Le Patient de la Psychanalyse

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Depuis une cinquantaine d'années, des conditions de contrainte pèsent sur la psychanalyse. Des groupes de pression l'ont prise à parti sur la question, centrale pour elle, du sexuel, de la filiation. Les patients du début du XXIe siècle ressemblent aux premiers patients de la psychanalyse: ils doivent faire confiance à la "jeune science", malgré les livres qui ne les y aident pas en la harcelant jusqu'à la bêtise. Cet ouvrage approfondit les facteurs du "travail de guérison" du patient dans le contexte d'aujourd'hui.
Publié le : mardi 1 mai 2007
Lecture(s) : 60
EAN13 : 9782296171343
Nombre de pages : 160
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Jacquelyne Poulain-Colombier

et Philippe Christophe

Le Patient de la Psychanalyse

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L'Harmattan

LE 11tOUVEMENT PSYCHANAL YTIQUE
Direction de la publication et de la rédaction Jacquelyne POULAIN-COLOMBIER Adresse électronique: Jpcolombier@ao1.com Secrétaire Philippe CHRISTOPHE 19, rue du Four, 54520 - LAXOU (France) 803 83 40 65 51 Adresse électronique: philchristophe54@yahoo.ft

CONSEIL SCIENTIFIQUE Florence GUIGNARD Julia KIuSTEV A Jean LAPLANCHE

Site Internet Le 'Ï1touvement psychanalytique «LE CHAUDRON» http//www.multimania.com/jpc 171

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SOMMAIRE
Table d'orientation

Liminaire 1. Le psychanalyste dans une ère sans ajournement et à l'ère de la machine 2. La quadrature du cercle: Principe de confidentialité de la cure et traitement public des résultats 3. «Ais Nebengewinn » Section I « NOTRE PATIENT ANALYTIQUE »
Jacquelyne POULAIN-COLOMBIER - Les patients de Freud et ceux des psychanalystes



Les vrais contes

psychanalytiques»

de Robert de Glover

Mitchell

LINDNER

Philippe CHRISTOPHE

- Actualités

Edward GLOVER: « Méthodes de recherche en psychanalyse» (BMP) Ernst SIMMEL: « L 'hôpital psychanalytique et le mouvement psychanalytique» (BMP) Antoine APPEAU - « Tous les matins de 10 à 12, en août» : Supervision de groupes larges
dans une « institution de psychothérapie populaire », avec Bion Wilfred R. BION (Inédit) : « Un rapport de conversation» (BMP) Jacquelyne POULAIN-COLOMBIER - Le prix de la psychanalyse

Section II LA SÉANCE DE PSYCHANALYSE Ralph GREENSON: « Déclin et chute de I'heure de 50 minutes» (BMP) Gertrude R. TICHO : Discussion du texte de Greenson (BMP) Philippe CHRISTOPHE

-

du patient» Richard STERBA « Un cas de psychothérapie brève par Sigmund Freud»

- « L 'heure

(BMP)

Jacquelyne POULAIN-COLOMBIER - Presto: les deux patients musiciens de Freud
sur la vitesse dans l'espace-temps de la séance psychanalytique.

