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Le pouvoir de la paix en Afrique en quête du développement

De
200 pages
Voici posée au coeur de la pratique politique en Afrique l'épineuse question de la paix perpétuelle. L'auteur est convaincu que le projet du développement de l'Afrique tient à deux nécessités : la capacité des dirigeants africains à restituer à la paix tout son pouvoir d'action et de gestion en tenant compte du désir de démocratie et de liberté exprimé par les populations ; la vraie politique de la paix et du développement fondée sur des valeurs politiques et éthiques.
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LE POUVOIR DE LA PAIX EN AFRIQUE
EN QUÊTE DU DÉVELOPPEMENT

Études africaines
Collection dirigée par Denis Pryen et François Manga Akoa

Dernières parutions

Hygin Didace AMBOULOU, Traité congolais de procédure
civile, commerciale, administrative, financière et des voies
d’exécution, 2012.
Jean-Nazaire TAMA, Droit international et africain des droits
de l’homme, 2012.
Khalifa Ababacar KANE, Droit portuaire en Afrique. Aspects
juridiques de la gestion et de l’exploitation portuaires au
Sénégal, 2012.
Ibrahim GUEYE, Les normes de bioéthique et l’Afrique, 2012.
Jean-Bruno MUKANYA KANINDA-MUANA, Les relations
entre le Canada, le Québec et l’Afrique depuis 1960, 2012.
Célestin NKOU NKOU, Manuel de gestion simplifiée, 2012.
Jean-Pierre MISSIE, Histoire et sociologie de la pauvreté en
Afrique, Regards croisés sur un phénomène durable, 2012.
André MBATA MANGU, Barack Obama et les défis du
changement global. Leçons pour le monde, l’Afrique et la
politique étrangère américaine, 2012.
Clotaire SAULET SURUNGBA, Centrafrique 1993-2003. La
politique du Changement d’Ange Félix Patassé, 2012.
Elliott Anani SITTI, Investir en Afrique pour gagner, 2012.
Edgard GNANSOUNOU, En finir avec le franc des économies
françaises d’Afrique, 2012.
Philippe NKEN NDJENG, L’idée nationale dans le Cameroun
francophone, 1920-1960, 2012.
Pierre Esaïe MBPILLE, Les droits de la femme et de l’enfant :
entre universalisme et africanisme, 2012.
Michel BOURGEOIS, Senghor et la décolonisation. Radio
Dissóó, la révolte paysanne, 2011.
Abderrahmane M’ZALI, La coopération franco-africaine en
matière de Défense, 2011.
Aly Gilbert IFFONO, Naître, vivre et mourir en pays kisi
précolonial, 2011.
E. Libatu LA MBONGA, Espoirs déçus en République
démocratique du Congo, 2011.
Sylvain Tshikoji Mbumba











LE POUVOIR DE LA PAIX EN AFRIQUE
EN QUÊTE DU DÉVELOPPEMENT







Préface d’Octave Kamwiziku Wazol’Apangi












































































Du même auteur
L’humanité et le devoir d’humanité. Vers une nouvelle destinée
pour l’Afrique, Paris, L’Harmattan, 2010.
Les questions africaines de la mondialisation. Préface à une
éthique de la solidarité universelle, Kinshasa, CERDAF, 2007.
Au cœur de la crise congolaise. Choix et responsabilités
politiques, Kinshasa, CERDAF, 2005.
De la bonne gouvernance. Appel à un nouvel ordre éthique du
pouvoir en Afrique noire, Kinshasa, CERDAF, 2001.
« Justice politique et dialogue intercongolais », Revue d’Etudes
Africaines, n° 3, Kinshasa, CERDAF, 2003







































© L’Harmattan, 2012
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-96673-4
EAN : 9782296966734

A mon cher Père Henri Mbumba Mupoyi
A mes chers frères Bruno Nkuna Mbumba
et Jean-Paul Tshimanga Mbumba
Vous qui désormais reposez dans la paix éternelle







« Plaisante justice qu’une rivière borne ! Vérité en deçà des Py-
rénées, erreur au-delà. La justice sans la force est impuissante :
la force sans la justice est tyrannique. Sans doute, l’égalité des
biens est juste ; ne pouvant faire qu’il soit force d’obéir à la
justice, on a fait qu’il soit juste d’obéir à la force ; ne pouvant
fortifier la justice, on a justifié la force, afin que le juste et le
fort fussent ensemble, et que la paix fût, qui est le souverain
bien. Ainsi, finalement justice inclut l’injustice en son sein et la
paix, la guerre ».
Blaise Pascal.






