Le Nord du Cameroun

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L'occupation de la sphère politico-militaire par les natifs du Nord Cameroun a laissé un malaise, au regard de la pacification violente du pays. L'arrivée au pouvoir d'un nouveau chef d'Etat en la personne de Paul Biya et la tentative de coup d'Etat par les soldats du Nord ont contribué à créer des clivages nord-sud. Cet ouvrage met à nu les non-dits qui ont été tus pendant longtemps et permet aux lecteurs qui en sont désireux de comprendre le Nord Cameroun.
Publié le : jeudi 1 avril 2010
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EAN13 : 9782296249431
Nombre de pages : 257
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LE NORD

DU CAMEROUN

Mythe ou réalité

Sociologie africaine
Collection dirigée par Valentin NGA NDONGO D'après Georges Gurvitch, « la sociologie est une science qui fait des bonds, ou au moins fluctue, avec chaque crise sociale de quelque envergure ». Cette assertion sied fort bien à la sociologie africaine. La conjoncture sociopolitique actuelle crée comme une sorte de « printemps de la sociologie en Afrique», pour emprunter la savoureuse formule d'Albert Bourgi. Après bien des vicissitudes, en effet, la sociologie a fini par sortir du ghetto où l'avait confinée le régime de la pensée monolithique pour acquérir ses lettres de noblesse, à la faveur d'une double et pressante demande venant d'une société civile émergente et d'une communauté internationale plus que jamais déroutée face à une Afrique noire toujours déconcertante et « ambiguë », selon le mot de Georges Balandier. Mais si le temps de la sociologie africaine s'impose, il reste que celle-ci doit encore convaincre de la crédibilité de ses paradigmes, de la solidité de ses méthodes ainsi que de la spécificité de ses problématiques, de sa vocation et de ses enjeux politiques et géopolitiques dans le monde d'aujourd'hui. La sociologie africaine doit également démontrer qu'elle n'est pas une sociologie argotique, tropicalisée, périphérisée, adossée à quelque absurde revendication raciale mais qu'elle est une sociologie tout court, une sociologie prométhéenne, c'est-à-dire une appropriation, par les Africains, d'un savoir qui, ayant longtemps servi à leur oppression, doit désormais constituer l'instrument par excellence de leur libération. La présente collection se veut donc un espace public, au sens habermassien, de réflexion et de débat pour la défense et l'illustration d'une sociologie africaine à refonder.
Déjà paru:

Valentin NGA NDONGO et Emmanuel KAMDEM (dir.), La sociologie aujourd'hui: une perspective africaine, 2010.

Joseph

Domo

LE NORD DU CAMEROUN
Mythe ou réalité

L'Harmattan

@ L'Harmattan, 2010 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique, 75005

Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan I @wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-11229-2 EAN: 9782296112292

INTRODUCTION
Un tel titre peut surprendre et même amener certains à se demander s'il vaut la peine de procéder de cette manière pour présenter une région déjà connue parce qu'ayant été sous les rampes de l'actualité pendant des décennies. Cette partie du pays est sortie de son isolement grâce à l'arrivée au pouvoir de M. Ahidjo qui a occupé les plus hautes fonctions de l'Etat et a laissé ses empreintes indélébiles sur la conscience de plus d'un Camerounais des années 50, 60 et suivantes. Tout a été dit, tout a été raconté mais certaines choses ont été rapportées avec des prismes qui ont quelque peu dénaturé la réalité et a même contribué à jeter un voile sur cette terre lointaine mais qui reste au devant de la scène par ses représentants de tous ordres et de tous calibres et qui ont, par la force des choses, forcé le destin et inscrit des pages de l'histoire du pays. Cette terre du Nord a beaucoup intrigué et l'arrivée massive de ses ressortissants dans la partie méridionale a favorisé le rapprochement entre les différents groupes ethniques et effacé l'étrangeté. Dorénavant les «gens» du Nord ont leur place parmi les autres quand bien même ils sont un peu regardés du haut du piédestal. Mais ils sont là, des Camerounais à part entière, apportant leur contribution et d'une façon sincère à la construction de l'Etat camerounais entrain de se former. Les forces armées ont été le premier point de chute pour de nombreux septentrionaux, car il fallait bien défendre le jeune régime qui fait son chemin mais surtout «pacifier» le territoire qui connaissait des moments difficiles du fait de la rébellion d'une partie des éclairés camerounais qui ne tenaient pas à voir leur pays demeurer entre les mains des colonisateurs. La répression a été brutale et les victimes qui ont été les compatriotes du Sud n'ont pas pardonné les actes ainsi perpétués par les soudards illettrés du Nord. Pendant très longtemps l'on a vécu sur ce tapis de mécontentements, de rejet de l'autre et quand survient l'indépendance, Ahidjo a 5

