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Le mythe du développement durable en Afrique noire

De
284 pages
La politique du développement durable longtemps prônée semble être un leurre jusqu'à ce jour. La plupart des projets initiés ici et là en Afrique noire ont échoué et les populations continuent de subir une vie de plus en plus précaire. En conséquence, les gouvernements africains se trouvent dans l'obligation de collaborer avec les organismes de développement pour dépasser le stade de la pure théorie et savoir orienter les actions de développement vers plus d'efficacité.
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Le mythe essè Amouzou
du déveLoppement durAbLe
en Afrique noire
Le mythe
Le développement durable retient depuis longtemps
l’attention des organismes de développement et des
chercheurs. Mais le triste constat que l’on peut faire du déveLoppement durAbLe
sur le terrain, c’est que les populations continuent de
subir une vie de plus en plus précaire. La plupart des
projets initiés ici et là en Afrique noire ont
lamentableen Afrique noirement échoué et n’ont pas permis aux populations de
se soustraire de la misère matérielle. Les moyens de
production sont des plus rudimentaires et ne
permettent pas d’agrandir les exploitations ni de dégager des
surplus commercialisables.
Ainsi donc, la politique du développement durable
longtemps prônée à grand renfort de publicité semble
être un leurre jusqu’à ce jour. En conséquence, les
gouvernements africains se trouvent dans l’obligation de
collaborer avec les organismes de développement pour
dépasser le stade de la pure théorie et savoir orienter
les actions de développement vers plus d’effcacité.
Né à Lomé (Togo), le Professeur Essè AMOUZOU est
Directeur des Etudes Doctorales en Sociologie du
développement à la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de
l’Université de Lomé et Consultant d’organisations
internationales.
Depuis 2008, il intervient périodiquement sur différents
aspects de la problématique du développement en Afrique
noire au département de sociologie de l’université Paris VIII
Saint-Denis. (amouzouea@yahoo.fr).
ISBN : 978-2-296-11516-3™xHSMCTGy115163z 25 e
Le mythe du déveLoppement durAbLe
essè Amouzou
en Afrique noireAvant-propos
L’ouvrage sur le «Mythe du Développement Durable »est
éditéà une période de l’histoiredela vie dessociétés
africaines caractérisée par des conditions d’existenc e
pénibles où lacrise socio-économique sedéploie encoreet
tardeà dire son dernier mot.
Depuis la période des indépendances jusqu’àcejour,
d’innombrables projets ont étéinitiés aussi bienenmilieu
rural qu’en milieuurbain pour tenter de réduireles maux
dontsouffrent cruellement les hommes et les femmes. Ces
nombreux projets de développement exécutésàcoupd e
millions de dollars dans lesvilles etvillages n’ont pas
permis de sortir les habitants de l’ornière. La preuveenest
quela pauvretéaaucontrairegagné duterrain eta rendu les
déshérités plus démunisquepar le passéen raison
notamment de l’initiationdes politiques d’ajustement
structurel du Fonds MonétaireInternationalet de laBanqu e
Mondiale quiontcauséplus de dégâts qu’ils n’en ontrésolu.
Plus tard, les effets de la dévaluationdu francCFA sont
venus alourdir les peines des populations au Suddu Sahara
sans la préventiondes mesures d’accompagnement dans
certains pays. Lestravailleurs de laFonctionpubliquen e
savent plus commentsurvivre, comment «joindreles deux
bouts» tandisqueles pauvres paysans gémissent encor e
sous le poids des prix exorbitants des matières de premièr e
nécessité au point de négliger l’utilisationou la
consommationdecertaines denrées alimentaires comme les
boîtes deconserveet lesarticles importés.
Mais, à la grande surprisedesvictimes de lacris e
économique, les organismes de développement et les
pouvoirs publics en Afriquenoire crientsur tous lestoits la
politiquededéveloppement durable qui, jusqu’àcejour,n’a
existé quedenom. La raison en est que très peu de projets
de développement ont pu donner l’opportunité aux
5communautés de souffler ou d’améliorer leurs conditions
d’existence.
Eneffet,du développement durable,on ya faitquedes
publicitéssans lendemain. Alors,la questionest simpleet
sans ambigüités. Doit-on redéfinir de nouvelles orientations
pour démarrer desactionsréellement porteuses d’espoir pour
les populations déshéritées ou doit-on continueràcrier
«Développement Durable» sans êtreenmesurede
démontrer en quoi ce conceptsans actions pragmatiques
restedurable. En tout cas,j’y voisunmythe quinedit pas
son nom.
L’auteur
6INTRODUCTION
L’une desquestions fondamentalesqueposent aujourd’hui
lesâmessensibles enAfriqueestbiende savoirsiles efforts
consentis iciet là sontréellement porteurs d’espoir au point
où l’on peut affirmersansrisquede se tromperqueles
milliards de dollars injectés dans l’initiationdes projets de
développement pour l’améliorationdesconditions de vie des
populations ont effectivement permis de sortir les déshérités
de l’ornière. Sila réponseest négativechez d’autrescomme
elle l’estchez moi,alorsavouonsclairementquela politiqu e
du développement durable tant prônée ces dix dernières
années n’aura été qu’unleurre, unmythe quel’on s’emploi e
à entretenir au niveau des instances internationales et des
pouvoirs publicsafricains.
