Le Prix des erreurs

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Après une enfance difficile, Jérémy avait réussi à se construire une vie bien remplie auprès de Mélina son épouse. Avec elle il connaît des hauts et des bas, de la joie et de la tristesse, un monde instable qui bascule après le décès de sa mère. Tout ce qu’il avait mis des années à construire disparaît alors sous ses yeux sans qu’il ne puisse rien faire. Dans sa déprime, la mort se révèle à ce moment être son seul allié, sa seule porte de sortie, mais le destin en décide autrement.


Publié le : vendredi 9 octobre 2015
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EAN13 : 9782332989864
Nombre de pages : 160
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ISBN numérique : 978-2-332-98984-0

 

© Edilivre, 2015

Le prix des erreurs

Tout au long d’une route

Parsemée de déroutes,

Submergé par le doute

Il connut la banqueroute.

Du bas de son échelle,

Pour son esprit rebelle

Atteindre l’arc-en-ciel

N’avait rien d’irréel.

Mais devant ces sommets

Qui de lui s’éloignaient,

Il plongeait en secret

Dans l’ombre de ses regrets,

D’un parcours plein de haies

Et d’une vie de plaies,

De peut-être à souhait

Qu’il trainait en boulet.

Il perdait la raison

En touchant les bas-fonds,

Quand colère et haine

S’adonnaient dans ses veines.

Tant de fois, résolu,

Il n’a jamais vraiment pu,

Tout clôturer sur terre

Quitte à rejoindre l’enfer.

Ces idées dans sa tête

Reflétaient en défaite,

Comme le prix à payer

Pour ses erreurs passées.

1

Ainsi fut la vie qu’il mena, passant souvent du rire au désespoir, une vie où les obstacles se comptaient au quotidien, où les couleurs de l’arc-en-ciel n’annonçaient pas toujours le retour du soleil.