continué à asseoir sa politique par l'usage de la terreur souterraine. Les voies réclamant plus de justice, plus de liberté, plus de démocratie et une vraie libération du pays du joug colonial sont appréhendées par le tenant du pouvoir suprême comme de la subversion. Toutes ces voies discordantes étaient impitoyablement éteintes. Ahidjo est donc présenté comme le bourreau des honnêtes citoyens du pays et le Nordiste, pour ne pas exagérer, comme le barbare qui empêche l'instauration au Cameroun d'une atmosphère de paix, de libération. Le Nord du pays est donc resté, malgré cette ouverture certaine, une portion du Cameroun encore tenue au bout de la ficelle et perçu toujours avec des relents de contradictions. Tout n'a donc pas été, selon moi, écrit sur ce Nord du moins, certaines vérités n'ont pas été portées à la connaissance de tous ceux qui veulent comprendre, pénétrer dans la profondeur des ténèbres créées par les hommes afin que certains ne sachent ce qui s'y passe ou qu'ils n'aient que la perception du vernis. Devant l'insatisfaction que j'éprouve en lisant certains travaux, je me suis demandé s'il fallait continuer à taire des faits qui ont constitué l'histoire et de cette terre et du pays en général. Après mûres réflexions et dans le cadre de l'animation scientifique au sein de l'institution qui m'employait à l'époque à savoir l'Institut des Sciences Humaines, j'ai donc été amené à commettre la première version d'une partie de ce texte dans le milieu des années 80. Prenant du recul et en observant des années plus tard la marche des choses et la réalité quotidienne qui prévaut dans le Septentrion, j'ai réalisé que beaucoup reste à faire et que tout n'est pas totalement différent des premières impressions, des tableaux mentaux qui ont garni les consciences des uns et des autres. Les Nordistes, quand bien même ils sont aujourd'hui versés dans la modernité, restent ces gens manipulables, tenaillés, dans leur grande majorité

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par l'obscurantisme et les compatriotes du Sud trouvent beaucoup à redire. Le présent travail ne peut pas, à l'image d'une bande magnétique, recréer tout ce qui s'est passé et retracer tous les faits, gestes, attitudes, comportements dans le contexte d'antan encore moins peindre sans parti pris cette réalité déjà mentionnée. Il va toujours subsister une part personnelle tout en demeurant dans une situation d'objectivité toute relative. Mais ce parti pris, il le fallait, afin d'inscrire dans le subconscient de tout lecteur, un moment d'interrogation, de remise en cause et surtout d'une ouverture sur un environnement pas souvent présenté à un public non averti. Par cet acte je tiens à dénaturer tout ce qui a été tenu loin des observateurs mais également à dédramatiser des rapports qui n'ont rien de conflictuels et qui ne demandent qu'à être renforcés par des rapprochements encore plus soutenus afin que se consolident des liens qui doivent exister entre les différentes composantes d'un pays. La mise à nu du Nordiste est une tentative pour le rapprocher également de tous ceux qui pensent qu'ils ne le connaissent que trop peu mais surtout permettre à ce dernier de faire son autocritique, de se regarder dans son miroir intérieur afin qu'il puisse tirer ou ne garder que ce qui peut être retenu comme meilleur, important, supérieur et ceci pour le bien collectif. L'accent mis sur certains aspects, certains comportements ou la mise en index de certains groupes sociaux ne doit pas être considéré comme une attitude de rejet mais surtout une disposition mentale à laver les incongruités véhiculées par les uns et les autres ternissant du coup ce qui n'a pas lieu de l'être. L'histoire ne peut être escamotée mais portée à la connaissance de la collectivité toute entière. En exprimant les non-dits l'on expurge les forces maléfiques internes qui n'attendent que des moments propices pour exploser et entraîner des situations qui peuvent devenir catastrophiques, incontrôlables. Des événements 7

nouveaux auraient pu trouver leur place dans le présent travail mais c'est à dessein qu'ils ont été oubliés car n'apportant rien de nouveau à la donne septentrionale telle que parfois longuement décrite. Le lecteur devra donc parfois lire entre les lignes pour pénétrer les contours d'un monde qui n'a pas toujours eu la chance d'être parcouru par des hommes désireux de porter sur la place publique l'agencement des contradictions multiples qui ont émaillé l'environnement des hommes au nord du Cameroun. Une sorte de complicité en somme qui a été sournoisement entretenue. Le Nord du Cameroun que nous connaissons tous est cette entité allant du Lac Tchad aux confins des provinces de l'Ouest, du Nord Ouest, du Centre et de l'Est. Pendant très longtemps, elle a été considérée comme une province à part à cause de l'appartenance du premier président de la République à cette réalité géographique mais aussi parce que la gestion quotidienne de cette région échappait radicalement à toute logique. Fort de cet état de choses, le commun des mortels, plus particulièrement des ressortissants des autres provinces avaient une image complètement erronée de cette partie du territoire national vouée à toutes sortes de préjugés dépréciatifs. Certes les attitudes des uns et des autres n'étaient pas pour faciliter une compréhension véritable des enjeux ainsi créés mais elles sont les éléments de focalisation et d'amplification des pulsions tapies dans les subconscients collectifs. Il n'y avait pas une volonté politique visant à une atténuation des pesanteurs psychologiques qui, au lieu de ressouder les individus d'un même pays les uns aux autres, les éloignaient inexorablement en les cantonnant dans des dispositions mentales difficilement concevables pour des esprits épris de coexistence pacifique. Le régime du président Ahidjo, sans peut-être le vouloir, a contribué grandement à l'élargissement du fossé à 8