Le salut de l’Afriquedoit –ilêtrelié aux initiatives
incertaines et aux discours démagogiques?
L’Afriqueestelle réellement en voiededéveloppement? L’Afriquepeut
–elle décoller? Faceà toutes cesquestions, aucunanalyst e
ou penseur n’a pu jusqu’àcejour apporterune ou des
réponses apodictiques c'est-à-dire convaincantes. D’aucuns
ontsoutenuà grand renfort d’érudition quela mentalitédes
africains était prélogique, souffrant d’une tare congénitale ;
elle ne pourrait passedévelopper. Ilfaut donc leur apporter
le développement. D’autres ont affirmé quel’Afriqueétait
malpartie etqu’il fallait la remettre sur lesrails. Il s’agit là
de René Dumont,l’undesspécialistes desquestions
africaines. D’autres encoreont affirmé qu’il fallait pour
l’Afrique, appliquerundéveloppement humain durable et
intégré. Maistoutes ces analyses n’ont pas
apportégrandchoseà l’Afrique. Sipour René Dumont l’Afriqueest mal
partie, c’est justement parce quel’Afriquen’est pas partie
d’elle-même. C’est l’Occidentquil’a pousséeà partir
contre son gré, en voulant luiimposer des modèles de
développementà imiter. C’est pourquoi ces modèles ont,
partoutailleurs,fait leur preuved’échec.
7Aujourd’huiplus quejamais,l’Afrique se trouveà lacroisée
des chemins et il apparaît clairementquela notiond e
développement est devenue« unmythe ». Eneffet,
l’Afriquecomme l’écrivaitcepessimisten’est pas encoreen
voiededéveloppement,elleest en voiedusous
développement (ATADENANGUIT 2007).
Cetteaffirmation, loin d’êtregratuite, trouve sa justification
dans le faitquemalgrélenombrepléthoriquedeprojets de
développement initiésçà et là en Afrique, malgrélenombr e
important d’aides au développement en faveur de l’Afrique,
elle semble être toujours au point de départ. L’analysedes
résultats desstratégies de développement présenteelle aussi
un bilan sombreet décevant même si certains de ces
résultats sont apparemment positifs, ceux-ci voilent et
engendrent des problèmes plus graves avec le temps. De
nombreux experts en développement ont,à travers leurs
ouvrages etrapports,justifié l’échec de cesstratégies de
développement,d’une part par leurs caractères autoritaires,
ou par leurs caractères inadéquats aux réalités duterrain,
d’autrepart,parune négligenceouune mauvaisegestiondes
responsables des initiatives.
Pourtant les nouvellesstratégies mises en placepar les
experts contemporains ont pour objectif de rompre avec
l’éternel sentier battu en impulsantunnouveaurythme à
l’Afrique. Mais ces efforts n’ont pas contribué à
l’épanouissement des populations africaines et au décollage
de l’Afrique. C’est justement ces inquiétudesquiont fait
dire R.Billaz dansson ouvrage intitulé "Enquêteenmilieu
rural sahélien (ACCT, Conseil Internationalde Langu e
Française, 1981) que« l’histoiremême récentec'est-à-dir e
depuis l’indépendance, est déjà encombrée decesambitieux
projets où les milliardss’engouffrentsansquela situationd e
la paysannerie s’améliore. Toutefois,lessociétésrurales
africaines ne constituent plus depuis longtemps déjà une
« terra incognita»et puis«les agronomesqui s’aventurent
en milieu paysan autrementquepour distribuer desrecettes
8techniquestotalement déconnectées des conditions de
production» comme l’affirme l’auteur, ce sontsurtout les
milieux rurauxafricainsqui souffrent desaffres de la faim et
de la misèrematérielle.
Comme unparadoxe, ce quiest étonnant, c’est que, ce sont
les milieux ruraux quiproduisent la nourriturepour les
centresurbains et c’est dans ces milieux ruraux que s e
localiselesiège de la pauvreté.Cettesituation s’expliquepar
le faitqueles paysans africainsvivent essentiellement de
l’agricultureet celle-ciest tournée vers la productiondes
cultures d’exportation.
Ilest doncclairquel’introductiondusystème capitalist e
dans la production agricolea fait plus de mal quede bien
aux africains et les conséquences ne sont plusà démontrer.
Lepaysan africain vitundrame car non seulement le sol
duquel il tirela grande partie de sesressources de
subsistanceest devenu presqu’improductif parce qu e
surexploitémais aussiinsuffisant. Ainsi, de nos jours,le
paysanafricain n’arriveplusà mangerà sa faim età vendr e
ce quilui restede sa productioncommeauparavant.
