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Le Parti ouvrier français

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98 pages

Depuis un siècle il n’y a plus de bourgeois ! Sans doute, si l’on veut dire plus de gens entre la classe laborieuse et la noblesse. Tout le monde sait cela.

Néanmoins, on entend bien aujourd’hui par bourgeois, la minorité composée de personnes descendant plus ou moins des spoliateurs de compte à demi avec la royauté — hommes d’épée, robins, financiers — et des enrichis du travail de la plèbe,... sans omettre les hauts bureaucrates, pour la plupart, parasites et cumulards.

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Eugène Faillet

Le Parti ouvrier français

Bourgeoisie et prolétariat - Doctrine, origine et progrès du parti - Les élus du parti à l'Hôtel-de-Ville

PRÉFACE

Une préface ne se lit guère, mais l’usage est d’on faire une ; nous avons pensé qu’il était bon de nous y conformer.

Il y a quinze ans, lors des élections municipales, une petite affiche rouge apposée dans le quartier Sainte-Marguerite, portait : PARTI OUVRIER — Émile Chausse, ébéniste.

Presque personne n’y fit attention.

Ce premier candidat eut 391 voix.

En avril 1893 près de cent vingt mille citoyens votaient pour les candidats du Parti, et presque le même nombre en août aux élections législatives.

Pourquoi cette rapide progression d’un Parti très pauvre, calomnié par la presse, malmené par le gouvernement ?

Serait-il dans la vérité ?

Sa doctrine répondrait-elle aux aspirations des masses et sa conduite à sa doctrine ?

Voilà ce que nous allons examiner.

Si dans le chapitre Origine et Progrès, la relation da quelques menus faits et de quelques congrès nous est échappée, qu’on veuille bien ne pas oublier qu’il s’agit d’un aperçu général.

Si nous ne suivons plus les Guesdistes à partir de Roanne, ni les Broussistes à partir de Châtellerault, c’est qu’ils nous semblent en dehors du courant et suivre surtout une personnalité : ce qui ne veut pas dire que leur action soit inutile, loin de là.

Ce courant apparaît en 1879 à Marseille, prend force à Saint-Étienne, puis à Lyon ; il est dans toute sa puissance en 1891, à Paris, car y affluent les groupes d’études, les syndicats, les Bourses de Travail.

Si nous n’avons mis en relief aucune personnalité, c’est qu’il ne nous appartient pas de juger aucune, qu’il convenait de faire surtout ressortir le caractère de l’action prolétarienne — l’ANONYMAT.

CHAPITRE PREMIER

Bourgeoisie et Prolétariat

Depuis un siècle il n’y a plus de bourgeois ! Sans doute, si l’on veut dire plus de gens entre la classe laborieuse et la noblesse. Tout le monde sait cela.

Néanmoins, on entend bien aujourd’hui par bourgeois, la minorité composée de personnes descendant plus ou moins des spoliateurs de compte à demi avec la royauté — hommes d’épée, robins, financiers — et des enrichis du travail de la plèbe,... sans omettre les hauts bureaucrates, pour la plupart, parasites et cumulards.

Surtout grâce à cette plèbe enthousiasmée par la Déclaration des Droits — parce qu’elle croyait les exercer bientôt, « devenir comme les autres. » cette, minorité, appelée improprement Tiers-Etat, s’empara du gouvernement afin de s’assurer la propriété exclusive des privilèges et des monopoles, — presque tous à elle, d’ailleurs avant 89, quoi qu’elle dise.

Pendant la période révolutionnaire cette minorité (nobles convertis par intérêt, l’intérêt du manche, et roturiers) fut impitoyable toutes les fois qu’il s’agit d’arrêter le mouvement égalitaire.

Sitôt débarrassée dos Montagnards sincères par la guillotine, et des Sans-culottes par le canon de Vendémiaire, elle releva hypocritement l’Église et rappela sournoisement les émigrés.

Elle catégorisa renseignement public selon les degrés de fortune et de misère. Ignorante des ressources intellectuelles et morales chez l’artisan, dont la dignité sociale serait consacrée, elle ne voyait dans celui-ci que le bénéfice brutal et immédiat à retirer.

Elle multiplia les privilèges, aggrava les impôts, rétablit même la vénalité des charges de notaires, avoués, huissiers, etc., en même temps qu’au point de vue politique, elle paralysait par une centralisation byzantine et défiante, l’initiative locale et par conséquent individuelle.

Enfin, elle créa la conscription avec la faculté du rachat pour le riche — soit, la vente des hommes !

Le 26 août 1789, cette bourgeoisie déclarait en présence et sous les auspices do l’Être suprême que : « les hommes naissent et demeurent libres et égaux. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune. »

Mais, deux ans après, quand les rudes faubouriens ont terrassé la monarchie, — quand plus n’est besoin d’eux, la bourgeoisie « interdit toute organisation ou convention entre gens du même métier, ceux qui ont une boutique ouverte, les ouvriers et les compagnons, comme attentatoire à la liberté et àla Déclaration des Droits. »(Loi Chapellier 1791.)

C’était bien signifier au populaire que la Révolution n’était faite aucunement à son profit. Et pendant tout le siècle ou sut bien, le lui rappeler.

*
**

Au bout de ce siècle voici le résultat du règne collectif de la classe possédante :

Huit millions de familles dans la gêne ou dans la misère, payant par le budget un milliard et demi aux rentiers de toutes sortes, et faisant à quatre cent mille familles un capital de cent vingt mille francs en moyenne.

Les sources de la richesse nationale dérivées par elle et pour elle seule en cent directions : Compagnies minières, usinières, Banques, Bateaux, Omnibus, Tramways, Chemins de fer, Gaz, Eaux, etc.

La concurrence des industriels et des négociants d’outre-frontières chaque jour plus redoutable.

Enfin, par suite des désastres dont elle, bourgeoisie, est fautrice, l’Allemagne césarienne est à cinquante lieues de Paris, menaçant les conquêtes de la Révolution si chèrement acquises.

Cela est évident, la classe dirigeante a menti à la raison de son avènement — liberté, égalité, solidarité. bien-être pour tous par le travail.

Tiraillé par le principe démocratique, qu’elle est obligée d’invoquer, par l’intérêt do classe, ne pouvant agir selon des principes arrêtés, elle se maintient a force d’expédients et au milieu d’incessantes contradictions.

Électif est son gouvernement : le prince, les députés, les conseillers généraux, municipaux sont nommés par le suffrage, tandis que l’arbitraire, le bon plaisir nomment les hauts fonctionnaires. Athée est son code. mais le serment est religieux, et l’Église donne le haut enseignement à l’aristocratie. A l’heure actuelle, ses élèves à Polytechnique, à Saint-Cyr, à l’Ecole Centrale forment le contingent le plus considérable de l’armée et des grandes administrations. (Voir les annuaires spéciaux.)