Après dix-huit ans passés dans cette île où il a grandi au sein d’un foyer modeste, Jérémy avait tout connu des joies de la vie aux plus grands des désespoirs. Issu d’une famille de huit enfants, quatre filles et quatre garçons, il était l’avant dernier. On pouvait dire qu’à ce niveau-là ses parents n’avaient pas chômé. Son père était fonctionnaire auprès d’une compagnie de transports maritimes alors que sa mère elle s’occupait du foyer. Ils vivaient tous ensemble dans une petite maison située dans un quartier de la capitale à quelques kilomètres du centre-ville. Contrairement à beaucoup d’habitant, ils avaient la chance d’avoir une école à seulement quelques pâtés de maison. Tous les matins ils y allaient à pieds son petit frère et lui, parfois accompagnés de sa sœur Sandrine plus âgée que lui d’un an, ou en voiture avec son père quand celui-ci partait travailler plus tard. Ils étaient propriétaire d’un bus dont sa mère était la gérante, qui desservait une ligne de la capitale dirigée par une compagnie de transport. Le matin, ils croisaient le chauffeur quand il passait récupérer les clés et les papiers du véhicule avant de commencer sa journée. En plus de la gestion du foyer, sa mère s’occupait de la comptabilité des fonds que rapportait le bus ainsi que des différentes dépenses qu’il occasionnait. Malgré la complexité de cette tâche, elle l’assurait avec brio comme une vraie petite femme d’affaire sans jamais se plaindre. Tous les soirs elle comptait la recette que lui ramenait le chauffeur à la fin de son service et mettait sous rouleaux dans des papiers prévus à cet effet les pièces de monnaie avant de les déposer à la banque. Parfois pour lui faciliter la tâche, Sandrine et Jérémy l’aidaient en faisant des petits tas avec les pièces et elle se chargeait de constituer les rouleaux. Il leurs suffisait après d’y joindre les quelques billets pour avoir le montant de la recette du jour. C’était pour eux une expérience enrichissante, car cela leur permettait d’apprendre à compter l’argent, mais aussi à réviser leurs tables de multiplication. A la fin des comptes pour les récompenser, sa mère leur laissait une ou deux petites pièces ou parfois tout ce qui n’avait pu constituer un rouleau qu’ils s’empressaient de glisser dans leur tirelire. Tous les deux ou trois jours, elle déposait les recettes sur un compte prévu à cet effet avant de passer à la compagnie acheter des rouleaux de tickets qui servaient de titre de transport aux passagers. Quand le bus était immobilisé pour des raisons techniques ou autres, elle faisait son possible pour trouver une solution afin qu’il reprenne au plus vite du service. Les week-end d’astreintes, en l’absence de chauffeur comme c’était souvent le cas pour des raisons superficielles, son père se retrouvait à assurer lui-même la permanence sur la ligne, car deux bus à tour de rôle selon un planning établit par la compagnie devaient circuler. Les jours où celui-ci n’était pas de service, il leurs servait de moyen de transport vu leur grand nombre pour se rendre tous ensemble à la plage. C’était pour eux de bons moments de délire qu’ils vivaient tous ensemble. Malgré la quantité de places disponibles dans le bus, Jérémy et son frère Paul se querellaient toujours avec les autres pour occuper les sièges surélevés placés au-dessus de l’essieu arrière. Pour tous, cela paraissait enfantin, mais pour eux assis dessus, ils avaient l’impression d’être plus grands et de dominer les autres. Pendant tout le trajet c’était la fête, ça chantait, ça dansait. Une fois sur place, les plus jeunes s’empressaient de se déshabiller et de se jeter à l’eau, pendant que les autres aidaient leur mère à décharger et à installer les affaires. Au premier contact, on les entendait souvent hurler à cause de la température assez froide de celle-ci, mais après quelques minutes, plus personne ne semblait s’en soucier. Une fois installés, tous se retrouvaient à patauger sous le regard de leur mère qui veillait de la plage car elle n’aimait pas se baigner. Son père lui était un excellent nageur, une fois qu’il les rejoignait, il s’enfonçait dans l’eau et ne réapparaissait qu’à quelque cent, deux cents mètres du rivage. Sandrine et Jérémy impressionnés par sa façon de nager, partaient souvent à sa rencontre pour tenter d’en faire autant. Sous ses encouragements, ils parvenaient parfois jusqu’à lui, mais une fois à sa hauteur, épuisés, ils se reposaient dans ses bras. Après qu’ils aient récupéré, il les raccompagnait jusqu’au rivage et repartait vers le large. Il avait pour habitude de se mettre le plus loin possible de façon à avoir une vue d’ensemble sur tout ce qui se passait afin de palier à d’éventuels accidents. Sa mère de son côté gardait en permanence un œil sur eux, car elle craignait toujours qu’il leurs arrive quelque chose. En période sainte, leur passe-temps était d’attraper des crabes pour préparer pour les fêtes de Pâques le fameux « matoutou » que chacun attendait impatiemment. Toute la famille s’y mettait pour en attraper un maximum. Les leurs n’étaient pas aussi gros que ceux vendus dans le commerce, mais suffisamment pour qu’ils y trouvent de quoi se régaler. Pour se faire, ils repéreraient dans le sable les plus gros trous et les remplissaient d’eau de mer jusqu’à les immerger complètement ce qui faisait remonter à la surface leurs occupants qui les trouvaient en sortant, prêts à les cueillir. C’était un véritable travail à la chaîne car ceux qui craignaient de se faire pincer les doigts se chargeaient du ravitaillement en eau pendant que les autres s’occupaient de les attraper. Malgré son caractère assez rebelle, Jérémy était loin d’être des plus téméraires, alors il se contentait de ramener l’eau et de les regarder faire. Quand il arrivait qu’ils tombent sur un crabe récalcitrant qui refusait malgré tout de montrer le bout d’une patte, de colère Jérémy s’amusait à détruire son trou pour l’obliger à sortir. Une fois que celui-ci daignait se montrer et qu’il se réfugiait de panique dans le trou d’un autre, il était plié de rire quand celui-ci se faisait refouler par son véritable occupant et qu’il se faisait finalement attraper. C’était pour eux de grands moments de plaisir, car ils sortaient parfois de là avec pas loin d’une vingtaine de crabes « touloulous » qu’ils gardaient en vie jusqu’au jour J. Sur le chemin du retour, après ces journées bien remplies en émotion, c’était le chaos, plus personne ne parlait. Il leurs restait malgré tout en rentrant à nettoyer le bus pour qu’il soit propre et opérationnel avant de reprendre du service. Les plus grands s’occupaient de laver la carrosserie pendant que les petits se chargeaient de dépoussiérer l’intérieur. Une fois terminé, chacun se repenchait sur son travail d’école pour réviser et préparer la reprise du lundi. Ces week-end de sortie, le temps passait si vite qu’ils n’avaient pas toujours le temps de faire tout ce qu’ils avaient prévu.

