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Le possible et l'inattendu

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Ainsi pour nous, modernes encore, les tard venus, il n’a pas suffi que le temps passe pour qu’un devenir advienne. De l’essentiel en somme, nous n’aurons rien vu venir. Et nous serions tentés d’écrire en exergue des textes ici rassemblés le mot de Pasternak : « Personne ne fait l’Histoire, on ne la voit pas, pas plus qu’on ne voit l’herbe pousser. »

De fait, la contradiction entre devenir et temporalité, si on l’entend au sens de ce qui oppose l’inattendu à la visée du simple possible, apparaît désormais de manière éclatante : le possible est toujours projeté imaginairement dans le temps. Ce qui advient le déborde, le transforme et ne laisse souvent rien subsister de nos ambitions initiales. Il s’agit là d’un constat sans appel. Un assujettissement catégorique qui, outre l’aspect déroutant qu’il adopte pour notre conscience commune, nous oblige à prendre en compte l’alternative du prévisible et de l’inconcevable, celle du probable et de l’impondérable... de l’ordinaire et du prodige ? en interrogeant désormais les règles de droit qui commandent à la validité théorique de ces oppositions.


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Présentation
 Ainsi pour nous, modernes encore,les tard venus,il n’a pas suffi que le temps passe pour qu’un devenir advienne. De l’essentiel en somme, nous n’aurons rien vu venir. Et nous serions tentés d’écrire en exergue des textes ici rassemblés le mot de Pasternak : « Personne ne fait l’Histoire, on ne la voit pas, pas plus qu’on ne voit l’herbe pousser. » De fait, la contradiction entre devenir et temporalité, si on l’entend au sens de ce qui oppose l’inattendu à la visée du simple possible, apparaît désormais de manière éclatante : le possible est toujours projeté imaginairement dans le temps. Ce qui advient le déborde, le transforme et ne laisse souvent rien subsister de nos ambitions initiales. Il s’agit là d’un constat sans appel. Un assujettissement catégorique qui, outre l’aspect déroutant qu’il adopte pour notre conscience commune, nous oblige à prendre en compte l’alternative du prévisible et de l’inconcevable, celle du probable et de l’impondérable… de l’ordinaire et du prodige en interrogeant désormais les règles de droit qui commandent à la validité théorique de ces oppositions.
Jean-Philippe Pastor, Docteur en philosophie, ancien élève deCornelius Castoriadis, puis deJacques Derridaà l’École des Hautes Études en Sciences Sociales(EHESS),présente ici son nouveau travail : celui qui oppose l’intangible contradiction entre, d’une part, le devenir inattendu et, de l’autre, la temporalité du possible(Devenir et temporalité). S’intéressant prioritairement à une critique de la raison modale dans la pensée contemporaine – à savoir en quoi consistent les possibles logiques, puis « ontologiques » dans les mondes qui les conditionnent –Jean-Philippe Pastora essentiellement publié : La Métabole des Grecs– Moonstone Paris – 1989, Métamorphoses de l’inattendu– MP – EHESS – 1994, Devenir et temporalité I – D&T1, Le possible et l’inattendu– MP – EHESS – 1995, D&T2 (le Tout)– Moonstone Paris – 1997, D&T3 (le Rien)– Moonstone Paris – 1997etc. Castoriadis, la création des possibles– Moonstone Paris – 1997, Derrida ou le prétexte dérobé– MP – Sorbonne IV – EHESS – 1999, À nous maintenant d’expanser l’intégrale des dithyrambes anciens– Fleuri – 2001, Et là soudain nous perdons pied– Fleuri – 2002, Sur un air de fête en Arcadie– Fleuri – 2002, À cet homme messager des vrais biens– Fleuri – 2003, De grandes fleurs mouvantes en voyage– Fleuri – 2004, Et puis un spectre est entré… Le temps a reparu– Fleuri – 2005, L’état-métabole comme vécu– Fleuri – 2006, Reprises : art et critique de la raison jeteuse– Fleuri – 2007, Numerica Ficta I – Du livre numérique– Moonstone Paris – 2008, Numerica Ficta II – L’Outre-philosophie– Moonstone Paris – 2009, Numerica Ficta III – L’écriture maintenant et la philosophie déposée – Moonstone Paris – 2010, Heidegger rejeté, l’Inanticipable et sa manifestation– Moonstone Paris – 2011, Aristote physicien et la metabolè– Sorbonne Paris IV – Moonstone Paris – 2012, Reprises– Moonstone Paris – 2013
*
Jean-Philippe Pastor
LE POSSIBLE ET L'INATTENDU
CRITIQUE DE LA RAISON MODALE
DEVENIR ET TEMPORALITÉ
PRÉFACE
Moonstone Publishing @1995 Les éditions du 38 @2015
Anticipations
