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Le péronisme de Perón à Kirchner

De
308 pages
Cet ouvrage offre un éclairage très documenté sur le changement économique et social en Argentine au cours de la dernière décennie et explore la nouvelle politique en matière des droits de l'homme pendant les gouvernements de Mme Kirchner. Il met en exergue le rôle que le péronisme a joué, et joue, dans l'histoire argentine ainsi que les politiques économiques novatrices et hétérodoxes de Mr Kirchner qui ont permis de sortir de la crise économique, politique et morale de 2002.
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Bruno Susani
LE PÉRONISME DE PERÓN À KIRCHNER
Horizons Amériques Latines
Une passion argentine
Préface de Mario Rapoport
LE PÉRONISME DE PERÓN À KIRCHNER
Horizons Amériques latines Collection dirigée par Denis Rolland et Joëlle Chassin  La collection Horizons Amériques latines publie des synthèses thématiques sur l’espace s’étendant du Mexique à la Terre de feu. Les meilleurs spécialistes mettent à la disposition d’un large public des connaissances jusqu’alors souvent réduites, sur ce sous-continent, à quelques stéréotypes. Dernières parutions Marie DURAND,Bolivie, la voix de Flora résonne encore. Des femmes et du développement participatif (1971-1985), 2013. Pierre Henri GUIGNARD,Lettres colombiennes, Correspondances à l’encre verte, 2012. Carlo A. CÉLIUS,Le défi haïtien, 2011. Nicolas PINET,Projets politiques et luttes sociales, 2011. Manuel PENA MUNOZ,Valparaíso. Chroniques d’un port mythique, 2009. R. CONTRERAS OSORIO,Les limites du libéralisme latino-américain, 2009.J. MUÑOZ,Géopolitique de la frontière États-Unis – Mexique, 2009. A. BERTAGNINI, J. FORTEZA, D. LÓPEZ, F. PEÑA, F. PINOT de VILLECHENON, C. QUENAN, J. WALTER,L’Argentine, terre d’investissement ?, 2008. HOWLET-MARTIN Patrick,Le Brésil du Nord-Est. Richesses culturelles et disparités sociales, 2008. CHASSIN J. et ROLLAND D. (coord.),Pour comprendre la Bolivie d’Evo Morales, 2007. VIGNAL Robert,Lexique amoureux de São Paulo, 2007. DĺAS Esther,L’esprit de Buenos Aires. Une ville et ses démons, Traduction de Laure et Philippe Pigallet, 2007. TREUILLER-SCHLACHTER Xavier,David Alfaro Siqueiros,2006. DURAND A. et PINET N. (éditeurs),L’Amérique latine en mouvement. Situations et enjeux, 2006. GAY-SYLVESTRE D.,: des premières militantesÊtre femme à Cuba féministes aux militantes révolutionnaires, 2006. e e LAPOINTE M.,– XXI s.Histoire du Yucatán. XIX , 2006. DURAND A. et PINET N. (éditeurs),L’Amérique en perspective. Chroniques et Analyses, 2005. CHASSIN J. et ROLLAND D. (coord.),Pour comprendre le Brésil de Lula, 2004. DURAND A., éditeur et PINET N. (éditeurs),Amériques latines. Chroniques 2004, 2004.