Pendant les vacances scolaires, quand Jérémy et son frère n’étaient pas sages, son père les emmenait à son travail pour éviter qu’ils ne se bagarrent à la maison. Il pensait les punir en agissant ainsi, mais loin de tout ça, ils se faisaient tous les deux une joie d’y aller pour admirer les bateaux qui accostaient dans le port. Toutes ces lumières qui se déplaçaient dans la pénombre étaient pour eux une source de satisfaction que nul ne comprenait. En attendant ce grand moment, ils s’amusaient le long du port pendant que leur père lui vaquait à ses occupations dans son atelier.

A l’approche des bateaux, c’était l’effervescence, chaque employé se tenait à son poste et veillait à ce que tout se déroule sans incident. Obligés de se tenir en dehors d’un périmètre de sécurité, Jérémy et son frère admiraient ébahis, ce qui à leurs yeux était un véritable spectacle. Une fois à quai et correctement arrimés, les équipages qui ramenaient du poisson pêché au petit jour, les revendaient le long du port à une clientèle conquise auparavant. « Par ici du bon poisson frais » s’écriaient-ils. « Bels coulirous, belles dorades, vini ouè manmailles ! », (de beaux coulirous, de belles dorades, venez voir les enfants). Une fois le feu vert donné, le son des cornes de lambis retentissait dans le port comme le chant des sirènes dans le détroit de Messine en Sicile. Tous répondaient à l’appel pour s’offrir les plus belles pièces, c’était impressionnant. Ça se bousculait devant car chacun voulait être le premier à être servi. Le père de Jérémy lui ne se précipitait pas car étant employé du port, il connaissait pratiquement tous les bateaux qui y accostaient et avait droit à certains petits privilèges. Une fois leurs achats terminés, ils rentraient dîner à la maison où les attendait un petit plat que leur mère avait pris soin de cuisiner. Jérémy aimait particulièrement quand elle préparait du giraumon cuit avec des salaisons, dans lequel elle rajoutait du riz, le tout accompagné d’un court bouillon de morue, c’était pour lui un véritable régal.

Les week-end où son père était d’astreinte, contrairement à la semaine l’ambiance était détendue car le port était désert. L’écluse était vidée pour permettre à ceux qui séjournaient plusieurs semaines d’effectuer sur leurs bateaux des petits travaux d’entretien, de peinture ou autres. Son frère et lui en profitaient alors pour s’aventurer au fond du bassin à la recherche de petits poissons qui habituellement restaient prisonniers dans les quelques centimètres d’eau qui ne se vidaient pas. Celui-ci était accessible par des escaliers situés tout le long de chaque côté. Il y en avait au moins une douzaine avec chacun près d’une cinquantaine de marches. Pour attraper leurs poissons, ils fabriquaient des épuisettes à partir de filets d’oignons ou de pommes de terre qu’ils trouvaient sur place. Ce n’était pas le top, mais pour ce qu’ils avaient à faire c’était bien suffisant. Quand la chance leur souriait, il leur arrivait d’en attraper pas loin d’une dizaine. C’était de tous petits poissons qui mesuraient à peine cinq centimètres de long, mais leur taille importait peu, car ce n’était pour eux qu’une façon d’occuper le temps.

Leur père de son côté en profitait pour s’adonner à des taches personnelles auxquelles il ne pouvait se consacrer dans la semaine. Il passait des heures sur son tour à bois à sculpter des pieds de table ou de lit qu’il revendait pour des sommes dérisoires à ceux qui lui en faisaient la demande. En dehors de tout cela, il fabriquait parfois des pièces pour sa voiture quand celles-ci étaient défectueuses ce qui lui évitait d’avoir à la mettre au garage.

Bien qu’il n’ait jamais montré de côté avare, il n’était pas emballé par les dépenses qu’il appelait inutiles, car selon lui en dehors des vêtements, tout ce qui n’était pas comestible n’était pas indispensable.

