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Le peuple tchadien

De
305 pages
Le Tchad, après soixante ans de colonisation, tel qu'il apparaissait dans les années 1970, avait un visage officiel et administratif, celui du gouvernement et des ambassades, des coopérants et des touristes. Les événements ultérieurs ont largement démontré la fragilité de ce qui n'était qu'une façade, et ils ont révélé les dures réalités affrontées par le peuple tchadien. Etabli sur un vaste territoire, au coeur du continent africain, le peuple tchadien présente une étonnante diversité, fruit des longues gestations de la préhistoire et de l'histoire. Il montre aussi une résistance tenace aux adversités. Aujourd'hui, au milieu des luttes fratricides, il proclame sa volonté de vivre en tant que peuple tchadien et rejette les tentations faciles de l'éclatement. Le passé commun ne s'efface pas, même s'il représente une longue trame d'affrontements et de souffrances. Il faut espérer que les compétitions extérieures et les conflits de personnes qui aggravent et prolongent cette confusion cruelle trouveront rapidement un terme. Le paysan retournera alors à son champ et l'éleveur à son troupeau, chacun retrouvera son horizon et le rythme des gestes quotidiens, mais beaucoup de choses auront changé au niveau de l'Etat tchadien et de la nation tchadienne. Le présent ouvrage ne saurait préjuger de l'avenir, mais il rassemble des données essentielles sur les racines profonde du problème tchadien.
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Jean Chapelle

Le Peuple Tchadien . ses racines
sa vie quotidienne
et

ses combats

Éditions L'Harmattan 7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

AGENCE DE COOPÉRA TION CULTURELLE ET TECHNIQUE (A.C.C.T.) ÉGAliTÉ, COMPLÉMENTARITÉ, SOliDARITÉ

L'Agence de Coopération Culturelle et Technique, organisation internationale créée à Niamey en 1970, rassemble des pays liés par l'usage commun de la langue française à des fins de coopération dans les domaines de l'éducation, des sciences et des techniques et, plus ~ralement, dans tout ce qui concourt au développement des Etats Membres et au rapprochement des peuples. PAYS MEMBRES Belgique, Bénin, Burundi, Canada, République Centrafricaine, Comores, Côte-d'Ivoire, Djibouti, Dominique, France, Gabon, Haïti, Haute-Volta, Liban, Luxembourg, Mali, De Maurice, Monaco, Niger, Nouvelles-Hébrides, Rwanda, Sénégal, Seychelles, Tchad, Togo, Tunisie, Viêt-nam, Zaïre.
ÉT A TS ASSOC/ÉS

Cameroun, Guinée-Bissau, Laos, Mauritanie. GOUVERNEMENTS PART/CIP ANTS

Nouveau-Brunswick, Québec.

@ L'Harmattan, 1986 ISBN: 2-85802-728- 5

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Introduction

Le lac Tchad a donné son nom au pays et à l'État. La République du Tchad se trouve au sud du Tropique, au cœur de la partie compacte du continent africain. Sa superficie est de 1 284 000 km2. Elle occupe le centre et l'est du bassin tchadien, vaste dépression bordée de plateaux et de massifs montagneux où le lac s'enfle des eaux du Sud, de celles qui arrivent jusqu'à lui, après chaque saison pluvieuse, par le Chari et le Logone. La capitale, N'Djaména, est à 1 000 km du Golfe du Bénin, à 2 000 km de la Méditerranée, à 2 500 km de la Mer Rouge, à 100 km au sud du lac. La ville s'étire sur la rive droite du fleuve Chari, tandis que la rive ga~che est camerounaise. Les populations de cet Etat vivent pour la plupart hors et loin du lac. Souvent elles l'ignorent, certaines n'en ont jamais entendu parler. L'habitant de la savane, le Sara, à 800 km en amont et au sud du lac, aux sources des grands fleuves encore vivants, et I'habitant du Tibesti, le Toubou, aux limites désertes du Tropique, auprès du lit desséché des grands fleuves quaternaires morts, ces hommes, l'un et l'autre, dans le contraste du climat et du paysage, ignorent qu'ils sont solidaires. Ils sont pourtant tchadiens, et le reconnaissent. Ils vivent aux extrêmes, au Sud et au Nord, ils ne parlent pas la même langue, ils n'ont pas la même religion, la même culture ni le même mode de vie, mais ils vivent dans le bassin tchadien et sont destinés à y vivre ensemble et à y former une nation. Ces populations sont liées par le passé, elles sont liées aussi dans le présent... et jusque dans l'inconscience actuelle de leur devenir. Elles vivent enfermées au centre de l'Afrique, et les voies qui mènent à elles, terrestres ou fluviales, sont toutes longues, précaires, coûteuses. Aucune ~

voie ferrée n'atteint le Tchad. L'étranglement économique du pays est manifeste. Cependant, l'aéroport de N'Djaména, bien équipé et bien desservi, est à moins de six heures de vol de Paris. Cette facilité fait illusion. La capitale présente de ce fait un caractère artificiel, qui ne vaut que pour la façade gouvernementale et diplomatique, et qui a attiré sur elle les investissements extérieurs. Elle est devenue le lieu d'une compétition douloureuse.

En cette année 1980, il n'est pas de jour où on ne se

demande: « Que se passe-t-il à N'Djaména ? »
Cette ville est passée de 160 000 habitants en 1970 à 360 000 habitants en 1979. Croissance qui n'est pas due à la prospérité, mais à la misère des paysans et à l'insécurité qui règne dans le pays. N'Djaména est un kyste sur la peau du Tchad. C'est aujourd'hui le champ de bataille. Un an et demi après leur entrée dans la capitale, malgré la formation du G.U.N.T. (Gouvernement d'Union Nationale Transitoire) où toutes les parties, toutes les tendances sont représentées, les factions se livrent une lutte fratricide, acharnée, sans merci. La population massacrée, décimée, a fui cet enfer, et s'est réfugiée au Cameroun, vers la brousse, vers le sud. Les membres du gouvernement se sont affrontés avec obstination et orgueil, au milieu des ruines, opposant des troupes que rien ne semblait épuiser, un armement perfectionné qui paraissait croître sans cesse vers quelque escalade démente. L'O.U.A., les diplomates, s'efforcent de trouver un frein à cette course. à l'abîme. Cependant, à travers le pays immense, l~ peuple survit, malgré la rupture des structures administratives et économiques, malgré une pénurie absolu~. C'est ce peuple, le peuple tchadien, dont les chapitres suivants veulent montrer les racines profondes, les gestes quotidiens~ les raisons de vivre et d'espérer.

