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Le retour de la celtitude

De
186 pages
L'ancrage du patrimoine celte ne cesse de fasciner au point de faire émerger des héros de B.D. mondialement connus (Astérix et Obélix), d'inspirer des romans adaptés au cinéma (dont Le Seigneur des Anneaux) connaissant un important succès commercial, d'influencer l'univers musical, et d'inciter notamment aux réinterprétations modernisées du répertoire celtique traditionnel (Tri Yann, Manau, Nolwenn Leroy). L'auteur analyse dans cet ouvrage les raisons qui ont conduit à un tel engouement.
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LE RETOUR DE LA CELTITUDE
De Brocéliande aux fées stars
Série Études culturelles
Le retour de la celtitude De Brocéliande auxfées stars
Isabelle PAPIEAU
LE RETOUR DE LA CELTITUDE
De Brocéliande auxfées stars
Illustration de couverture : dessin d’Isabelle Papieau, création Photo Morlet
© L’Harmattan, 2014 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-03235-1 EAN : 9782343032351
INTRODUCTION La« celtitude »ou la sensation d'appartenir à la culture celte, dépasse aujourd'hui le cadre des pratiques socio-culturelles, le champ musical traditionnel pour pénétrer l'univers cinématographique et celui dushow-business... Nous connaissons le succès commercial de la trilogieLe Seigneur des Anneauxconstruit sur une qui, revivification des valeurs des mythes et de la signifiance des valeurs nord-européennes (dont des références celtes et arthuriennes), totalisa de 2001 à 2003 et pour chacun de ses trois films, pratiquement 7 millions d'entrées. Quelque dix ans plus tard, l'albumBretonneinterprété par Nolwenn Leroy et empreint de consonances celtes, se vendra à raison de plus d'un million d'exemplaires... Nous assistons au retour en force d'un courant puisé aux sources d'une culture qui sut séduire de façon transgénérationnelle et qui conquiert dorénavant un public élargi à des franges de population non forcément bretonnantes, voire un public adolescent.  Lamédiation de nouvelles créations émergentes, d'images et de musicalités inspirées de l'héritage d'une esthétique celte, projette dans la lumière, des concepteurs, cinéastes (englobant des réalisateurs d'heroic fantasy), artistes, qui ont modelé à son apogée une romantisation de cette esthétique cimentée sur des strates d'Histoire identitaire et que réinterprète l'imaginaire.  Del'oralité à l'écriture, l'évolution du mode de transmission des mythes celtes atteignant le stade e scriptural (dès le VIIsiècle ap. J. C.), a permis la consolidation et la valorisation du patrimoine légendaire celte : respectivement distancés de la domination romaine et non assujettis à la souveraineté des envahisseurs, l'Irlande et les cantons les plus reculés du Pays de Galles 7
vont ainsi pérenniser l'ancrage des textes issus de la tradition celte, que la christianisation de la globalité des îles britanniques va alors démythifier et dont elle va permettre moralement la retranscription écrite sans 1 sacrilège .De ce dispositif d'écriture, émergeront alors, e e aux XIet XIIsiècles, un ensemble de récits irlandais conçus dans un registre linguistique détaché de la langue celtique, mais reflets de la christianisation et un ensemble de récits gallois convergeant autour du fabuleux roi 2 Arthur . Ciblant la classe chevaleresque, ces textes gallois — rédigés au Moyen Age et promouvant des légendes qui couvrent aussi bien l'île de Bretagne (appellation de la Grande-Bretagne par les historiens avant la fin de la phase médiévale britannique) que la Petite-Bretagne présentevont constituer la «matière de Bretagne» : une matière représentant la source celtique, eu égard à la source carolingienne des chansons de geste et prouesses martiales de la «matière de France» et à la transposition de la 3 littérature latine dans la « matière de Rome ».  Appropriéepar différents pays celtes (l'Irlande, 4 l'Angleterre, la France, voire la Russie ), la figure du roi Arthur ne cesse de fasciner. Valeureux héros des romans de La Table Ronde et protecteur de la foi chrétienne, Arthur incarne à travers le romanesque la glorification d'une matière celtique archaïque organisée autour de la quête sentimentale, spirituelle (que configure le Graal) et du magnétisme du Merveilleux : l'épopée chevaleresque passe ici par une mise en scène des épreuves, l'affrontement avec des monstres et la rencontre avec des fées, tantôt nourricières, tantôt envoûtantes (la Dame du Lac, qui y personnifie la fée des eaux, est issue de la tradition celtique même). Le Merveilleux est considéré comme une composante proprement bretonne repérée « plus littéraire » et objet d'humanisation, à la fois dans la 5 légende arthurienne et celle deTristan et Iseut: une 8
légende de Tristan conçue dans le Pays de Galles ou en Cornouailles, recueillie par les trouvères Béroul et e Thomas, à la fin du XIIsiècle, puis qui connut une grande vague de succès dans toute l'Europe.  Aubas Moyen Age et outre les riches manuscrits louant les valeurs chevaleresques, des productions à connotation arthurienne qui atteignent désormais une population bourgeoise et ne sont plus réservées à la seule sphère élitiste du mécénat, contribuent à transcender la 6 légende :une légende certes forgée notamment au Pays de Galles, mais transcrite à travers une littérature rédigée d'abord en langue française (à l'intention notamment des Comtes de Champagne), puis adaptée en langues étrangères (l'écrivain anglais Sir Thomas Malory traduisit, e transposa au XVsiècle les premiers romans français du cycle d'Arthur) et se propageant alors en Italie, Espagne et 7 Europe du Nord. Avec l'invention de l'imprimerie et notamment l'impact d'Antoine Vérard (grand imprimeur parisien qui édita particulièrement les premières éditions duRoman de la Rose etLa Légende dorée), les romans arthuriens vont connaître à la Renaissance une nouvelle impulsion en termes de diffusion ; par le prisme d'Une nuit d'été,le théâtre shakespearien sera, quant à lui, reconnu e comme l'élément dynamiseur, lors du XVIIsiècle naissant, de la valorisation en Grande-Bretagne d'icônes 8 féeriques . Un renouveau de l'engouement arthurien éclora e puis s'épanouira en Angleterre, au XIXsiècle, sous l'influence retentissante de la peinture préraphaélite et de la poésie que marque l'œuvre du poète Alfred Tennyson, Idylls of the King, illustrée par Gustave Doré : le Romantisme dix-neuviémiste se conjugue alors avec une forme deRevival pourles mythes celtiques et réinspire une interprétation de l'univers des fées. L'opéra wagnérien célébrera en Allemagne la force de l'épopée arthurienne et de nombreux auteurs plus contemporains (dont Jean 9