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Le nuage

148 pages
Être dans les nuages ou répondre " Présent " ? Voilà la question posée par ce numéro... après Jacques Prévert. Si les signes du Ciel ont souvent une connotation funeste, les nuages invitent à une contemplation plus sereine. Regarde le ciel ! Ce musée imaginaire est la réponse suggérée par les rêveurs philosophes (Bachelard, Schopenhauer, etc.) et les rêveurs géographes au rêveur poète.
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Revue Géographie et
LE NUAGE sous la direction deMartine TABEAUD
Revue soutenue par l’Institut des Sciences Humaines et Sociales du CNRS
±‘‰”ƒ’Š‹‡ ‡– …—Ž–—”‡• 85,printemps2013
LENUAGE
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La revueGéographie et culturesest publiée quatre fois par an par l’Association Géographie et cultures et les Éditions L’Harmattan, avec le concours du CNRS. Elle est indexée dans les banques de données Pascal-Francis, GeoAbstract et Sociological Abstract. Les vingt derniers numéros sont consultables en ligne : http://gc.revues.org/
Fondateur: Paul Claval
Directrice de la publication: Francine Barthe-Deloizy
Secrétariat de rédaction: Yann Calbérac Secrétariat d’édition: Emmanuelle Dedenon Comité de rédaction: F. Barthe-Deloizy (UPJV Amiens), Y. Calbérac (Reims), E. Dedenon (CNRS), H. Dubucs (Paris IV). Comité de lecture: A. Berque (EHESS), M. Blidon (Paris I Panthéon Sorbonne), P. Claval (Paris IV), L. Dupont (Paris IV), J. Estebanez (Université Paris-Est Créteil), V.Gelézeau (EHESS), C. Ghorra-Gobin (CNRS), S. Guichard-Anguis (CNRS), C. Guiu (Nantes), C. Hancock(Paris XII), J.-B. Maudet (Pau et des Pays de l'Adour), B. Pleven (Paris I), Y. Raibaud(Bordeaux III), A. Volvey (Artois), S. Weber (Paris-Est), D.Zeneidi (ADES-CNRS). Comité scientifique: G. Andreotti (Trente), L. Bureau (Québec), B. Collignon (Paris I), J.-C. Gay (Montpellier), M. Houssaye-Holzchuch (ENS Lyon), C. Huetz de Lemps (Paris IV), J.-R. Pitte (Paris IV), J.-B. Racine (Lausanne), A. Serpa (Salvador de Bahia), O. Sevin (Paris IV), J.-F. Staszak (Genève), M. Tabeaud (Paris I), F. Taglioni (La Réunion), J.-R. Trochet (Paris IV), B. Werlen (Iéna). Correspondants: A. Albet (Espagne), A. Gilbert (Canada), D. Gilbert (Grande-Bretagne), J. Lamarre(Québec), B. Lévy (Suisse), J. Lossau (Allemagne), R. Lobato Corrêa (Brésil), Z. Rosendhal (Brésil). Cartographie: Florence Bonnaud Maquette de la couverture :Emmanuelle Dedenon Photographie de couverture :Martine Tabeaud Mosaïque de couverture :Gabriela Nascimento __________ Laboratoire Espaces, Nature et Culture(ENeC) – Paris IV Sorbonne CNRS UMR 8185 – 1 rue Victor Cousin, 75005 Paris – Courriel : revue.geographie.cultures@gmail.com Abonnement et achat au numéro: Éditions L’Harmattan, 5-7 rue de l’École polytechnique 75005 Paris France. Chèques à l’ordre de L’Harmattan. France Étranger Abonnement 55euros 18euros Prix au numéro18 euros18 euros
© L'Harmattan, 2012 5-7, rue de l'Ecole polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISSN : 1165-0354 ISBN : 978-2-343-02222-2 EAN : 9782343022222
SOMMAIRE
5 Introduction Martine TABEAUD 9 Cumulus,cirrus, stratus: histoire et fortune de la classification de Howard Anouchka VASAK 35 Quandle paysan malgache parle de nuages Daniel PEYRUSAUBES 49 Lesdiscours sur les nuages dans la littérature française Karin BECKER 65 Jusqu’auciel ! Xavier de COSTER 87 Artet science des nuages au Siècle d’or hollandais Alexis METZGER 111 Vers« les cieux imbéciles… où jamais il ne pleut » Martine TABEAUD etVincent MORINIAUX Événement 129 Àpropos deDéplace le ciel Lectures 131 Voir,revoir les Alpes 134 L'ambivalencedes météores 136No money, no honeyde Sébatien Roux 139 (Re)découvrirles paysages salés 141 Itinérance-itinérairepour penser les lieux du monde Catalogue d’expo 142 Lesexe, pour une lib(ér)ation des âmes ?
