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Le mystère Fontbrune

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Jeune architecte, Paul Clairval est invité à l'anniversaire du comte de Fontbrune, son grand-oncle qu'il n'a jamais vu. À quatre-vingts ans, le notable toujours aussi alerte s'apprête à consolider sa fortune dans un ambitieux projet d'infrastructures touristiques. C'est pourquoi il ne lésine pas sur la dépense pour faire de ce rassemblement familial inédit une fête mémorable.
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L’envie d’écrire tenailleDaniel Dupuy depuis l’âge de dix-sept ans. Fort d’un premier succès avec Fontcouverte, publié dans la collectionde Doche Terre et qui a obtenu le prix Charles-Exbrayat 2007, il signe son quatrième roman aux éditions De Borée.
LEMYSTÈREFONTBRUNE
Du même auteur Aux éditions De Borée
Fontcouverte, Les Quatre Jeudis, Terre de poche
En application de la loi du 11 mars 1957, il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement le présent ouvrage sans autorisation de l’éditeur ou du Centre français d’exploitation du droit de copie, 20 rue des Grands-Augustins, 75006 Paris. © , 2010
DANIELDUPUY
LEMYSTÈRE FONTB RUNE
À Claude, pour son incommensurable patience et son indéfectible complicité.
«Ce dui est intéressant Dans une énigme, ce n’est pas la vérité du’elle cache, mais le mystère du’elle contient.»
Éric-Emmanuel SCHMITT,La Rêveuse d’Ostende
Ce livre est une œuvre de fiction. Les noms, les pe rsonnages, les lieux et les événements sont le fruit de mon imagination. Toute ressemblance ou toute similitude avec des personnes réelles, vivantes ou mortes, des établissements d’affaires, des événements ou des lieux serait pure coïncidence.
Vendredi 28 août – 19 h 30 Bagnols-les-Bains – Bureau du manoir du comte Victor de Fontbrune
I JE VOUS AI DEMANDÉ de venir, mes enfants, c’est parce que nous «S voilà définitivement fixés. Des mois, que dis-je, d es années que nous attendions! Buvons, mes enfants.» Trois. Ils étaient trois confortablement installés dans les vastes fauteuils de cuir du bureau ovale du vieux mais vigoureux comte Victor de Fontbrune, qui venait de prononcer ces paroles. Fin prêt pour fête r son quatre-vingtième anniversaire dans deux jours. Vieux gaillard céveno l, il avait vaillamment parcouru le siècle qui s’achevait et marqué la régi on de son empreinte. D’un coup sec de la main, il fit sauter le bouchon d’une bouteille de champagne grand cru. Un Dom Pérignon. Un magnum millésimé. Il repri t la parole. «Celle-là, il y a longtemps que j’avais envie de l’ ouvrir, mes enfants. Je l’avais mise tout spécialement de côté.» Les deux personnages qui partageaient cet instant d e liesse n’étaient pas ses enfants. Gilbert Meyrand et Régis Dupeyrois étaient ses neveux par alliance. Tous deux, la cinquantaine altière, jouissaient de l’instant en silence. Le premier, médecin et maire de Bagnols-les-Bains, le second, g ros propriétaire terrien, industriel du bois et des sports de glisse. Trois f amilles qui comptaient dans ce pays de Lozère et dont la notoriété datait de plusi eurs siècles. Pour le vieux comte Victor de Fontbrune, tout le monde était «ses enfants». Dans sa bouche, cette expression était un signe d’affection, mais a ussi de supériorité. Comme une façon de souligner sa suzeraineté, de rappeler qu’il était le père et qu’il demeurait le maître. Il déplia une carte d’état-maj or sur le bureau, s’empara d’un feutre rouge, hésita quelques secondes, le bras sus pendu en l’air et scrutant la carte, et, soudain, quand il eut repéré l’endroit p récis, il sectionna d’un trait épais leur rivière qui s’écoulait en contrebas: le Lot. «C’est là, cria-t-il avec fierté, et il ajouta, emp li de satisfaction: pile poil où on voulait. À trois kilomètres en aval de Bagnols, là où la montagne enserre le Lot… Là où se trouvent nos terres, au lieu-dit le Goulet . Joffrey m’a appelé en fin de matinée, il vous le confirmera dans quelques minute s, il ne saurait tarder.» Les deux autres se levèrent et examinèrent le plan à la recherche d’une hachure rouge. Quand ils eurent repéré la ligne rou ge, un sourire radieux apparut sur leurs lèvres. À peine venait-il de prononcer ces mots que Joffrey fit son apparition. Son fils cadet. Son fils préféré. Bâti comme un catcheur, gr and comme un basketteur, Joffrey de Fontbrune était