Le regard d'un ex-maquisard sur le maquis de Pôle Emploi

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L'auteur est embauché à la hâte en avril 2009 pour un job, par Pôle-Emploi,
et expédié sur un site Assedic. Ce récit est le fruit de son expérience en tant que conseiller à l'emploi avec un contrat précaire de six mois au Pôle-Emploi. C'est la chronique d'une violence devenue hélas «ordinaire». Un voyage dans le maquis de l'Assedic où le peuple des chômeurs et celui des conseillers (surnommés les liquidateurs) s'affrontent tout en subissant le dysfonctionnement d'un système qui veut tout contrôler.
Publié le : mardi 1 mars 2011
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EAN13 : 9782296455276
Nombre de pages : 208
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Le regard d’un ex-maquisard sur le maquis de Pôle Emploi
Raphaël-Karim DJAVANI Le regard d’un ex-maquisard sur le maquis de Pôle Emploi La chronique d’un ex-agent de l’Assedic L’HARMATTAN
Du même auteur, aux Editions Flammarion L'Enfant du blé, 2005. Allah et moi, 2007. Lettre ouverte aux fanatiques(adaptation deAllah et moi), au Théâtre de Poche de Bruxelles, 2009. © L'HAR M ATTAN, 2011 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-54116-0 EAN : 9782296541160
Sommaire
Prologue .............................................................................7Acte I : notre mission : simplifier le travail .......................9 er 1 avril 2009 ..................................................................9 Jeudi 2 avril..................................................................13 Samedi 4 avril. Visite de mon futur site : vue de l’extérieur .....................................................................16 Lundi 6 avril.................................................................17 Mardi 7 avril ................................................................29 Mercredi 8 avril............................................................35 Jeudi 9 avril..................................................................39 Vendredi 10 avril .........................................................46 Deuxième semaine ou l'infidélité des hommes. ..........61 Itinéraire d'une chef .....................................................67 e 3 semaine ....................................................................69 3949, je l'ai testé pour vous..........................................71 e 4 Semaine....................................................................73 La perte de contact humain et le manque de dignité...74 Vent de panique et d’excitation chez les liquidateurs et les placeurs...................................................................79Acte II : Rien n'est sûr mais tout est possible ..................95 Formation à Noisy scène I ...........................................95 Visite médicale.............................................................97 Noisy, scène II .............................................................99 Formation ATT ..........................................................104 Fin Mai : la déclaration mensuelle ou le pointage ...108 Accueillir est-il français ? ..........................................116 Fin juin, réunion du service : .....................................118 En souvenir de Ma Cocotte........................................128 er 1 juillet .....................................................................131 5
Mi Juillet ....................................................................132 Fin Juillet ...................................................................134 07/09, un petit pot ......................................................136 La pluie d'été ..............................................................138 3949, mon amour, ou le numéro qui passe mal ........141 Le Pôle Emploi et la sous-traitance ...........................146 Fin Août .....................................................................148 ATT, 24/09/09............................................................150 MA, MA, MA ............................................................154Acte III : Fusionnellement vôtre ....................................165 Lundi 28/09 ................................................................165 Le fiasco de la fin s'approche.....................................169 Le 5/10/09 « Partir un jour sans retour ! » ................171 Fusion.........................................................................178 En guise d'une évaluation ..........................................183 Lundi 12/10/09...........................................................188 20 /10/2009 ................................................................189Epilogue .........................................................................195
Prologue
« Rappelle-toi Barbara, il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour-là... Et tu marchais ruisselante...». Et si l'auteur de ces mots était aujourd'hui parmi nous, il écrirait : « Rappelle-toi Barbara, il pleuvait sans cesse sur la France des chômeurs en ce début de l'année 2009 ». Vous vous souvenez probablement de cette période. Il n'y avait que ça sur toutes les lèvres. Il se trouve que j'avais alors un travail à mi-temps avec les enfants tout en étant sur la liste des demandeurs d'emploi car j'en cherchais un autre à temps plein. Vous me direz que travailler est sain et nécessaire, qu’un boulot tisse des liens, rapproche les uns des autres. C’est bien ce que je préfère : me rapprocher des autres. Ceci dit, travailler à l’Assedic ne m’avait jamais fait fantasmer. Mais, que voulez-vous, quelquefois il faut y aller parce qu’on a tout simplement envie et besoin de gagner sa vie, surtout en ces temps de « cerise sur le gâteau » où les salariés sont jetés dehors du jour au lendemain, après toute une vie de bons et loyaux services. « Immédiatement disponible », c’est ce que je mettais en évidence dans mes recherches d’emploi. Je n’y suis pas allé comme un grand reporter avec l’idée de voir de ses propres yeux ce qui se passe et de le décrire par la suite, ni comme un espion de l’ANPE à l’Assedic. Non, j’y étais pour un travail ordinaire, « normal », suite à une campagne de recrutement lancée en urgence pour remédier un peu à la montée spectaculaire du chômage : plus de 4 millions dans ma chère France, une personne sur dix de la population active.
