Le révélateur

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Le narrateur est un petit Toulousain né dans une famille juive et communiste blessée par la déportation. Au fil des chapitres, l'enfant grandit. Les silences, les non-dits et les secrets des adultes le troublent, mais pas au point de lui faire perdre son humour et sa naïve lucidité. Avec sa soeur cadette, il scrute les clichés de famille jusqu'à tomber sur celui d'une petite fille inconnue : un secret de famille qui le poursuivra pendant toute son adolescence.
Publié le : mardi 1 octobre 2013
Lecture(s) : 10
EAN13 : 9782336328195
Nombre de pages : 210
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Collection Récits
Marc DANZON
Le révélateur ou le roman d’un drôle d’enfant juif et toulousain d’aprèsguerre Récit
Le révélateur
Rue des Écoles Le secteur «Rue des Écoles» est dédié à l’édition de travaux personnels, venus de tous horizons: historique, philosophique, politique, etc. Il accueille également des œuvres de fiction (romans) et des textes autobiographiques. Déjà parus Khazinedjian (Albert),Fadila,Quand un monde s’effondre,2013. Guillaud (Gilles),La promesse du présent, 2013. Jaffrézou (Raymond),Heureux qui comme Ulysse… Récit de voyages, 2013. Jamet (Michel),Trente photos plus une, 2013. Chalayer (Maurice),Mes apprentissages. De l’apprenti au raconteur d’histoires…, 2012. Bloeme (Jacques),L’Europe médiévale en 50 dates. Les couronnes, la tiare et le turban, 2012. Jacques- Yahiel (Simon),Ma raison d’être, 2011.Morin (Nicole),Entre-deux (roman), 2011. Peyneau (Nathalie),La tactique du bonheur, 2011. Chartrain(Jean-Louis),Sur le pré vert, 3 lignes pour le 15, Les haïkus du rugby, 2011. Anderson (René-Jean),Le Stylibroscope, 2010. Lesparat (Jacques),Aubépine Brugelade,2010. ^^Ces douze derniers titres de la collection sont classés par ordre chronologique en commençant par le plus récent. La liste complète des parutions, avec une courte présentation du contenu des ouvrages, peut être consultée sur le sitewww.harmattan.fr
Marc DANZON
Le révélateur ou le roman d’un drôle d’enfant juif et toulousain d’après-guerre Récit
Du même auteur Le Cordon. Mémoires familiales de la Shoah, L’Harmattan, 2012 © L’Harmattan, 2013 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-01719-8 EAN : 9782343017198
L’enfant a un avenir, mais il a aussi un passé : des événements mémorables, des souvenirs, de nombreuses heures de réflexion solitaire sur des thèmes essentiels. Janusz Korczak dansLe droit de l’enfant au respect(1928)
Mes mains tremblaient tellement que j’ai dû m’y reprendre à plusieurs fois pour glisser la pellicule dans les spirales de la cuve. Mais j’ai gardé mon calme pour mettre toutes les chances de mon côté. À la troisième tentative, j’ai senti que le film progressait sans à-coups dans les volutes. J’ai poussé un « ouf» de soulagement quand la fin de la pellicule s’est positionnée au bon endroit. L’inventeur de la Superinox Universelle est peut-être un grand génie mais il doit avoir l’esprit sacrément tordu pour imposer des manipulations aussi compliquées, à effectuer en plus dans l’obscurité totale de la chambre noire. Je l’insulte chaque fois que le film se bloque dans une de ces satanées spirales. Inutile de forcer en tirant ou en poussant, ça ne marche jamais. Mais cette fois, je suis resté concentré sans m’énerver. L’enjeu était trop important. Après, tout s’est passé normalement jusqu’à la fin du tirage et je n’ai pas été déçu du résultat. On peut lire l’émotion sur les visages. Le noir et blanc, c’est idéal pour rendre l’ambiance. La couleur disperse l’attention. Par principe je n’en fais jamais. Je laisse ça aux touristes qui mitraillent. Moi je sélectionne, je prends mon temps pour saisir le bon moment et la bonne expression. Ça, c’est la théorie. La réalité, c’est que la chance joue aussi un grand rôle. Mais comme dit Tonton Willy, avec un bon œil et une maîtrise de la technique, on peut l’aider. Il y en a qui même avec de la chance, ne réussiront jamais un bon cliché. Le grand art, ce sont les portraits. Moi, je préfère les éviter parce que je les rate à peu près à tous les coups. Il y a toujours un problème de lumière ou d’expression du visage qui gâche le rendu. Pour les photos d’Israël, j’ai gardé la bonne distance. Pas de gros plan sur les visages, mais des cadrages plus larges qui saisissent mieux les rapports entre les personnes. En toute modestie, je suis plutôt fier du résultat. Sur toute la série du kibboutz, on voit bien qu’il se passe quelque chose d’important et de grave. Avec le Rollei la question des réglages est