INTRODUCTION
ͳ Martine TABEAUD Laboratoire Espaces, Nature et Culture (ENeC) Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
L’amour des nuages transcende les pays, les âges de la vie, les classes 2 sociales… Il a même conduit à la création de la Cloud Appreciation society en 2004 par Gavin Pretor-Pinney. L’article [2] de son manifeste déclare que : « … les nuages sont des poèmes de la Nature, les plus équitables parmi ses bienfaits car chacun peut les observer à loisir» et l’article[5] :« …les nuages parlent aux rêveurs et l’âme s’enrichit à les contempler. En vérité ceux qui s’adonnent aux évocations suscitées par leurs formes feront l’économie d’une psychanalyse. »
Tout s’enracine pour les Occidentaux, dans les mythes fondateurs de la Grèce antique (et donc la Rome antique). Dans ces temps héroïques, le personnage principal se nomme Ixion (Itios pour les Romains). Il est roi de Thessalie. Après son mariage, il tue son beau-père pour faire l’économie de quelques présents promis à sa belle-famille. Zeus (Jupiter), maître du ciel, dieu de la pluie et des nuages, lui pardonne et l’invite à sa table. Mais Ixion n’est pas qu’avare, parjure et meurtrier... il est aussi impulsif et pervers. Dès qu’il voit Héra (Junon), la femme de Zeus, il tente de la séduire. Peu partageux, Zeus pour se venger façonne un cumulus à l’image de son épouse. Trompé par les apparences, Ixion viole la nuée Néphélé (Nebula). De cette union forcée, présentée selon les interprétations comme une agression et/ou un moment de volupté, naîtra un fils monstrueux Centauros, voire peut-être même tous les Centaures.
Ce fantasme a inspiré de nombreux peintres. Le Corrège, vers 1530, a consacré à ce mythe un triptyque dontJupiter et Io, magnifique image de pornographie nuageuse. D’autres artistes encore comme Christiaen van Couwenbergh (1640) ont été inspirés par cet accouplement hors normes. Parmi les tableaux les plus célèbres figure celui de Pierre-Paul Rubens. Il a été peint en 1615. Il montre Ixion séduisant Néphélé, femme bien en chair plus que nuage, alors qu’Héra accompagnée de son animal emblématique, le paon, retourne, ravie de la duperie, vers son époux.
1 Courriel : martine.tabeaud@univ-paris1.fr 2 http://cloudappreciationsociety.org/
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« ...La valeur intrinsèque attribuée au mythe provient de ce que les événements, censés se dérouler à un moment du temps, forment aussi une structure permanente. Celle-ci se rapporte simultanément au passé, au présent et au futur. » (C. Levy Strauss, 1958,Anthropologie structurale). Le mythe d’Ixion/Itios, outre son «explicitation »de pratiques sociales interdites, relate l’origine des nuages, leur nature évanescente voire leur duplicité/ambivalence. Sont-ils réels ou fruits de l’imagination ? Impossibles à saisir, ils séduisent mais en même temps ils font peser bien des menaces sur les humains.