Par ailleurs, cette situationest imputable au faitqu e
l’augmentationdela population rurale Africaineentraîn e
inéluctablement la réductiondes espaces cultivables. Des
milliers de jeunesruraux,pleins de dynamisme sontsans
terre. Les fonctionnaires et autres petits bourgeois des
milieux urbainssontvenus arracher les domaines fonciers
aux paysansà vil prix. Ce sont desterres confisques en
quelque sorteet inexploitées, c’est-à-direlaissées pour
comptealors quedes jeunes en souffrent cruellement,leurs
parents les ayant bradé aux citadins pour répondre à
quelquesaléas de l’existence.Ces jeunessont parfois obligés
de migrervers lesvilles pour grossirune arméede réserve
déjà existanteetselivrer parfoisà des actes illicites pour
survivre.
Il revient doncaux gouvernements africains,deprendredes
mesures en vued’encadrer les jeunesruraux en mettant à
9leur dispositiondenouvellesterres pour qu’ilss’y installent
en vuedepratiquer l’agriculture.Cettepolitique suppose qu e
l’implantationdesruraux sur de nouvellesterres doit
nécessairement être accompagnéedemesures adéquates
pour promouvoir le développementrural. Cesstratégies
visent essentiellementà favoriser l’adaptationdecesruraux
aux nouvelles conditions du milieu. Mais,malheureusement
cen’est pas ce qu’on constateen Afrique. Leplus souvent,
les jeunesquittent leursvillages pour plusieursraisons: les
infrastructuressocioculturellessont inexistantes c'est-à-dir e
qu’il n’ya plus d’autresvoies en dehors des champs et le
marché; lessolssonttrop pauvres et leurs productions
alimentairessonttrès faibles; lesterresquiexistentsont non
seulement insuffisantes mais également fontsouvent l’objet
de dissensions inter-individuelles. Ainsi,àcausede tous ces
facteurs,lesruraux, chassés de leursterres ou partis
d’euxmêmes envahissent lesvilles ouvonts’installer dans des
domainesréservés à l’Etat (desréserves de faune par
exemple) malgréles contraintesqui s’y imposent. Dans ces
nouveaux milieux,ilssont abandonnésà leur propre sort.
S’ils ne sont pas chassés par l’Etat, celui-cine s’intéresse à
eux quedans la mesureoù il introduit dans ces milieux les
cultures d’exportation contraignant encorelemonde rural à
vivredans le cercle infernaldela faim et de la pauvreté.
Pour le reste,ce sont lesONG qui viennentausecours deces
gens en vuede tenter d’améliorer leurs conditions de vie.
Maisces institutionsaussin’arrivent pastoujoursà résoudr e
adéquatement les problèmesque rencontrent
quotidiennement les paysans.
Alors la questionest simple. Comment expliquer la
persistancedela pauvretédans nombredepays africains
malgrél’initiationde tant de projets pour la réductiondela
misèrematérielle ?
10LEDEVELOPPEMENTETLEMENTDURABLE :
QUELLEPERCEPTION ?Ledéveloppement en question
Inspirédes écrits philosophiques et économiques des
périodes précédentes,leparadigmedu développementva,
selon Gilbert Rist (1996:70), atteindre sa maturation au
XIXe siècle avec l’avènement de l’évolutionnisme. L e
développement des économies occidentalesvaalors prendr e
l’allured’une voienormative. Marx et Engelssont
convaincus quele capitalisme est unpassage obligépour
parvenir au communisme. C’està l’issuedela divergenc e
entremarxistes et populistesrussesà partir desannées 1870
et,à la findela vie de Marx qu’il faudra voir celui-ci
réhabiliter des possibilités de progrès de certainesstructures
économiques pré-capitalistes,pour queles penseurs
socialistessepenchentsérieusementsur un choix entr e
plusieurs modes de productionetvoies de développement1.
On retrouveraces discussionsquand s’élaboreront des
stratégies de développementrépondant aux économies peu
articulées du Tiers Monde;undomaine, quiconstituepar le
biais de la théorie de l’éco-développementune dessources
de la notiondedéveloppement durable. Auparavant,l e
développement devra prendredutemps pour passer d’u n
sens «passif» à un sens «actif». Siles économistes
néoclassiques et keynésiensassimilent généralementsouvent
les problèmes du développementà l’étude de lacroissanceet
des imperfections du marchéà des échelles nationale ou
internationale,denouvellesréflexionsvontsefocalisersur
lesspécificités du «non développement» quiont court dans
certainesrégions du monde. Ainsi, s’expliquent les efforts
répétés de la part de ces hétérodoxes pour explorer les
contours dece quipourrait être unautredéveloppement.
1 Sur le populisme, cf. D. Hémery (1988). Pour une présentation
des liens entreledéveloppement durable etun courant écologist e
«néo-populiste», voirJ.Martinez-Alier (1987:234).
13Ledéveloppement: unconceptsujet à
réflexion
La notiondedéveloppement, comme l’entendent les
économistes,est fortement influencée par lessciences du
vivant. Cetteinfluenceprocèdedela transposition
analogiqueà la sociétéhumainedela marche vers la
maturitéd’unorganisme biologique, de l’embryonà l’âge
adulte,à l’image d’une ou des lois naturelles2. Du point de
vue social, cettenorme est symboliquedela révolution
industrielle anglaiseet,plus généralement par l’historiqu e
dessociétés occidentales.La notiondedéveloppement pren d
donc l’allured’une symboliquedel’évolutionnisme socialet
acquiert uncaractèrenormatif et obligatoire. Ainsidoit êtr
e
entenduel’émergencedel’expression«sousdéveloppement»dansundiscours de Harry Trumanen
janvier 1949. Cette«innovation terminologique»,not e
Gilbert Rist (1996:123), donne lieu de placer les différentes
sociétés dans «une continuité substantielle» :certaines
nationssont en avance, d’autressont en retard, maistous
sont dansune dynamiquededéveloppement.