REMERCIEMENTS
Je voudrais remercier tous ceux et toutes celles qui ont contri-
bué de l’une ou de l’autre manière à la réalisation de cet ouvrage.
Premièrement, je tiens à dire toute ma reconnaissance à ma chère
épouse, Jeannette K. Mbumba, qui n’a pas manqué un seul instant
à m’apporter son soutien et son affection. A mes très chers enfants,
Stanislas, Clara, Perla et Ariel Henri Mbumba qui de temps à autre
étaient toujours présents. Puisse cet ouvrage leur donner la leçon
de la paix et de la justice, du respect réciproque des libertés et des
droits humains. Sans hésitation, je dois dire merci au professeur
Octave Kamwiziku Wazol’Apangi qui a bien voulu lire, corriger
les épreuves et finalement qui m’a proposé la préface de ce texte.
Avec lui, je voudrais remercier tous les autres professeurs Benoît
Okolo, Célestin Dimandja, Joseph N’kwasa Bupele et Nestor Mbo-
lokala Imbuli qui ont apporté leur contribution au raffinement de
cet ouvrage. Leurs conseils de maîtres et leurs observations m’ont
révélé une tout autre dimension du travail, la rigueur et le souci du
travail bien accompli. Je voudrais aussi exprimer toute ma grati-
tude aux frères et amis de tous les temps : Edmond Cinyangu Ci-
bata, Révérends pères Bernard Ilunga, Floribert Kubi et Célestin
Muyembi Nkole, Révérends Abbés Christophe Bomba Tshi-
lumbayi et Crispin Tshibangu Bampidie. Que les familles Pierre et
Rose Kabemba, Gérome et Aïcha Mutombo, Lokoko et Alice
Kitenza, Messieurs Charles Marcel Kayumbi Nkashama wa Lonji
et Benjamin Kamba Kazadi Bidianguila pour leur soutien et leurs
encouragements, retrouvent ici la chaleur de toute ma reconnais-
sance et de toutes mes sincères amitiés. Je voudrais aussi et de
manière particulière dire toute ma gratitude à mes amis du Canada,
Monsieur Charles Bakuteka Mputu et sa chère épouse Marie
Nyamabu Bakuteka pour avoir accepté de présenter mes publica-
tions à leurs compatriotes. Que toutes les femmes et tous les
hommes de culture, qui luttent inlassablement pour que la paix dans les pays d’Afrique devienne une vraie culture et un instrument
indispensable de progrès, trouvent dans cet ouvrage de quoi nourrir
tous ceux et toutes celles qui s’ouvrent à eux dans le cadre de leurs
activités culturelles de tous les jours. En eux, j’ai trouvé des
bonnes personnes modestes mais plus engagées, plus responsables
et plus vouées à la cause de l’Afrique et de son peuple. Je m’en
voudrais si jamais je ne disais toute ma reconnaissance et toute ma
joie pour toute la grande famille Mbumba et qui de loin est restée
toujours active et toujours présente.