Pierre-Paul Rubens (1577-1640),Ixion et Junon, 1615, Musée du Louvre
À l’époque antique, les nuées sont envisagées comme des exhalaisons humides venues de la surface de la mer ou des cours d’eau. Plus tard, la nue moyenâgeuse a des propriétés associées à sa couleur (noir, blanc, rouge). Des siècles durant, cet élément céleste évoque le mystère de la transcendance, l’action bienfaisante comme le courroux des Dieux qui règnent sur les cieux. Mais, cette matière de feu, d’air et d’eau (selon la théorie des quatre éléments d’Aristote) est un mystèrephysique. Les savants tententde décrire ces «corps sans surface» selon l’expression de Léonard de Vinci, ces « objets à bords fluents », selon Michel Serres. Le mot même de nuage, qui a remplacé nue, est construit avec le suffixe « age » qui traduit cette activitépermanente !En effet, ce morphème d’origine latine indique l’action en cours ou le résultat de l’action exprimée par le nom ou le verbe qu’il suit. En mouvement perpétuel et donc à chaque fois, ni tout à fait
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le même, ni tout à fait un autre… La fugacité est un obstacle à la catégorisation. Plusieurs tentatives d’explications rationalistes et scientifiques vont chercher à mettre de l’ordre dans le foisonnement des interprétations et des langages vernaculaires. En effet, les ruraux, détenteurs de savoirs populaires locaux et fins observateurs savent lire l’avenir dans le ciel et les nuages (Daniel Peyrusaubes). La première classification est proposée par Jean-Baptiste de Monet, chevalier de Lamarck en 1802. Les mots français qu’il choisit pour distinguer les nuages : « en voile, attroupés, pommelés, en balayures, groupés» tomberont dans l’oubli. Un an après, un pharmacien anglais Luke Howard a l’idée de les nommer en latin pour les rendre universels, comme Linné l’avait fait pour les plantes. Le parrain des nuages distingue diverses familles: celle des cumulus, des stratus, des cirrus… Il les classe selon leur physionomie générale, leur apparence pour un observateur situé sur terre. Il surmonte ainsi, d’une part, la difficulté à nommer ces formes instables, transitoires (Anouchka Vasak), et d’autre part, l’absence d’explication scientifique quant à leur genèse. Un siècle plus tard, le météorologue utilise toujours la terminologie de Howard. Mais pour lui, un nuage est une masse visible du dessus (en avion) et du dessous, un amas de gouttelettes d’eau et/ou de cristaux de glace autour d’aérosols minéraux. Il sait aussi que l’eau du nuage provient de la condensation de la vapeur d’eau contenue dans l’air.
Le nuage n’aurait-il plus de secrets ? « Jamais la météorologie n’abolira l’art d’interpréter les signes venus du ciel» (Pierre Sansot, 1990). Le ciel, tel qu’on le voit en ville de la rue ou d’une fenêtre, est à la fois une métaphore et une métonymie, bref, c’est un langage (Leslie Kaplan). Tout comme autrefois, lorsque les nues et nuées étaient interprétées dans une perspective théologique ou mystique, en parfaits symboles de la séparation entre divinités et mortels. En témoignent, les nuages desTour de Babel(Xavier de Coster). Les nuages sont aussi des objets esthétiques qui émerveillent les artistes. Pour Karin Becker, du Moyen Âge à nos jours, « les nuages exercent sur les écrivains une fascination mystérieuse». Leur contemplation procure des émotions sans équivalent qui troublent leur personnalité. Ils sont tous les étrangers de Baudelaire et s’exclament : « J’aime les nuages... les nuages qui passent... là-bas... là-bas... les merveilleux nuages ! ». Quant aux peintres, ils ont longtemps débattu de la place à attribuer au ciel dans leurs œuvres jusqu’au romantisme avec Kaspar Friedrich (Nuages passant, 1821) et Eugène Delacroix. Les paysagistes hollandais du Siècle d’or (Alexis Metzger) accordent au ciel une place majeure. Ce ne sont plus seulement des arrière-plans neutres devant lesquels sont mis en scène de nombreux personnages s’activant dans des villages ou des campagnes saisies par le froid. Une attention nouvelle au ciel s’inscrit dans un souci de réalisme ; les nuages s’accordent avec les saisons. Mais c’est un Anglais John Constable ͹