L’ouvrage deWaltRostow (1960)illustreparfaitementcett e
vision quipostule queledéveloppement économique(take
off) soit enclenchéà partir d’un certain stade de l’histoir e
dessociétés. S’ensuit donc une croissance auto-entretenue,
une «croissancedurable»(self-sustaininggrowth),écrit
Rostow (1960:19), quidevient «la fonctionnormale de
l’économie». Cetteidée revient en écho dans la théorie
économiquedominante. Wilfred Beckerman(1994) relèv e
quele concept de durabilitéest analytiquement frivole,
puisquela problématiquedelacroissance conçueparses
condisciples néoclassiques est largement auto- suffisante.
2 Sur cettemétaphoreorganicistedu développement, voir G. Rist
(1996:50)
14Elleest sensée assumerun rôle automatiqued e
redistribution: quand le niveau de production s’accroît,le
niveau de vie moyen s’améliore, le problème des inégalités
de revenu prend alors une tournuremoins dramatique. Ces
richesses nouvellementcréées peuventservirau financement
de la protectiondel’environnement. D’autres auteurs au
contraire se concentrentsur la distinctionà faireentrela
croissanceet le développement.
Ledéclin des empires coloniaux et la nécessitéde restaurer
les économies européennes dévastées par la seconde guerr e
mondiale vont placer lacroissance au cœur des
préoccupationsrelatives au développement. C’est dansu n
contextedecrisedel’orthodoxie libérale et de montée de la
«révolutionkeynésienne», dansun cadregéopolitiqueoù la
planification soviétiqueprendl’allured’une alternative
crédible, quele champ analytiqueparticulier de l’économie
du développementva progressivements’imposer. Cett e
foule d’approches,hétérodoxes pour la plupart, va s’atteler à
définir la spécificitédecedomained’étude faceaux théories
économiquesstandard. La premièredes convictionsqui
sous-tend ces analysess’inspirent de l’enseignement des
biologistes pour dénier l’assimilationdu développementà la
croissance.Déjàau début du20é siècle,JosephSchumpeter
(1912) s’était interrogé sur la distinctionà établir entreles
changements quantitatifs etqualitatifs caractéristiques des
économies modernes et en arriveàcettephrase célèbre:
«Additionnez autant de diligencesque vous voulez, vous
n’obtiendrez jamaisune locomotive». La croissanceest
perçue comme un changementquantitatif alors quele
développement procèded’un changementqualitatif. La
croissanceest généralement cernée sous la forme d’u n
relèvement du produit économiqueglobal, soit en montant
absolu, soit en part relative(PNB par habitant,par exemple).
Ledéveloppement,dans la perspectivede François Perroux
(1974:191),«est lacombinaison des changements mentaux
etsociaux d’une population quila rendent apteà fair e
15croître, cumulativement et durablement, son produitréel
global». Malgréla distinctionétablie entre ces deux
phénomènes,ils peuvent aussiêtre sans corrélation. La
possibilitéd’une croissanceéconomique sans
développementvéritable duvoletsocialn’est pasà exclure.
Ledéveloppement –ausens désormaistransitif du mot -
n’est donc pas automatique. Loinde seposer en simple«
retard» vis-à-vis des pays riches,la situationdes pays du
Tiers Monde, résulted’une histoireparticulièreémailléed e
violence, etsembleavoir désormaisuncaractèreoriginal.
Une seconde convictionmilitepour une étude systématiqu e
descaractéristiquesstructurelles deces économiesqualifiées
de «sous-développées». Lessuggestions faitesàce sujets e
résument au faitque ces économiessont dualistes,
dépendantes et extraverties. Ledualisme est perçu comme
dichotomie entre un secteur «traditionnel», caractérisépar
unexcédentstructurel de main-d’œuvre, etun secteur
«moderne», industrialiséet exportateur. En raison de son
importance, le modèle d’accumulationdeces économies est
extraverti, essentiellementtributairedes débouchés
extérieurs,del’évolutiondes prix mondiaux et des décisions
des firmes multinationales.
Cesréflexionsqui conçoivent le développement et le no n
développement comme les deux faces de la dynamiqu e
capitaliste, deviennent plus aiguës au fildes années. On
assistedoncà un renouveau destravaux sur l’impérialisme
quidoigtent le thème de l’échangeinégal(Amin, 1971).
Pour résoudreleproblème de la dépendance, les auteurs
suggèrent desstratégies de rupture avec le commerc e
international– des propositionsquifont autorit é
actuellement en matièrededéveloppement durable che z
certainsthéoriciens de l’EcologicalEconomics.
