Le sauvage et le civilisé au siècle des Lumières

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Simultanément historien, ethnologue des récits de voyages et sociologue du monde moderne, l'auteur met en exergue la brûlante actualité du siècle des Lumières. Il explique comment la découverte des autres sociétés a constitué une chance pour l'Europe qui, en s'appropriant "l'autre", a pu engendrer la nation américaine. Pour cela, elle a dû reconstruire son identité en regardant cet "autre" comme son miroir : le bon et sociable sauvage. Au prisme de la rencontre du sauvage et du civilisé, cet essai va aux origines de notre culture matérielle.
Publié le : mardi 1 janvier 2008
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EAN13 : 9782296185456
Nombre de pages : 84
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Le sauvage et le civilisé au siècle des Lumières

L'Harmattan, 2007 5-7, rue de l'Ecole polytechnique;

@

75005 Paris

http://www.librairicharmattan.com diffusion. harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
ISBN: E,\N 978-2-296-04416-6 : 9782296044166

Pierre-Noël

DENIEUIL

Le sauvage et le civilisé au. siècle des Lumières
Essai sur les origines de la culture matérielle

L'HARMATTAN

En hommage

aux travaux de :

Michèle Duchet, professeur de Lettres, auteur de Anthropologie et Histoire au siècle des Lumières (1975) ;

Robert J aulin, ethnologue des sociétés modernes, auteur de La paix blanche (1970), La décivilisation (1974), Les chemins du vide (1977).

Avec mes remerciements particuliers à Julien Denieuil, qui a assuré la conception graphique et la mise en page de cet ouvrage.

INTRODUCTION Au siècle des Lumières, l'Europe découvre d'autres sociétés qui constituent sa double chance: d'une part remettre en question en les relativisant, ses valeurs, ses mœurs et ses modes de gouvernement; d'autre part construire son identité par la domination et l'intégration des cultures e propos de ce court essai est d'illustrer les premières manifestations de la culture matérielle au siècle des lumières. Dans l'œuvre de Kant la notion de culture, employée jusqu'à lors au sens propre du labour de la terre, prend le sens figuré de disposition à raisonner et nécessité de cultiver ses penchants à la raison. Elle s'oppose en cela à l'immédiateté de la nature et de ses instincts, et devient par extension la capacité raisonnante à résoudre rationnellement des questions posées. Cette rationalité cognitive de la culture va au cours du XVIIIe siècle français s'enrichir d'une raison sociale et d'une dimension collective qui caractérisent l'état de société et de progrès. Elle se confond avec celle de civilisation, employée au singulier en ce siècle. La Civilisation signifie alors la sortie de l'ignorance et de l'irrationalité, elle s'oppose à la sauvagerie et à la barbarie. Le XVIIIe siècle se situe au cœur d'une approche anthropologique de la culture. Il construit son identité dans une intrication croisée entre le Soi Civilisé, mais encore irrationnel dans ses croyances puis barbare dans ses modes de gouvernement, et l'Autre Sauvage mais déjà rationnel dans sa sociabilité ou dans ses modes d'organisation économique. Il pose la question des fondements de la vie en société et de l'origine du lien social, et interroge la conscience naissante d'une culture

L

européenne à l'aune des cultures quotidiennement par les grands voyageurs de l'époque.

découvertes

L'Europe vivait à la fin d'un siècle et à l'orée d'un autre, entre 1 conscience» où l'ordre divin s'écroulait face au triomphe de la Raison. Cette crise de conscience et ce déchirement de l'identité européenne s'affirmaient dans la remise en question de ses mœurs et coutumes, de ses modes de gouvernement, du développement des arts et de l'industrie. Le révélateur en était les récits de voyages et les découvertes de nouveaux mondes, l'élargissement des frontières dans lesquelles le vieux continent allait se ressourcer par sa rencontre avec « l'Autre ».

1670 et 1720, ce que Paul Hazard a nommé une

«

crise de

Une autre époque s'ouvrait pour les hommes d'affaires, les historiens et les philosophes. Ils y reconnaissaient progressivement la déstabilisation d'un monde révolu et la naissance d'une société animée par la dynamique et le mouvement. Il leur fallait en premier lieu admettre le renouvellement de la carte du monde à la suite des premiers voyages. La religion, la politique, l'organisation des mœurs de la société classique y sont réinterprétées à la lumière d'exemples empruntés à d'autres sociétés. Ils introduisent un relativisme et hâtent la venue d'un ordre nouveau où le changement social à venir est perçu par référence à la diversité et à la spécificité culturelles. Le principe de relativité s'empare de cette période charnière de l'histoire de ce que l'on nommera l'Occident, de la vision du devenir des peuples et de leurs mouvements. Et c'est bien ce devenir que je veux interroger ici en questionnant les phénomènes d'acculturation en tant que processus de rencontres inégalitaires entre les cultures. Je traiterai en ce sens des représentations de l'Autre, dit le « sauvage», et de la Civilisation au siècle des Lumières. Je
,

Cf. Paul Hazard, La crise de la conscienceeuroPéenne: 1680-1715, Fayard, Paris, 1985.

Nouvelle

Ed.

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