- Note

Bion avec Reik

Table d'orientation

Depuis une cinquantaine d'années, des conditions de contrainte, qui ne sont pas sans s'influencer et se renforcer mutuellement, pèsent sur la psychanalyse. Des groupes de pression l'ont prise à parti sur la question, centrale pour elle, du sexuel, de la filiation, avec des moyens qui ne relèvent plus du débat scientifique mais de l'activisme militant. Ils ont développé une logique de ségrégation par le genre, tant des «patients» que de leurs «thérapeutes», assujetti un enjeu clinique à une militance politique, crée un climat de menace et d'intimidation pour tout point de vue contraire à leurs revendications. Il est clair qu'aux attaques qu'ils subissent depuis plus d'une cinquantaine d'années de la part de ces groupes de pression, les psychanalystes n'ont aucun moyen de parer, car ces groupes ont la virulence et les moyens médiatiques d'une idéologie politique et laissent sans suite la contradiction apportée par les psychanalystes sur le terrain qui est le leur. Annoncé en 2003, ce volume va paraître dans un climat d'opinion aggravé. Impossible de faire comme si rien n'était arrivé, il y a un an, avec ces livres qui ont promu ce que Peter Sloterdijk appelle « l'esprit de l'arène ». Le nom même de la présente publication ne pouvait que la rendre sensible au rabaissement du mouvement psychanalytique dont un livre s'est récemment fait le héraut, suivi d'autres. Comment peut-on ne pas comprendre la psychanalyse à ce point, alors même que tous les travaux des psychanalystes sont en libre accès et à la portée de ces auteurs rompus aux démarches universitaires? Quel tropisme leur a fait ne pas rencontrer les textes des psychanalystes qui auraient pu les garder de cette vision unidimensionnelle, de ce harcèlement jusqu'à la bêtise? Le malheur veut que la volonté des uns de dégrader l'autorité intellectuelle de Freud, d'éroder l'image publique de la psychanalyse ait pour envers la rhétorique de ceux qui se sont faits les leaders d'opinion sur la psychanalyse. Depuis deux décennies, ils ont chargé la psychanalyse de porter, malgré elle, une promesse messianique, leur souhait d'assimiler le mouvement psychanalytique à un mouvement politique, fabriqué une formation légendaire pour les foules, sans oublier le «tribunal de l'opinion», fourni aux premiers bien des raisons, revenues en boomerang, de publier ces livres qui ont appauvri ce que W. H. Auden appelait« le climat d'opinion ». Les uns et les autres ont élevé un mur de préjugés et d'ignorance, conduit à penser faux, dans un temps où le passage à l'ère masse-médiatique change l'échelle des modes de diffusion. Autrement dit, un mur pour longtemps.

Le présent volume concerne Le patient de la psychanalyse, et non celui des « psys » - quels qu'ils soient. Depuis 10ans, le choix a été de créer un espace de respiration (et non de faire un groupe de plus) pour un travail de pensée. Dénommée Le ?/touvement psychanalytique pour faire lien avec le moment historique (1933) où le nom Die Psychoanalytische Bewegung a disparu - [la BD reproduite au début de ce numéro est parue dans un de ses derniers numéros au début des années 1930] -la publication qui lui donne son cadre ne saurait reprendre à son compte des appellations - quelles qu'elles soient - utilisées en dehors d'une référence à la psychanalyse fondée par Freud et défmie par: sa méthode, son corpus conceptuel et le «collectif de pensée» qui, de génération en génération, les transmet sous le nom qui est le sien. Elle le veut d'autant moins que le nom «Psychanalyse », qui n'est plus protégé par l'instance désignée pour le faire, est à la dérive. Sans entrer dans l'inventaire de tous ceux qui utilisent le nom de « psychanalyse» comme une licence commerciale, et ne retenant que des repères liés à I'histoire: - 2002 : dans son discours de fm de mandat de Président de l'IPA et dans un livre de la même année, D. Widlocher déclare que l'Association Psychanalytique Internationale (IPA) n'a plus du tout le sentiment d'un monopole. Nous ne revendiquons pas d'être les seuls psychanalystes, (L'avenir de la psychanalyse, Débat entre D. Widlocher et J. A Miller, Éditions Le cavalier bleu, 2002, p. 15) ; - 2002 : Fini, se réjouit J.-A. Miller, « le temps où l'IP A revendiquait sans fard son privilège, son monopole (...) Aujourd'hui, nul ne prétend plus au monopole... », «l'IP A, conclut-il, «c'est aujourd'hui l'IP A de Pluspersonne» (J.-A. Miller, Lettres à l'opinion éclairée, Seuil, 2002, p. 213, 221-222, 227) ; - 2004: la Société Française de Psychologie Adlérienne est devenue Société Française de Psychanalyse Adlérienne (site Internet) ; depuis 1987, les Cahiers de psychologie jungienne se sont dénommés Cahiers jungiens de psychanalyse, pour «la psychanalyse d'approche jungienne» et ses psychanalystes jungiens », (site Internet). Ni les uns ni les autres n'ont cependant remanié leurs pratiques, leurs rapports à leurs fondateurs pour justifier leur usage du terme de « psychanalyse» ; - 2005: «la psychanalyse n'a pas le monopole de l'inconscient », (J. Cottraux, Le livre noir de la psychanalyse, Édit. des Arènes, 2005, p. 801). Avec cette ultime déclaration, le «monopole» est complètement brisé. L'esprit de concurrence gagne, lui, un empire, celui de la confusion.