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qui donne le premier à cet arrière-plan ses lettres de noblesse. À partir de 1820, il peint des centaines de ciel nuageux depuis la terrasse de sa maison d’Hampstead, au nord de Londres. Finalement, à la Belle Époque, la mode conduit à l’invention de l’été méditerranéen. Les ciels moutonnés de Londres ont fait place au « grand bleu » (Martine Tabeaud et Vincent Moriniaux). Aujourd’hui encore, les nuages sont presque absents des ciels des publicitaires qui utilisent même des banques de ciel pour «coller » (juxtaposer) le spectaculaire des ciels couchants à un paysage terrestre de plein après-midi. Dans les films au contraire, les nuages passent à un rythme accéléré :le temps qui passe est traduit par les temps qu’il a fait. Ces trucages sont une incitation à lever les yeux vers le ciel réel, qui est une œuvre d’art et à écouter Georges Brassens : « ... À partir de ce jour je n’ai plus baissé les yeux, J’ai consacré mon temps à contempler les cieux, À regarder passer les nues, à guetter les stratus, à lorgner les nimbus, À faire les yeux doux aux moindres cumulus,... » (L’orage)
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CUMULUS, CIRRUS, STRATUS
          
Cumulus, cirrus, stratus: history and fortune of Howard’s classification ͳ Anouchka VASAKUniversité de Poitiers
Résumé :D’où viennent les noms des nuages, qui nous sont, pour les formes simples (cirrus, cumulus, stratus), si familiers? C’est un pharmacien anglais, Luke e Howard, qui les inventa au début du XIXsiècle dansOn the modifications of clouds. Cet article est centré sur la classification de Howardet son histoire: d’abord, les premières tentatives de classification de nuages et le principe primordial de la classification de Linné au siècle des Lumières ; ensuite, les classifications de nuages inventées par Lamarck à la même époque, et les raisons de leur échec; enfin, la fortune de la classification de Howard, l’influence de Goethe sur sa diffusion et son interprétation, puis ses modifications jusqu’à la classification internationale adoptée par l’Organisation Météorologique Mondiale. Mots-clés :nuage, classification, Howard, Lamarck, Goethe Abstract:Where do the names of clouds, which simple “modifications” (cirrus, cumulus, stratus) are so familiar to us, come from? An English chemist, Luke th Howard, invented them at the beginning of the 19Century in an essay, On the Modifications of Clouds. Our article treats of Howard’s classification and its history: the previous attempts to introduce a nomenclature for clouds, and the fundamental principle of Linné’s classification at the age of Enlightenment; Lamarck’s classifications at the same time as Luke Howard’s and the reasons of Lamarck’s failure; the triumph of Howard’s classification, especially thanks to Goethe; finally, the modifications introduced in Howard’s classification by the World Meteorological Organization. Keywords:cloud, classification, Howard, Lamarck, Goethe
Les formes simples de «nos »nuages (cirrus, cumulus, nimbus), dont les noms nous sont si familiers que nous en ignorons l’auteur, ont été inventées e par un pharmacien anglais (chemistsiècle, en décembre) au début du XIX 1802 précisément : ce soir-là, dans le laboratoire de Plough Court à Londres, Luke Howard (1772-1864) prononce devant l’Askesian society qu’il a fondée avec d’autres Quakers, sa conférenceOn the modifications of clouds.
1 Courriel : anouchka.vasak-chauvet@wanadoo.fr
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