« Ce n’est jamais l’attendu qui se réalise Car c’est à l’inattendu que la divinité ouvre le passage » MédéeEuripide(... ou chez d'autres tragiques)
 Ainsi pour nous modernes encore,les tard venus,il n’a pas suffi que le temps passe pour qu’un devenir advienne. De l’essentiel en somm e, nous n’aurons rien vu venir. Et nous serions tentés d’écrire en exergue des textes ici rassemblés le mot de Pasternak : « Personne ne fait l’Histoire, on ne la voit pas, pas plus qu’on ne voit l’herbe pousser. »
De fait, la contradiction entre devenir et temporalité, si on l’entend au sens de ce qui oppose l’inattendu à la visée du simple possible, a pparaît désormais de manière éclatante : le possible est toujours projeté imagin airement dans le temps. Ce qui advient le déborde, le transforme et ne laisse souvent rien subsister de nos ambitions initiales. Il s’agit là d’un constat sans appel. Un assujettissement catégorique qui, outre l’aspect déroutant qu’il adopte pour notre conscience commune, nous oblige à prendre en compte l’alternative du prévisible et de l’incon cevable, celle du probable et de l’impondérable… de l’ordinaire et du prodige- en interrogeant désormais les règles de droit qui commandent à la validité théorique de ces oppositions.
Or face à l’inattendu et l’inouï, la visée du possi ble que nous échafaudons paraît désespérément vide : notre réflexion s’arrête, médu sée.Savons-nous encore ce qui nous arrive ? L’avons-nous jamais su ? Et ne pas le savoir, pour rappeler la formule d’Ortega y Gasset, n’est-ce pas là« ce qui arrive de plus surprenant » lorsqu’on considère la marche titanesque de notre Histoire au siècle précédent ? En l’état, accordons-nous sans détour la prodigieuse aptitude à nous remémorer notre actualité immédiate, la formidable capacité de mémoire qui ha nte l’imaginaire de nos contemporains ; c’est-à-dire la faculté insigne de nous souvenir à satiété des guerres interminables, oppressions abjectes, crises épouvantables qui jalonnent notreHistoire la plus récente. Mais pour autant,saisissons-nous encore le caractère absolument imprévisible de ces événements inouïs ?cependant la moindre idée du Avions-nous caractère hautement improbable chez nos prédécesseu rs de la mise en marche de deux gigantesques catastrophes planétaires au XXesiècle, deux impensables hécatombes dont personne, à vrai dire, ne parvient encore aujourd’hui à élucider les véritables ressorts ? N’avons-nous pas déjà oublié la surprise qu’a causée l’irruption de la Première Guerre mondiale, son souvenir n’était-il pas déjà dissipé par l’éclatement invraisemblable de la Seconde… et la représentation incrédule de cette seconde n’allait-elle pas s’effaçant, lorsque subitement s’est effondrée l’Union soviétique ? Fort de cette expérience, nous nous entretenons depuis lors dans la conviction que la Chine connaît aujourd’hui le ralliement nécessaire à « l’ économie de marché » ; qu’elle s’efforce de rejoindre le club très fermé des « éco nomies libérales » - alors que
s’invente pourtant sous nos yeux ingénus un modèle d’autoritarisme politique absolument inédit,système par lequel le travail des individus est méthodiquement un préempté afin d’asseoir la légitimité d’un esclavagisme industriel d’État. Coup sur coup, d’innombrables vérités délaissées, réminiscences in hibées, figures haïssables que nous pensions à jamais disparues de nos mémoires saisissent à nouveau notre pleine imagination. Devant ces circonstances, notre raison vacille. Mais elle ne parvient pas à atteindre la vérité de ce qui advient ! Elle ne pre nd pas la mesure du gouffre qui la sépare de ce qui la dépasse. Comme l’écrivait déjà Musil au début du siècle dernier, « nous nous soucions trop peu de ce qui arrive, et beaucoup trop de savoir quand, où et à qui c’est arrivé, de telle sorte que nous donnons de l’importance non pas à l’esprit des événements, mais à leur fable, non pas à l’accession d’une nouvelle vie, mais à la [ 1 ] répartition de l’ancienne […]». Notre raison reste à l’intérieur d’un cercle d’éventualités dont le centre est mouvant, partout à la fois - et la circonférence nulle part. Un disque flottant dans les limites duquel il nous faut penser ce qui vient à mesure que le contenu de la figure en mouvement se transfo rme ; mais où, de guerre lasse, nous sommes sans cesse contraints de voir s’éloigne r les bords,hébétés: l’espoir d’atteindre la grève et la félicité semble nous être perpétuellement ravi.