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Accompagner les demandeurs d'emploi était, et est toujours, un thème qui me tient à cœur. Je sais de quoi je parle puisque j’étais moi-même au chômage partiel avant de devenir conseiller à l'emploi au sein de l’ANPE en 2004, puis en 2009 au pôle-emploi sur un site d'Assedic. Au fil de l’eau, des rencontres avec le peuple chômeur, je me disais parfois : « Et si quelqu’un pouvait se lancer, à l’instar d’un détective, dans une sorte d’enquête sur une institution « déclarée d’utilité publique ? » Quelqu’un qui aurait de la conviction et du temps à y consacrer... Cette idée m’a tenu en laisse jusqu’à la fin de mon contrat. Au final, je me suis dit, pourquoi ne pas me lancer moi-même, nourri de mes observations et de mes notes prises, dans ce voyage social, basé sur le quotidien d’un site Pôle Emploi (il est bon de signaler que les noms et les détails personnels ont été modifiés afin de préserver l’intimité des agents, ainsi que les noms des endroits où j’ai occupé un emploi). L’idée qui m’a conduit à l’écriture de ce texte, en tant que simple salarié, a donc germé dans des circonstances relativement tendues et confuses. Elle s’est par la suite concrétisée, au fil des jours, et des rencontres rythmées par le flux incessant des chômeurs et des relations en entreprise, en l’occurrence Pôle Emploi, où un vent d’excitation et de panique se mêlaient, où la salle d’accueil vibrait aux rythmes des allées et venues des clients.
Acte I : notre mission : simplifier le travail
er 1 avril 2009
Ce matin-là, je me suis réveillé avant l’heure et j’ai ouvert la fenêtre. Il fait doux et un soleil magnifique répand ses rayons dans le ciel de Paris, sur les visages et réchauffe le cœur des graines. Quelques heures plus tard, je monte d’un pas tranquille la rue Sainte-Marie à Créteil. Suite à ma candidature pour un poste de « conseiller à l’emploi » et une pré-sélection sur dossier, Pôle Emploi m’a vite convoqué. Je pars donc pour un entretien d’embauche, pour un CDD de 6 mois, un job quoi ! Je suis confiant, je sais qu’une fois face à mes interlocuteurs je vais me débrouiller pour les convaincre, que tous mes sens vont s’éveiller pour les rassurer sur ma candidature. Alors, je m’encourage : « Si ça marche, ce sera un tremplin vers un emploi stable ». La veille, j'ai bien dormi, et au petit matin je me suis rasé, habillé en soignant mon aspect visuel. N’ayez crainte, je n’ai rien de choquant vu de l’extérieur, sauf que certains ont comme une sorte d'obsession à me vouloir me « classer, caser, situer... » parmi blanc, noir, encore jaune bronzé. Néanmoins, je crois parler aussi bien que vous avec un accent qui veut, bien malgré moi, dire : « je viens d’ailleurs, de loin, de très loin ». Un DRH m’avait un jour proposé de faire deux CV dont un où j’aurais pu dire que j’étais un résistant contre… Non, merci, je cherche un 9
travail dans des conditions normales, ce qui est l’occasion en ces temps de crise. Bref, j’étais prêt à jouer le jeu, à mobiliser toutes mes capacités lors de cet entretien. J’en connaissais les règles de conduite : rester naturel, se montrer disponible et dynamique, et si un incident survient ne pas perdre pied, cela fait partie du jeu… C’est en pensant à une naissance particulière pour moi que je me suis présenté à l’accueil avec dix minutes d’avance. J’y obtiens un numéro et attends. Il y a plusieurs candidats avant moi. Cinq minutes après, un homme apparaît en appelant mon numéro. Il m’invite à le suivre et à rentrer en premier dans un bureau. Je me retrouve à quelques mètres d’une femme qui me passe en revue des pieds à la tête comme si elle me fouillait, me scannait. Je suis son regard insistant sur moi, me demandant si j’ai bien fermé ma braguette et m’arrête devant elle. « Asseyez-vous, je vous en prie », dit-elle en se présentant d’une manière aussi évasive que son collègue. Puis l’entretien d’embauche démarre. Je devine assez vite qu’il y avait une répartition des rôles ; l’homme, la quarantaine, un ex-ANPE, pose des questions en sniffant de ses narines et la femme, la quarantaine également, certainement une ex-Assedic, observe mes gestes tout en jouant avec son stylo. C’est une jolie femme dynamique et posée, avec une prestance évidente. Je calcule mentalement la distance avec mes recruteurs, adapte le volume de ma voix en fonction, puis retrace très brièvement mon parcours professionnel et annonce le pourquoi de ma
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