12 PREFACE
Lorsque Monsieur Sylvain m’a proposé de lire son ouvrage, j’ai
tout de suite pensé à la petite histoire qui m’avait été racontée par
un vieux sage de mon village, et qui arrivait à conclure qu’en
Afrique, sous l’arbre à palabre, les sages et les anciens disaient :
« le cou de l’homme est lié à la tête et qu’il ne se redresse pas pour
un propos mensonger ». En parcourant attentivement son texte, je
me suis rendu à l’évidence que Sylvain est un grand-père et que
nos ancêtres l’étaient aussi. J’ai alors naturellement écarté l’idée du
« mensonge mensonger » de sa part, et j’ai émis l’hypothèse d’un
« mensonge-vérité » qui fait que, dans la vie palabrique, « le sage
enquêteur boit beaucoup et il pisse beaucoup ». Sylvain Tshikoji
Mbumba est ce sage qui a compris que la vérité, c’est
qu’aujourd’hui plus que jamais le développement de l’Afrique
demeure la plus grande aspiration des peuples. Mais une telle
aspiration ne peut se réaliser que si tous dans un même élan se
décident de restituer à la paix sa place et son pouvoir. Car, sans la
paix et la vraie paix, il est impossible d’atteindre un tel pari. La
paix est le socle de toute réalisation humaine, de la promotion
d’une société ouverte aux vertus de solidarité et de fraternité, de
tolérance et de justice, de liberté et de respect réciproque des droits
humains. Si l’Afrique veut sortir du bourbier du sous-
développement et réaliser le bonheur de son peuple, elle doit
s’initier à une nouvelle pédagogie, celle qui consiste à éduquer ses
fils et ses filles à la culture de la paix et au respect des valeurs de la
démocratie participative. Car, la paix ne signifie pas nécessaire-
ment l’absence des conflits armés ou des guerres de libération
moins encore la recherche inlassable de la sécurité. La paix est
également et fondamentalement une quête et reconquête perma-
nente du bien-vivre, du vivre ensemble, de la réalisation solidaire
et de la reconnaissance mutuelle, de la coexistence dans la quiétude
et dans les institutions fortes, justes et bonnes. A l’heure de la mutation de l’ordre mondial actuel, l’Afrique n’a qu’à faire le
choix de la paix perpétuelle si elle veut rester dans l’histoire. Ce
nouvel engagement modifie en conséquence la perception et la
pratique de la politique en Afrique. Celle-ci se doit de s’intégrer le
sens de la responsabilité et de la bonne gouvernance. De la sorte, la
quête de la paix et du bonheur invite à s’adopter les nouveaux
principes fondamentaux de la démocratie qui placent le peuple au-
dessus de tout et lui donnent le pouvoir de décision, de participa-
tion aux bons projets de développement et de promotion de toute la
communauté de destin et d’un vrai état de droit. La paix dont les
peuples et les nations d’Afrique ont tant besoin aujourd’hui n’est
pas, comme le dit le sage auteur de ce livre, « celle qui ressemble à
la pax romana, ou à la pax americana moins encore à la pax sovie-
tica, une paix acquise à l’issue des batailles et des procédés de
domination. La paix que veulent les africains est celle qui intègre la
participation de tous les citoyens et de toutes les citoyennes à la
réalisation de la destinée commune; une paix qui croit aux vertus
du dialogue, de l’argumentation et de la compétition positive ».
Une telle paix, et le sage enquêteur l’a bien compris, implique une
vraie politique bien assumée des questions existentielles auxquelles
font face les populations et les nations africaines d’aujourd’hui.
Monsieur Sylvain Tshikoji Mbumba n’en est pas à son premier
essai. Initié à la dialogique palabrique, il s’est évertué à revisiter en
permanence le concept de paix en précisant son contenu et ses
formes de promotion. Une telle démarche lui a permis d’éviter le
risque d’en demeurer seulement au niveau des généralités sans
pertinence et sans consistance qui dans bien des cas peuvent rele-
ver de l’incantation. Fort d’une telle démarche scientifique et d’une
telle dialogique palabrique avertie, Monsieur Sylvain s’est engagé