De 1998 à 2005, cette revue a fait un autre choix: elle suit la piste du «collectif de pensée» de la psychanalyse, avant et après son exil, et seulement elle, car elle seule contient les liens de travail, le réseau de connexions conceptuelles qui donnent une cohérence minimale hors de laquelle on ne sait plus de quoi l'on parle; elle s'attache à rétablir les ponts détruits par des ruptures qui ont affaibli d'autant la culture psychanalytique, laquelle, sur de nombreux points, manque à être commune et transmise; elle affmne la présence active des travaux de psychanalystes appartenant à ce « collectif de pensée» fondateur, à ses successeurs, en traduisant leurs textes, constituant ainsi une Bibliothèque du ?/touvement Psychanalytique (BMP). Ce choix d'un principe de lecture des textes et de recherche met en question la phraséologie dont, depuis deux décennies, nos leaders d'opinion abreuvent nos sillons. Ils ont répandu des versions de I'histoire de la psychanalyse qui abusent le lecteur profane, répétant inlassablement les erreurs, les préjugés, les omissions de Lacan. Après avoir éreinté les psychanalystes exilés aux États-Unis pour s'être, selon eux, « adaptés» à la société américaine et avoir ainsi fait perdre à la psychanalyse sa « subversion», ils sont les premiers à se réclamer de cet argument de l'adaptation à la réalité pour exiger de la psychanalyse qu'elle ne soit pas « en retard}) sur l'opinion et pour se faire stratèges à son service, quel qu'en soit le prix. L'éthique de travail qui a guidé ce volume est la même que celle des dix numéros de la revue Le 11touvement psychanalytique parus entre 1998 et 2005, auxquels il fait suite: sine ira et studio. Ce qui aujourd'hui se traduit ainsi: pas de militarisation de la pensée, mais un surcroît de travail pour arracher les démarches de l'esprit à l'emprise de la politisation, d'où qu'elle vienne, pour rétablir un espace du jugement. Jacquelyne Poulain-Colombier Dir. Publication et rédaction

LIMINAIRE 1 Le psychanalyste dans une ère sans ajournement et à l'ère de la machine