Bruno Susani LE PÉRONISME DE PERÓN À KIRCHNER
UNE PASSION ARGENTINE Préface de Mario Rapoport
© L’HARMATTAN, 2014 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-03625-0 EAN : 9782343036250
PREFACE Ce livre est l’une des rares œuvres à avoir été publiées en France, et probablement en Europe, consacrée à l’étude d’un mouvement politique souvent incompris : le Péronisme. De la même manière, aujourd’hui, on comprend mal les gouvernements de Mr et Mme Kirchner qui, sont, comme se plaît à le montrer Bruno Susani, ses légitimes successeurs, tout du moins 1 pour les réalisations les plus marquantes et les plus performantes de Perón lui-même. L’excellent travail de l’auteur, unissant l’analyse politique à une dimension sociale et économique, vient remettre les choses à leur place ; il a également la vertu de tracer les lignes d’un continuum entre ce que furent les deux premiers gouvernements de Juan Domingo Perón (1946-1955) et les trois récents mandats duFrente para la VictoriaNestor Kirchner avec (2003-2007) et l’actuelle Présidente Cristina Fernandez de Kirchner (2007-2011 et de 2011 jusqu’à nos jours). Contrairement aux analyses habituelles, qui souvent étudient le péronisme en comparant ses dirigeants quasi exclusivement en fonction de leurs styles de leadership, Bruno Susani fait passer ces lignes de l’analyse par des chemins traversant le fond (et pas seulement la forme) des politiques économiques sociales et culturelles des deux périodes. Cette approche le conduit à aborder les questions centrales permettant de comprendre ce courant politique et le rôle qu’il a joué, et joue, dans l’histoire argentine d’après-guerre : son appui populaire, l’engagement décisif de l’État, l’impulsion donnée à l’industrialisation du pays, la redistribution des revenus, le développement des droits pour le plus grand nombre de ses habitants, sans oublier la position de relative indépendance diplomatique sur la scène mondiale. L’auteur met aussi en évidence que les gouvernements de Mr et Mme Kirchner ont récupéré les bannières historiques ainsi que le sens authentique du premier péronisme (et en partie celui du début des années 1970) après la longue décennie des années 1990, pendant laquelle le contenu du péronisme fut détourné pour répondre à une conception néolibérale qui n’a fait rien de plus qu’adapter la scène nationale aux besoins du capitalisme de la mondialisation. Bruno Susani soutient, dès l’Introduction, que le 17 octobre 1945 marque le début de l’histoire argentine moderne. En effet, il est bien difficile de déterminer ce qu’il serait advenu de Perón sans cette manifestation d’appui 1  Je voudrais remercier tout particulièrement Pierre Salama, Professeur Émérite des Universités, Centre d'Économie de Paris-Nord, et Fortunato Mallimaci, Professeur et ancien Doyen de la Faculté des Sciences Sociales de Buenos Aires, à qui je dois d’avoir pu connaître ce livre. 7
populaire du 17 octobre, tout comme de conjecturer sur son avenir politique s’il avait perdu l’élection de février 1946. Il ne fait toutefois aucun doute qu’il aurait fallu, dans tous les cas, le considérer comme une figure de premier plan dans la politique argentine des années qui ont suivies, non pas en raison d’un quelconque fait ponctuel, mais parce qu’une nouvelle conjoncture s’est ouverte à la fin des années 1930 et que Perón, mieux que tous les autres dirigeants argentins, a réussi à comprendre son sens et l’envergure des changements qui se profilaient. Cette conjoncture comporte des aspects singuliers, nous devrions dire uniques, dans l’histoire argentine. Son aspect le plus marquant réside, sans aucun doute, dans le fait qu’elle associait d’une part, la croissance économique fondée sur le développement industriel provoqué par la crise des années 1930 et la Seconde Guerre mondiale qui obligèrent à produire dans le pays des biens auparavant importés, et, d’autre part, une profonde crise politique ayant pour origine un régime discrédité et incapable de continuer à gouverner, le tout dans une crise sociale grave. Au cours de cette période s’est produit un fort développement industriel, notamment dans l’industrie textile et la métallurgie, ainsi qu’un accroissement notable du nombre d’établissements industriels, d’ouvriers et employés dans ces secteurs, ainsi qu’une migration de l’intérieur du pays vers les centres industriels qui allaient modifier l’origine et les caractéristiques de la population ouvrière. Il n’en demeure pas moins que cette période s’avère également difficile. Pendant la Seconde Guerre mondiale, de nombreux pays, dont l’Inde et l’Argentine, ont soutenu l’effort