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Le musulman sénégalais face à l'appartenance confrérique

De
218 pages
Ce livre explore la place de l'appartenance confrérique du musulman sénégalais et son impact sur la conduite de sa vie morale et de ses activités dans les registres religieux, politique, économique, social et culturel. Un livre pour qui veut comprendre les détours et dérives de la démocratie sénégalaise, les contestations et conflits d'inspiration religieuse.
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LE MUSULMAN SÉNÉGALAIS
FACE À L'APPARTENANCE CONFRÉRIQUE















SALIOU DRAMÉ







LE MUSULMAN SÉNÉGALAIS
FACE À L'APPARTENANCE CONFRÉRIQUE

























































© L'HARMATTAN, 2011
5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-54880-0
EAN : 9782296548800













DÉDICACE
À maman, à papa
À Lamine mon frère
Si seulement l'homme pouvait disposer…
Que le paradis soit votre demeure éternelle !
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REMERCIEMENTS
À Marième, la belle étoile à mes côtés ! Pour que vive, pour toujours, le
pacte DRASKAM !
À Woré MBOW, notre deuxième mère ! Ta vie est un bel enseignement,
une belle preuve de fidélité à Mamadou DRAMÉ,
À ma famille ! Sa foi et son espoir seront toujours une source de motiva-
tion intarissable.
Au professeur El Hadj Rawane MBAYE dont l’encadrement m’a été, et
pour toujours, d’un incommensurable apport,
À tous les chefs religieux, érudits et professeurs pour avoir accepté les
échanges que ce travail m’imposait,
À S. M. Khalifa TOURÉ, Elhadj Malick Sy GAYE, Leroux DRAMÉ,
Dr Ibrahima LÔ, Alioune NDIAYE, Amadou SANO, Ibrahima
SANO, Abdoulaye DIALLO, Tahir FALL, Macaty DIOP, Ma-
madou DIENG, Marième KÂ ! VOS lectures et suggestions ont été,
à plus d’un titre, très bénéfiques à ce travail.
À mes amis, frères et maîtres ! Vos constantes exhortations renforceront
toujours mon élan et ma détermination à témoigner pour aujourd’hui
et demain,
À tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre, ont participé au résultat
de ce travail,
Je témoigne ma profonde reconnaissance et adresse mes plus sincères
remerciements.