6

I LE MILIEU ET LES HOMMES

1 Le Pays
Le climat
Le Tchad, situé au sud du Tropique et au cœur du continent africain, se trouve dans la lone de balancement du front intertropical (le F.LT. des météorologues). C'est le F.LT. qui, avançant chaque année vers le nord son front de nuages, provoque dans ces régions la bienfaisante et courte « saison des pluies ». Suivant que le F.LT. monte plus ou moins au nord, qu'il se maintient ou se retire, qu'il hésite, qu'il reste trop vers le sud, la saison sera bonne, mauvaise ou catastrophique. C'est une sorte de roulette et il y a des séries. Séries vertes: c'est l'abondance des précipitations pendant plusieurs années avec toutes les incidences qu'on imagine sur les eaux de surface et les nappes souterraines, sur la végétation et le paysage, sur la flore et la faune, sur les récoltes, sur la vie des hommes. Séries noires: c'est la sécheresse qui s'installe avec toutes ses conséquences. Ces alternances ont marqué le passé comme elles marquent, on le sait, le présent. Mais il y a, à échelle des siècles, des phénomènes plus graves encore qui ont pour résultat la désertification progressive. L'importance des climats et de leur évolution est donc évidente. Leur connaissance est nécessaire pour comprendre les conditions de vie dans le passé, les civilisations successives, pour saisir enfin l'actualité humaine, culturelle et économique et concevoir l'avenir. L' histoire des populations ne peut se passer d'une histoire des paysages ( ] ). Au Tchad, c'est un étonnant paysage lacustre qui apparaît d'abord.

r

(l) J. MALEY, 8

(

Mecanisme des changements climaùques », pp. 31-40.

La mer paléotchadienne,

sa disparition

Une immense mer a précédé le lac actuel (2). On trouve ses rives fossiles à la cote de 325 m et on les date de 5 000 ans avant notre ère. Sa superficie était, de 330 000 km2 (soit les 3/5 de la France ou le 1/4 de l'Etat tchadien). Les hommes vivaient hors de cette «mer», sur les reliefs, sur les rivages ou le long de fleuves puissants. Dans sa plus grande longueur, le lac couvrait 1 000 km (de Bangor à Faya). Les populations des rives nord et celles des rives sud étaient donc séparées, et le lac avait une profondeur centrale de 160 m. Les peuples successifs se sont avancés avec le retrait des eaux. Il leur a fallu plus de 3 000 ans pour se rejoindre d'un bord à l'autre de la mer paléotchadienne. L'assèchement progressif, la désertification du nord, sont les conséquences évidentes d'une variation climatique. Le sud' n'a pas été épargné, le débit des fleuves s'est appauvri, de vastes étendues se sont asséchées et ne connaissent plus que des inondations temporaires et annuelles. Le retrait des eaux s'est fait en trois phases: il s'est d'abord formé deux lacs, séparés par un plateau central à la cote 300. Un lac Nord se trouvait sur l'emplacement des « pays-bas », au nord de Kara-Tora; un lac Sud se trouvait sur l'emplacement du lac Tchad actuel. Dans la deuxième phase, le lac Nord s'assèche, son niveau s'abaisse en des-

sous de celui du lac Sud et un déversoir, un « effluent »
coule du sud au nord. C'est le Bahr-el-Ghazal, le Sara actuel, d'une longueur de 450 km. Dans une troisième phase le lac Nord disparaît peu à peu avec des alternances et des retours partiels. Le lac Sud se rétrécit, les deltas s'avancent. Les populations occupent les terrains asséchés. Il y aura, jusque vers l'an 1 000 de notre ère, un écoulement du Bahr-el-Ghazal dont la largeur était encore d'un kilomètre à Koro-Tora à cette époque. Puis, après une période aride, l'écoulement aurait repris aux XVIIf' et XVIIlf'siècles. Dans l'ensemble, au cours du deuxième millénaire de notre ère, le bassin fluvial méridional a alimenté de moins en moins le lac Tchad dont le niveau a oscillé entre
(2) J.-L. SCHNEIDER, «L 'evolution du ~mier prehistoriques aux pays bas du Tchad )t. pp. 3~8- 363. lacustre et ~uple~ntS

9

280,1 m (en juillet 1907) et 284,5 m (en mai 1974). Le Bahr-el-Ghazal ne coule 'plus. Il ne reste que des mares temporaires dans son lit. En 5 000 ans le lac Nord s'est donc asséché. C'est une « tranche» d'eau de 160 m qui a disparu. A l'échelle humaine cela représente en moyenne une perte de niveau d'un mètre tous les 30 ans. Ce phénomène a laissé des traces dans la mémoire des hommes. Ils ont conservé le souvenir d'un grand lac qui recouvrait les plaines et d'un Bahr-el-Ghazal actif; il y a 300 ans à peine, des pêcheurs partis du lac actuel purent

aller en pirogue au Borkou! Les traditions évoquent...
pays Kiri
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«

le

le

«

fleuve mince », d'où viennent les tribus.

Le vieux Tidjani, chef des Sanakora de Moussoro, résumait, peu avant sa mort, l' histoire des migrations par cette sim-

ple et remarquable parole: II Les hommes ont suivi' 'eau)). Ce lac Nord disparu n'intéresse pas seulement l'histoire. C'est sur son emplacement que se trouve l'erg du Djourab ~ de hautes dunes en croissant, les barkanes, et des basfonds mous et pulvérulents, les fech-fech, coupent la route de N'Djamena à Faya, au nord de Koro-Toro, et isolent le Borkou. C'est le plus mauvais passage pour l'automobile au Sahara, la plus méchante et durable entrave aux communications nord-sud, le plus détestable cadeau de la mer paléotchadienne.

Les fleuves morts, le désert et le Sahel
Au nord, le Tibesti est un massif volcanique en sommeil où d'énormes cratères se juxtaposent; vigoureux bastion de grès, de basaltes et de laves, dont les reliefs atteignent 3 400 m. Il constitue un véritable château d'eau. Ses ruissellements visibles s'arrêtent à ses pieds~ mais son influence sur les nappes lointaines est incontestable. Dans les piémonts, plateaux et pénéplaines ensablées et monotones, on découvre, comme dans des écrins, quelques bijoux rares: les lacs salés d' Ounianga, bleus, verts ou rouges suivant la nature des sels ou du plancton. Ils forment un collier de saphirs, d'émeraudes et de rubis. On trouve surtout les grandes palmeraies du Borkou, palmeraies spontanées (comme celles du Fezzan) où les dattiers par centaines de milliers ont leurs racines dans une 10

véritable éponge gorgée d'eaux fossiles. Ce sont les seules palmeraies de ce genre et de cette importance au sud du Tropique en Afrique. Elles sont en plein désert. Le Borkou détient, en effet, le record de l'indice d'aridité au Sahara avec l'absence quasi totale de pluies, le maximum d'évaporation diurne et, par an, 340 jours de vent du nord-est, violent et desséchant! Les dattes, le sel, le natron constituent pour cette région une production appréciée de tout le Sahel, ce qui sert aux échanges caravaniers vers le sud et au ravitaillement en mil des palmeraies. De maigres cultures d'appoint et un petit élevage permettent aussi aux oasiens et aux montagnards de subsister. Plus au sud, l''Ennedi, plateau gréseux.. est resté assez riche en eaux, qu'il ne distribue plus guère à l'extérieur; il marque la limite nord de la zone sahélienne et comporte rles enclaves privilégiées. Au sud encore, les plateaux cristallins du Ouaddaï n'envoient vers l'ouest que de longs serpents fossiles, les ouadis ensablés, où les eaux s'infiltrent et ne sont pas retenues par les granits du socle. Là, il n'y a même pas de nappe phréatique. Seules existent quelques poches d'eau le long des lits souterrains. Les fleuves du passé ont poussé devant eux, dans leurs lits et leurs deltas, d'énormes masses d'alluvions et de sables, remaniées tantôt par les vents, ce sont les dunes, tantôt par des états lacustres successifs, ce sont les diatomites et les fechfech des bas-fonds.
-