Désormais, dès qu'un événement accidentel, inhabituel survient, on met tout de suite en place une « cellule d'aide psychologique », dont tous les médias - radios, télévisions, presse écrite- se font l'écho. Cette mise en place a été accompagnée à ses débuts, par des commentaires d'experts (psychiatres) qui ont expliqué cette pratique du « déchoquage » chez « des personnes qui allaient souffrir d'un « syndrome de traumatisme différé ». On a ainsi habitué la population à croire que c'est l'événement qui fait le traumatisme, qu'il est inévitable, on en prédit les formes, induisant un effet de suggestion de masse. La société civile vit maintenant au rythme des alertes sur le modèle et avec les méthodes d'un temps de guerre. Autrement dit, on sait créer un état permanent de panique collective où tout élément accidentel de danger ou/et de mort devient « traumatique» pour des gens, a priori, «en état de choc ». L'accoutumance à une réponse en termes de secours immédiat, garanti par l'État, ne peut pas être sans conséquences sur la représentation collective de la temporalité psychique. Parallèlement, le «témoignage» est devenu le genre obligé de la communication assistée par la machine: appels par téléphone, confidences publiques à la télévision, sur les radios, avec des animateurs qui jouent les « psys », détresses mises en ligne dans le cyberespace, toutes ces pratiques entretiennent une contrainte sociale nouvelle à parler de soi à n'importe qui. Cette compulsion à «témoigner », qui exige des conditions d'anonymat ou/et d'absence de lien de personne à personne, tire sa « modernité» du progrès des machines. Leur mémoire enregistre sans effort tout et immédiatement, une mémoire morte qui n'oublie rien, la mémoire de personne qui dépend de l'énergie des machines. La psychanalyse est ce domaine où aucune machine ne peut agir à la place du psychanalyste, qui n'a qu'un «medium », disait Robert Lindner, luimême. Mais le psychanalyste vit désormais à l'ère de la machine. Freud a utilisé la métaphore du téléphone pour faire comprendre comment l'inconscient de l'analyste «doit se comporter à l'égard de l'inconscient

émergeant du malade », mais il n'hésitait pas à interdire l'usage de l'objet téléphone à un moment du travail analytique avec un patientl. On le sait, l'usage du téléphone pendant une séance est au nombre des réserves que la déontologie impose au praticien. Puis vint le fax, le répondeur, leurs bruits singuliers pendant la séance, que des patients reprennent dans le matériel associatif.

- C. LEBRUN & coll. « Voies du silence au téléphone », Adolescence, n030, 1997 - C. LEBRUN « De l'objet immédiat à l'objet virtuel: téléphone et prime adolescence », Adolescence, n047, 2004 - D. BONDY BORBÉL Y « Au sujet d'une analyse par téléphone », Bull. Soc. Suisse de psychanalyse, 62, 2006

- L. SHENGOLD : « The symbol oftelephoning », JAPA, 30 , 1982 - S. ZALUSKY «Telephone analysis: out ofsight, but not out ofmind »2,JAPA, 46(4), 1998 - V. MINERBO « The patient without a couch. An analysis of a patient with terminal cancer », Int. J. Psa, 79, 1998

Il arrive maintenant que le téléphone soit l'instrument technique qui, à certains moments d'une analyse et pour certains patients, soit la seule façon disponible pour continuer une analyse. Cet aménagement technologique vient seconder l'exercice de la psychanalyse, non parce que nous sommes à l'ère de la télémédecine, du téléphone portable, d'Internet, mais pour ne pas ajouter' à la brutalité des ruptures de liens, dont certaines se cumulent (divorces; « mobilité» géographique pour raisons professionnelles,

1 S. Freud, La technique psychanalytique, chapitre VII; Psychopathologie de la vie quotidienne, chapitre 10, et l'exemple d'acte manqué: le patient appelle sa maîtresse croyant appeler Freud. 2 Article téléchargeable à partir du site PSYCHOMEDIA. 3 C'est le cas avec la patiente de D. Bondy Borbély (encadré supra). Une rupture survient en cours d'analyse cumulant un changement de pays pour raisons professionnelles et de vie amoureuse, patiente qui n'a connu que ruptures et pertes depuis l'enfance. La fréquence choisie comportait une séance tous les jours au cabinet de l'analyste pendant une semaine, le reste du temps 2 fois par semaine au téléphone.

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reconversions dues au chômage; hospitalisations prolongées; conséquences des guerres4). Les deux cas exposés par S. Zalusky concernent des patients dont le progrès même de leur analyse a conduit à des changements professionnels et, par suite, à des déplacements géographiques qui rendaient impossible la poursuite de l'analyse; V. Minerbo continua par téléphone l'analyse de sa patiente, dans l'impossibilité de venir à ses séances une fois entrée dans la phase terminale d'un cancer survenu à la cinquième année d'analyse. Dans ces trois cas5, les séances par téléphone n'eurent lieu qu'après qu'une relation analytique ait été établie, et dans les deux premiers, l'analyste a maintenu l'obligation de terminer l'analyse comme elle avait commencé, dans le cabinet du psychanalyste. Autrement dit, si toute autre solution fait défaut, une séance par téléphone6 peut rester, sous la responsabilité de l'analyste de la cure, une séance de psychanalyse.