Dès lors, le problème de l’action au XXIesiècle prend un tour tout à fait singulier :nous ne sommes plus du tout certains du résultat tangibl e des actes que nous initions. L’avenir disparaît. En d’autres termes, si nous avons admiré au XXesiècle le fait que l’homme moderne eût affirmé plus résolument que d’autres les immenses potentialités de son développement, nous savons gré à nos contemp orains d’avoir révélé l’insondable difficultéd’agir ensembleque ces évolutions supposent. Les modernes, dit-on, nous ont menés au point où nos possibles en matière politique s’épuisent. Ce que recouvre le terme de « politique » paraît d’ailleur s faire obstacle à l’analyse avant même que l’action ne s’engage. C’est là un problème que nous ne résolvons en définitive qu’à grand-peine : étant donné le postulat de son infinité absolue, la quête de liberté et d’émancipation à l’aube du troisième millénaire ne peut plus se traduire dans un programme précis, un objectif limité. À bien y regarder, nous n’avons plus la ténacité dont faisaient preuve nos prédécesseurs dans la réa lisation effective d’un projet collectif. Les résultats étaient, à leurs yeux, les fruits d’une action particulière destinée à les produire. Il suffisait d’espérer pour commencer et aussitôt voir poindre la fin. Les soldats de 14 sont partis la fleur au fusil, persua dés d’en finir rapidement avec une guerre qui marque rétrospectivement le début d’un bouleversement abyssal dont nous continuons un siècle plus tard à vivre les effets. Les conseils des soviets étaient absolument convaincus d’atteindre un idéal révoluti onnaire dont nous savons aujourd’hui toute la charge oppressive qu’il nourrissait en son sein. Dans les années d’après-guerre, les experts économiques n’ont pas douté que l’avenir fut enfin assuré et que le traitement économistique des problèmes de so ciété suffirait à rendre progressivement notre monde meilleur.
Aussi, restait-il caché aux hommes du siècle passé le retour de flamme des effets secondaires qui nous asservissent, des vices privés comme des avantages publics qui émanent de l’action humaine, mais qui ne procèdent de l’exécution d’aucun projet particulier. D’aucune conscience individuelle. C’est la raison pour laquelle les modernes ont longtemps prêté plus d’attention aux acteurs, inventeurs, révolutionnaires, artistes
qu’aux processus complexes auxquels nous sommes ens emble irrémédiablement soumis. D’où vient qu’en nous et hors nous quelque chose d’anonyme ne cesse de se manifester tout en se dissimulant ? Pour ce qui nous concerne, hors de l’étrangeté que nous sommes devenus pour nous-mêmes, l’action se replie toujours davantage dans la disposition intime et subjective, l’inspiration pui s l’effort qu’il nous faut lucidement accomplir.Tout est possible dans le genre de temporalité qu’imaginairement nou s créons ; mais ce tout, cette totalité que nous dési gnons naïvement aujourd’hui par le terme équivoque de « mondialisation » reste désorma is désespérément bornée, circonscrite. Nous ne savons plus qui est l’acteur ni ce qui est acté.
Durant les dix premières années du XXIesiècle, si la production globale de richesses dans le monde a été multipliée par quatre en vingt ans, une personne sur quatre vit dans un état de pauvreté absolue sur la planète (mo ins de 1 euro par jour pour survivre) et le nombre des démunis s’est considérablement accru sur la même période (y compris dans les pays les plus riches… les États-Unis, première puissance mondiale par le PNB comptent plus de 50 millions de personnes n’ayant aucun accès aux soins hospitaliers les plus rudimentaires). D’autre part, dans les États appartenant à la fameuse et désormais instable Triade magique USA-UE-Japon, le revenu médian des personnes a diminué de plus de 25 % en l’espace d’u n quart de siècle (en tenant compte de l’inflation). Et cela en dépit d’une croissance économique très forte et d’une multiplication sans précédent des mouvements financ iers et capitalistiques : chaque jour il s’échange 4 300 milliards de dollars sur le marché international des capitaux (2014), alors qu’il n’y en avait que 20 en 1973, 200 en 1986… On peut légitimement se demander jusqu’où cette (ex) - croissance inégale va se poursuivre ; si l’écart entre les conditions rend d’emblée inopérant le recours à des solutions dites abusivement « politiques ».