Vers le 15e parallèle, le climat devient « sahélien» ; les pluies dépassent 250 mm par an. Une végétation arbustive, dite « forêt sahélienne», se maintient. Il n' y a pas d'ironie dans ce terme de « forêt», malgré la faiblesse et la fragilit~ des peuplements. En effet, cette forêt, essentiellement épineuse, à base d'acacias, est parfois réelle, compacte, visible, mais le plus souvent elle est rabougrie et dispersée, elle est potentielle. Elle existerait certainement, elle pourrait être prépondérante, si elle était ménagée. On ne peut qu'admirer l'acacia accroché à une roche stérile, ou à demi étouffé par une dune, celui qui renaît dans une friche, ou celui qui pousse en ville au ras des murs d'argile. Cette forêt sahéIl

lienne coïncide en latitude avec les troupeaux, avec une certaine densité humaine, deux facteurs qui, .sont pour elle néfastes et destructeurs. Constamment dévorée, mutilée, « abrutie» (c'est le terme technique des forestiers), elle végète sans se renouveler, puis, souvent, disparaît, au grand dam de ceux qui l'ont tuée. On crie alors à la désertification! Mais qui fait le désert? Le climat, à la longue. L'homme, à court terme. Sans la forêt sahélienne il n'y a plus de protection, de retenue et d'équilibre pour les sols et les plantes. Un acacia qui meurt, c"est un arpent gagné pour le désert.

La

«

lone sahélienne», telle qu'elle se définit par la

pluviométrie (entre 250 mm et 800 mm de précipitations par an), comporte, du nord au sud, des changements progressifs dans les paysages, le peuplement, les genres de vie et les ressources. Il y a des lones de transition aussi bien vers le désert, au nord, que vers la savane, au sud. A cette cause de variété s'ajoutent de notables différences dans le relief. L'écart va de 298 fi, à N'Djaména, à 1 320 fi d"altitude, au Ouaddaï. La nature des sols, les caractères de l' hydrogéologie, la vie souterraine des eaux sont des éléments majeurs puissamment contrastés au Sahel. Au nord-est, au nord et à l''ouest du lac Fitri se trouvent des sols du quaternaire et des nappes aquifères importantes: nappe du Batha, nappe du Kanem, nappe du ChariBaguirmi. Al' est et au centre au contraire, ce ne sont que des poches sous-fluviales, restreintes, localisées dans les vallées, qui entaillent les massifs granitiques. Il existe donc au Sahel une région occidentale, sans relief important, pourvue d'eaux souterraines, et une région orientale qui se caractérise par un relief plus élevé, par la nature granitique du sol et par l'absence de nappe phréatique: ce sont le Ouaddaï à 1" est, et le Guéra au centre, où les ressources sont maigres et les hommes pauvres.

Les fleuves savane

vivants,

le Chari,

le Logone

et la

N'Djaména est située au confluent du Chari et du Lo,gone. Ce sont les fleuves vivants qui alimentent le lac 12

Tchad.

Ils drainent,

seuls, vers le nord, les eaux de la zone
»,

dite

«

soudanienne

dont le climat est « tropical»" ce qui

correspond à des précipitations supérieures à 800 mm d'eau par an. A l'extrême sud du Tchad, elles dépassent 1 100 mm par an. La limite nord, très approximative et fluctuante de cette zone, suit à peu près le Ill' parallèle. Les pluies s'étalent de mai à octobre. L'année est partagée presque également entre la saison pluvieuse et la saison sèche. Les températures moyennes restent supérieures à 250, mais l'évaporation diminue de moitié par rapport à la lone sahélienne. La végétation s ' y trouve donc dans de meilleures conditions. C'est le paysage de la savane arborée forestière. Cependant, les arbres ne peuvent guère se maintenir dans les zones fortement et régulièrement inondées. Les plaques d'argile limoneuse, craquelée et nue, deviennent alors un élément du paysage. Les inondations du Logone réduisent souvent la végétation arborée aux bandes de terrain exondé. Il en est de même dans le bassin du Salamat et, à un degré moindre, dans le cours moyen du Chari. La zone soudanienne se présente donc comme une mosaïque de plaines herbeuses, arbustives" arborées, parsemées de cultures, avec, le long des fleuves, des bandes forestières ou cultivées. Les interventions de l' homme sont une cause de morcellement et de régression de la végétation naturelle. Les feux de brousse, la mise en culture de nouvelles parcelles, due à l'accroissement démographique, l'extension de la culture industrielle du coton, tendent peu à peu à transformer la savane en « parc» où ne subsistent que les espèces conservées par homme, telles que le karité, le caïlcédrat, le rânier, le palmier doum. Peu à peu on la voit se réduire aux zones inhabitées où la flore et la faune sont narurellement préservées. C'est là que se trouvent les réserves forestières classées et les parcs nationaux. Le Chari et le Logone, qui confluent à 100 km du lac Tchad, prennent leur source près des limites nord de l'état centrafricain. Ils ont respectivement 1 200 km et 1 000 km de longueur. Le Chari reçoit sur sa rive droite, en zone soudanienne, plusieurs affluents. Le principal, le Salamat, reçoit lui-même le Bahr- Azoum, dont la source est au Sou-

r

13

dan~ à 1 000 km du confluent avec le Chari et à 3 000 m d'altitude (3). des appoints sur les Les déperditions et I irrégularité cours moyens sont telles qu'il ne parvient au confluent qu'une faible fraction des eaux globales recueillies. Malgré ces pertes, la zone soudanienne fournit à la zone sahélienne 75 % de ses ressources en eau. On mesure ici le contraste entre les deux zones climatiques, et leur dépendance. Le Chari, à Sahr, le Bahr Sara, à Moïssala, la Pendé, ou Logone oriental, à Doba, le Logone occidental, à Moundou, sont des cours d~eau imposants qui découpent le pays sara en tranches presque régulières de 100 km. Ce bel éventail de rivières, chacune s'entourant de son ethnie particulière, avec sa capitale locale, se referme vers le nord en s'appauvrissant; le trop-plein des fleuves déborde et se perd, et les hommes ont une vie plus précaire.
~

Le climat tropical de la zone soudanienne ne suffit pas à créer l' uniformi~. L'est et l'ouest, la rive droite et la rive gauche du Chari, offrent des aspects contrastés. Sur la rive droite le réseau hydrographique est dégradé, les rivières débordent largement, à travers des étendues plates, en empruntant des bras morts et stagnants. Les marécages, les inondations altèrent le caractère de la savane et réduisent les possibilités de culture ainsi que l'occupation humaine à de longs axes étroits orientés nord-est-sud-ouest, bourrelets subsistant au bord des anciens fleuves comblés. A la saison des pluies toute circulation devient difficile et les pistes automobiles sont coupées. En l'absence des hommes, la faune sauvage s'est maintenue, ce qui a permis la création du parc national de Zakouma (300 000 ha), voisin des réserves de Siniaka (4 50 000 ha) et de l' Abou T elfane ( Il 0 000 ha). C'est la chance de l'Afrique d'avoir ainsi des lieux où vivent encore les « racines du ciel». C'est la chance du Tchad de pouvoir jouer ce rôle capital de conservation, au profit de I'humanité entière. Cela pose évidemment des problèmes qu'il serait injuste de sous-estimer et de laisser supporter, sans aide extérieure, par les seules populations locales.
(3)

J. RODIER,

cc

Hydrologie

),

All4s pratique du Tchad, pp. 22.23.
1965.