- Chris MAWSON « Now you can surfto your shrink» BPAS Media Watch,2001 - A. CURTIS « Through the WEB and what Alice found there: The impact of the Internet on the therapeutic alliance », Psyche Matters, 2001

Toute autre la reproductibilité de la parole par des moyens techniques manipulent l'absence. La voix enregistrée peut répéter, hors corps, le même message, elle imite le vivant, elle s'adresse à un autre quelconque. Chez le psychanalyste aussi. Tout autre l'enregistrement des séances. Cette question se pose aujourd'hui dans le contexte de la mise en cause de la validité de la psychanalyse. Imaginer qu'une «preuve» par la technique pourrait faire reculer l'incrédulité de ce dont, depuis plus d'un siècle, les psychanalystes rendent
4 Cf. Analyse navette, supervision et formation électronique, A. Laine et G. Diatkine, sur Internet, IPA News. 5 Les analystes cités explorent avec beaucoup de rigueur toute la complexité de ces situations, tant dans ses aspects positifs que négatifs. 6 Ce qui différencie ce support technique des modes d'assistance psychologique par téléphone où l'anonymat est la condition, réciproque, du « parler à quelqu'un », comme de la « psycho-technologie» des nouveaux « cyberthérapeutes)} de toutes sortes.

d'enregistrement - «Parlez après le bip sonore» dit le répondeur» - qui

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abondamment et publiquement compte, donne une idée de la croyance en la machine. Que le cabinet de travail du psychanalyste 7 ne soit pas assisté par la machine peut paraître une anomalie dans une culture entièrement technicisée, où « le corps d'expansion technique »8 va aujourd'hui bien audelà de ce que Freud désignait par «prothétique »9. Il ne s'agit plus ici, en effet, d'un support technique qui viendrait relayer ce que le corps humain ne pourrait pas effectuer, mais d'un moyen technique qui vient se substituer à ce que l'esprit humain peut faire. On mesure l'effort d'inventivité intellectuelle qu'a fait Bion pour doter l'analyste d'un outil épistémologique comme la Grille, capable de préciser, spécifier le rôle et le statut des pensées au cours de la séance, représenter l'ensemble de la situation de l'analyse par la combinaison des divers éléments de la Grille, et ce en l'absence du patient. Cet effort d'abstraction rend l'expérience partageable avec d'autres analystes, communicable, au plus près possible de cette «réalité psychique qui n'a aucune réalisation sensorielle connue» 10 et qu'aucun appareil n'est capable d'enregistrer. Quand bien même, insistait Bion, enregistrerait-on techniquement une séance, on n'enregistrerait pas ces faits psychiques comme l'angoisse, l'envie, non observables, ce réel conceptualisé par la psychanalyse et dont la clinique psychanalytique atteste depuis un siècle. Outre que le travail non appareillé du psychanalyste sauvegarde ce que l'esprit humain peut faire - en des temps où le mot d'ordre vital devient « économie d'énergie »-, il ne contrevient pas au principe de confidentialité.