A chaque rentrée scolaire, leur mère s’arrangeait pour leur offrir à tous des fournitures et des vêtements neufs. Elle était magnifique, toujours attentionnée, c’était une femme avec un cœur en or, une femme comme on n’en trouve que très rarement. Quand elle s’absentait de la maison, elle les confiait aux plus grands le temps de faire ses emplettes. A son retour, elle avait toujours en main une petite surprise pour chacun d’eux. S’il arrivait qu’ils n’aient pas été sages en son absence, elle savait comment s’y prendre pour régler le problème sans avoir recours à la ceinture ou à tout autre châtiment répressif. Malgré leur grand nombre, elle ne se laissait jamais envahir par une quelconque préférence pour l’un ou pour l’autre, tous étaient mis sur le même piédestal. Le dimanche ils allaient ensemble à l’église sauf leur père qui lui ne croyait pas en Dieu. Contrairement à lui, elle était une fervente servante du Seigneur, tous les jours elle allumait une bougie et s’agenouillait devant pour prier malgré l’indignation de son mari. Parfois il le tolérait, d’autres fois il se mettait en colère, tout dépendait de son humeur. Un jour, après l’avoir vue prier, il était parti de la maison en colère et avait eu un accrochage en voiture. A son retour, il s’en était pris à elle persuadé qu’elle était à l’origine de celui-ci. Jérémy n’y comprenait rien, comment lui qui disait ne pas croire en dieu pouvait penser qu’elle puisse avoir un tel pouvoir pour provoquer son accident. Malgré son jeune âge, tout ceci lui semblait contradictoire car s’il était vrai que le mal existait, le bien ne pouvait qu’exister lui aussi. Les seules fois où celui-ci ne disait rien pour les bougies, c’était le jour de la toussaint où chacun devait en allumer une pour honorer les morts. Tous les ans ils allaient tous ensemble sur la tombe de leur grand-mère ainsi que celle de leur arrière-grand-mère maternelle pour allumer un cierge sans qu’il ne trouve rien à en dire. Sur le chemin du retour, ils passaient rendre visite à un grand-oncle à leur mère qui vivait à quelques pas de là, dans la maison de leur arrière-grand-mère, là où leur mère avait vécu après le décès de ses parents. Jérémy se sentait bien dans cette petite maison sans pourtant y avoir jamais vécu. Malgré qu’elle n’ait rien de particulier bien au contraire, elle semblait dégager tellement d’amour qu’une fois à l’intérieur, il n’avait plus envie d’en sortir. Son père on ne sait pour quelle raison n’allait jamais sur la tombe de ses proches décédés malgré tout le bien qu’il en disait. Il semblait cependant avoir un grand respect pour les morts et c’était peut-être la raison pour laquelle il ne disait rien ce jour-là pour les bougies.

2

A l’école Jérémy était ce qu’on pouvait appeler un enfant sage et plein de vie, jamais un mot dans son cahier ni même une punition, une conduite plus ou moins exemplaire. Les maîtres d’école le qualifiaient souvent d’enfant timide car il avait tendance à se faire tout petit pour passer inaperçu, contrairement à la maison où il jouait souvent le rebelle. A cette époque tout semblait aller bien pour lui car il croquait la vie à pleine dent. Il partageait sa chambre avec son petit frère, une chambre dans laquelle il n’était pas rassuré le soir de dormir à cause de tout ce qui semblait s’y passer. Les bruits étranges qui se faisaient entendre ainsi que les silhouettes qui semblaient y déambuler, faisaient de ses nuits de véritables cauchemars. Alors se lever pour aller au petit coin lui était devenu impossible, ce qui obligeait sa mère à lui mettre dans le couloir de quoi se soulager pour éviter qu’il n’ait à faire le trajet jusqu’aux toilettes. En dehors de tout cela, les histoires rocambolesques qui faisaient la une des journaux n’arrangeaient rien à la situation car elles ne faisaient qu’attiser ses peurs.

Arrivé au collège, il avait complètement changé, il avait perdu cette joie de vivre qui l’animait et n’était plus du tout le même. Physiquement, il avait pratiquement doublé de volume et était devenu par la même la risée du collège. Ses formes plus ou moins enveloppées lui donnaient droit à toutes sortes de surnoms aussi humiliant les uns que les autres. A la piscine tous les regards étaient braqués sur lui le plus souvent accompagnés de remarques désobligeantes. En dehors de son poids qui lui causait constamment des troubles respiratoires, il traînait une bronchite chronique qui n’arrangeait rien à la situation. Pratiquement tous les mois, il se retrouvait chez le médecin à cause d’infections qui le fragilisaient et l’obligeaient à garder plusieurs jours le lit. Quand il était en crise, il passait des nuits sans sommeil à se tortiller à cause des difficultés qu’il avait à respirer. Sa mère passait son temps à faire des allers et venues dans sa chambre pour le masser avec une mixture dont elle seule avait le secret et qui semblait le soulager.