Ledéveloppement doit êtreautonome, endogène,autocentr é
avec la fixationdesseuils d’ouverture vers l’extérieur en s e
fondantsur l’évaluationdes besoins internes prioritaires,l e
niveau des exportations étant défini selon le niveau des
16importations jugées inévitables. On sefocalise aussi sur
l’industrialisationplanifiée, sur les «industries
industrialisantes»,à l’instar deGérarddeBernis (1966), qui
à la suitede François Perroux parle des «pôles de
développement».
Quediredu développement durable ?
La notiondedéveloppement durable s’est imposée comme
thématiquefondamentale dans les discours contemporains.
Elleconstituedésormais l’élément focaldela rhétoriquedes
acteurs concernés par lesquestions d’environnement et de
développement. Avec le Sommet Mondialdu
Développement Durable de Johannesburg, le grand public
s’y est familiariségrâceà l’ensemble des commentateurs,
notamment les journaux économiques,la presseféminine,
sans oublier les publicités des annonceurs. Au-delà d’u n
incontestable effet de mode, cettenotionprésente un très
grand flousémantiqueinduit parsa récurrencedans les
discours. Même si une des définitions proposées dans le
rapport Brundtland3 fait l’unanimitédans les discours,ilen
existe biend’autresquidonnent lieu à de multiples
interprétations. La difficultéde traduirel’expression
«sustainable development», quine trouvepas de
correspondancelittérale dans la languefrançaise, accroît la
confusion : des distinctions entrelesqualificatifs de
«durable», «soutenable», «viable»ont étéproposées en vu e
de déblayer le terrain,mais la diffusionest rapide et
3«Ledéveloppementsoutenable,écrit laCommissionmondiale
pour l’environnement et le développement (1987:51), est un
développementqui répond aux besoins du présentsans
compromettrelacapacitédes générations futures de répondre aux
leurs»
17l’inconstance sémantique se renforce. Pour ordonner cett e
foisonnantelittérature, ilconvient de revenirsur les origines
et les antécédents de l’idée de développement durable, sans
perdrede vue qu’en dépit de l’existenced’uncertain nombr e
de travaux (Pezzey (1989), Godard(1994), Vivien(2001))
sur cette question, l’histoirede cettenotion, construite aux
frontières deplusieurs disciplines ettraditions intellectuelles,
resteencoreinépuisée.Pourcerner lescontoursvéritables de
ce concept,ilimported’abordde recentrer la questiondu
développement durable autour d’une ancienne polémiqu e
économique, relativeà l’étude des contradictions induites
par le processus d’accumulationdesrichesses. Ensuite, on
pourra sefocalisersurce quipeutapparaîtrecomme une des
contradictions majeures de cettedynamique accumulative,
notamment la dégradationdel’environnement et
l’épuisement desressources naturelles. Même sielle était
demeurée présentedans laconscience universelle
jusqu’alors,la questionenvironnementale acquiert une
importance touteparticulièreà l’entrée des années70 etva
entraînerune miseen causedu modèle de lacroissanc e
économique. Enfin,il conviendra d’explorer la
reconnaissanceinstitutionnelle de laconvergencedes deux
problématiques précédentes. Dansun contexteoù les
théories du développementsont en quêted’une nouvelle
crédibilitéet où le débatsur lacroissancedevient plus
houleux en raison de la priseen compteinéluctable de la
problématiqueenvironnementale,ledéveloppement durable
seposecomme unnouveau modèle etune nouvelle finalit é
appelant des exigencesconcrètes.
Lacroissanceest-elle synonyme du
développement durable?
Certainesréflexionssur lacroissance conçoivent le
développement durable comme une donnéepréexistante à
18l’émergencedu concept. WilliamNordhaus (1994) soulign e
en conséquence que, pour définirun critèrededurabilité, il
faut se référerà une définitiondurevenusuggérée parJohn
Hicks (1946), undes initiateurs de la microéconomie,et
évaluer la quantitéde richesses consommables pendantune
période, sansqu’ilyaitappauvrissement entreledébut et la
finde cettepériode. En s’en tenantàcetteproposition, la
problématiquedu développement durable achoppe sur les
interrogationsrelatives aux conditions favorables à la
créationd’un surplus économiqueetà l’accumulationdes
richessessur le long terme. Cetteproblématique, aussi
vieille dansune certainemesure quel’économie politique,
suscitedemultiples interprétationsréparties en orthodoxies
ou hétérodoxies, selon queles opinionssoutiennentque,
laisséà lui-même,lejeu économique capitaliste recèle u n
grand potentielde criseou non. La récurrencedans c e
spectred’analysedes notions de déséquilibres et de
contradictions, tant d’unpoint de vue social
qu’environnemental relativisel’importanced e
l’accumulationdesrichesses. Aussi, s’impose-t-ilde trouver
unéquilibreentre croissanceéconomique, dynamiques
sociales et contraintes environnementales; certaines
approches conçues dans ce cadreontresurgi dans le débat
contemporain autour de la définitiondu développement
durable.