J. CABOT,

U bassin du Moye".LogofU,

14

Sur la rive gauche du Chari, le sud-ouest tchadien est caractérisé par la densité du peuplement. Cette densité n'est jamais inférieure à 9 habitants au km2 (Moyen-Chari: 9,4), et elle atteint 29 habitants au km2 au Logone occidental, tandis que pour les préfectures situées au nord-est du Chari elle est toujours inférieure à 6 habitants au km2. La relation est évidente entre le peuplement, la densité, les activités des populations et le « paysage», reflet de tous les facteurs naturels. Là où les conditons de vie sont les meilleures, là sont les peuples les plus denses. A la limite de l'état centrafricain se trouve le massif

cristallin de Yadé (appelé aussi « monts de Lam»). Il se
dresse brusquement à 1 163 m au-dessus des glacis d'érosion méridionaux dont l'altitude moyenne est de 500 à 600 ffi. Suivis dans leur pente par le Logone et la Pendé, ces glacis se prolongent vers le nord par des collines et plateaux latéritiques appelés koros. Sous les koros, la nappe phréatique est profonde et son exploitation pose des problèmes. En bordure des koros, la nappe est plus riche, plus accessible, les rivières et les nappes secondaires qui les accompagnent, suffisent à satisfaire les besoins en eau des populations. Cependant, l'ensemble des sols est menacé par l'érosion du fait de la déforestation et de la surexploitation agricole. Cette importante région, ce Sud-Ouest tchadien, se subdivise en trois parties distinctes : 1) Ie pays sara, 2) le bassin du Mayo-Kebbj (qui se déverse vers la Bénoué ), 3) les plaines en aval et à l'est de Laï.

Le « pays sara» est constitué par les bassins moyens
des deux grands fleuves, le Chari et le Logone. On y trouve, d'est en ouest, le Chari et le cours inférieur de ses affluents de droite (Bahr Aouk, Bahr Keïta, Salamat), l'affluent de gauche, le Bahr Sara et sen tributaire le Mandoul; puis la Pendé (au Logone Oriental), le Logone et le cours supérieur de la Tandjilé . Le bassin du Mayo-Kebbi est résiduel. C'est une annexe intermédiaire entre le bassin du Tchad et le bassin du Niger. Autrefois inclus dans la mer paléotchadienne il cons15

titue le seuil, au niveau de 320 m, par lequel cette mer déversait son trop-plein vers la Bénoué, le Niger et l' Atlantique. La disparition du paléo-Tchad l'a isolé. Il forme une région de lacs alimentés par la Kabia et divers ruisseaux, reliés entre eux par de petites rivières coupées de chutes (chutes Gauthiot), dont les eaux s'écoulent, après le lac de Léré, par le Mayo-Kebbi~ vers la Bénoué. En outre, les lacs sont alimentés, aux hautes eaux, par le déversement des crues du Logone. C'est ce que J. Tilho a appelé « la capture du Logone ». A Laï, le Logone a 450 m d'une berge à l'autre et, aux hautes eaux" le fleuve a plus d'un kilomètre de large. Il débite alors 3 000 m3 seconde. Mais à Bangor, à 150 km en aval, il ne débite plus que 2 000 m3 seconde, malgré l'apport intermédiaire de la Tandjilé. En effet, à partir de LaL les pertes du Logone sur les deux rives affectent profondément les conditions naturelles. Sur la rive droite, les inondations forment le Marba ou Ba-Illi, qui rejoint le cours principal après un détour de 250 km. Sur la rive gauche, les déversements rejoignent le bassin de la Kabia, les lacs de Fianga, Tikem et Léré. L'écoulement des eaux est difficile à travers des zones d'épandage très plates, les pertes sont considérables au moment des crues, et toute circulation longuement interrompue. Les villages s'établissent sur les parties émergées le long des bourrelets qui suivent les cours d'eau et qui résultent souvent d'une longue présence humaine. C'est le pays des Massa.

16

2 Le passé des hommes tchadiens
L'aube humaine
En mars 1961 , Yves Coppens, paléontologue, découvrait dans l'Angamma, dans l'ouest du Bork0u, un fragment de crâne de préhominien (4). Il s' agissai t d'un fossile comportant la partie frontale, les sinus, les orbites, la fosse nasale et le maxillaire supérieur. Ce visage pétrifié, surgissant tout à coup dans la main de Madame Coppens qui participait aux fouilles, reçut, de ce fait, le nom de tchadanthropus uxoris, Ie « tchadanthrope de l'épouse»... II était vieux, peut-être, d'un million d'années. Estimation difficile. L'important était surtout qu'un préhominien ait été découvert en ce lieu au centre de l'Afrique, et non plus, comme d'autres préhominiens, en Afrique orientale ou australe. Quand Yves Coppens sortit « l'objet» de sa poche pour le présenter à son maître, le vieux professeur Arambourg, celui-ci s'écria: «C'est Lui! C'est Lui! ». Yves Coppens avait reconnu un territoire de 120 000 km2, rassemblé plusieurs dizaines de tonnes de fossiles dont l'identification n'est pas encore terminée. Cette récolte représentait toute la faune du quaternaire, notamment la chaîne complète des proboscidiens, ancêtres de l'éléphant actuel. D'autre part, l'étude des pollens fossiles, menée surtout par les chercheurs de l'ORS'[OM, révélait la flore et le paysage, les phases climatiques alternées, humides et arides, au total l'environnement des préhominiens et des hommes

(4) Y. COPPENS,

c(

Le Tchadanrhropus

», pp. 4)-16.