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PRÉFACE
La littérature portant sur les confréries religieuses, individuellement ou
collectivement, est tellement abondante que l’on peut s’interroger avec
juste raison sur l’utilité ethnographique ou théorique d’un ouvrage
supplémentaire sur ce même thème. Hagiographique et partisane,
critique et dénonciatrice ou tout simplement se réclamant de la rigueur et
de l’objectivité, académique ou théologique, cette littérature couvre tous
les domaines, de l’économique, à la géographie et au politique, en passant
par l’organisation de l’espace urbain, les réseaux de solidarité
commerciale et de migration de communautés religieuses mobiles.
Dominent bien sûr, particulièrement dans les recherches universitaires,
les productions intellectuelles et visuelles portant sur les interventions
politiques et les réinterprétations physiques, architecturales, sonores et
vestimentaires des leaders confrériques et de leurs taalibé, dans les espaces,
politiques et publics. En s’affichant ainsi, les leaders confrériques signalent
une puissance réelle ou supposée, pour négocier avec les pouvoirs publics
et économiques, accumuler des gains matériels et s’aménager une place
imprenable dans l’architecture politique et administrative de l’État
sénégalais.
Le livre de Saliou Dramé n’est donc pas le premier livre sur les
confréries religieuses sénégalaises. En revanche, son originalité repose sur
l’interrogation qui organise son économie. Il explore la place de
l’appartenance confrérique du musulman sénégalais et son impact sur la
conduite de sa vie morale et de ses activités dans les registres religieux,
politique, économique, social et culturel. S’appuyant sur une variété de
sources, l’ouvrage rend compte de la manière la plus succincte et la plus
documentée possible des modes et modalités d’affiliation confrérique et
de leurs conséquences sur les pratiques de l’homme – malheureusement
la femme semble être négligée dans ce travail – sénégalais. De quelle
manière l’affiliation confrérique façonne-t-elle le comportement religieux
et social du taalibe ? La mission que l’auteur s’est assignée a été d’explorer
la dimension la plus intime de la croyance religieuse du taalibe et de son
guide. Le produit mis à notre disposition est autant une ethnographie
qu’une histoire intellectuelle des communautés constituées par les taalibe.
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SALIOU DRAMÉ
Ouvrant son livre sur l’identification des facteurs qui ont facilité
l’implantation et la permanence de l’ordre confrérique dans le paysage
religieux et politique sénégalais, Dramé apporte des éléments de réponse
qui contribuent très fortement au débat sur les origines des confréries, les
prophéties et/ou les pédagogies des fondateurs – ont-ils tous voulu
véritablement mettre en place les infrastructures, l’administration, les
idéologies et les modes d’affichage qui ont vocation de distinguer les turuq
(pluriel de tariqa), telle est aussi l’une des nombreuses questions à laquelle
s’intéresse Dramé – mais aussi les rapports complexes entre elles, leurs
complicités et compétitions économiques, politiques, religieuses et les
relations et leurs conséquences entre allégeance confrérique et
citoyenneté. Ce travail sur la généalogie des confréries recadre l’histoire
du Sénégal pour y inscrire une interprétation de leurs succès.
L’enquête est passionnante. Elle est menée en fouillant les sources
primaires et secondaires, les bibliothèques, coloniale et indigène
arabophone, les orientalistes qui ont théorisé l’islam noir, les études
académiques anglophones et francophones, les nombreux articles et
débats dans la presse audiovisuelle et écrite auxquels il faut ajouter – et
c’est l’une des grandes richesses de l’ouvrage de Dramé – des entretiens
avec des acteurs confrériques et non confrériques, des chercheurs et des
observateurs de la scène politique, sociale et culturelle sénégalaise. En
restant attentif aux sources mystiques et doctrinales des littératures
religieuses internes et externes, de leurs traitements exégétiques parasités
ou non par l’environnement spirituel et culturel de leurs mises en œuvre,
aux formes pratiques de mobilisation et de mises en mouvement des
taalibe, Dramé nous offre une saisissante sociologie de l’appartenance
confrérique, de ses tours et détours, ses compromissions, politiques et
économiques, ses engagements et investissements autonomistes, ses