En grandissant, tout avait changé, toutes les humiliations qu’il avait subies à cause de son poids, l’avaient quelque peu déstabilisé. Constamment il était sur la défensive, laissant lentement la violence s’installer en lui jusqu’à devenir son seul moyen de défense. Alors quand il se trouvait dans l’incapacité de répondre par des mots aux provocations de ses camarades, il laissait parler ses poings, ce qui lui valait souvent des mots dans son carnet de correspondance. Il en avait assez de subir toutes ces humiliations sans réagir de peur du châtiment qui l’attendait à la maison s’il venait à se bagarrer à l’école. Il était alors devenu malgré lui l’opposé de celui qu’il avait jusque-là été, laissant la colère dominer ses émotions. En dépit de la peur qu’il avait de se faire gronder en rentrant chez lui, il se faisait justice lui-même et ce quel que soit les conséquences. En classe il souffrait de gloss phobie et se retrouver au tableau face à tous ces élèves qui n’attendaient qu’une occasion pour se moquer de lui le traumatisait. Face à tous ces regards mesquins, il avait des montées d’adrénaline qui provoquaient en lui d’étranges réactions. Les mains moites, la gorge serrée, plus aucun mot dès lors ne pouvaient sortir de sa bouche. Il regagnait alors sa place le visage recouvert de sueur marqué par la honte. Il entendait ricaner et se réjouir ses camarades à l’idée de ce qu’ils lui feraient subir une fois à l’extérieur, mais c’était mal le connaître car il n’était plus du tout le même et n’avait plus l’intention de se laisser faire. Il se retrouvait alors souvent dans le bureau de la conseillère d’éducation pour des bagarres qu’il avait provoquées. Il avait hâte de grandir et de terminer ses études pour que cesse enfin ce cauchemar.

La fin de son année scolaire fut soldée par un échec car il n’était pas parvenu à se concentrer sur son travail. Malgré les efforts qu’il avait faits pour s’adapter à la situation, la pression qu’il subissait était bien plus forte qu’il ne l’avait imaginée car elle le rongeait sans même qu’il ne s’en aperçoive. Au cours de cette même année, malgré son manque de conviction pour la religion, il avait fait sa communion solennelle, mais il se demandait si tout ce qui lui arrivait n’était pas une punition que Dieu lui infligeait pour avoir mis en doute son existence