17

du quaternaire (5). L'évocation des pins, des platanes, des micocouliers nous surprend dans ces décors aujourd'hui arides. Cela nous permet pourtant d'imaginer que le tcbadtJnlhropuJ et son épouse pouvaient aisément s'étendre à l'ombre de beaux arbres. L'aube de l'outil

Aménagement sommaire des galets, pierres taillées ensuite, sans vouloir décrire les techniques des hommes préhistoriques, il faut souligner ici que presque toutes les phases de l'évolution paléolithique se retrouvent sur le territoire tchadien. La présence humaine s' y révèle aussi ancienne que possible.. aussi continue qu'on peut l'imaginer. Les hommes ont ici de profondes racines. Dès son apparition, dès qu'il prend forme, dans une matière rebelle et dure, massive et lourde, l'outil devient beau. La matière est choisie parmi les ressources de la roche environnante, non seulement parce qu'elle est la meilleure, mais pour son aspect et sa couleur. Les techniques de débitage atteignent un raffinement extrême, les formes parviennent à une perfection inégalable. Dès l'époque des grands bifaces, tels qu'on les trouve au Borkou, l' homme paraît à l'apogée de son adresse et de son sens artistique. Le néolithique Perfectionnement technique, le polissage de la pierre va s accompagner d'une « explosion» humaine, c'est le néolithique, l'art rupestre, l'apparition de la poterie, de r élevage~ peut-être le début d'une agriculture, tout cela dans ce paradis terrestre qui entourait la mer paléotchadienne. Dans la zone désertique, du fait du décapage des sols sous 1'1rosion éolienne, tout le matériel archéologique est é en surface; on marche dessus. Dans la partie sud du Tchad qui est une zone de comblement, le matériel archéologique
..

\ 5) M. SERVANT. « Etat attuel des recherches strali}(raphiques naare dans les basses rt'}(Îùns du Tchad It, pp. 105-111

sur l~ quater-

18

est enseveli à des mètres de profondeur, isolé, protege par des cuirasses latéritiques. Cependant, hors de la mer paléotchadienne, le matériel néolithique est partout présent, soÜ en place, soit entre les mains des hommes (6). Ce sont les « pierres de foudre» (en général ée petites haches), toujours utilisées par les dignitaires responsables de la pluie féconde. Aux abords des collines rocheuses ce sont les « nucleus» et leurs éclats, ainsi que des meules « dormantes» et des broyeurs, qui servent parfois encore à écraser le grain des récoltes ou l'ocre rouge des ornements, décors et symboles sacrés. Ce sont les polissoirs. Ce sont les objets présents dans l'autel des margoï que desservent les pythonisses du Guéra. Il faut donc accepter la cohérence primordiale du bassin tchadien. La préhistoire y est partout. Si on la découvre parfois plus facilement au nord, il s'agit, de toutes façons, d'un passé commun. Quand apparaît le néolithique, l' homme nous semble proche. On le découvre dans ses activités, ses ressources, sa vie quotidienne, ses rêves, son image même et ses inventions continues; il devient notre contemporain. Les témoignages du néolithique au Tchad sont d'une abondance, d"une richesse, d'une variété inimaginables. Ils sont présents et forment la source même des diverses cultures tchadiennes. Gravures et peintures rupestres se trouvent en très grand nombre sur les parois rocheuses du Tibesti, du Borkou et de l' Ennedi. La matière de la roche constituait un bon support. L'art pariétal s'y est développé. Dans les régions granitiques comme le Ouaddaï et le Guéra, le support est granuleux et bosselé ~ le dessin apparaît souvent indécis et la roche attaquée par les agents atmosphériques s'effrite. Gravures et peintures sont assez rares. Il y a donc une prédominance de fait des vestiges bien conservés dans le nord, ce qui n'implique pas une absence de peuplement ailleurs. Le long des vallées, sur les plateaux, sous l'abri des grottes, existent de véritables musées de plein air. Il paraît fantastique de découvrir à Gira-Gira, à Gonoa ou ailleurs,
(6) J. COURTIN.
Id.
le Le neolllhl(~ue Ju Borkou », An//;,-op,,!oKit'. « Pierres de pluit> en pays sara n. B.S.F.P., 1963.

p. 263.

19

en plein désert, au nord du 20t' parallèle, à une altitude de 1 500 m, la représentation d'une faune qui vit aujourd'hui à mille kilomètres au sud, dans le pays plat, en zone soudanienne : éléphants, rhinocéros, girafes et autres. L'animal sauvage est réalisé au trait profond ~ assez grand pour être visible à bonne distance, représenté avec une fidélité étonnante dans ses proportions et son mouvement. L'artiste avait le modèle sous les yeux, c'est évident. Il connaissait son anatomie, ses attitudes, ses élans. Aucun exemplaire n'est médiocre; s'il Y a une retouche, elle est nette et volontaire. Il semble que le « maître» ait réussi à se réserver les espaces de r atelier naturel, ait été capable de réaliser son projet du premier trait, capable aussi d'éloigner les maladroits et les apprentis! Cet homme était, dit-on, un chasseur, chasseur réaliste de gibier, mais aussi chasseur inspiré de la forme, lointain précurseur de tous ceux qui ont usé du burin, de l'ocre, du charbon, de la terre de Sienne, du jaune de chrome et, quel que soit le procédé, ont reproduit par la main, une vision de l' œil, un messa~e de l'esprit. Le chasseur d'images moderne qui piège au Kodak l'éléphant de Zakouma trouve là un prédécesseur. Mais cet homme savait tuer au péril de sa vie, et graver l'image sur le rocher, au péril des millénaires à venir. On appelle archaïque, naturaliste, la période qui correspond, en gravure et en peinture, aux représentations d' animaux sauvages. Ils sont montrés en liberté, mais semblent parfois chassés, piégés II maîtrisés, et sont alors accompagnés de figures humaines plus ou moins simplifiées, parfois armées, ou de signes symboliques.

La période pastorale
Faisant suite à cette période naturaliste, la période pastorale est infiniment plus abondante. A Oudinguer, au Tibesti, ce sont d'innombrables fresques de bœufs, des bœufs avec toutes sortes de formes de carnages. Des animaux sauvages sont encore représentés, notamment des autruches et des oryx. Il y a aussi des personnages, des guerriers armés, emplumés. Tout cela dans une grande variété de styles successifs. 20

Au Borkou et en Ennedi, les peintures sont plus nombreuses qu'au Tibesti, peintures à l'ocre, parfois rehaussées de noir ou de blanc. L' Ennedi est également remarquable par l'abondante céramique associée aux stations de peintures. La céramique la plus ancienne est caractérisée par un décor ondulé, connu aussi à Khartoum sous le nom de wavy line. La plus ancienne date qui ait pû être donnée, au carbone 14, pour la céramique de l' Ennedi, est celle de Délébo: 5 230 ans avant J.-C., avec un écart possible, en plus ou en moins, de 300 ans. Cette céramique paraît déjà très élaborée, avec un décor en vagues. A partir de là toute l'industrie céramique est connue, étage par étage, et se poursuit jusqu'à nos jours à travers une évolution interne de styles et de décors, avec parfois de brusques variations, révélatrices de modes nouvelles ou de nouveaux contacts culturels. Parallèlement, les peintures correspondant à chaque site, marquant le plus souvent des évolutions mais aussi des changements subits, des innovations, décrivent les conditions de vie, I'habitat, le matériel utilisé, les armes, les ornements du corps, les gestes et les scènes de la vie. Les dépôts d'ordures montrent les rapports de l' homme avec son milieu, notamment ses rapports alimentaires avec l'antilope, la gazelle, le bœuf (exceptionnel), le potamochère, le chacal, l'hyène, l'hippopotame, l'autruche, la tortue d'eau, la grenouille, les poissons, les silures, en grande abondance. Chasse et pêche étaient à la base de la nourriture. Les armes en pierre, les pointes de flèches, les hameçons en os confirment ces activités. Un début d'élevage remontant à une période très ancienne est perceptible, puis c'est le déferlement des bœufs et la période bovidienne qui commence 4 000 ans avant J.C. Si bien que tout ce qui est antérieur au premier bœuf est désormais qualifié de « pré-bovidien ». La cueillette est, avec la chasse, une activité ancienne. Les «chasseurs-ramasseurs» ont parcouru tous les âges de la préhistoire, de la protohistoire et de l'histoire. Les traditions orales les montrent à l'origine de presque toutes les sociétés actuelles du Tchad. Ces activités existent d'ailleurs encore de nos jours. un peu partout. La séquence ininterrompue sur huit millénaires des 21