tel point que certains esprits étaient amenés à se demander si les différentes composantes de ce monstre pouvaient-elles continuer à vivre ensemble dans la paix et la tranquillité. Aujourd'hui encore l'on se demande si cette paix qu'affiche le Cameroun dans ce concert des états africains, pour beaucoup d'entre eux, dans la tourmente, n'est-il pas un mirage. Mais la réalité est celle que nous vivons: le Cameroun a su préserver tous les atouts qui peuvent faire d'un pays, une force capable d'impulser le développement sans lequel aucun avenir radieux n'est possible pour les individus. Ahidjo (Ahidjo, Ahmadou, 1964, 1969, 1975, 1976) avait sa vision des choses et avait une logique qui voulait faire du Cameroun un pays qui compte. Tous ses discours reviennent sur l'idée de la construction nationale et tous ceux qui ont écrit sur lui, sur sa vision des choses, d'une manière dithyrambique ou dépréciative, (Alima Jos Blaise 1977, Belinga Martin-Samuel Eno 1976, Doumba JosephCharles 1977, Kuoh Christian-Tobie 1990, Monga Célestin 1986, Kengne Pokam Emmanuel 1986, Bayart Jean François, 1979, 1989, 1994; Levine Victor T., 1984, Eboua Samuel, 1996), n'ont pas manqué de souligner cette volonté d'indépendance, d'effort en vue de la consolidation de l'unité, de la culture du sentiment de fierté nationale, de la force tout court pour bâtir un pays viable, respecté et envié par maints pays africains. Cependant, il y a lieu de s'interroger sur la solidité de cette force qui a animé le premier Président du Cameroun et qu'il a léguée en quelque sorte à son successeur qui, ne peut que la consolider. Pour combien de temps tiendra-t-elle? Là est une autre question, un autre débat à ne pas sous-estimer mais à garder en permanence en éveil car les événements de la Côte d'Ivoire et de beaucoup d'autres pays africains sont là pour témoigner de la faiblesse des acquis et l'absence totale de clairvoyance dans la gestion des entités politiques africaines, un risque à expurger et un danger qui guette en permanence. 9

Le Cameroun, malgré ses multiples contradictions, fait son petit bonhomme de chemin et ce n'est pas une mince affaire que de pouvoir tenir le cap dans ce concert de pays où la survie des régimes est le leitmotiv et où les dirigeants africains, dans leur grande majorité, mus par l'obsession du pouvoir à tout prix, œuvrent sans relâche pour conserver et pérenniser un ordre que, eux seuls et leurs proches, voudraient voir perdurer pour leur bien et celui des cercles. Cependant comme on le dit vulgairement, 1'histoire avance comme un monstre. Une situation si figée soit-elle finit immanquablement à une issue. Ne dit-on pas que l'histoire a horreur du vide? Les contradictions internes, si elles sont utilisées et mises au service de la recherche d'une synergie positive, sont aussi à même d'apporter ou mieux de gommer les aspérités qui auraient pu être perçues comme des fardeaux susceptibles de ruiner toutes les volontés organisationnelles en place. Les démons de la division ne sont guère loin et sont toujours à l'affût, prêts à entrer en action pour la déstabilisation. Le Cameroun regorge de potentialités tant humaines que végétales, animales, minières, énergétiques qui n'attendent qu'à être exploitées au profit de la communauté toute entière, mais jusqu'alors, les choses ne semblent pas aller dans ce sens quand bien même tout appelle à une activation de ces potentialités par une volonté politique réelle de sortir du carcan du sous-développement. Mais au lieu de tout cela, nous relevons un piétinement, un sur-place qui fait perdre toute motivation, même aux esprits les plus endurcis, car une telle situation génère découragement, laisser-aller et autres comportements contraires au désir de sortir du « sousdéveloppement ». La reconnaissance du Cameroun par la communauté internationale comme Etat souverain, indépendant en 1960, n'a pas été suivie d'une réelle ouverture du Nord encore moins de la perception des enjeux internes malgré les 10

multiples écrits des auteurs étrangers. Des faits sociaux ont été ignorés ou n'ont pas été portés à l'attention de la grande majorité des Camerounais des autres régions. Cette situation a beaucoup prévalu et a fait croire à nombre de compatriotes que ce Nord-là est une réalité à part et dont les originaires sont des individus particuliers, «gâtés» par la providence, les oreilles et les yeux du Maître (ici Ahidjo), mais aussi des individus ignorants, favorisés. N'étant pas des « profiteurs» du pouvoir, le seul fait d'appartenir à la région a conféré à certains natifs une suffisance, une fierté, une outrecuidance et enfin un orgueil sans limites, ce qui n'a malheureusement que fait tisser des a priori, même parmi les « intellectuels », pourtant capables de se détacher et trier de la masse confuse des stéréotypes, la véracité des faits au lieu de s'enfoncer dans les mesquineries. Le Nord du Cameroun, disposant du potentiel humain, du pouvoir politique et économique aurait pu s'épanouir si une volonté d'œuvrer dans ce sens avait été manifestée. Mais au lieu de cette tendance, je note plutôt un sectarisme et un régionalisme suicidaires. Pourquoi donc ces inerties, ces retenues au lieu de la promotion collective, du décollage de la région, du Cameroun tout entier? Le Septentrion n'appelle-t-il pas un développement harmonieux? Certes des efforts ont été réalisés, considérables, quand on mesure l'arrivée forcée de maints ressortissants du Grand Nord à la sphère directionnelle alors que, suivant le processus normal, des responsabilités n'auraient pas échu à ces bénéficiaires. Est-ce réparer une injustice de l'histoire, des Hommes? Le Nord dispose d'une richesse plurielle: les populations. Une présentation de tous les différents groupes sociaux avec les spécificités particulières ne nous apporterait rien d'autres que des crispations. Signifier que tel groupe est plus important numériquement que tel autre, alors que ce même groupe est sous représenté dans les divers secteurs de Il