Cesanalyses des conditions de l’accumulationdesrichesses
prennentune tournurepluscomplexedans la seconde moitié
du XXe siècle,lorsqu’il est questiond’éluder les
particularités des économies du Tiers Monde,et alimentent
la polémiqueportantsur la distinction à opérer entr e
croissanceet développement. Les notions au cœur de cett e
polémiqueopposent lestenants d’une croissancedurable à
ceux qui soutiennent l’idée d’undéveloppement durable.
Mais,lacroissancene saurait êtrel’équivalent du
développement durable dansun contexteoù elle est
susceptible de provoquer le développement et en assurer la
19durabilité.
Croissanceéconomiqueet développement
durable
La visionéconomiqueclassiquea une approche dynamiqu e
dessociétés.Cetteapproche stipule quel’enrichissement des
nations découle de l’accumulationdu capitalparune
certainepartie de la société.Unefoisréinjectédans lecircuit
économique, le surplus économiquepermetun
accroissement de la production, par lebiais de la divisiondu
travail et du progrèstechnique. Bien qu’ilssoient
parfaitementconscients destensions opposant les différentes
classessocialesautour de la redistributiondesrichessesainsi
créées, cette approche privilégiela régulationmarchand e
pour assurer la poursuitede cette accumulation capitaliste.
Cependant,les limites de l’accumulation apparaissent dans
le jeu du «principedepopulation» de Malthus (1798).
Assurer les besoins d’une population croissanteoblige à
exploiter desterres de moins en moins fertiles et ces
difficultés croissantes de production affectent le prix de
ventedu blé, quiest undes éléments clefs de la formatio n
dessalaires. Ces derniers étant en hausseconstante, le taux
de profit perçu par lescapitalistesva décliner,les poussant à
réduireleurs investissements,et l’étatstationnaire vaainsi
céderà l’état progressif des nations.
SiSmithetRicardo trouvent déplorable l’étatstationnairedu
systèmecapitaliste, il en vaautrement pour JohnStuartMill
(1848:297) :
J’avoue, écrit-il, quejene suis pas enchantédel’idéal
de vie quenous présentent ceux qui croientquel’état
normaldel’homme est de luttersans finpour se tirer
d’affaire, quecettemêlée où l’on sefoule aux pieds,où
l’on se coudoie,où l’on s’écrase, où l’on semarche sur
lestalons etquiest le type de la sociétéactuelle,au lieu
20d’être simplementune des phases désagréables du
progrès industriel.
Cet auteur présente comme l’a montré Martin O’Connor
(1995), ce quipeut êtreperçu aujourd’hui comme une
éthiquepouvantservir de fondementà l’instaurationd’u n
développement durable.StuartMill souligneainsi quela non
croissancedela populationet ducapitalnese trouvepasaux
antipodes de la libertéindividuelle et n’impliquepas la fin
du progrès, quipeut prendrela forme d’une réductiondu
temps de travail et d’uneaméliorationdu niveau de vie.
«Cene sera,écrit-il, que quand,avec debonnes institutions,
l’humanité sera guidée parune judicieuseprévoyance, qu e
les conquêtes faitessur les forces de la naturepar
l’intelligenceet l’énergiedes explorateursscientifiques
deviendront la propriétécommune de l’espèceetunmoyen
d’améliorer et d’élever le sort de tous». Onpeut déceler,
comme le pensent Lahsen Abdelmalkiet Patrick Mundler
(1997:31), une prisedeposition quin’est peut-êtrepastrès
différentede« l’austéritéjoyeuse» proposée par desauteurs
commeIvanIllich(1973)ouAndréGorz (1988),c’est-à-dir e
unmodèle de sociétéoù les besoins et le temps de travail
sontrestreints,mais où la vie sociale est plus riche,parce
queplus conviviale. De toutefaçon, cette théorie de l’état
stationnaire traduit l’idée qu’en vieillissant,parsa
dynamiquepropre, le capitalisme va progressivement
dégénérer en un type de sociétédont lesvaleursseront plus
respectueuses de l’homme et de la nature.
Karl Marx va remettreen cause cette visiondu long terme
quidemeureoptimiste.A sesyeux,lachutenotoiredutaux
de profit dérivedefacteurs inhérentsà la logiquecapitaliste.
A l’opposédonc des classiques, Marx réfutelefaitqu’une
économie capitalistepuissedurablementrester dansunétat
stationnaire.
Cetteéconomie est plutôt porteusedecrise, etsa dynamiqu e
repose sur le gaspillage desressources matérielles et
21humaines. Bien que cette critique se concentre sur les
contradictionssocialesqu’engendrelemode de production
capitaliste, elle recèle aussi ce que certains marxistes
contemporains, comme James O’Connor (1992), désignent
comme «la seconde contradictiondu capitalisme»
caractérisée notamment par l’apparitiondeproblèmes
environnementaux. Ainsienest-ildel’agricultureet de la
foresterie où ce constat apparaît le plus clairement chez
Marx (1867:998) :
Chaqueprogrès de l’agriculture capitaliste, écrit-il, est
unprogrès non seulement dans l’art d’exploiter le
travailleur,mais encoredans l’art de dépouiller le sol;
chaqueprogrès dans l’art d’accroître sa fertilitépour
un temps, unprogrès dans la ruinede sessources
durables de fertilité. Plus unpays,les Etats-Unis du
Norddel’Amérique, par exemple, sedéveloppe sur la
basedela grandeindustrie,plus ceprocessus de
destruction s’accomplitrapidement.