poteries de l'Ennedi, étudiées par G. Bailloud (7), s'accompagne des séquences parallèles concernant l'outillage et l' habitat. Celui-ci a été constitué longtemps par des abris sous-roches, puis par des « cabanes», huttes rondes à armatures de bois~ semblables à celles encore en usage chez les Bideyat du sud de l'Ennedi. Ces huttes sont représentées dans les peintures du « bovidien final» , au dernier millénaire avant notre ère, et on y voit des gens couchés sous une couverture avec les quatre pieds qui dépassent, ce qui indique que le couple ne se contente pas de rencontres furtives et s'assure un certain confort. l'usage de r arc, l'emploi du chien à la chasse, sont attestés. L'apparition de la harpe, du mortier en bois et du pilon révèlent les perfectionnements continus dans les loisirs et les activités ménagères. Les vêtements, les parures, les bijoux sont aussi représentés. Ainsi, à T amada, quatre élégantes s'alignent sur la paroi rocheuse, emplumées, portant colliers, bracelets, robes longues balancées par le rythnle de la danse, les bras écartés du corps. Parmi elles, parade un homme peu vêtu, mais empanaché et dont le corps est peint. On voit généralement l'homme se réserver la chasse et la guerre et la femme se spécialiser dans le broyage du grain. Sur l'un des sites de l'Ennedi, l'artiste en a fait un stéréotype où l'on trouve, indéfiniment répétée, la même attitude de la femme agenouillée, les bras tendus au-dessus de la meule de pierre. Cela devient comme un idéogramme, à défaut d'être un idéal. Au début de notre ère apparaissent, simultanément, le chameau et le cheval. Ils viennent de l'est. Ils sont introduits par des populations différentes, puisque seuls les chameliers portent le poignard de bras et que jamais un cavalier ne le porte. Des scènes montrent des chameliers aux prises avec des fantassins armés de longues lances semblables à celles des Moubi de Mangalmé. Ces scènes se superposent aux peintures bovidiennes et l'art pictural reste assez longtemps d'un niveau élevé. Des chameliers admirablement décrits avec armes et harnais semblables à ceux
(7) G. BAILLOUD. « Les peintures rupestres pologie, t. 64. n° 3-4. 1960. rp. 211-234. archaïques
)),

de l'Ennedi

». A nthro

Id,

((

L'evoluuon des styles ceramiques en Ennedi
d'archéologie alrzcaine, Fort-Lamy.

in Actes d~, Itr Colloque

international

1969, pp. 31-43.

22

d'aujourd'hui se trouvent au Borkou et en Ennedi. Des chevaux au galop volant apparaissent en frises. Puis c'est la décadence rapide vers le schéma maladroit et enfin la disparition inexpliquée des représentations rupestres. On pense à l'introduction de l'Islam, hostile aux figurations d'êtres vivants, mais rien n'est prouvé en ce domaine...

L'homme

préhistorique

L'étude de la préhistoire paraît s'orienter de façon indépendante de l'anthropologie. Nous connaissons le biface, nous ne connaissons pas son auteur. La description physique de ces hommes préhistoriques ne peut se faire que lorsqu'on les rencontre, sous forme de squelettes fossilisés ou sur les figurations rupestres. Ces figurations représentent la plupart du temps, au Tchad, de façon évidente, des personnages de race noire. Si le mélanisme n'a pu être signifié, les proportions des membres et l'allure générale des corps ne laissent guère de doute à ce sujet. Des milliers de tombes préhistoriques existent dans les régions rocheuses de ce pays, mais les études précises sont très rares. Au Tibesti, par exemple, où les tombes en pierres abondent, trente-cinq seulement ont été décrites; cinq ont été datées au carbone 14; trois squelettes ont été recueillis par J.-P. Roset (8). La sépulture la plus ancienne étudiée au carbone 14 date de 4 900 ans avant notre ère, mais bien avant cette époque, les hommes ensevelissaient leurs morts. Deux sépultures datant de 3 550 ans et 1 375 ans avant notre ère, à la lisière ouest du Tibesti, ont livré des squelettes qui présentent des caractères négroïdes. Des rites mortuaires d'inspiration religieuse, précis et complexes, sont observés: corps en position fléchie, linceul de peau, emploi abondant d'ocre rouge, présence de parures (bracelets, pendeloques) et protection par des tonnes de pierres amoncelées. La mort était donc un événement considérable qui exigeait des survivants des rites solennels et des travaux collectifs démesurés. Ainsi certaines vallées de ces montagnes sont couvertes de nécropoles ou parsemées de tombes.
(8) j.-P. ROSET, « Contribution
et protohistoriques du Tibesti à la connaissance ». pp. 47 -84. des populations neolithiques

23

Le site de Mokto, à 25 km au sud-est de Sherda, à la lisière occidentale du Tibesti, site que la mis~ion Serliet a appelé le « site Voiron», est différent, et présente des aspects mégalithiques. On y trouve d'immenses cercles de pierres de plusieurs dizaines de mètres de diamètre, dont un cercle très vaste en terre durcie au feu, et surtout des alignements de pierres dressées sur trois rangs, par groupes de neuf. Deux ou trois de ces alignements, visibles de la piste auto, sont remarquables. Il en est d'autres à l'intérieur des dunes vives de y orka. On y trouve aussi, paraît-il, des murs de pierre enterrés et des dallages de pierre. En somme, c'est un ensemble de monuments d'allure mégalithique assez mystérieux. Rien ne permet actuellement de fixer une date ou une origine pour ces vestiges du passé. Les alignements de Mokto ont attiré l'attention des savants spécialistes des « cromlech» bretons et des alignements de Stonehenge en Grande-Bretagne, intéressés par les coïncidences que ces alignements pourraient avoir avec les données générales de l'astronomie.

Du néolithique

final au fer

Au moment où commence l'abaissement du niveau de la mer paléotchadienne en dessous de la cote 320, c'est-àdire il y a plus de 5 000 ans, les populations néolithiques cernaient tous les rivages de cette mer. On voit ensuite les sites habités descendre progressivement dans la cuvette peu à peu asséchée du lac nord, jusqu'à atteindre Koro-Toro, et, au sud, on voit des populations occuper les sols émergés des deltas successifs du Chari. C'est la période de transition entre le néolithique final et l'âge du fer ancien, période que l'on situe au début de notre ère. L'évolution climatique et le retrait des eaux vont s'accompagner, au cours du premier millénaire d'un éventail de cultures diverses. On verra se réaliser la période cameline en Ennedi et naître au Tibesti et au Borkou les ancêtres des clans toubou. On verra apparaître la civilisation des forgerons au Djourab (9) et à Koro- Toro, avec une
(9) F. TREINEN-CLAUSTRE,
Tchad », Objets et Mondes, 1977,
«

Quatre

vases peints protohistoriques

du Nord-

pp.