la vie nationale, c'est réveiller les rancœurs sous-jacentes. Mon but vise cependant à citer quelques unes et à brosser quelques faits saillants qui ont conditionné ou imposé la « coexistence» entre les groupes humains, en éclairant le jeu subtil mais efficace de cette coexistence. Il tient aussi à présenter au lecteur les dimensions immergées de l'environnement sociologique nord camerounais avec son poids psychologique. Le Nord du Cameroun s'est toujours identifié au président Ahidjo. L'arrivée d'un nouveau président Paul Biya a bouleversé bien de schémas, modifié de modes de pensée, a fait naître de nouvelles appréhensions des choses. La tentative de renversement du régime procède de la volonté sournoise de récupérer le pouvoir perdu avec tous les avantages subséquents. Le remodelage du paysage politicoadministratif a libéré des énergies longtemps étouffées. Pourquoi tout cela? L'unité tant vantée paraît dès lors bien fragile et le départ de M. Ahidjo en a apporté la confirmation. Pourquoi des groupes sociaux vivant ensemble depuis des lustres, découvrent-ils subitement qu'ils sont différents les uns des autres et que chacun a une identité à défendre? Le flux des échanges interrégionaux ont permis aux Camerounais venant d'ailleurs de découvrir le Nord mais bien de choses restent inconnues. Il revient à ceux des natifs, ayant vécu les réalités de l'intérieur, de les répertorier, les exprimer. C'est donc pour tous ceux, désireux d'avoir une certaine idée sur le Cameroun septentrional que je propose ce travail, assez tardif et qui ne s'attardera pas sur des caractéristiques décrites dans des ouvrages spécialisés (Boutrais Jean et al. 1984; Seignobos Christian, 1982). L'environnement psychosocial sera ma trame directrice. Le travail n'est pas non plus une tentative de bilan de la politique de M. Ahidjo, encore moins celle de M. Biya. Il est juste une photographie des grandes tendances politicosociologiques qui ont caractérisé et marquent encore les 12

actions des hommes politiques, leur gestion des hommes et des biens nationaux, sans toutefois rentrer dans les détails. Le lecteur pourra lui même se faire une opinion sur les non-dits. Le président Ahidjo, par sa longévité au pouvoir, a généré tout un ensemble de processus d'enclenchement d'une certaine conscience d'appartenance à un espace qu'est le Nord du Cameroun. Certaines réalisations ont été entreprises, certains comportements ont été édifiés, une certaine vision des choses, une représentation a guidé les attitudes de nombre de Camerounais du Nord comme du Sud. Sous Ahidjo, certaines extravagances ont été constatées comme ill' a été également pour des exclusions avec émergence de la pratique de la délation, de la terreur souterraine, tapie dans le subconscient collectif. L'arrivée d'un nouveau président, après tant d'années sous la férule d'un même personnage, ne peut laisser personne indifférent. La tentative de renversement du régime en 1984 et les exécutions sommaires orchestrées dès lors ne peuvent non plus être innocentes. Des fissures mentales se sont dessinées chez beaucoup de Camerounais. La démocratie a apporté une catharsis à ce peuple du Nord longtemps sevré de liberté. Mon souci c'est d'arriver enfin à mesurer tout le chemin parcouru depuis plus de 40 années mais surtout relever ce qu'a vraiment laissé le président Ahidjo pour le Camerounais en général et celui du Nord en particulier. Quel est le poids de cette longue gouvemance sur le commun du Septentrional et surtout les incidences actuelles sur le devenir des hommes et des enfants ainsi moulés dans la pâte ahidjoienne. Le Nord, et c'est une lapalissade, est la région où l'Islam a le plus d'incidence sur le vécu des individus. Le pouvoir l'a consolidé au détriment du Christianisme. Ce parti pris « sournois» a galvanisé les tenants de cette religion qui semble régenter la vie sociopolitique et même économique dans cette partie du territoire national. Le lecteur aura l'impression d'une focalisation sur cette religion, mais cela 13

n'est pas pour la dénoncer mais montrer combien elle a pesé sur tous les différents rouages de la vie septentrionale. Cette fixation vise à mieux appréhender comment une pratique sociale peut envahir tous les espaces expressifs d'une collectivité pour devenir une voie de salut et en le devenant elle crée aussi des ftustrations chez tous ceux et celles qui sont en dehors de cette idéologie. Le présent ouvrage se présentera donc de la manière suivante. Dans une première partie, assez brève, le nord du Cameroun sera présenté. La seconde, un peu plus longue, sera consacrée à l'ère Ahidjo avec un accent particulier sur ce qui a fait la caractéristique de son régime, de ses choix politiques, des retombées de son maintien au pouvoir, etc. La troisième traitera de l'arrivée de M. Biya au pouvoir en prise avec la réalité du pouvoir et enfin la quatrième posera le problème du Nord, son devenir et de sa place sur l'échiquier national.

