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Le projet sociologique de Zygmunt Bauman

De
174 pages
Peu discuté en France et pourtant très connu à l'étranger, Zygmunt Bauman, sociologue prolifique, a développé une oeuvre dont la richesse et l'éclectisme peuvent parfois déstabiliser. Revenant sur son parcours depuis son engagement dans l'armée rouge jusqu'à son exil au Royaume-Uni, cet ouvrage restitue les fondements théoriques qui poussent le sociologue à utiliser la métaphore de la "modernité liquide" pour caractériser notre ère d'incertitude et de consommation.
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LE PROJET SOCIOLOGIQUE DE ZYGMUNT BAUMAN Vers une approche critique de la postmodernité
LE PROJET SOCIOLOGIQUE DE ZYGMUNT BAUMAN Vers une approche critique de la postmodernité
Logiques sociales Collection dirigée par Bruno Péquignot En réunissant des chercheurs, des praticiens et des essayistes, même si la dominante reste universitaire, la collection « Logiques Sociales » entend favoriser les liens entre la recherche non finalisée et l'action sociale. En laissant toute liberté théorique aux auteurs, elle cherche à promouvoir les recherches qui partent d'un terrain, d'une enquête ou d'une expérience qui augmentent la connaissance empirique des phénomènes sociaux ou qui proposent une innovation méthodologique ou théorique, voire une réévaluation de méthodes ou de systèmes conceptuels classiques. Dernières parutions Pascale MARCOTTE et Olivier THEVENIN (dir.),Sociabilités et transmissions dans les expériences de loisir, 2014. Guillaume BRIE,Des pédophiles derrière les barreaux. Comment traiter un crime absolu ?,2014. Maryvonne CHARMILLOT,Marie-Noëlle SCHURMANS,Caroline DAYER (dir.),La restitution des savoirs,Un impensé des sciences sociales ?, 2014 Les « Nouveaux » clowns, Approche sociologique de l’identité, de la profession et de l’art du clown aujourd’hui, 2014. Delphine CEZARD,Les « Nouveaux » clowns, Approche sociologique de l’identité, de la profession et de l’art du clown aujourd’hui, 2014. Christian BERGERON,L’épreuve de la séparation et du divorce au Québec. Analyse selon la perspective du parcours de vie, 2014. Jérôme DUBOIS et Dalie GIROUX (dir.),Les arts performatifs et spectaculaires des Premières Nations de l’est du Canada, 2014. Frédéric COMPIN,Traité sociologique de criminalité financière,2014. Yolande RIOU,Etre un maire en milieu rural aujourd’hui : témoignages d’élus du Berry,2014. Christian BERGERON,L’épreuve de la séparation et du divorce au Québec. Analyse selon la perspective du parcours de vie, 2014. Jean-Pierre DARRE,Parcours d’un sociologue, Objectivité et parti-pris, 2014. Dan FERRAND-BECHMANN et Yves RAIBAUD (dir.),L’engagement associatif dans le domaine de la santé, 2014. Régis MACHART et Fred DERVIN (dir.),Les nouveaux enjeux des mobilités et migrations académiques, 2014. Laurence FOND-HARMANT (dir.),Prévention et promotion de la santé mentale. Une alliance transfrontalière innovante, 2014. Abdessamad DIALMY,Sociologie de la sexualité arabo-musulmane, 2014. Chahnaz PARVANEH,La Femme Iranienne, tiraillée entre la tradition, la modernité et la postmodernité, 2014.
Simon TABET LE PROJET SOCIOLOGIQUE DE ZYGMUNT BAUMAN Vers une approche critique de la postmodernité
© L’Harmattan, 2014 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-03340-2 EAN : 9782343033402
REMERCIEMENTS
Ce livre est le prolongement directd’un mémoire de théorie politique, rédigé au cours de l’année 2012 au sein de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales. Je tiens ici à remercier Marcel Gauchet, qui a accepté de diriger mes recherches, ainsi que Bernard Manin pour la qualité de ses commentaires lors de la soutenance. Je suis également profondément reconnaissant envers Yves Couture, Stathis Kouvélakis, Razmig Keucheyan, Sophie Wahnich, Enzo Traverso, Dominique Vidal, Christian Laval et François Cusset, dont les conseils m’ont été précieux.
Je remercie ma famillepour m’avoir accompagné dans mes choix, ainsi que mes amis pour leurs encouragements répétés. Isabelle et Damien ont particulièrement contribué à l’existence de cet ouvrage, grâce à une relecture extrêmement assidue du manuscrit.Enfin, ce livre n’aurait pu voir le jour sansle soutien inestimablede Mathilde, dans ce projet de vie qu’est la recherche. Ce livre est dédiéaux mémoires d’Antoine, Pierre, Guillemette et Francis.