Or en admettant que les Occidentaux aient été sédui ts depuis deux siècles par de trompeuses considérations (lesLumières,le grand vocable du programme de sous l’Émancipation politique des peuples, pensaient pou voir subordonner leur idéal de liberté à celui du progrès indéfini de notre raison …), l’effectivité des actes qui permettrait de traiter frontalement de tels déséquilibres ne se trouve à l’avenir que très difficilement réalisable. Notamment lorsqu’il s’agit d’une démarche concertée où toute initiative paraît vouée à l’échecin ovo.
De ce constat, il nous faut maintenant démêler les implications. Tout d’abord élucider en quoi le temps de l’action ne peut plus rencontre r le degré de conviction immédiate auquel nous avons été naguère accoutumés : la combinatoire des possibles paraît bel et bien tarie,à sa source. Elle semble inlassablement tourner sur elle-même, bornée par un lien dont il nous est encore très difficile de déterminer la puissance et la forme. Est-ce là cependant la fin de tous nos espoirs comm uns et de nos projets collectifs ? Sommes-nous arrivés au terme d’une évolution social e et politique qui nécessite un redéploiement drastique de nos représentations les plus simples ? Certes, nous vivons aujourd’hui sous le coup du diagnostic sévère d’Han nah Arendt selon lequel la modernité était en définitive un processus historique par où l’horizon vint à se fermer ; et qui par conséquent favorisait démesurément le développement de la subjectivité aux dépens de l’action politique… Mais aujourd’hui, alo rs même que nous sommes confrontés à l’exigence d’outrepasser ces options sans savoir toujours en reconnaître la
forme et le statut,certains développements paraissent s’accomplir à notre insu, comme à l’inespéré. Cet rme la prééminencehorizon d’attente, alors même qu’en lui s’affi absolue de la limite du possible nous contraignant, semble simultanément se mouvoir sur lui-même. Nous inventons, imaginons, découvrons tous les jours - comme à l’imprévu - de nouvelles raisons d’espérer. Et ces réalisations paraissent pour la plupart surprenantes, déconcertantes, produites hors de toute loi de développement préalable : que ce soit en matière d’élargissement des procédur es démocratiques dans le fonctionnement des États de droit en dehors des pays occidentaux (au nom de quoi cet élargissement continue-t-il désespérément de s’opér er dans certains pays moyen-orientaux ou orientaux alors même que nous déploron s à l’envi une dépolitisation outrancière de tout le corps social dans nos pays « développés » ?) ; de la disparition – provisoire ? - du totalitarisme de masse - contempo raine d’incroyables proclamations de repentirs, aveux inédits au niveau des États les plus puissants et des instances de décision les plus hautes ; de la remise en cause chaque jour plus pressante du principe unilatéral de souveraineté des États-nations sur les sociétés civiles et tous les peuples de la Terre (qu’est-ce qui oblige les États du Nord à se dessaisir à ce point d’une souveraineté qu’ils ont pourtant mis des siècles à faire admettre à la « citoyenneté », alors que ceux du Sud redoublent d’efforts pour ass eoir la prééminence du contrôle étatique sur leurs sujets ?) L’horizon d’attente déçue n’était donc pas immuable. Ce qui sépare le possible de ce qu’on n’attendait pas, sou vent dece qu’on n’attendait plus, inaugure une nouvelle manière changeante de tracer des frontières entre les grands ensembles idéologiques qui donnent sens à notre con dition. En un nouveau report continué, ces lignes mobiles et métaboliques élargissent sans cesse l’espace qu’elles délimitent. Elles agrandissent et font respirer un monde dont la clôture est plus que jamais solide,mais aussi prête à se déplacer. Toutefois sans ouvrir absolument cet espace au mauvais infini, aux lignes de fuite destr uctrices qui pourraient le ruiner. À l’évidence, notre liberté paraît plus que jamais co ntrainte par d’immenses résistances que la nécessité impose. Mais à bien des égards, el le ne s’oppose plus métaphysiquement à l’antique Nécessité immobile et brutale que le Vieux Monde a connue. Elle ne se sent plus réduite et assujettie à la fatalité inaltérable d’un ordre prescriptif qui rendait notre libre arbitre illusoire et vain.