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PREMIERE PARTIE
Présentation sommaire du Nord du Cameroun

Le Cameroun septentrional est une vaste étendue de 164 260 km2 au relief fortement tourmenté dans les provinces de l'Adamaoua et de la Bénoué, alors qu'il s'atténue dans celle de l'Extrême Nord où ce caractère accidenté se trouve plus particulièrement dans les départements du Mayo Tsanaga, Mayo Sava, Diamaré, un peu dans le Mayo Kani tandis que le Mayo-Danay et le Logone et Chari sont beaucoup plus marqués par un relief plat aux hautes herbes et arbres à épineux. En général le couvert végétal lui-même suit cette configuration physique. Plus dense dans l'Adamaoua, il devient clairsemé de buissons dans le Nord et l'Extrême-Nord, zones des inondations ou «yaérés ». La répartition des différents cours d'eau répond un peu à cette disposition naturelle. En effet ils sont plus importants et plus nombreux dans l'Adamaoua appelé par les géographes «le château d'eau du Cameroun» ou «point de dispersion des eaux du Cameroun ». Du plateau de l'Adamaoua, partent plusieurs affluents de certains fleuves. La Bénoué qui alimente le Niger, le Mayo Mbéré pour le Logone, le Djérem (partie supérieure de la Sanaga) pour la Sanaga, etc. Par contre lorsqu'on progresse vers le Nord, les cours d'eau permanents se font plus rares. La Bénoué et le Logone sont les seuls à sillonner la région. Cependant, nous sommes ici dans le domaine des cours d'eau saisonniers qui drainent, en saison des pluies de centaines de millions de m3 mais sitôt les pluies achevées, il ne reste plus que du sable doré qui fait la curiosité, l'étonnement de tous ceux qui n'ont jamais connu un tel phénomène, signe caractéristique de la sécheresse. Ici les « cours d'eau» portent le nom de «maya» d'où la dénomination de certains départements, 15

référence justement au cours d'eau qui arrose le département en question. A l'instar du pays tout entier, la partie nord est particulièrement vouée à l'agriculture et à l'élevage. La culture essentielle est le mil mais son développement est limité. Le riz connaît une attention particulière grâce à la SEMRY (Société d'Expansion et de Modernisation de la Riziculture de Yagoua). Une tentative a été faite au niveau de la SODEBLE (Société de Développement du Blé) dans l'Adamaoua mais malheureusement elle a disparu laissant le terrain à une autre société la MAISCAM (Maïserie du Cameroun). Mais si l'on doit parler de la culture par excellence au Nord, celle qui a toujours drainé techniciens et capitaux et qui se fait encore, c'est le coton cultivé principalement dans les provinces du Nord et de l'extrêmeNord. Cependant, une incursion dans la riziculture s'impose car elle a également façonné des individus et fortement conditionné leur existence. La riziculture S'il y a une culture vivrière qui a réellement connu un développement appréciable, celle du riz l'est effectivement. Lancée dès 1952 elle a littéralement explosé en passant de 800t en 1953-1954, pour atteindre des pics de près de 100000t dans les années 80 sur des superficies de plus en plus importantes (de 1000ha à 18000ha). C'est donc une réussite au point de vue technique. Partie d'un petit noyau, elle a atteint l'ensemble des populations installées le long du Logone et à partir d'une pratique purement expérimentale, elle est parvenue à une pleine maturité avec la pratique de 2 cultures annuelles (l'une en saison sèche, l'autre en saison des pluies), apportant non seulement un appoint en vivres mais surtout une augmentation de nombre de billets de banque avec tous les corollaires que sont, l'extravagance,

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l'ivresse, la prostitution, la délinquance, le goût immodéré pour les attributs de la modernité, l'extraversion... L'implantation de la SEMRY a modifié le visage du département du Mayo-Danay. Des superficies tantôt vertes, tantôt dorées selon les périodes et à perte de vue, absorbent une population prenant de plus en plus goût à la chose rizicole, malgré les mesures punitives du début! . L'introduction massive des capitaux dans les circuits des rapports sociaux a généré une mentalité caractérisée par les faits mentionnés plus haut, auxquels il faut ajouter l'égoïsme, l'individualisme et une propension à utiliser l'argent là où auparavant le travail communautaire était la règle. Contribuant néanmoins à élever une certaine aisance matérielle des paysans, la riziculture les plonge aussi dans des situations malsaines2 où ils ne sont plus sûrs de servir leurs propres intérêts3 comme dans la culture du mil. La part prélevée sur la production (du riz) et ramenée à la maison pour la consommation familiale, l'est à l'insu des autorités qui y voyaient un délestage pour d'autres finalités, quand bien même les riziculteurs clament tout haut et sincèrement la destination de la portion litigieuse. Certes certains producteurs n'ont pas toujours raison quand ils disent réserver telle quantité pour leur usage personnel à savoir la nourriture mais beaucoup la vendent au plus offrant. N'est-ce pas l'insatisfaction des riziculteurs devant l'achat au rabais de leur produit qui les pousse à une telle pratique?