conflits intra et inter confrériques et sa résistance, pour le moment,
victorieuse face aux assauts répétés de l’islam réformiste et des
mouvements qualifiés d’islamistes.
La lecture croisée des sources arabes (internes et externes), des
ethnographies orientalistes et de la littérature académique, ouvre sur une
réflexion très riche sur les origines du soufisme et les différentes
interprétations relatives à sa naissance. En opérant de la sorte, Dramé
propose une analyse très équilibrée des thèses des détracteurs et
défenseurs du soufisme, de l’affiliation confrérique et des pratiques
mystiques. En suivant à la trace, les bases intellectuelles et mystiques de la
formation des communautés rituelles confrériques et de la mise en place
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Le musulman sénégalais face à l’appartenance confrérique
de leur architecture institutionnelle, des idiomes et logiques qui président
à leur gouvernance et modes d’identification et de présence dans l’espace
public, Dramé dégage la mystique sufi de l’institution confrérique en
l’inscrivant dans une géographie et un territoire philosophique et religieux
qui déborde largement du Sénégal. Il s’interroge précisément sur les
dérapages de la filiation entre, la doctrine sufi et les pratiques confrériques
face à la mystique dans ses formes et formules, les principales étapes de
l’itinéraire mystique et leurs mises à l’épreuve sénégalaises, les projets
religieux ou communautaires des « fondateurs » tels qu’ils apparaissent
dans leurs écrits et les infrastructures confrériques mises en place par leurs
héritiers, pour dissocier l’approche mystique de l’appartenance
confrérique.
En insistant sur le caractère conditionnel de la relation qui lie le
marabout au disciple, Dramé retrace avec une grande précision les
conflits marabouts-taalibe pour signaler l’esprit de liberté et
d’indépendance qui semble avoir caractérisé le soufisme sénégalais,
conformément, écrit-il, à la doctrine sufi qui s’accommode mal de la
hiérarchie et de l’autoritarisme. Mettant face à face les règles et codes qui
administrent et signent les relations du postulant le murid « voyageur
novice » et son guide et maître spirituel et les pratiques indigènes
confrériques sénégalaises, Dramé établit avec une grande clarté les bases
intellectuelles et coraniques de celles-ci, aidant ainsi à mesurer les écarts et
concordances entre les sources et ressources sufi et leurs mises en œuvre
au Sénégal. Il procède ainsi à une mise à nu rafraichissante qui établit les
droits et devoirs du guide religieux et du disciple par une présentation de
la charte de chacun des partenaires et permet d’apprécier la conduite du
guide et ses éventuelles dérives. De nombreuses illustrations
accompagnent la réflexion. Il met aussi à la disposition du lecteur la
parole des marabouts, chefs de confrérie, pour remettre en cause la
double pratique, de l’institutionnalisation de leurs engagements et
interventions dans le champ religieux et de la succession de père en fils,
distinguant, au passage, mission prophétique (celle de Limamou Laye),
mystique (Amadou Bamba Mbacké), et pédagogique (El Hadj Malik Sy),
à travers une passionnante enquête biographique.
Tout à tour sereines, enjouées, provocatrices et polémiques, dans le
ton, les analyses articulent parfois les appréciations contestables
d’orientalistes, tel que Paul Marty, et les informations biographiques
mises à la disposition du lecteur. Dramé, aidé par une belle plume,
propose, avec conviction et rigueur, une lecture des mises à l’épreuve
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SALIOU DRAMÉ
tactiques et stratégiques de l’affiliation confrérique, de ses attributs et des
différentes justifications qui l’accompagnent. Sa réflexion déborde des
frontières confrériques pour étudier attentivement les mouvements
islamiques et réformistes, en prêtant une attention particulière à leurs
structures, leurs grammaires idéologiques mais aussi leurs critiques des
confréries sufi.
Un livre indispensable pour qui veut comprendre les détours et dérives
de la démocratie sénégalaise, les contestations et conflits d’inspiration
religieuse relatifs aux leaderships confrériques et à la compétition qui
semblent organiser aujourd’hui leurs relations et probablement les
conditions de la refondation des communautés politiques et civiques au
niveau des collectivités locales, de la communauté nationale et des
associations transnationales sénégalaises.