Par bien des aspects, il s’agit à l’évidence d’adopter au XXIe siècle le genre d’attitude pour lequel le possible recouvre à nouveau tous ses moyens d’extension. Mais en tenant compte désormais du nouveau statut qui le bo rde. Qu’est-ce que le possible aujourd’hui ? Voilà la question à laquelle les text es ici rassemblés s’efforcent de répondre en priorité. Manifestement, n’est plus seu lement nécessaire ce dont le contraire implique contradiction. N’est plus seulem ent possible au sens traditionnel ce qui est exempt de contradiction interne et conforme aux lois de la rationalité. Car nous découvrons depuis des décennies que la position de ces lois (lois de la Nature, lois de l’Histoire, lois des Sciences et de l’Esprit…) n’est pas aussi facilement déterminable par « la raison » que nous l’avions hâtivement supposé. En vérité, elles nous paraissent aujourd’hui absolument contingentes. Aussi, la faillite des programmes théoriques dans le domaine scientifique comme celle des projets politiques ont montré l’immense part de naïveté et de crédulité qui ont accompagné chacune de nos Idées, chacune de nos pratiques qui furent tour à tour adoptées au cours du XXesiècle.A contrario, nos capacités d’élucidation et nos possibilités d’émancipation peuvent paraître aujourd’hui
désespérément illusoires. Et de fait, elles sont assurément restreintes et limitées ; mais on les devine dorénavant contenues par une limite r égulatrice qui viendrait opportunément les border. Une frontière en perpétuelle extension dans la prolongation indéfinie du geste circulaire qu’elle dessine. De t elle manière que la question qui se pose maintenant est celle-ci :ntà quoi ressemble une juridiction dont les arrêts so contraignants dans la forme restrictive qu’ils impo sent à notre volonté, mais dont la constitution ductile et métabolique ne borne en rie n la liberté infinie que nos prédécesseurs ont courageusement inventée ? En somme, dans quelle mesure une limite évolutive peut-elle encore valoir comme borne durable, ferme et significative ? En quoi le régime d’une loi peut-il être modifiable sa ns attenter à l’intégrité fondamentale de sa constitution ?
En tout état de cause, et sans présager ici des analyses que je développerai à ce sujet, force est de constater qu’elle adopterait sans dout e la forme d’une limite « différentielle », ouverte et jamais fixe, toujour s en mouvement par rapport à elle-même ; qu’elle inaugurerait comme en une ligne de f uite une temporalité capable d’orienter son cours par rapport à un devenir impré visible, un à-venir débordant absolument sa matière supposée, excédant résolument toute projection immanente des possibles élaborés pour un temps.
Dans ces conditions, sur un plan philosophique, on pourra lire l’ensemble des textes présentés dans ce livre comme un vaste questionneme nt articulé autour de la distinction à la fois mouvante et infrangible que je cherche à établir : celle qui sépare le statut dupossibled’un côté de celui del’inattendude l’autre.
À cette fin, l’analyse du concept de possibilité se ra menée en tenant compte du nouveau statut qu’un tel concept adopte dans notre modernité tardive. Cette étude est d’abord essentiellement construite à partir du travail que Cornelius Castoriadis entame à propos de la catégorie de lamodalitépossibilité, la nécessité, la contingence, (la l’impossibilité…). Chez cet auteur en effet, le possible ne correspond plus seulement à la définition traditionnelle et métaphysique qui as signe la possibilité aux seules contraintes de la non-contradiction abstraite (voir dans ce livreAristote physicien et la metabolè). Le possible ne peut être projeté qu’à partir d’u n ensemble de lois préalablement posées. Et la position de ces lois es t entièrement instituée au sens où l’institution imaginaire de la sociétéà la signification de ces lois un contenu accorde dans le temps chaque fois spécifique. C’est la rais on pour laquelle l’approche des catégories principales de la modalité (réalité, pos sibilité, nécessité) dépend prioritairement de l’idée que Castoriadis se fait dusocial-historiqueen tant que création du nouveau dans l’Histoire - création au sens total du terme : émergence incessante de formes, genèse ontologique de nouvelles figures de l’Être/étant qui déterminent à chaque fois le sens et la signification que nous po uvons attribuer à certains termes logiques. Il apparaît par-là que le concept de « possibilité » n’est nullement – comme le pense communément la philosophie moderne – une caté gorie de la simple réflexivité, comme si tout étant coïncidait avec un réel effecti f se présentant sous une forme arrêtée dans notre esprit, comme si l’idée de possible relevait dès lors de notre seule attitude subjective, de notre parti pris pour la co nnaissance au sens kantien ou pour l’explication que nous entamons vis-à-vis de l’être au sens idéaliste – alors qu’elle est, comme le pensait Aristote, une catégorie constitutive ayant part au statut d’ensemble
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