1 Igor de Garine, Les Massa du Cameroun, vie économique et sociale, Paris, PUP. 1964. 2 Domo Joseph, Identité culturelle et transformation des représentations sociales. Culture du mil et culture du riz au Cameroun. Thèse de 3è Cycle, Université de Provence, Juillet, 1984. 3 Paradoxal que cela puisse paraître, il était pratiquement impossible au début des années 70 à un riziculteur quelconque d'acheter un sac de riz usiné pour sa consommation, riz dès lors réservé aux grands clients, les « Aladji ».

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Un organisme comme la Semry est susceptible d'apporter plus à la population. Une action plus accentuée vers l'aire sociale, éducative, aurait pu contribuer d'une façon décisive à l'éclosion d'une nouvelle race d'individus ouverts, plus instruits ou mieux, des promoteurs zélés de la riziculture. Elle aurait pu canaliser son énergie pour l'éradication de la bilharziose qui sévit d'une manière endémique dans la zone. A force de patauger dans la gadoue, à force d'user d'une eau impropre, les intéressés (les riziculteurs) sont en contacts permanents avec ce fléau, ce qui ne peut que retarder l'ardeur au travail. Une éducation pour l'épargne locale aurait été une révolution quand on mesure les sommes englouties dans des opérations de bas étage où la bière coule à flot. La Semry n'est pas un organisme de bienfaisance, c'est vrai, mais alors comment peut-on assurer le développement «humain»? Les techniques culturales sont pourtant bien apprises. Cela signifie que les paysans ne sont pas des idiots. Pourquoi donc ne pas les organiser en coopérative? Ce serait très dangereux certainement. Le Nord doit être maintenu dans la servilité. Heureusement que les choses bougent de ce côté là. Le développement suppose la participation de tous. Tant que les concernés ne seront pas associés à une quelconque opération, son sens ne sera point compris et ils n'y verront qu'une manœuvre administrative pour les distraire et abuser d'eux. Le riz est un appoint, une source de devises dans une zone où les possibilités sont rendues aléatoires à cause de la pluviométrie capricieuse. Mais l'on ne devrait pas oublier le mil qui reste après tout la denrée reine. Pourquoi favoriser sa culture? Elle serait très rentable et les paysans deviendraient de vrais producteurs qui ne demanderaient rien à personne et ils ne seraient même pas secourus avec les produits du Programme Alimentaire Mondial. Une perspective qui n'arrange pas beaucoup les décideurs qui préfèrent avoir des 18

gens qui tendent la main, indéfiniment. Pourtant son développement replacerait les populations dans leur tradition alimentaire tout en ayant une autre possibilité qu'est le riz, mais hélas! La Sernry, grande opération de « développement », devrait regarder de plus près la condition de 1'humain pour lequel dIe a été introduite, sinon elle ne serait qu'un instrument de la grande finance internationale tournant le dos aux aspirations des populations locales. Aujourd'hui l'instrument de développement vit de moments très difficiles et n'est plus l'ombre que de lui même. Le coton Le coton demeure la principale culture du Nord qui a mobilisé et mobilise toujours d'énormes ressources tant humaines que financières. Il « est la culture de rente la plus importante... (Il) occupe 17% de terres cultivées dans le Nord et 92% des terres consacrées aux cultures de rente dans cette . 1 provmce » Les surfaces consacrées à sa culture sont parmi les meilleures et quand elles ne le sont pas, les amendements leur rendent la fertilité. C'est ainsi que des engrais de toutes sortes sont employés pour augmenter la productivité et au détriment de la qualité des sols qui connaissent une attaque qui leur fait perdre leur qualité première et la santé des paysans en prend un coup, minimisée par la Sodecoton qui
1 Fonctions urbaines dans le développement rural du Nord Cameroun. Mayo Sanaga, Mayo Louti. Ministère de l'Urbanisme et de l'Habitat. Division de L'Administration du Territoire.Vol.1.Milieu physique et humain. Agence des Etats-Unis pour le développement International. Projet 931-1228, mars 1982 nOl2, p.14. 19