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finalement assez simple. Le verre dépoli et la visée reflex font de la mise au point un vrai jeu d’enfant. La série dans le désert n’est pas mal non plus. Pour la première fois, j’ai utilisé un filtre UV pour atténuer la violence de la luminosité du soleil. Il faut dire que ce jour-là il tapait dur. La photo du tracteur en premier plan avec les tentes de bédouins au loin est digne de celles publiées dans Photo Magazine. Je crois que je vais l’envoyer pour le concours de la meilleure du mois. Le piqué et la profondeur de champ sont parfaits. L’image est nette de la conductrice du tracteur jusqu’aux tentes du campement. L’objectifZeiss du Rollei est incroyable. Avec un peu d’imagination, on pourrait même voir chaque grain de sable du désert. Personne en regardant ces photos ne pourrait se douter que j’avais un mal de ventre pas possible. Je ne sais pas si c’était à cause des émotions de la journée ou de la nourriture du kibboutz, mais des coliques comme celles-là, je n’en avais jamais eu avant. Un jour ordinaire, je me serais plié de douleur. Mais en de pareilles circonstances, il fallait rester stoïque. Je n’ai rien montré de mes souffrances. Je suis resté digne et à la hauteur de la situation. Je me suis même amusé intérieurement en pensant à un photographe d’actualité pris par une envie terrible d’aller aux toilettes en plein milieu d’un événement exceptionnel. Pour mon premier grand reportage, je ne pouvais pas me permettre de déclarer forfait. Les clichés d’abord, ce sera ma devise quand je serai grand reporter.
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La surprise
La photo que je préfère c’est celle de Maman quand elle était petite. Elle est au bord de la mer avec son papa, sa maman, son frère et sa sœur. Ils sont drôles avec leurs maillots de bain d’avant. On reconnaît bien Tatie Gisèle et Maman. Elles sont encore enfants, mais elles ont la même figure que maintenant, en plus jeune bien sûr. Les trois autres je ne peux pas les reconnaître parce que je ne les ai jamais vus. Ils sont morts pendant la guerre. Heureusement que Maman n’a pas été tuée elle aussi. Ça m’aurait rendu très malheureux. Cette photo, Maman la garde précieusement pas mélangée avec les autres. Ce matin quand j’ai appelé Maman c’est Papa qui a ouvert la porte de ma chambre. C’est la première fois que ça arrive. D’habitude quand je me réveille il est déjà parti au travail et le dimanche il fait la grasse matinée jusqu’à midi. Maman n’est pas là ce matin, elle a dû nous quitter pendant la nuit. Papa m’a dit qu’il avait une grande nouvelle à m’annoncer et qu’il me ferait la surprise pendant le déjeuner. Papa, il adore les surprises. Tous les dimanches j’ai droit à des aboiements pour me faire croire qu’un chien se cache dans l’appartement. Depuis le temps je sais que c’est de la blague mais ça lui fait tellement plaisir de penser que j’y crois que je fais semblant de hurler de peur. Ça lui donne l’occasion de me réconforter. Ça doit le rassurer. J’ai remarqué qu’il a toujours un petit sourire au coin des lèvres quand il raconte des bobards.Mais ce matin c’est pas comme d’habitude. Je commence à me faire du souci. Peut-être qu’elle ne se plaisait plus avec nous et qu’elle a décidé de nous quitter. Ce serait triste, mais quand même mieux que si elle était morte. Peut-être qu’ils l’ont déjà enterrée dans le
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