Une nouvelle année était sur le point de commencer et il se devait de faire mieux s’il ne voulait pas sombrer. Même s’il n’était pas responsable de son échec, sa déception était la même car il se retrouvait dans une classe où pratiquement tous les élèves étaient plus jeunes à l’exception des redoublants. Sa fierté en avait alors pris un coup et il se devait de réagir au plus vite. Il avait alors décidé de ne plus se laisser intimider et de donner le meilleur de lui-même pour ne pas se laisser distancer par ces nouveaux arrivants. Il s’était alors fixé une nouvelle ligne de conduite en mettant de côté ses habitudes superficielles pour tenter de rattraper son retard. En à peine quelques temps, il était devenu quelqu’un de complètement différent car en dehors de ses cours il ne sortait plus et ne rigolait plus avec personne. Le visage froid qu’il affichait ainsi que la réputation de bagarreur qui lui collait désormais à la peau, faisaient fuir son entourage qui n’osait plus l’approcher. Après un nombre incalculable d’infraction au règlement de l’école, il était devenu celui dont tous les élèves craignaient les représailles. Cette étiquette bien que dégradante lui servait de bouclier pour éviter qu’il ne se fasse à nouveau chahuter par ses camarades. A partir de là, tout s’était mis à aller mieux pour lui car il n’avait plus sur le dos la pression de toutes ces moqueries dont il avait été victime. Ce nouveau visage semblait lui convenir car il lui permettait de tenir à distance tous ceux qui habituellement lui causaient du tort. En dehors du fait qu’il avait perdu l’excédent de poids qui lui portait préjudice, il avait muri et se sentait mieux dans sa peau et dans sa tête. Sans toutes ces moqueries, il avait enfin pu se mettre au travail et leurs prouver à tous ce dont il était capable. Les résultats ne s’étaient pas fait attendre car il avait passé un excellent premier trimestre avec des moyennes pratiquement toutes au-dessus de quinze. Tous chez lui étaient étonnés de ce revirement de situation auquel ils ne s’attendaient mais n’osaient pas lui en parler. Malgré tout il continuait à cultiver au fond de lui cette crainte du regard des autres, ainsi que cette hantise qu’il avait de se retrouver au tableau face à toute la classe. Malgré ses efforts, il n’arrivait pas à vaincre ses peurs, alors il se contentait de les canaliser afin qu’elles ne puissent plus le dominer ni le gêner dans son évolution. Il suivait pour cela des cours de relaxation qui lui apprenaient à réguler sa respiration afin qu’il ne se laisse plus envahir par le stress. Malheureusement tout cela n’avait duré qu’un certain temps, car malgré les efforts qu’il faisait, petit à petit le stress réussissait à reprendre sur lui le dessus. Il se retrouvait alors une fois de plus à la case départ prisonnier de son mal-être, exposé aux risques d’être la risée de tous s’il se trouvait pris de panique devant la classe entière sans parvenir à se contrôler. Il faisait de son mieux pour ne pas que cela arrive car il savait qu’il ne le supporterait pas. Alors tout en continuant à travailler comme il l’avait fait jusque-là, il s’était mis à sécher les cours qui l’obligeaient à se retrouver dans cette situation qui lui était inconfortable. Pendant pratiquement tout un trimestre, il avait raté un nombre incalculable d’heures mais ses résultats n’en avaient pas souffert, car il avait réussi à combler ses absences en redoublant d’efforts. Il avait ainsi pu garder la tête haute, fier d’avoir préservé l’image que les autres avaient de lui sans pour autant avoir un seul instant eu recours à la violence. Il avait de ce fait pu garder secret ce handicap qui lui rendait la vie impossible, mais il avait dû mentir à ses parents en leur faisant croire qu’il allait en cours alors que ce n’était pas le cas. Un mensonge en entraînant un autre, il avait pris l’habitude de signer lui-même ses justificatifs d’absences tout en étant conscient des répercussions que tout cela aurait sur la suite de sa scolarité s’il venait à se faire prendre. Malheureusement il ne pouvait plus faire marche arrière car son image en dépendait. Alors jour après jour il s’enfonçait dans les problèmes passant d’un mensonge à l’autre pour camoufler ses erreurs.

Mais comme tout a une fin, après avoir été convoqué par la conseillère de l’Établissement pour ses absences répétées, ses parents avaient fini par tout découvrir. Après une bonne correction et une semaine d’exclusion du collège, il devait retrouver le chemin de l’école sans qu’aucune récidive ne survienne dans le mois qui suivait s’il ne voulait pas risquer un renvoi définitif. Il était alors pris entre deux feux et ne savait que faire, continuer comme il avait commencé au risque de décevoir ses parents en se retrouvant définitivement exclu, ou retrouver le droit chemin quitte à être une fois de plus la cible de ses camarades. Il était désemparé, tout ce dont il était sûr c’est qu’il en avait assez de tous ces mensonges et de toute cette pression qu’il subissait et qui l’empêchait d’avancer. Comme tous, il voulait pouvoir étudier sans avoir constamment à se soucier de ce que les autres pensaient de lui ce qui était loin d’être le cas. Il devait alors au plus vite trouver une solution pour que tout aille dans ce sens sans qu’il n’ait à en souffrir car il avait compris qu’il devait apprendre à vivre avec son handicap plutôt que de chercher à le fuir comme il l’avait fait jusque-là. Il s’était alors résigné à regagner les bancs de l’école tout en sachant qu’il ne pourrait éternellement éviter de se retrouver dans une situation qui le mettrait mal à l’aise. Mais après quelques mois, ses efforts avaient fini par payer car ses retrouvailles avec le tableau s’étaient passées comme il l’avait espéré. Il avait ainsi pu profiter de la courte trêve que lui offrait la vie pour faire quelques pas de plus tout en sachant que cela ne durerait pas. Cependant, il n’avait qu’une envie c’était d’arriver au plus vite au terme de ses études pour ne plus avoir à subir tout cela. Il portait dès lors comme un fardeau toute cette pression qu’il subissait, persuadé que personne ne comprendrait. Plus le temps passait, plus il était mal dans sa peau, son mal-être avait pris de telles proportions qu’il...

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