de guerre de la Grande-Bretagne lui fournissant des produits à crédit, libellés en livres sterling, mais elle bloqua leur disponibilité. De plus, l’Argentine avait une pénurie d’énergie et son appareil productif s’était détérioré par le manque d’importations de pièces de rechange et le vieillissement des biens de capitaux. En août 1947, l’Angleterre déclara la livre inconvertible et empêcha que le pays puisse obtenir les dollars nécessaires pour acheter aux États-Unis, le seul fournisseur à l’époque. Ce n’était pas une période brillante comme l’on a souvent dit puisque plus de la moitié des réserves de change de l’Argentine n’existaient que dans les livres de comptes de la Banque d’Angleterre. Perón a fait siennes les propositions du Conseil National de l’Après-Guerre créé en 1944, soutenant la nécessité de maintenir, dans la mesure du possible, la structure industrielle existante, faute de quoi le pays allait faire face à une hausse du chômage et des conflits sociaux. C’est autour de cette idée qu’il construisit son projet politique : mettre en place une alliance entre les ouvriers et les industriels chapeautée par l’État. Cela nous amène à rappeler deux points qui ont contribué à la viabilité de la politique économique et sociale du péronisme de cette époque. On constate, d’une part, un écart important entre la croissance du marché
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intérieur et le niveau de la consommation des masses et, d’autre part, l’absence d’une législation sociale garantissant un cadre de vie plus digne, de meilleures conditions de travail et une distribution plus équitable et juste de la nouvelle richesse générée au cours de cette période. Ce vide a été comblé par les réformes introduites par Perón (hausses des salaires, treizième mois, congés payés, retraite pour tous, etc.). Il mettra ensuite en place une plus grande intervention de l’État au niveau économique, tendance qui avait déjà été entamée par les gouvernements conservateurs, mais qui sera accentuée et orientée vers un développement économique plus planifié et centré sur une base nationale (nationalisation des services publics et de certaines entreprises étrangères qui ne réinvestissaient plus dans le pays) avec un élargissement de l’appareil de l’État accroissant son rôle régulateur tant dans le domaine politique qu’économique et social. Le projet de Perón a été essentiellement industrialiste et s’est appuyé sur ce qui existait déjà, à savoir le processus d’industrialisation par substitution des importations, la participation croissante de l’État à la sphère économique et le mouvement social constitué par la progression du prolétariat urbain. Or ceci a trouvé ses limites. Après son succès initial, des difficultés apparurent en l’absence de création d’une industrie lourde et, plus encore dans le domaine du commerce extérieur car, en raison du plan Marshall qui plaçait les excédents américains de céréales, la balance des paiements a été considérablement affectée. Sur ces difficultés sont venus se greffer des conflits avec les secteurs qui avaient exercé le pouvoir par le passé et qui restaient attachés au modèle d’exportation agricole existant : les grands propriétaires fonciers, les capitaux étrangers, les trusts du commerce international des céréales, les banques privées. Un certain autoritarisme du gouvernement est né de cette confrontation. La situation internationale, à la fin des années 1930, a aussi exercé une influence décisive en ce sens qu’elle a accéléré les définitions politiques et a conduit à une confusion des options en présence. L’alternative entre les puissances de l’Axe et les Alliés pendant la Seconde Guerre mondiale ne consistait pas seulement en la défense de tel ou tel pays, mais en celle de l’humanité tout entière. Cependant, pour l’Argentine, les principaux membres des Alliés, les EEUU et la Grange Bretagne représentaient aussi les principaux partenaires économiques et commerciaux du pays, mais entre eux ils étaient également de vieux rivaux qui, depuis la Première Guerre mondiale, se disputaient le marché argentin. Les options d’ordre interne ont alors été confondues avec l’alternative fascisme-antifascisme qui ne reflétait pas la réalité. En Argentine, un nationalisme authentique porté par une relative autonomie sur la scène internationale avait émergé après presque un siècle de subordination à des intérêts étrangers. Le front anti-péroniste, bien analysé dans le livre de Bruno Susani, s’est rapidement aligné contre la politique sociale et l’intervention de l’État dans
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