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Nombre de thérapies se servent de l'enregistrement vidéo, tant pour les séances que pour la formation de leurs praticiens, et on comprend pourquoi: elles enregistrent ce qu'elles cherchent, le comportement visible du patient. La technique donne au thérapeute la possibilité de pouvoir réécouter, revoir et au patient de se revoir, se réécouter, soi-même, introduisant un facteur qui s'apparente à la magie, (cf. Note 9). 8 P. Sloterdijk, Essai d'intoxication volontaire, Pluriel, 2001, Chapitre sur «La vexation par les machines », p. 266. 9 S. Freud, Malaise dans la civilisation, chapitre III. 10 W. R. Bion, Réflexion faite, PUF, 1983, p. 146-150; Second thoughts, Karnac Books, 1993, p. 128-132. 14

2 La quadrature du cercle: Principe de confidentialité et traitement public des résultats «Pour des raisons de discrétion», cette formule accompagne depuis le début les écrits des psychanalystes. À cette clause contraignante, restrictive, les psychanalystes se sont toujours tenus. Ils ont supporté depuis un siècle de ne pas résoudre la quadrature du cercle - confidentialité et traitement public des résultats -la sachant consubstantielle à leur pratique. Récemment, Christopher BolIas s'alarmait des tentatives Il pour lever la confidentialité de l'espace du cabinet de travail du psychanalyste et des conséquences pour la psychanalyse de la perte du principe de la confidentialité.
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- C. BOLLAS

: « On the loss of confidence in psychoanalysis IPA Newsletter, vol. 8, 2, 1999

»,

Trois raisons sont invoquées pour entamer le principe de confidentialité: 1- Satisfaire le « droit» du patient à « l'information», à donner son consentement, ou pas, à une éventuelle publication le concernant un droit unilatéral car c'est seulement pour l'analyste que le droit est lié à une responsabilité judiciarisable. Pour l'analyste, écrire « sur » un patient ne se fait pas comme un devoir universitaire ou un compte-rendu de laboratoire. L'anonymisation du patient est un travail de transformation au point que le consentement du patient à une publication le concernant, repose sur l'idée très peu démontrée qu'il s'y reconnaît. 2Les tiers payants (caisses de sécurité sociale, compagnies d'assurance) qui fmancent tout ou partie des cures veulent un droit de regard sur les critères thérapeutiques dans le souci de la gestion de l'argent des autres.

Les réglementations aux États-Unis ont commencé dans la décennie 1960 avec l'émergence des « sexual abuses». Puis ce fut l'accessibilité aux notes de travail de l'analyste, cf. Le cas Tarasoff: en 1985. 12 Article téléchargeable sur Psyche Matters. En 1995, C. Bollas a publié The new informants. The betrayal of confidentiality in psychoanalysis and psychotherapy, Northvale, N.J. Aronson.

Il

3-

Introduire la technologie dans l'espace privé de la séance dans des protocoles d'enregistrement des séances, aux fms d'évaluer ce qui se passe dans une séance.

A. FURLONG

- « Histoire

de cas : histoire de qui» Trans, 10, 1999

13 ,

- « Confidentialiy

- « Cadre

et confidentialité », Filigrane, 14, 2, 2005 with respect to third parties: a psychoanalytic

view»,

Int. J. Psa, 86, 2005 - « Further reflections on the impact of clinical writing on patients », Int. J. Psa, 87, 3, 2006

Jusqu'ici, le psychanalyste14 supportait seul le lest que lui imposait le principe de confidentialité pour la protection de ses patients. Le « droit à l'information» fait maintenant peser la charge sur le patient. Pris entre son intérêt propre (la démarche thérapeutique qu'il entreprend pour lui-même), et une posture altruiste (l'intérêt, quel qu'il soit, du praticien qui va l'effectuer), quelle sorte de « consentement» le patient peut-il donner, et peut-il même ne pas le donner? L'espace privé est ainsi compromis, sans que la validation « scientifique» en soit plus assurée.

Article téléchargeable. A. Furlong discute la demande de permission au patient de se servir du matériel clinique de sa cure à des fins de présentation scientifique ou de publication. Elle a contribué, avec C. D. Levin et M. K. D'Neil, au volume Confidentialiy: Ethical dilemmas and clinical implications, 2003, The Analytic Press. 14 Cf. J. P-C, « Le dilemme du psychanalyste: prendre des notes / faire les notes », in

13

?It. PsA,

IV, 1, 2002.

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