187-192.

24

phase d'intense exploitation industrielle, dite « période haddadienne ». (10) Dans le delta tchadien, ce sera la civilisation sao, avec une création urbaine et artistique spontanée. Au Guéra, dans le conservatoire des reliefs montagneux, se fera l'adaptation de l'agriculture néolithique, tandis qu'au Ouaddaï elle se combinera à l'élevage. Dans le réseau des fleuves du sud apparaîtra une culture paysanne typiquement africaine. Ces diverses gestations sont à l'origine de ce que les historiens appellent « les siècles obscurs», siècles sans écriture, mais non pas siècles sans culture et sans histoire.

Le chameau

et le cheval dans l'art rupestre

Le chameau apparaît en Ennedi, dans les représentations rupestres, bien avant de figurer sur les rochers du Tibesti. Il est représenté tantôt nu, tantôt monté et harnaché. Sa présence en Afrique du Nord à l'époque romaine a été attestée par des documents écrits et elle semble assez tardive. Ce n'est qu' au III~siècle après J.-C. qu'il apparaît en nombre. Le chameau ne semble donc pas avoir été introduit au Tchad, du nord au sud, à travers le Sahara, mais de façon précoce, et probablement de l'est, par le désert et le Sahel soudano-nilotique. La morphologie du chameau tchadien actuel est la même que celle des peintures rupestres du Borkou et de l' Ennedi. Puissante et élancée, elle est très différente de celle du chameau d'Afrique du Nord, lequel est massif et bas sur pattes. Si bien qu'au Sahara du Nord on distingue un chameau de bât, qui est l'animal du type maghrébin, et

un chameau dit

«

de selle», le méhari, qu'on importe du

sud du Tropique. Au Tchad, tous les chameaux sont de type méhari, sauf ceux qui ont été introduits du nord par les Libyens au XIXe siècle et qui vivent dans l'Egueï. Quant au bassour, ou selle à deux fourches, il est aujourd' hui le même que celui représenté sur les peintures et qui apparaît identique au bassour soudanais. Le chameau des peintures de l'Ennedi est représenté monté par des ~uerriers emplumés et aux allures vives. Il
(10) Y. COPPENS.
« Les cultures protohistoriques et historiques in/ema/lUnal d 'archeuluxie aj,~alne, p. 13~.

du Djourab

»,

Ac/es du ]0 Culluque

25

n'est jamais représenté en caravane, parfois il semble porter les arceaux de la tente. La distinction entre le chameau de convoi et de bagages et le chameau de sellé oU de course, de morphologie et d'emploi différents, était déjà connue des Anciens. Les auteurs grecs la mentionnent, se référant, bien sûr, au monde d'Asie qu'ils connaissaient, et non à l' Afrique subtropicale (11). Le cheval a été utilisé bien avant le chameau dans le nord du Sahara et figure, isolé ou attelé à des chars, sur des gravures du Sahara libyen et du Sahara central jusqu'en Aïr, tandis qu'on ne trouve qu'une seule gravure, représentant un char, sur les plateaux d'Afafi, au nord-ouest du Tibesti. En Ennedi, le cheval apparaît en même temps que le chameau dans les représentations rupestres. Le cheval représenté n'est pas un cheval arabe, mais un barbe de la

race dite de « Dongola », à l'encolure lourde, au chanfrein
busqué et au rein en pente. Là encore, l'origine transsahélienne et non transsaharienne. paraît

Le fer
Sur les peintures de l' Ennedi, les chameliers portent au coude gauche le poignard de bras. La précision du dessin est telle qu'on reconnaît le poignard à pommeau ogival répandu au Tchad. C'est un poignard en fer. Les adversaires des chameliers sont des fantassins à longues lances, longues hampes et larges armatures de fer en forme de feuille de laurier. Ces piétons affrontés aux guerriers à chameau avaient donc, eux aussi, du fer. Les haddad, les forgerons actuels du Sahel tchadien, se disent venus de l'Ennedi. On trouve en Ennedi des traces nombreuses et importantes de l'industrie du fer, mais c'est près de Koro-Toro, au sud du Djourab, qu'on rencontre la plus forte concentration de vestiges de hauts fourneaux et de villages d'anciens haddad: après le retrait des eaux paléotchadiennes, ils se sont précipités et rassemblés sur les gisements de minerai qui formaient des « croûtes » aisément exploitables.
(11)
«

La distinction entre chameaux de course et chameaux de b4t est [donc]
Kamèlos dromas, ReVIU de

nette chez Diodore de Sicile... », P. GOUKOWSKI, philologie, 1. 93, 1967, pp. 247-280.

26

L'invention
~

de la métallurgie

ne s'est

pas faite en un

seul point, d où elle aurait été diffusée à travers l'Afrique.
Il semble plutôt qu'il y ait eu des concomittances, des concordances, un aboutissement normaL simultané ou non, des

techniques,

de

r expérience,

de

r habileté,

de

l' esprit

d'invention des hommes et de diverses chances. Quoi qu'il en soit, r industrie du fer au Tchad n'est pas le privilège de l' Ennedi ou de Koro- Tora, puisqu'on la trouve également au Salamat, chez les Sara, chez les Moundang et bien d'autres peuples. On constate aussi, vers la fin du premier millénaire, l'existence d'une industrie du bronze et d'un

procédé de fonte « à la cire perdue» encore utilisé par les artisans tchadiens. La technique de fabrication du fer s'est diffusée à travers le Tchad sans qu'on puisse encore fixer les directions et le rythme de cette diffusion. Partout où du minerai, sous une forme ou une autre, rendait cela possible, il a existé des hauts fourneaux. Il existe encore de vieux forgerons qui ont conservé la technique du haut fourneau. En 1970, le Musée de N'Djaména entreprit de faire reconstituer et fonctionner un haut fourneau suivant l'ancienne tradition. Le maître de forge, nommé Deker, avait recruté sept forgerons de sa parenté et la confection du haut-fourneau avait duré deux mois. Vint le jour de la coulée: la paille brisée, entassée au fond d'abord, puis jusqu'à une certaine hauteur, fut recouverte de huit paniers de charbon de bois, puis d'un panier de minerai. A sept heures du matin, Deker alluma la paille par l'un des trous avec quelques braises. Quatorze soufflets furent mis en place dans sept ouvertures et sept forgerons accroupis devant les trous poussérent alternativement les soufflets de la main droite, puis de la main gauche, sans aucun arrêt. Le haut fourneau sans cesse rechargé de huit paniers de charbon pour un panier de minerai, se trouva gorgé presque jusqu'au sommet et les matières incandescentes paraissaient stabilisées dans la cuve. Les forgerons se relayaient de temps en temps. La chaleur était infernale. Les fronts, les torses, les bras ruissellaient, mais Deker maintenait la cadence et l'oxygène s'engouffrait violemment dans la masse en combustion. De temps en temps, le maître de forge tisonnait. Vers 16 heures, un phénomène stupéfiant se produisit: une haute flamme blanche s' élèva 27

brusquement à plusieurs mètres au-dessus du haut fourneau. Celui-ci émit un vrombissement terrible. On aurait cru qu'un
'I

réacteur d avion venait d'être lancé. Ce jet de feu se pour'I

suivit jusqu'à ce que Deker donnat l'ordre d'arrêter les soufflets, ce qu'il fit au bout d'une demi-heure. Ainsi la fusion du minerai s était produite! On avait entendu « la voix du fer». L'exaltation des jeunes forgerons était extrême car ils ne connaissaient cette voix que par ouï-dire.