Pr. Mamadou Diouf
Columbia University
New York City


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AVANT-PROPOS
Cette étude sur le musulman sénégalais face à l’appartenance
confrérique ne pouvait se réaliser sans réflexion — ne serait-ce que
sommaire — sur les confréries du Sénégal et sur leurs principaux guides.
Cependant, faute de pouvoir réaliser ce projet sur tous les guides et toutes
les confréries, nous avons systématiquement choisi de porter notre
réflexion sur les cheikhs et les ordres les plus célèbres. Il s’agit des cheikhs
Amadou Bamba, El Hadj Malick Sy, Bou Kounta et Seydina Limamou
Laye avec leur ordre respectif. Les cheikhs tels que Abdoulaye ou
Ibrahima Niasse, Muhammad Sa’id Bâ, Yunus Aïdara, et les autres que
nous n’avons pas directement présentés, n’ont pas démérité.
Nous avons invariablement appliqué, sur chacun des cheikhs qui ont
retenu notre attention, les termes fondateurs et propagateurs de confrérie bien
qu’il soit évident qu’El Hadj Malick Sy et Bou Kounta sont plutôt des
propagateurs d’ordres qu’ils ont trouvés sur place. Mais en procédant de
la sorte, nous avons, tout simplement, voulu répondre à l’imaginaire du
type sénégalais moyen, principal objet de notre étude, qui semble leur
donner une dimension de fondateurs de confréries.
Par ailleurs, nous avons suivi étroitement le type sénégalais musulman
dans ses comportements religieux, socioculturel, politique et économique
quotidiens suivant son appartenance confrérique. Pour ce faire, nous
avons dû avoir recours à des domaines de recherche et des champs
d’analyse différents et variés. Et tout en essayant de maintenir le même
niveau d’analyse, nous nous sommes efforcé de les articuler
harmonieusement pour mieux situer notre homme, le musulman
sénégalais, par rapport aux impacts que son affiliation dans une confrérie
peut avoir sur lui.
C’est pourquoi, malgré la spécificité de notre sujet foncièrement inscrit
dans la perspective d’études islamiques, nous ne pouvions manquer,
surtout dans l’étude des modes d’affiliation confrérique dans la deuxième
partie et des implications de l’appartenance confrérique dans la vie du
disciple dans la troisième partie, d’emprunter à la fois les instruments du
sociologue, du politologue et même du journaliste. Sans cela, il nous serait
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SALIOU DRAMÉ
difficile d’appréhender notre homme pour appliquer sur lui les résultats
de nos recherches sur le plan islamique. Ce qui explique la convergence
de plusieurs disciplines dans cette partie du travail.
Aussi, pour que ce sujet soit traité avec assez d’informations en collant
à la réalité scientifique, avons-nous procédé à la lecture et à l’exploitation
d’ouvrages classiques et modernes (écrits en arabe, en français ou en
anglais) touchant à notre sujet. Nous avons de même réalisé des entretiens
avec des chefs religieux, des imams ainsi que des universitaires, mené des
enquêtes auprès des affiliés dans les confréries dans différentes localités, et
nous avons consulté certains documents au niveau des Archives
Nationales du Sénégal (ANS) et des manuscrits au département
d’Islamologie de l’Institut Fondamental d’Afrique Noire (IFAN).
Pour les documents de source arabe, nous avons, pour citer leurs
auteurs, utilisé la traduction française quand elle était disponible ou au
besoin nous avons nous-même assuré la traduction de ce qui nous
intéressait.
Quant à la transcription des noms propres, des termes techniques et
des vocables arabes, nous avons utilisé le système de la société asiatique
de Paris qui se veut phonétique en rendant chaque phonème par un seul
signe.
Aussi, avons-nous parfois employé certains mots wolofs quand ils nous
paraissaient donner plus de portée à notre propos.
Enfin, nous nous sommes attelé à suivre le musulman sénégalais dans
l’intimité de sa croyance religieuse en essayant de révéler le fondement
idéologique de sa pensée, la pertinence ou l’arbitraire du choix de son
appartenance confrérique, les rapports entre son comportement
quotidien avec cette appartenance, et ses motivations quand il choisit de
ne pas s’affilier à un ordre.

