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Le sacrifice inutile

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324 pages
La fonction première de l’État moderne est d’assurer la protection de ses citoyens : de les protéger les uns des autres et de les défendre contre les adversaires extérieurs. Pourtant, les violences à l’égard des populations civiles, les génocides, nettoyages ethniques ou massacres organisés sont pour l’essentiel perpétrés par des États et, dans une large mesure, contre leurs propres citoyens.
Le présent essai montre que ces actes ne sont pas des accidents contingents, mais des événements inscrits dans la structure même de l’État. Par un saisissant retournement, ce dernier, ne pouvant plus faire de l’ennemi extérieur un bouc émissaire, s’est mis à multiplier les ennemis de l’intérieur. Cet affolement de la raison politique révèle l’échec de son mécanisme constitutif : le transfert de la violence vers des victimes acceptables.
Ainsi l’ordre politique moderne, censé remplacer le sacrifice archaïque, repose sur une économie de la violence de même nature, mais beaucoup moins efficace. Les sacrifices à la nation, à la cause ouvrière ou à toute cause transcendant l’individu sont, eux aussi, devenus inutiles. La violence politique s’avère incapable de donner naissance à un ordre stable. Cette autodestruction du politique est l’un des signes les plus inquiétants de notre temps.
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Le sacrifice inutile
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Paul Dumouchel
Le sacrifice inutile
Essai sur la violence politique
Flammarion
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Ouvrage publié sous la direction de Benoît Chantre.
Le présent essai a bénéficié du soutien de la fondation Imitatio (imitatio.org) et de l’association Recherches Mimétiques (www.arm.asso.fr).
© Flammarion / ARM, 2011. ISBN : 9782081241893
Pour René Girard et JeanPierre Dupuy
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REMERCIEMENTS
Ce livre n’aurait jamais vu le jour sans l’aide, le soutien, la patience et les encouragements de Benoît Chantre, édi teur hors pair et parfait interlocuteur. Lucien Scubla a lu, généreusement commenté et sévèrement critiqué l’ensemble du manuscrit dans sa première version. Grâce à lui ce travail est beaucoup moins imparfait qu’il ne le serait autrement. Enfin je tiens à remercier pour leurs cri tiques, leurs commentaires, leurs conseils, et souvent pour de longues discussions, Marc Anspach, Mary Baker, MariaStella Barberi, Daniel Bell, Daniel Bougnoux, Luisa Damiano, JeanPierre Dupuy, Antoine Garapon, Reiko Gotoh, Marcel Hénaff, Sergio Manghi, Geping Niu, Masachi Osawa, Wolfgang Palaver, Stefano Tomelleri, Shi geki Tominaga, Hiromi Tomita et Kozo Watanabe.
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INTRODUCTION
Le salut public La fonction première de l’État, selon la philosophie politique moderne, est d’assurer la protection de ses citoyens. Elle est de les protéger les uns des autres et de les défendre contre les ennemis extérieurs. Néanmoins, les violences contre les populations civiles, les génocides, net toyages ethniques, massacres sont pour l’essentiel perpétrés par des États et, dans une large mesure, contre leurs propres citoyens. Au Cambodge, au Rwanda, en Turquie, en Russie, en Argentine et au Chili, l’État est pendant un moment devenu le pire ennemi de ceux qu’il avait pour fonction de protéger. Le régime nazi, de même, a com mencé par tourner sa fureur contre sesproprescitoyens, communistes et autres ennemis politiques, en liquidant ceux d’entre eux qu’il jugeait « inadéquats », avant de diri ger vers l’extérieur sa folie exterminatrice. Que les États soient violents dans leurs rapports les uns avec les autres et qu’ils utilisent parfois la force contre leurs citoyens est banal et trop fréquent. Ici, cependant, il s’agit d’autre chose, le scandale vient de la contradiction entre ce qui constitue la fonction officielle de l’État, la protection de
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LE SACRIFICE INUTILE
ses membres, et des politiques qui visent l’extermination d’un très grand nombre d’entre eux. Certes, il n’y a pas véritablement decontradictionentre ce qu’enseigne une théorie et ce que pratiquent parfois des États, tout au plus une tension et un paradoxe au sens 1 original du terme . La fonction protectrice de l’État, pourtant, n’est pas simplement théorique. En interdisant la vengeance privée et en se réservant le droit de recourir à l’hostilité pour résoudre les conflits, l’État assume le rôle de défense des citoyens. Il y a même de bonnes raisons de penser que ce rôle est constitutif de l’État moderne 2 « détenteur du monopole de la violence légitime », comme l’écrivait Max Weber. Les violences massives com mises par les États contre leurs propres citoyens consti tuent en conséquence une singulière perversion de l’ordre politique. Conçu et institué pour maintenir la paix inté rieure et assurer la défense contre les ennemis extérieurs, voici que l’État se retourne contre ceux qu’il devrait proté ger et fait de leur destruction son objectif. L’étonnement face à ce retournement paradoxal constitue le point de départ de cette enquête sur les rapports entre violence et politique. Comment comprendre que l’État entreprenne de détruire ceux qu’il a pour fonction de défendre ? Les génocides, les nettoyages ethniques et les massacres admi nistratifs ne sontils que de malheureux accidents, des ratés du politique, ou ces inversions meurtrières de la fonction primordiale de l’État sontelles des phénomènes dont l’éventualité est profondément inscrite dans l’institu tion moderne du politique ? Il faut prendre au sérieux la thèse classique selon laquelle l’État a pour fonction première de nous protéger
1. Paradoxe : « paradoxa », ce qui est extérieur, contraire à la doctrine. 2. Max Weber,Le Savant et le Politique, Plon, 1959.
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