Le Sentiment d'imposture - Prix de la Société des Gens de Lettres 2005

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Par « imposteurs », Belinda Cannone ne désigne pas les escrocs de la confiance, ceux qui en imposent ou qui usurpent une place. L'auteur décrit un sentiment très commun mais qu'on a toujours grand soin de cacher :  l'intime conviction de ne pas être celle ou celui qu'il faudrait être pour occuper légitimement la place dans laquelle on se trouve, et la crainte d'être démasqué. Si ce trouble met en cause l’identité, il n'engage pourtant pas la question : « Qui suis-je ? », mais à : « Suis-je celle ou celui que je devrais être pour me trouver à cette place ? ». Et toutes nos ambitions, quelle qu'en soit la  nature (professionnelle, amoureuse, existentielle, etc.). peuvent susciter cette inquiétude.  
En trente-six allègres chapitres qui vont de la littérature à la psychanalyse en passant par le cinéma, la politique ou nos expériences quotidiennes, cet essai propose récits et réflexions sur l'origine et les manifestations de ce sentiment d'imposture.
Publié le : mercredi 9 février 2005
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782702147375
Nombre de pages : 178
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Sommaire
Mauvais rêve
(Parenthèse programmatique
L’enfant
Collection Petite bibliothèques des idées
dirigée par Anne Dufourmantelle
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Cet ouvrage a obtenu le
Grand Prix de l’essai de la Société des gens de lettres
en 2005.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
© Éditions Calmann-Lévy, 2012
978-2-702-14737-5
DU MÊME AUTEUR
Romans
DERNIÈRES PROMENADES À PETRÓPOLIS, Le Seuil, 1990
L’ÎLE AU NADIR, Quai Voltaire, 1992
TROIS NUITS D’UN PERSONNAGE, Stock, 1994
LENT DELTA, Verticales, 1998
L’HOMME QUI JEÛNE, L’Olivier, 2006
ENTRE LES BRUITS, L’Olivier, 2009
 
Essais
L’ÉCRITURE DU DÉSIR, Calmann-Lévy, 2000 (Prix de l’essai de l’Académie française, 2001)
LA BÊTISE S’AMÉLIORE, Stock, 2007
 
Esthétique et critique littéraire
PHILOSOPHIES DE LA MUSIQUE, 1752-1789, Klincksieck, 1990
LA RÉCEPTION DES OPÉRAS DE MOZART, 1793-1829, Klincksieck, 1991
MUSIQUE ET LITTÉRATURE AU XVIIIe SIÈCLE, PUF, « Que sais-je ? », 1998
NARRATIONS DE LA VIE INTÉRIEURE, PUF, « Perspectives littéraires », 2001
L’ŒUVRE DE ZOLA, Gallimard, « Foliothèque », 2002
Belinda Cannone est romancière et essayiste.
Mauvais rêve
Tu rêves.
Tu viens d’arriver au château. Disons au château. La raison pour laquelle tu t’y trouves n’est pas claire : par hasard ? invité ? tu aurais une tâche à y accomplir ? Tu y es.
Tu ne t’y sens pas très bien, mais ce n’est encore qu’un sentiment diffus. Ensuite tu es près d’une table servie, entouré de convives. On te désigne un siège, tu t’y assois. Mais tu t’aperçois que les autres sont encore debout et tu devines que tu aurais dû attendre que la maîtresse de maison donne le signal. Tu te lèves vivement puis te rassois ensuite, ridicule, avec un peu d’affolement. Quelqu’un t’a-t-il remarqué ?
Devant toi, des tas de verres, de couverts aux formes étranges. Tu essaies de convoquer un vague souvenir des usages de la table, mais tu ne sais pas quand, comment te servir de tout cela. Le petit pain à ta droite, est-ce le tien ou celui de ton voisin ? La conversation roule tranquillement sur des sujets auxquels tu ne comprends goutte. Tu n’entends presque rien parce que tu sens tout ton être se contracter de minute en minute plus péniblement. On ne s’adresse pas à toi. Tu observes à la dérobée le comportement des autres. Ils ont l’air content, à l’aise. Toi, tu es dans la place où tu es convaincu de n’avoir pas ta place. Tu n’as rien à faire ici, même si tu te souviens que tu avais faim.
Tu penses que ce qu’on vient de mettre dans ton assiette est une sorte de poisson. Tu n’as jamais su manger un poisson sans que l’opération tourne au désastre. Tu espères que tes voisins n’ont pas remarqué que tu commences à suer. Tu t’essuies le front avec ta serviette. La dame en face de toi te lance un bref regard, réprobateur te semble-t-il, puis reprend la conversation.
Tu te dis qu’ils savent tous que tu es un intrus. Tu commences à guetter les regards, sans parvenir à savoir s’ils t’observent ou non. Un couple chuchote. Parlent-ils de toi ? Tu essaies de te raisonner. Tu as toujours rêvé d’être reçu au château. Tu ne te souviens pas si aujourd’hui tu as été invité, ni quand. Tu as pourtant, cela tu en es certain, fait tout le chemin jusqu’ici, tu te rappelles les arbres du chemin, les étoiles au ciel, le long sentier escarpé.
Tu essaies de faire bonne figure, mais la sueur coule dans tes yeux et tu as une pierre dans le corps. Tu sais bien que tu es un imposteur. Tu le sais.
(Parenthèse programmatique
Quand un mot n’existe pas, ou pas encore, c’est que l’objet qu’il désigne [désignera] n’est pour l’instant pas identifié. Ce dont tu veux parler n’a pas d’appellation. Or tu es persuadé que ce sentiment — puisqu’il s’agit d’un sentiment — est très répandu, mais obscur. Tu es donc obligé d’inventer un terme qui recouvre l’objet. Par ailleurs, tu vas être amené à décrire cet objet le plus précisément possible pour lui donner un contour ; décrire, c’est-à-dire détacher intellectuellement dans le continuum du monde un objet. Tu proposes, faute de mieux, de le nommer « sentiment d’imposture ».)
L’enfant
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