La privatisation croissantedes moyens de production s e
trouve résolument aux antipodes de l’idée d’une gestion à
long terme desrichesses de la planèteet Marx,plus
circonspectque sa postéritéintellectuelle vis-à-vis de la
questiondu progrès,esquissel’idée d’une «maîtrisede» de
la nature4. Dès les années 1860,l’industrie prenant le pas
4Voir lesanalyses d’A. Schmidt (1993)et deD. Bensaïd (1995).
Dans lelivreIII duCapital,Marx écrit :
«Du point de vued’une organisationéconomique supérieuredela
société, le droit de propriétéde certains individus sur des parties
du globeparaîtra tout aussi absurde queledroit de propriétéd’un
individusur son prochain.Une sociétéentière, une nation et même
toutes lessociétéscontemporainesréuniesne sont pas propriétaires
de la terre. Elles n’en sontqueles possesseurs,elles n’en ontque
la jouissanceet doivent la léguer aux générations futures après
22sur l’agriculture, des analyses fondéessur la
thermodynamiqueet la théorie malthusienne amènent
nombred’auteurs libérauxà reprendre cetteimage d’une
«économie destructrice»,caractérisée par la fuiteenavant et
une visionàcourtterme,età mettreengarde contredes
rythmes d’exploitationde certainesressources et contrela
destructiondes équilibres naturels. Ces préoccupations de
«fin du progrès» vonts’accroîtrejusqu’à la premièreguerr e
mondiale,moment où d’autrestypes deproblèmes politiques
et économiques occulteront les préoccupations pendant
quelques décennies. Avec la grande crisede1929, la
croyanceen une croissanceéconomique auto-entretenueest
remiseen causepar les analyses de Keynes. Leprincip e
selon lequel l’idée quel’Etat doit obligatoirement engager
une politiqueéconomiquepour stabiliser lacroissance refait
son chemin.A l’opposédes principes généralement admis,
Keynes ne secontentepas d’affirmerqu’«à long terme,nous
seronstous morts», le devenir dessociétés d’abondanc e
motiveaussi ses préoccupations.Ilpréconise une diminution
dutemps de travail quand lacroissancedela productivit é
aura faitson oeuvre, ets’interroge sur lebouleversementqu e
cela pourraitsusciter au niveau desvaleurssociales
dominantes: «comment, sedemande Keynes (1930:136),
employer la libertéarrachéeaux contraintes économiques?
Comment occuper les loisirs quela scienceet les intérêts
composésaurontconquis pour lui, de manièreagréable, sage
etbonne ?»
Cesréflexionssur l’évolutionà long terme desvaleurs etsur
l’émergenced’une sociétépost matérialiste correspondent à
certaines analyses contemporainesrelativesà la définition
d’une éthiquedela durabilité.Acela s’ajoutelefaitquela
démonstrationde Keynesselon laquelle une certaineéquit é
sociale s’accompagne nécessairement de l’efficacit é
l’avoir améliorée en boni patres familias» Citépar A. Schmidt
(1993:13).
23économiquedusystème capitaliste, se recoupe avec l’idée
qu’undéveloppement durable doit concilier des objectifs
économiques etsociaux habituellement opposables. Cett e
exigencen’est d’ailleurs pas étrangèreà la longuepériode de
croissance traversée par les pays occidentaux etquiest
connue sous le vocable des« trenteglorieuses ». Dansune
corrélation avecces analyses de lacroissanceéconomique,
la période de l’aprèsseconde guerremondiale voit aussi s e
préciserune nouvelle problématique relative au
développement économique.
Ledéveloppement durable selon les
écologistes
La notiondedéveloppement durable trouve son origine
aussidans des considérations écologiques. La premièr e
apparitionde cetteexpression remonte à laStratégie
mondiale de laconservation, unprogramme conçu par
l’Union internationale pour laconservationdela natureavec
lacollaborationdu PNUD,delaFAO,del’UNESCO et du
WWF. Cedocumentseproposede concilier les objectifs,
longtemps jugés disparates,dedéveloppement dessociétés
humaines et deconservationdela nature: «Laconservation,
explique ainsil’UICN (1980), est définieici comme la
gestiondel’utilisationpar l’homme de labiosphèred e
manière queles générations actuellestirent le maximum
d’avantages desressourcesvivantestout en assurant leur
pérennitépour pouvoirsatisfaire aux besoins et aux
aspirations des générations
futures».VoicicommentFranckDominique Vivien retraceles idées directrices et
l’importancede cedocumentquiest le fruit de la
collaborationentredivers organismes internationaux :
Ceprogramme viseàassurer la préservation
des principalesressources naturelles indispensables à
l’humanité, à maintenir lessystèmes et processus
24écologiques entretenant la vie,à préserver la diversit é
biologiquedont dépendent la plupart de ces processus
etsystèmes et,enfin,à veillerà l’utilisationdurable des
écosystèmes et des espèces dontsonttributaires aussi
bien les communautésruralesqueles grandes
industries. La stratégie de l’UICN repose, d’une part,
sur l’exploitationdes opportunités offertes par les
innovations industrielles (biotechnologies,notamment)
et,d’autrepart, surune éthiqueparticulière qui veut
quela nature soit protégée pour elle-même,
indépendamment desressourcesqu’elle peut fournir.La
Stratégie mondiale de laconservationa joué un rôlede
premier plandans la préparationdelaConférencede
Rio –l’UICN ayant publiéentre-tempsune nouvelle
versionde ce texte- et dans la rédactiondela
Convention sur la diversité biologique. Cetteidéed’un
rapprochement entrela protectiondela natureet le
développement économique a desracines lointaines
dans le mouvement consersationnistenord-américain,
quiconnut ses heures de gloire autournant desXIXeet
XXe siècles.