un colosse. L’air jovial et l’allure décontractée, une fine moustache poivre et sel soigneusement taillée lui barrait le visage et lui donnait des airs de corsaire. Joffrey salua ses cou sins d’une poignée de main, bisa la joue de son père, puis il se saisit de la c oupe de champagne que Victor venait d’emplir pour lui. Joffrey s’assit et, lente ment, il dégusta le breuvage en fermant les yeux, laissant volontairement le silenc e s’installer. Ne pouvant plus attendre davantage, Gilbert Meyrand fut le premier à ouvrir la bouche. Après tout, n’était-il pas le maire de Bagn ols? Il était donc, de fait, le premier concerné par cet événement qui allait chamb ouler la physionomie de son village, mais surtout lui assurer la prospérité économique pour des
écennies. Sans compter qu’au passage, il ferait le plein de sa cassette personnelle. «Allez! Joffrey, raconte. Ne nous fais plus languir.» Au même moment, dans le petit salon du manoir famil ial, Gabrielle, dite Gaby, l’exubérante épouse de Henri de Fontbrune, fils aîn é de Victor, conversait avec Maryse Dupeyrois, la fière compagne de Régis, et Si mone Meyrand, femme fidèle du maire, et de surcroît pharmacienne zélée à Bagnols. Depuis plusieurs mois, toutes les trois, elles s’évertuaient à construire l’arbre généalogique des de Fontbrune, illustrissime famille cévenole à laquell e elles étaient fières d’appartenir par alliance. Pour cette tâche, Gaby a vait fait l’acquisition d’un imposant ordinateur et toutes trois, sans vergogne, elles avaient pris quelques leçons d’informatique à la chambre de commerce de M ende, la ville voisine. Le petit salon s’était au fil des mois transformé en v éritable secrétariat. De multiples documents s’entassaient sur tous les meubles et mêm e sur la moquette. Cette année était un millésime exceptionnel, il correspon dait au centième anniversaire de l’union de feu le comte Guillaume de Fontbrune, seigneur de Bagnols, avec Bernadette Dupeyrois; et au quatre-vingtième annive rsaire de leur fils, le vieux mais solide Victor de Fontbrune; grand-père, beau-p ère, oncle, grand-oncle et cousin par alliance d’une multitude de personnes. L eur travail de fourmis parvenait à son terme. La grande fête était prévue pour le lendemain samedi ainsi que toute la journée de dimanche. Plus que qu elques heures pour parfaire l’arbre généalogique; une immense banderole de cont replaqué blanc large de cinq mètres et haute de trois, surmontée des armoiries des comtes de Fontbrune qu’un décorateur professionnel avait soigneusement fixées sur un mur du grand salon. Cet ouvrage serait le clou de la manifestati on. Tous les invités présents étaient certains d’y voir figurer leur nom et préno m délicatement calligraphiés. Même celui des morts et des portés disparus n’avait pas été oublié. Plus d’une centaine de personnes venant de tous les coins de F rance. Une fête grandiose, de vraies retrouvailles. L’émotion assurée pour cha cun et chacune des participants. Les trois investigatrices acharnées a vaient baptisé cette manifestation: laCousinade. La presse locale s’était emparée de ce terme improp re et avait bruyamment annoncé laCousinadedu siècle. Les trois chercheuses avaient ratissé large. Grâce à Internet, elles avaient débusqué des cousins et cousines très éloignés part out en France ainsi qu’à l’étranger. Pour assurer leur coup, elles avaient m ême élargi leurs recherches aux parents proches des cousins et cousines. Une ri bambelle de personnes dont certaines n’avaient plus aujourd’hui entre elles qu ’une lointaine et illusoire parenté. Bizarrement, Victor de Fontbrune, patriarche solita ire et habituellement opposé à tout rassemblement familial ostentatoire, avait d onné son accord pour cette Cousinaderé sceptique,. Dans un premier temps, le vieux sage s’était mont traitant ce rassemblement de farce grotesque, argua nt du fait qu’une telle manifestation allait faire resurgir les anciennes r ancœurs qui sommeillaient en silence et mettre au grand jour les haines qui couv aient. Puis, soudain, il avait fait volte-face. Il avait même fermé les yeux sur l a pagaille qui régnait dans le petit salon de son manoir; et fermé les oreilles su r le brouhaha qui envahissait sa demeure depuis des lustres. Sans doute le vieux notable doutait-il, en son for intérieur, de l’aboutissement d’un tel projet. Pour lui, la mise en chantier d’un tel