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INTRODUCTION De nombreux sociologues et philosophes contemporains décrivent les transformations récentes des sociétés occidentales. Comparant les structures de classe, le rôle de l’État ou l’implication citoyenne entre la période contemporaine et la période des « Trente Glorieuses » (1945 1975), ces penseurs fontétat d’un renversement sociopolitique quasi-total. Au-delà duconstat commun d’une rupture profonde dans l’organisation des sociétés au cours des années 1970, plusieurs angles d’approchesont développés pour rendre compte de ces changements fondamentaux. Certains usent du vocabulaire de la postmodernité : à la suite 1 de Jean-François Lyotard , de nombreux auteurs ont employé ce terme pour caractériser notre société contemporaine. Mettant en avant des facteurs structurels de «changement d’époque», comme l’érosion des grands discours servant à interpréter le 1 Lyotard, Jean-François,La Condition postmoderneRapport sur le savoir, Paris : éditions de Minuit, 1979.
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monde, l’effritement des responsabilités sociales dû à un individualisme croissant, la détraditionalisation des individus et la fragmentation du monde social que celle-ci implique, ces auteurs font référence à un mouvement historique inéluctable. Leurs analyses stipulent en effet que notre condition contemporaine est l’aboutissement d’un processus sociopolitique dans lequel l’individualisme démocratique joue un rôle primordial. En mettant en avant de tels facteurs, ces auteurs contribuent à une meilleure compréhension de notre situation sociale contemporaine, tout en favorisant une certaine résignationà l’égard de cet état de fait.
D’autres, au contraire, rejettent cette approche et utilisent des grilles d’analyse héritées du marxisme pour rendre compte de ces changements. Ce faisant,ils privilégient l’étude des nouvelles formes d’oppression véhiculées dans nos sociétés, les techniques économiques et idéologiques destinées à délégitimer l’action étatique, ou encore l’exacerbation des antagonismes sociaux sapant les fondements d’une véritable citoyenneté. Ainsi, loin d’imputer ces transformations sociales à des phénomènes structurels, ils insistent plutôt sur des processus conjoncturels, dont l’origine est à trouver dans les décisions politiques de ces dernières décennies. Si cette approche permet de cerner de manière adéquate les nouveaux rapports de force sociaux qui structurent désormais les sociétés contemporaines, elle semble pourtant donner une vision parfois dichotomique des structures sociales, négligeant ainsi l’évolution commune des individus contemporains.
Ces deux axes d’étude, rendant compte des mêmes phénomènes sociaux et pourtant très différents, ont largement structuré les débats sociologiques et philosophiques des dernières décennies. Polarisées entre postmodernité et théorie critique, ces pensées de la « théorie sociale » bénéficieraient grandement de complémentarité et de rapprochements théoriques, afin de faire émerger de nouvelles grilles d’analyses.
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L’apport d’auteurs étrangers, ayantpour certains vécu une expérience migratoire, est précieux à cet égard. Le sociologue Michel Freitag a de ce point de vue ouvert une brèche : Suisse d’origine et émigré au Québec, où il a contribué à fonder «l’école de sociologie de Montréal », ce penseur a développé une sociologie aux confins de l’étude de la postmodernité et de la théorie critique. Récemment disparu, son œuvre a notamment été diffuséeen France par l’intermédiaire d’Alain Caillé et du Mouvement Anti-Utilitariste en Sciences Sociales (MAUSS), tous deux attentifs à ces rencontres de paradigmes. Un de ses ouvrages est intituléL’oubli de la sociétésous-titré et « Pour 2 une théorie critique de la postmodernité »: c’est précisément dans cette posture que se place la présente étude. Celle-ci vise à insérer l’œuvre, moins connue en France, du sociologue Zygmunt Bauman dans cette tradition de sociologie ouverte et transversale, si nécessaire à l’étude de notre temps.
Polonais d’origine et émigré en Angleterre, Bauman réalise la majeure partie de sa carrière en tant que professeur de sociologie à l’Université de Leeds, où il estinstallé depuis 1972. Sa vie est marquée par le totalitarisme, qu’il vit de l’intérieur dans la Pologne de l’après-guerre jusqu’en 1968, puis par le consumérisme dominant qu’il constate dans la société britannique à partirdes années 1980. Son œuvre traverse ainsi la seconde moitié du 20e siècle et parcourt le continent : elle s’appuie sur un dialogue entre son passé de citoyen au sein du «bloc de l’et sa situation présente de consommateur auEst » sein du « monde libre ». Analysant les deux avec un regard acerbe, ce sociologue anglo-polonais accuse à la foisl’itinéraire individualisant de nos sociétés et le renouvellement des instruments de domination. Il apparaît alors comme un théoricien pluriel, mêlant au constat de la condition postmoderne des individus contemporains une étude détaillée des nouveaux obstacles à l’émancipation humaine.
2 Freitag, Michel (avec la collaboration d’Yves Bonny),L'oubli de la société. Pour une théorie critique de la postmodernité, Québec : Presses Universitaires de Laval & Rennes : Presses Universitaires de Rennes, 2002.
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