n'y attache d'ailleurs pas d'importance. Les sols, naguère consacrés aux cultures vivrières, sont désormais la propriété exclusive de cette plante qui n'apporte pas une véritable transformation du sort de ces paysans. « L'activité cotonnière proprement dite avait commencé sous l'égide de la CFDT (Compagnie Française pour le Développement des Fibres Textiles) en 1951. Compte tenu de l'importance stratégique de ce produit de base dans l'économie nationale, l'Etat du Cameroun avait décidé d'acquérir 55% des actions en 1974 et une Société de Développement à vocation agricole industrielle et commerciale fut créée et baptisée « SODECOTON ». 1 Introduit au début des années 50 par les colons français, le coton a envahi une bonne partie du Nord du Cameroun depuis les provinces de l'Extrême-Nord, du Nord, avec une avancée timide mais ferme en direction de l'Adamaoua. Partout où il mobilise les énergies, la brousse meurt inexorablement et ces énergies sont détournées à son profit délaissant par la même occasion les cultures qui assurent le bien-être des individus. Face aux mesures punitives des responsables administratifs pour favoriser son implantation et son appropriation par tous les paysans valides, ces derniers ont fini par intérioriser sa pratique à tel point que dans certaines zones, c'est le coton qui est mis en terre en premier lieu alors qu'il n'a jamais été un levain décisif pour le mieux -être des populations concernées. Il est question de produire toujours plus et mieux car la qualité est une donne essentielle pour le marché international.
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Cameroun Tribune N° 3270, 10 mai 1985, p. 13. 20

Depuis le Sénégal en passant par le Mali, la Côte d'Ivoire, le Burkina Faso, le Tchad, partout c'est la même fébrilité et la déforestation est quasi générale. Il faut agrandir les surfaces afin que ceux qui sont derrière grossissent leurs comptes en banque tandis que les vrais maîtres de la matière, n'ont que les yeux pour voir leur production prendre la route, à bord de gros camions pour disparaître, dit-on, en direction de Dakar, d'Abidjan ou de Douala afin d'être embarqués pour le pays des Blancs. Les compensations sont minimes pour ne pas dire inexistantes, vu le temps consacré à sa culture et les dégâts occasionnés sur l'écosystème. La culture du coton n'a pas apporté une amélioration acceptable des conditions de vie des cotonculteurs. Au contraire, c'est la galère et ils demeurent ce qu'ils sont, avec en moins, leur environnement où ils ne voient plus les nombreuses créatures qui, hier encore, leur procuraient bois, viande, fruits, en quantité suffisante pour nourrir la progéniture. Les sols sont soumis à rude épreuve et les paysans, ignares, ont à leur disposition des produits d'une toxicité extrême et qui ne sont pas employés à bon escient. C'est ainsi que le D.D.T., un insecticide interdit, continue à être manipulé, parfois pour tuer des poissons! Pour ce produit, les dernières informations indiquent qu'il a été réhabilité pour le bonheur des pauvres qui pourront enfin tuer les carpes à volonté. De la déaldrine, un autre produit dangereux sert à éliminer les insectes ravageurs des légumes consommés par la population. Cela n'a l'air de n'émouvoir personne et surtout pas la société introductrice de ce poison dans l'environnement. Les tenants du pouvoir public, englués dans leurs contradictions quant à la sauvegarde de la santé des populations et la défense de leur pouvoir, marqués par les vapeurs de la toute puissance étatique, ne peuvent ou ne veulent pas braquer les parrains, de peur d'être éjectés et rejetés dans l'oubli.

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Rares sont les paysans qui se gaussent d'avoir réussi dans la culture du coton. D'ailleurs peut-on l'être si le ventre reste désespérément vide par manque de denrée nourricière qui aurait pu être produite localement? Ils sont devenus des acheteurs des produits qu'ils avaient le loisir d'avoir et à moindre frais à cause de leur abondance sur les marchés et surtout les stocks étaient suffisants pendant les moments de pénurie. De nos jours, la carence est endémique et les paysans sont conduits à se détourner de cette pratique qui spolie au lieu d'enrichir. Présenté comme tel au début, les paysans ont compris eux-mêmes qu'ils étaient embarqués sur une voie sans issue. Pour eux, vaudrait mieux le retour vers leurs pratiques ancestrales ou le départ vers d'autres contrées où ils peuvent pratiquer l'agriculture à leurs convenances, quitte à semer du coton! Les zones livrées à sa culture n'ont pas connu de bouleversements positifs, mais dans la plupart des cas, c'est la désolation devant des champs hérissés de pieds de cotonniers brûlés par le soleil et qui, à la rigueur, servent comme combustibles et rien d'autre. La longue domestication de l'environnement social par cette plante aurait dû amener les grands magnats de cet «or blanc» à plus d'égards pour les paysans en créant des structures d'accompagnements tels que des centres de santé, des points d'eau potable, de l'électricité afin qu'ils profitent des maigres retombées mais ce n'est pas la voie utilisée. Les routes profilées de temps en temps, surtout à l'approche de l'achat du produit, marquent l'impact de la cotonculture sur les paysans qui vivent des durs moments lorsqu'il faut alors entrer en possession de la contrepartie monétaire. Il peut arriver que l'attente soit très longue à cause du manque de liquidités. Le paysan, qui ne compte que sur cet argent pour envoyer son enfant à l'école ou encore s'acheter du milou autres produits manufacturés, découvre qu'il ne peut rien du tout. Il lui est demandé de patienter. Je ne parle pas des tripatouillages effectués par les agents chargés de l'achat 22