à relever les multiples situations de crise dans lesquelles patauge
tout projet de paix et de progrès de l’Afrique. De cette manière, il
s’est convaincu que la réussite de tout effort de maintien de la paix,
particulièrement dans les régions en conflits armés, dépend de la
volonté politique et de l’engagement des dirigeants politiques
africains et même mondiaux d’en découdre avec les causes qui sont
à la base de ces conflits armés et de ces guerres dites, souvent à
tort, guerres de libération. Car, selon Monsieur Sylvain Tshikoji
Mbumba, on ne peut envisager un quelconque développement de
l’Afrique dans les contextes de mal gouvernance politique, de
14 guerres et de conflits permanents, d’intolérance politique et reli-
gieuse, du chauvinisme ethnique, du sentiment de marginalisation,
et même de la mauvaise gestion des ressources humaines. Mais
cette tâche n’est pas seulement celle des dirigeants politiques, elle
revient aussi aux intellectuels du continent qu’il invite à reprendre
l’initiative là où elle a été perdue de manière à réinventer une
nouvelle destinée fondée sur le pouvoir de la paix. Or, le sage
enquêteur de ce livre le comprend aussi, le lien implicatif et her-
méneutique entre la paix et le développement montre clairement
qu’un vrai pouvoir de la paix et un vrai développement pour
l’Afrique ne peuvent être que « le fruit d’une politique de la paix et
du développement ». Une telle politique bien assumée peut sans
aucun doute aider les dirigeants politiques de nos pays à créer des
espaces de vie et d’épanouissement des libertés, des institutions
justes et bonnes; à élaborer des textes nécessaires à la protection
des citoyens contre l’arbitraire et contre des structures tyranniques.
C’est à ce prix, pensons-nous, que l’Afrique peut s’en sortir, peut
inventer ou se réinventer une réelle et nouvelle destinée. Comme
ce sont les ancêtres qui nous ont appris à user de l’expression
dialogique de « NZAMBI », Dieu, comme serment dans l’acte de
dire la vérité et de rétablir la justice sociale, le comportement de
cette manifestation de la vérité est dit justice. C’est ainsi que
l’homme déterminé par elle est « Muntu Masonga », c’est-à-dire
l’homme juste, parce qu’il montre la relation interne à la vérité.
Celui qui manifeste ce qui est réellement, en prenant pour témoin
Dieu Maweja a Nangila, manifeste un comportement essentiel
propre au savoir interne de la puissance de la manifestation comme
justice. Ce livre mérite le prix de la reconnaissance, car il reste non
seulement une évaluation rigoureuse, sérieuse et profonde du projet
de paix et du développement dans nos pays depuis le lendemain
des autonomies politiques et des indépendances, mais aussi et
surtout une contribution scientifique évidente et majeure à la re-
cherche des nouvelles perspectives pour sortir l’Afrique du ma-
rasme infernal du sous-développement, de la misère et de la grave
pauvreté, de la violation des droits et des libertés individuelles, des
conflits armés et des guerres. En définitive, humains, vous qui
m’écoutez, retenez que la salive se dessèche de ma bouche, de
sorte que la langue ne sait plus glisser entre les dents. Si vous
n’entendez plus rien de ma part, c’est que je n’ai plus rien de spé-
15 cial à vous dire. Portons-nous bien, car la danse sous l’arbre à
palabre ne fait que commencer. Retenez seulement que je ne sais
pas danser; si j’arrive à danser, c’est à cause du son de tambour qui
résonne au village. Ce tambourineur est bien sûr le sage,
l’enquêteur et l’auteur de ces réflexions. Et maintenant, vous tous
et vous toutes, hommes et femmes, Croyez-moi, l’ouvrage de
Monsieur Sylvain Tshikoji Mbumba est donc à lire absolument
avec intérêt non seulement par ceux qui nous gouvernent, mais
aussi par tous ceux et toutes celles, intellectuels, chercheurs et
scientifiques soucieux et qui œuvrent pour une société africaine
plus apaisée, plus juste, plus solidaire et plus développée.