L'industrie du fer ainsi développée sur les lieux mêmes de l'ancienne mer paléotchadienne, au milieu de populations paisibles et nombreuses à cette époque (pêcheurs, chasseurs, agriculteurs et éieveurs), allait procurer à ces hommes des perfectionnements considérables pour l'exploitation du milieu. Elle leur donnait des armes et des outils d'une efficacité nouvelle et supérieure. Les harpons, les sagaies, les pointes de flèches, les haches, les houes permettaient de prendre plus de poisson, de tuer plus de gibier, de défricher plus vite l'espace à cultiver, de travailler la terre plus facilement. Cette époque vit l'invention d'une arme nouvelle et redoutable: le couteau de jet qui remplaça le bâton de jet. Cette arme s'est dès lors répandue dans toutes les populations tchadiennes, du Tibesti à la savane, du Ouaddaï au pays sara. La production du fer étant une spécialité des forgerons, il fallait l'obtenir auprès d'eux, d'où l'apparition de nouvelles formes de transactions, soit par le troc, de producteur à producteur, soit par J'intermédiaire d'objets ou de denrées ayant une valeur convenue et stable (bijoux, métal, pierres rares, sel). Ce fut le départ d'une économie d'échanges avec l'institution des marchés. Tandis que le fer commençait à jouer ce rôle, le chameau et le cheval, chacun dans sa zone climatique d'adaptation, accroissaient les possibilités de déplacement, la variété des contacts, facilitaient les relations extérieures. Ces nouveaux moyens aggravèrent les conflits entre les hommes et permirent la domination de ceux qui les possédaient sur ceux qui ne les avaient pas, ou s'en servaient mal. Les mutations sociales, les mouvements, les déplacements, les affrontements qui se sont produits alors ont amené les peuples à s'organiser et les ont conduits vers la 28

création de communautés politiques diverses, et parfois de véritables États. Il convient de noter le caractère spontané et varié de ces créations originales, nées de l'ensemble des circonstances, provoquées par la dynamique interne et non pas importées par des éléments extérieurs ou copiées sur des modèles lointains.

Les Sao
Le premier peuple qu'on puisse nommer au Tchad, est le peuple sao. Avant même toute recherche archéologique, avant même que les textes anciens ne révèlent sa place dans I'histoire, il était déjà connu dans tout le Sahel tcha-

dien par les légendes:

((

C'étaient des géants" .' Ils parcou-

raient en quelques heures des distances qu'un homme de notre époque met des jours à couvrir. Ils arrachaient un arbre comme on arrache une touffe d'herbe. Leurs femmes soulevaient d'une main la grande jarre qu'elles plaçaient sur leur tete et qui sen à conserver la récolte de mil d'une année. . . Ces légendes n'ont pas cours seulement au pays kotoko; on les répète au Kanem, au Bomou, au Kaouar, et jusqu'au Borkou. On attribue aux Sao la construction cyclopéenne des murs de terre de Kano, en pays haoussa. En fait, les Sao étaient des hommes grands et robustes, mais normaux. Les ossements découverts dans leurs cimetières où ils sont souvent placés accroupis dans de grandes urnes en terre cuite, le démontrent bien. Ils y sont enfouis, bras et jambes pliées contre le corps, retrouvant dans la mort la position foetale, celle dans laquelle l'enfant vient au monde. Cependant, à certaines époques, ils étaient simplement enterrés dans une tombe creusée en terre, allongés et fléchis, avec une petite cruche dans la main droite, précaution bien nécessaire pour le grand voyage. S'ils n'étaient pas des géants, ils n'ont pas non plus occupé l'espace immense que les traditions populaires leur attribuent, mais seulement les alentours du lac Tchad et peut-être du lac Fitri. Dans le dernier millénaire avant notre ère, la zone émergée au sud du lac actuel, dans le dernier delta du Chari en cours de formation, a été, par endroits, occupée par des hommes du néolithique final. Puis 29

d'autres hommes ont convergé en nombre vers ces régions nouvelles, occupant les bandes exondées. ~ siècle en siècie, cette occupation a surélevé ces lieux habités qui formene sur ces vastes plaines, coupées de marigots et de bras mons, les seuls reliefs qu'on aperçoive aujourd'hui; ce

sont les

c

buttes

~

sao (12).

Une véritable civilisation est née de r argile, est sortie de ce delta en formation où 1'1 invention humaine n'avait à sa disposition que ce pauvre mélange de terre et d'eau. La céramique sao apparaît au cours du premier millénaire avant J. -C., sous la forme de fragments de vases. Elle est associée alors à la pierre polie, telle qu'elle se trouve partout à cette époque sous forme de haches, de polissoirs à rainures, de broyeurs. Elle est associée aussi à des objets en os tels que harpons, poinçons, spatules. Dès lors apparaissent des représentations d'animaux en terre cuite. Les buttes naissantes, de faible relief, correspondent à des villages de huttes, ouverts ou peu protégés. Puis ces villages s'agrandissent et s'entourent d'épaisses murailles de terre, de coupe trapézoïdale. L'habitat se transforme; l'usage de la pierre et de l'os régresse devant celui du fer, utilisé pour la fabrication des outils, celui du bronze, employé pour réaliser de magnifiques bijoux coulés à la cire perdue. On trouve aussi, en colliers, de la cornaline, diver-

ses pierres fines, des rondelles d' œufs d ' autruche, des perles
de verre. Le modelage naïf initial s'achemine vers la statuaire, vers la représentation des animaux et des hommes, dans des formes de dimension réduite, mais où la signification sacrée est évidente. Les animaux sont puissamment stylisés (I'hippopotame étant le plus remarquable d'entre eux), ornés de scarifications claniques qu'on retrouve sur les figurations humaines. Il y a là une manifestation d'un art africain authentique qui ne doit rien à la Grèce, ni à l'Égypte, ni à rlnde, ni aux Portugais. Il semble être comme un écho de celui de Nok, en Nigéria du Nord, qui lui est antérieur de mille ans. L'art sao a lui-même des résonances dans la sculpture rituelle sur bois en Afrique de l'Ouest et du Centre.
(12) J.-P. LEBEUF, Archéologie tchtldie"tU, us 540 ti" Ûlwuro,." Tchad, 147 p., can~ archéologique de abords du lac Tchad.
30 It till