pour gruger les producteurs et il n'est pas exclu qu'ils se retrouvent complètement dépossédés pour avoir contracté des dettes pour des engrais chimiques. Le recouvrement est impitoyable et le paysan est dès lors plus pauvre qu'au début de la saison de culture. C'est ainsi qu'on assiste à des scènes révoltantes orchestrées par la Société pour humilier davantage ceux qui font sa renommée. J'ai fait cas de l'avancée de la culture du coton en direction de la province de l'Adamaoua. Cette vaste province, aux terres encore inexploitées dans une grande mesure et propices pour toutes sortes de cultures, est le point de mire de la Sodecoton. Dans tout le Grand Nord, l'Adamaoua reste le seul espace où la végétation rappelle l'existence pas très lointaine de la forêt et le climat y est encore clément mais, depuis une dizaine d'années, l'on note un changement réel dans ce registre. La marque de la déforestation est en marche. A N gaoundéré la température a des pointes à certains moments de l'année telle que l'on n'hésite pas à évoquer la pression démographique sur l'écosystème. Les vastes étendues herbeuses sont consacrées à l'élevage et quelques portions vouées à l'agriculture vivrières ne déstabilisent pas encore l'équilibre naturel. Mais s'il arrivait que le coton y prenne racine, c'est le début de la descente aux enfers et ce qui se produit dans les provinces plus au nord risque de devenir une donne dévastatrice. Pour peu que les natifs des terroirs ainsi visés ne soient vigilants et convaincus que seules les cultures de leurs ignames, patates, manioc et maïs sont susceptibles d'assurer leur autoconsommation et également leur procurer des devises pour des besoins liés à la modernité, ils seront littéralement happés par la tourmente cotonnière; telle une pieuvre ne lâchant plus sa proie.

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L'élevage, sous-sol et autres potentialités L'élevage est une donnée très importante dans cette partie du territoire puisqu'il se pratique indifféremment dans l'Adamaoua comme dans l'Extrême Nord, avec cependant beaucoup plus d'atouts dans l'Adamaoua à cause de la clémence de la nature (température, fourrage, eau...). Ailleurs la densité du cheptel est moindre. La plupart des autochtones se livrent plus ou moins à cette activité et il n'est pas rare de trouver parfois chez un même individu des ovins, des caprins, de la volaille, des bovins, et même des porcins (chez les non musulmans), etc. Au niveau du sous-sol je cite: - le gisement de bauxite de Minim Martap et de Ngaoundal, ce dernier étant évalué à 800 millions de tonnes et dont « des études sur les possibilités d'exploitation se poursuivent» - la cassitérite de Mayo Darlé ; - le marbre de Bidzar ;

- des indicesd'uraniumdans la régionde Poli.
On se rend bien compte que, pour l'instant, il n'y a pas trop d'espoir à fonder sur les ressources tirées des entrailles de la terre au Nord mais des signes encourageants laissent croire à une amélioration de la situation dans les années à venir. Pour revenir sur le cas de la bauxite, beaucoup de choses sont dites à propos de ce minerais. On apprend qu'il est exploitable pendant des décennies et offrira du travail à de nombreux Camerounais 1. Le pétrole ne coule pas encore dans cette partie du pays mais depuis que, pas très loin, l'on a découvert l'or noir dans le sous-sol du sud du Tchad, il y a quelques espoirs
1 Lire à ce propos l'entrevue qu'a eue Guibaï Guetama avec Massimo Campailla, in, L'œil du Sahel n° 43 du 22 décembre 2000 au 5 janvier 2001, pp. 8-9 et L'œil du Sahel n042 du 15 au 22 décembre 2000 pp. 6-7. 24

que certains n'ont pas franchis, pour croire aussi à cette éventualité dans le Septentrion. C'est ce que Guibaï rapporte en ces tennes (L'Œil du Sahel, op. cit.)
« C'est dans le Grand Nord qu'il y a les plus grandes réserves pétrolières du Cameroun, notamment dans les bassins introcratiques de la Bénoué sur 5000 km2 ...celui de Logone Birni sur 27000 km2 et dans la portion camerounaise du Lac Tchad et ses environs, sur une superficie de 2500 km2 » L'industrialisation est encore balbutiante malgré quelques usines dont l'activité essentielle est la transfonnation de la matière agricole et de l'élevage. Dans cette catégorie vient en tête de peloton la SODECOTON avec ses usines d'égrenage et ses huileries; la CICAM pour le tissu, la SEMRY déjà citée et quelques autres unités panni lesquelles les Brasseries, les tanneries, qui jouent des rôles fort enviables. L'industrie extractive est représentée par la CIMENCAM et les chaux ROCCAGLIA à Figuil. Avec l'avènement de Lagdo (barrage hydroélectrique), il y a lieu de voir l'avenir avec effectivement beaucoup d'optimisme. L'infrastructure scolaire accuse un grand retard. Cependant un effort est fait pour doter les localités importantes d'établissements primaires, secondaires afin d'amener un grand nombre de petits (es) camerounais (ses) à l'école. Aujourd'hui l'on peut affinner que toute localité importante du Nord possède un établissement secondaire sans que cela réduise substantiellement le taux d'analphabètes dans cette région.

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