Octave Kamwiziku Wazol’Apangi
Professeur Ordinaire à l’Université de Kinshasa
et à l’Université Saint Augustin de Kinshasa







16 INTRODUCTION
Depuis les premières heures de l’accession à l’autonomie poli-
tique et de la vague des indépendances nationales qui s’en étaient
suivies, l’Afrique avait acquis le statut d’un continent en quête du
développement. A cet effet, plusieurs projets de développement
avaient été élaborés avec des objectifs visant l’avènement d’un
beau jour du bien-être des peuples et des nations. Aussi, une forte
mobilisation des fonds, des centaines de milliers de sommes
d’argent, généralement appelées « aides au développement », avait
été un engagement non seulement pour réparer les préjudices subis
pendant les années de la colonisation, mais aussi et surtout pour
marquer une nouvelle ère d’une Afrique plus moderne, politique-
ment autonome, indépendante et libre. Les pères de l’indépendance
s’étaient ainsi mis à l’œuvre pour étoffer des idéologies politiques
et des projets de développement calqués sur le modèle occidental.
Beaucoup de critiques avaient même indiqué l’équivalence entre le
développement et l’occidentalisation de l’Afrique. Le débat était à
la hauteur de l’ampleur de l’engagement que le développement de
l’Afrique avait suscité auprès des indépendantistes. L’essentiel, en
même temps que l’étonnant, c’est la manière dont ces projets de
développement étaient gérés par cette jeune classe politique des
premières heures. En effet, privée d’une formation intellectuelle
suffisante et d’une culture de la gouvernance bien assumée, l’élite
indépendantiste s’était mue dans une bourgeoisie nationale foulant
aux pieds l’élan de la gestion démocratique de l’espace politique et
la détermination à réaliser le progrès. Elle s’était désolidarisée ainsi
des peuples pour lesquels elle devait assumer la tâche d’éclaireur et
de formateur politique. S’installant confortablement dans cette
bourgeoisie, la nouvelle classe politique s’était créé des méca-
nismes d’enrichissement rapide tout en reléguant au second plan
l’existence réelle des peuples et le projet de développement pour
lequel elle avait reçu autant d’aides au développement. S’en suivi-rent naturellement des conflits politiques et des rivalités souvent
rattachées aux groupements et associations à caractère tribal ou
ethnique. Les insurrections dévinrent une réalité quotidienne, la
corruption se généralisa, les violences s’intensifièrent et les rebel-
lions se consolidèrent. Dès lors, l’idéal de la nation et du progrès
sombra dans les méandres des guerres fratricides incontrôlées.
Cette situation se perpétuant, ces hommes furent l’un après l’autre,
écartés du pouvoir par des coups d’Etat initiés pour la plupart par
les militaires. Ce nouvel élan adopta très vite le projet de la paix,
de l’unité des peuples, et la détermination de conduire les jeunes
nations vers le progrès et le développement. Ces nouveaux
hommes furent vite identifiés sous les multiples appellations :
hommes providentiels, pères de la révolution, guides éclairés, pères
de la nation, timoniers et finalement hommes forts. Ces titres augu-
rèrent un système de gestion d’une allure totalitariste voué à tout
régenter. On assista aussitôt à un revirement important diluant
l’espoir que ces hommes forts avaient suscité. Ils installèrent une
dictature féroce par le truchement des partis uniques considérés
comme des partis des masses dont la visée était de brasser les
ethnies et les tribus, instaurer l’unité nationale, réduire les vio-
lences et couler dans un même moule toutes les formations poli-
tiques séparatistes et conflictuelles. L’intention était bonne, mais
l’enfer pavé de bonne foi ! Le pouvoir s’était figuré et s’était trans-
formé en volonté de puissance. L’action politique providentielle
s’était mue elle aussi dans la discrimination, le dressage des tribus
les unes contre les autres, la confiscation des médias, la confusion
des pouvoirs traditionnels, le culte de personnalité, la corruption, le
clientélisme et le népotisme béat. Les misères sociales s’aggra-
vèrent de plus en plus, les inégalités se creusèrent, l’insécurité
s’installa, et pire encore, les projets de développement se transfor-
mèrent en sources intarissables de financement de services de
sécurité et d’enrichissement du clan politique au pouvoir. Cette
situation sembla se cristalliser dans le temps nonobstant toutes les
tentatives de démocratisation et de pluralisme politique inaugurées
dans les années 90, et occasionna à la fois la résurgence des rivali-
tés ethniques, les crises sociales et les crises politiques et de gou-
1vernabilité , les crises des droits de l’homme et même de la vie.
L’Afrique est restée un continent des lions, des « dieux des
guerres ». Bref, un continent de la mort. Aujourd’hui encore, et
18 après cinquante années d’indépendance, les conflits armés et les
guerres dites de libération se multiplient et les révolutions popu-
laires sont réprimées dans le sang envoyant à la mort des dizaines
de milliers de personnes, les massacres des populations innocentes
se commettent au quotidien de la vie, on compte par milliers des
enfants orphelins de guerre, des colonnes des réfugiés. Les viols
des femmes et des jeunes filles se consolident en armes de guerre,
les élections s’organisent mais n’offrent aucune chance à
l’alternance politique et démocratique, les situations de précarité et
de misère criante planent sur toutes les couches de la population,
des ravages des marchés financiers, la saga de la dette, le mono-
pole du savoir et de l’avoir, les discriminations anthropologiques,
les violations des droits humains et des libertés politiques indivi-
duelles, des injustices et des inégalités sociales traduisent cette
nouvelle forme de destruction de la vie, du désir de la justice, du
bien-vivre et de la paix. Face à tous ces défis majeurs, la paix
s’impose comme le premier défi qui constitue le préalable à la
résolution de tous les autres. En ce sens, le développement de
l’Afrique dépend du pouvoir de la paix à s’imposer comme condi-
tion nécessaire et ultime. Aujourd’hui, on peut se convaincre qu’en
dépit de toutes les sommes d’argent qu’on engage sous différentes
formes d’aides au développement de l’Afrique, une chose reste
capitale : La paix. Ainsi, il nous semble plus qu’indispensable de
revisiter les utopies passées afin de favoriser l’émergence des
nouvelles utopies qui aident à repenser la conception du futur de
l’Afrique, en inscrivant ces utopies dans le champ plus vaste des
possibles et en réduisant l’écart entre l’utopie et le réel. Car, la paix
en Afrique si elle veut s’imposer absolument, se doit de se penser
non seulement comme une stratégie politique, mais également et
nécessairement comme un vrai pouvoir.


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