Eneffet,lesracines historiques d’une telle visiondu
développement économique remontent au début du20 è
siècle. Et en 1909, dansune déclarationdevant le Sénat
américain, Théodore Roosevelt5élude sans ambiguïtéla
questiondela poursuitedu développementà long terme :
«avec lacroissance constantedela populationet
l’augmentationencoreplus rapide de laconsommation,
notrepeuple aurabesoindeplus grandesquantités de
ressources naturelles […]Sinous,de cettegénération,
détruisons lesressourcesqui seront nécessairesà nos
enfants, sinous réduisons lacapacitédenotre terre à
soutenirune population, nous diminuons le niveau de
5CitéparM.Girard(1994:44).
25vie,nous enlevons même le droit à la vie des
générations futuressurcecontinent»
En réponseàces préoccupations,onpréconisa parfoisqu e
les «pays à revenu faible» renforcent leur croissanc e
économique,alors queles«paysà revenu élevé» réorientent
leur développementsur des exigences de durabilité. On
aboutit ainsià deux pôles de réflexions antagonistes: d’u n
côté, on trouvedans le même ordred’idéesque Giffor d
Pinchot et des partisans de la «conservation» demandentune
exploitation raisonnable de l’environnement, avec
constitutionde réserves naturelles en vued’accroîtrela
production. D’unautrecôté, JohnMuir est chefdefile des
partisans de la «préservation» qui réfutent la propension à
concevoir l’environnement comme un simple réservoir de
ressources. Les partisans de la préservation sejustifient de
leur point de vueenévoquant la wilderness, uneautre vision
de la nature«sauvage», où le pionnierqu’est lecitoyen
nordaméricain peut venirse ressourcer etse régénérer. Cett e
polémiquepersista jusqu’à la premièreguerremondiale,
notamment auseindes commissions nationalessur la
conservationdesressources naturelles mises en place aux
Etats-Unis et au Canada etqui seraient dansune mesur e
l’originedescommissions nationales pour le développement
durable. Du côté canadien, cette commission suggérait la
réductiondes gaspillages dans les activités d’extraction, de
transformationet de consommationdesressources non
renouvelables,le recyclage systématiquede tous
lessousproduits industriels connus,la gestion raisonnéedes
ressourcesrenouvelables et la protectiondes espèces
animales. Cen’est queprès de deux décennies après la
première Guerre Mondiale que cesrecommandationsseront
inscrites dans les actions politiques des nations
contemporaines.
26Ledéveloppement durable, unconcept
mondial
En1983,l’Assembléegénérale de l’ONU instituelacréation
de laCommission Mondiale pour l’Environnement et le
Développement (CMED)aveccomme présidentGroHarlem
Brundtland.Cetteorganisationa une vision ternaireà savoir,
fairel’état des lieux des problèmes d’environnement et de
développement et fairedes propositions pour une action
novatrice, concrèteetréaliste;suggérer de nouvelles
modalités de coopérationinternationale susceptibles de
provoquer les changements souhaités; aiguiser les
consciences et mobiliser l’ensemble des acteurs. Le
diagnostic établi fait échoauxconstantsantérieurs:certains
modèles de développement affectent l’environnement
négativement, unenvironnement dégradé constitue u n
obstacleaux possibilités de développement.Ilconvient donc
de concilier et d’harmoniser ces deux problématiques. Le
développement durable seposedonccomme remèdeà la
criseglobale.«Ledéveloppementsoutenable,écrit laCMED
(1987:10-11),n’est pasunétat d’équilibre, mais plutôtun
processus de changement dans lequel l’exploitationdes
ressources,le choix des investissements,l’orientationdu
développementtechnique ainsi quele changement
institutionnel sont déterminés en fonctiondes besoinstant
actuelsqu’à venir»?Seposealors la questiondela stratégie
à mettreenœuvre. Lepremier objectif prioritairefixépar le
rapportBrundtland (1987:58) visela repriseet l’instauration
d’une «nouvelle èrede croissanceéconomique». Un chiffr e
annuel de 5 à 6%est suggérépour les «pays en
développement»,alors quepour les «pays industrialisés»,c e
chiffre varie de3à 4%. Le second objectif se traduit en
terme de modificationdu contenu de cette croissance. E n
d’autrestermes,ilfaut promouvoir des activités et des
techniques plus écologiques,notamment cellesquiexercent
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