblement contre-révolutionnaires et antisoviétiques : elles étaient unanimement attachées à la pérennité de l’Etat-nation mis en péril par l’internationalisme révolutionnaire des bolcheviks. Et la divergence fondamentale qui les scindait en ces deux pôles ne portait que sur l’antique règlement versaillais et n’avait strictement trait qu’à de classiques considérations de puissance et d’hégémonie internationales. Par conséquent, elles pouvaient à tout moment finir par parvenir à surmonter leurs mesquines et spécieuses disputes et temporairement s’unir autour de la bannière et du principe de la coalition contre-révolutionnaires ; bannière et principe contre-révolutionnaires qui, en ces temps de suffocation et de déliquescence nationales en effroyable accentuation depuis l’opération de la fracture d’Octobre 1929, devaient spéculativement avoir l’utilitaire et double mérite d’abattre le ferment déstabilisateur international (l’Etat soviétique), d’abolir le monopole du commerce extérieur établi par les bolcheviks depuis Octobre 1917, et d’ouvrir au marché mondial (et donc à chacune de ces puissances contre-révolutionnaires) l’aire économique et territoriale soviétique qui, manifestement, recouvrait le sixième des terres émergées de la planète sur lequel évoluait en outre une population de près de cent soixante-dix millions d’habitants. En retour, cette structuration bicéphale du pôle contre-révolutionnaire (et l’érection d’une contre-révolution mondiale bicéphale qui en découlait) eut de violentes répercussions sur la dimension interne d’un Etat soviétique qui était dans le même temps demeuré continûment et fermement excommunié et esseulé. En effet, déjà singulièrement secoués par une tendance internationale à l’homogénéisation contre-révolutionnaire en constante évolution
au cours des années vingt et qui, avec la disparition de Lénine, avait déjà présidé à la triomphante rupture stalinienne imposant la conception du « socialisme dans un seul pays » au détriment de la « révolution permanente internationale » que défendait notamment Trotsky, les bolcheviks au pouvoir, autrement dit Staline et ses alliés du moment, furent considérablement ébranlés par l’émergence de cette contre-révolution mondiale bicéphale. En effet, non seulement elle aiguisa la hantise de la coalition militaire antisoviétique, mais, en outre, cette conjoncture internationale de jour en jour plus défavorable à l’Union soviétique tendait à accroître un mécontentement intérieur et des oppositions politiques antistaliniennes qui avaient déjà puissamment été acérés par la brutalité avec laquelle la collectivisation des terres, imposée par la menace de guerre antisoviétique, avait été imposée au pays ; mécontentement intérieur et oppositions politiques qui, dernièrement, avaient été puissamment catalysées par le nouvel échec d’une révolution allemande qui venait d’être catastrophiquement supplantée par le triomphe de la contre-révolution nazie au pouvoir en Allemagne depuis le 30 janvier 1933. Dès lors, l’exacerbation de l’angoisse relative à la perspective d’une vaste coalition militaire antisoviétique sur le point de déferler contribuait, pour Staline, à proportionnellement amplifier sa crainte d’un complot intérieur visant à le renverser : deux menaces insécables et d’autant plus accrues que le dynamisme contre-révolutionnaire international s’exacerbait en corrélation avec l’accroissement du risque révolutionnaire mondial que venait de profondément radicaliser le séisme d’Octobre 1929 ; risque révolutionnaire mondial qui, en accentuant la tendance révolutionnaire mondiale (observable notamment en Espagne à partir de 1936) et donc en accentuant le risque d’uniformisation de la contre-révolution mondiale bicéphale en un seul et même pôle qui promettait d’être assurément fatidique pour une URSS isolée (spéculativement et au moins soumise à une coalition composée de l’Allemagne, de la Grande-Bretagne, de la France, de l’Italie et de la Pologne à l’ouest, au nord et au sud, et avec le Japon à l’est), imposait catégoriquement à l’URSS (et à son dirigeant le plus déterminé à leur pérennité mutuelle) de prestement et de radicalement opérer un choix. Effectivement, dès cette année 1936 au cours de laquelle la révolution mondiale était de nouveau à l’ordre du jour international, au cours de laquelle les « démocraties occidentales » bénirent passivement l’intervention contre-révolutionnaire des forces germano-italiennes en Espagne, et à partir de laquelle l’Union soviétique était nominativement désignée comme l’ennemi à abattre par la branche contre-révolutionnaire des « puissances fascistes » qui contractaient notamment le pacte anti-Comintern, Staline, pour la sécurité de l’URSS et pour sa propre perpétuation, se devait de résoudre « son » dilemme « guerre – révolution ». Pour se maintenir alors à la tête d’une URSS au sommet de laquelle il espérait finir par devenir « l’homme qui fit advenir le communisme sur Terre », il se vit donc dans l’obligation, à ce stade, d’une part d’étouffer (du moins d’encager) la révolution et le processus révolutionnaire mondial pour éviter de précipiter une guerre contre-révolutionnaire qui, elle-même, risquait de l’écarter du pouvoir soviétique et de faire s’effondrer son secret espoir existentiel de postérité. D’autre part, il se devait d’impitoyablement approfondir le processus d’homogénéisation transversale de l’Etat et de la société soviétiques qu’il avait (en réaction à la menace de guerre ancrée depuis 1927) entamé en 1928-1929 avec l’industrialisation, la collectivisation forcée et la « révolution culturelle » ; processus de mobilisation intégrale qui, dans la Weltanschauung bolchevique, étaient commandées par le franchissement spéculativement imminent d’un nouveau palier de l’eschatologique « lutte finale ». Enfin, simultanément et indissociablement, il se devait d’implacablement annihiler les ferments de division intérieurs sensiblement susceptibles d’affaiblir la sécurité et la défense d’un Etat soviétique qui, tôt ou tard, inéluctablement, allait se voir contraint de faire face à une nouvelle offensive militaire extérieure. De par la nature de l’Etat révolutionnaire soviétique, il eût pourtant été naturel qu’en cette effervescente année 1936, l’URSS eût été poussée à l’exploitation révolutionnaire mondiale. Néanmoins, du point de vue de Staline, d’une part cette option revenait à accréditer son irréconciliable ennemi, Trotsky, exilé mais infatigable et indomptable. D’autre part, un choix apertement opéré en ce sens était à ses yeux obligatoirement synonyme d’uniformisation du pôle contre-révolutionnaire bicéphale et fatalement annonciateur de