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INTRODUCTION GÉNÉRALE
L’islam au Sénégal se dessine sous un paysage essentiellement
confrérique. Les confréries y marquent considérablement le système
religieux. Pourtant, leur implantation y est très récente eu égard à la
présence et au cheminement historique de l’islam dans le pays. Les
pionniers de l’islam maraboutique, dont l’action est caractérisée par le
succès, ont su mieux que les tenants de l’islam élitiste ou guerrier faire
remarquablement étendre les échos du message islamique et l’adapter
solidement aux réalités du terroir. Ainsi, avec la force de leur charisme et
l’aura de leur image de sainteté, l’attachement à l’islam s’offre, pour
beaucoup, sous un visage nouveau. Il se définit par rapport à l’affiliation à
un ordre qu’ils ont fondé ou largement propagé. Dès lors, les confréries
ont, sous leur férule, suscité une fervente adhésion de la plupart des
musulmans sénégalais qui s’organisent autour d’un personnage central
avec, parfois, un culte et une vénération exceptionnels. Le musulman
sénégalais semble accorder plus d’intérêt au guide spirituel ou au cheikh,
à son apologie et à sa mystification qu’à l’effort de connaître et à la stricte
observance des obligations religieuses. C'est pourquoi être musulman au
Sénégal signifierait être apparenté à une confrérie ou vivre sous la tutelle
d’un guide spirituel, le marabout. En vertu de cet état de fait, le commun
des Sénégalais s’imaginerait difficilement dans l’islam en dehors de la
confrérie. Il définit et perçoit l’autre par son affiliation à une confrérie et
non suivant son identité de musulman ayant seulement foi au message
coranique et en la tradition prophétique.
Telle est la réalité qui sous-tend profondément la vie religieuse, voire
sociale, politique et économique du Sénégal. De même, elle façonne le
comportement de nombreux musulmans. Et pour cause, elle ne saurait
échapper à l’attention des chercheurs. Aussi, a-t-elle fait l’objet de
plusieurs études dont certaines représentent des travaux d’une
profondeur remarquable. Il peut donc sembler rébarbatif de s’y intéresser
encore. Penser ainsi, c’est ne pas considérer la complexité de la question
et la profondeur de ses dimensions non encore explorées.
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SALIOU DRAMÉ
Qui plus est, l’actualité de l’islam au Sénégal avec l’interférence du
religieux et du politique, les clivages confrériques, et les exigences de son
avenir justifient la pertinence de se pencher exclusivement sur le
phénomène de l’appartenance confrérique. Il sera donc essentiellement
question de porter la réflexion sur le musulman sénégalais face à
l’appartenance confrérique et les implications de cette affiliation dans son
mode de penser, d’agir, bref dans toutes les dimensions de sa vie.
Or la plupart des études ont porté sur les marabouts, sur les confréries
elles-mêmes. D’autres ont fait le constat, l’explication ou l’analyse
sommaire d’un islam sénégalais qui se présente sous la facette d’un islam
confrérique. Elles permettent de comprendre, avec plus de profondeur,
l’islam, les marabouts et les confréries au Sénégal. Pour autant, elles ne
s’intéressent pas particulièrement à la question décisive de « l’appartenance »
qui lie le musulman sénégalais à ces hommes et à ces ordres confrériques.
De ce fait, notre tâche consiste à apporter notre pierre à l’édifice de la
connaissance de l’islam au Sénégal en essayant de répondre à la question
des justifications et des implications de l’appartenance confrérique chez le
musulman sénégalais.
Pour ce faire, nous tâcherons de pénétrer le fond des écrits mystiques,
d’explorer la pensée des cheikhs sénégalais propagateurs ou fondateurs de
confréries pour comprendre, à la source, la profondeur d’un phénomène
religieux et social et de même que le bien-fondé de son organisation. Cela
est d’autant plus nécessaire que nous l’exige notre formation en langue
arabe, en histoire des idées, en pensée musulmane et enfin en civilisation
de l’islam en Afrique noire.
Ainsi avons-nous procédé, pour notre documentation, à l’exploitation
des sources religieuse, historique, sociologique et politique traitant de la
question et dont nous avons pu entrer en possession afin de nous tenir
informé des travaux préalables et des différentes méthodes d’approche de
leurs auteurs.
Et, en nous servant davantage d’entretiens avec des personnalités
religieuses et d’enquêtes auprès des disciples, nous avons interrogé la
société sénégalaise dans son histoire, sa stratification, ses composantes, ses
croyances et ses formes de perception pour jauger l’adaptabilité d’un
système religieux dont l’assise indéniable lui confère une particularité
notoire en terre adoptive.
Enfin, nous avons analysé la question de l’appartenance confrérique,
l’attraction qu’elle exerce sur le musulman sénégalais et ses conséquences
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Le musulman sénégalais face à l’appartenance confrérique
dans la vie de celui-ci. Il apparaît dès lors que notre étude veut rompre
d’avec les jugements de valeur, le procès des confréries ou leur simple
glorification. Elle se propose plutôt de contribuer à mieux percevoir le
cheminement historique qui a abouti à l’implantation et à la
consolidation des confréries religieuses au Sénégal, les raisons conscientes
ou « inconscientes » qui justifient la forte adhésion des Sénégalais à celles-
ci et leur implication dans le quotidien de ces Sénégalais.
Elle s’articule dès lors autour de trois principaux axes :
- Le premier axe traite de l’islam confrérique et de ses hommes au
Sénégal. Cette partie est une réflexion sur le processus historique
d’implantation et sur les facteurs qui ont favorisé l’islam confrérique au
Sénégal. Il y sera question des fondements du soufisme qui secrète toute
confrérie pour en faire ressortir les rapports entre la pratique mystique et
l’appartenance confrérique d’une part, et d’autre part entre le guide
spirituel et le disciple.
- Le deuxième axe met l’accent sur la question de l’appartenance
confrérique analysée sous l’angle de la pensée des cheikhs sénégalais,
suivant ses différentes formes et par rapport aux partisans du mouvement
de renouveau islamique.
- Et enfin, le troisième axe étudie les implications de l’appartenance
confrérique dans la vie religieuse, socioculturelle, politique et économique
du disciple.
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PREMIÈRE PARTIE

DE L’ISLAM CONFRÉRIQUE
ET DE SES HOMMES AU SÉNÉGAL