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Le sociographe 58. L'intervention sociale à l'épreuve de l'Islam

De

Présentation du numéro : De quelle manière est-il appréhendé ou contourné par les institutions ? De quelle façon les questions posées par la référence (ou la revendication) de nombreux jeunes à l’Islam dans le discours, les pratiques, les revendications, les usages impactent-elles les processus de réflexion, de gestion, de problématisation des institutions de l’intervention sociale et médico-sociale ?
Qu’en est-il, du point de vue de l’action de terrain (intervenants médicosociaux, cadres de l’intervention sociale, etc.), lorsque ces derniers rencontrent chez des personnes accompagnées ou dans des combinaisons communautaires (familles, quartiers, etc.) des
revendications ou des pratiques religieuses que la responsabilité professionnelle invite à recadrer par la laïcité des institutions de l’aide sociale et médico-sociale ? Comment démêler et reconstruire ce que des personnes perçoivent comme un conflit de valeurs en faisant de la laïcité une morale athée qui s’opposerait aux morales religieuses ? Où est la dynamique de l’émancipation et de la justice sociale en ce cas ? En même temps, loin de nous l’idée de faire croire que la religion musulmane pour ceux qui y croient ou qui la pratiquent dans l’hexagone est plus déterminante et aurait beaucoup plus de sens pour ses fidèles que les autres formes de croyance ou de valeurs ( la laïcité, l’hédonisme, l’argent, l’attrait de la modernité, le savoir...). Aussi, souhaitant ne pas enfermer « l’islam pluriel » (A. Rouadjia) dans une essence et le réduire à un bloc monolithique, il nous apparaît pertinent de nous interroger également sur la spécificité de l’islam transplanté, sur son caractère pluriel, voire même sur la diversité ethnique et nationale de ceux qui s’en recommandent.


Coordonné par Nordine Hamed Touil, sociologue, formateur en intervention sociale à l’IREIS Rhône-Alpes, membre du LIRDEF (EA 3749) - Université Montpellier


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Le Sociographe
 
Numéro 58 – Juin 2017
 
L’intervention sociale à l’épreuve de l’Islam
 
 
Champ social éditions

Sommaire

 

Éditorial

Islam et intervenants sociaux : entre attraction, répulsion, réflexions et ajustements objectivés

TENSIONS ET QUESTIONS

Islam et travail social. Les professionnels à l’épreuve

Le risque de danger à l’épreuve de la « question musulmane »

Travail social, islam, langue et loi Une éthique en devenir ?

ÉPREUVES ET RÉPONSES

Jeunes et Islam, de la prévention des risques à la radicalisation

L’infiltration du religieux dans le sujet et l’actuelle question musulmane

Repérer les idéaux proposés par les groupes radicaux pour refaire du lien humain

CONTEXTES PLURIELS

Actions caritatives et caractère religieux de l’intervention sociale en Algérie

La construction sociale des solidarités au Maroc : Contrôler l’Islam et gérer l’action sociale

Poursuite

Polygraphie

La guerre est une affaire trop sérieuse pour être confiée à des militaires

« Déracinez-vous » un festival ouvert à la différence

Les médiations artistiques dans le champ social et médico-social

Service(s) à la personne - Personne(s) au service de De la prise en compte de l’autre et de ses besoins à une démarche novatrice bien traitante !

Islam et travail social, entre valeurs et présupposés

Les fonctions de reproduction sociale du salafisme

Une soirée africaine Et autres (petits) récits…

 

Éditorial

« Votez pour moi ! »

Guy-Noël Pasquet

 

Au moment de l’écriture de cet éditorial, la campagne électorale bat son plein. Une campagne en ville somme toute, le salon de l’agriculture a fermé ses portes. Une campagne qui est une épreuve pour les candidats accablés, qui n’en est pas moins une épreuve pour les électeurs ! Cette cacophonie fait taire probablement un sujet qui aurait dû être celui de la campagne, les étrangers, la sécurité, l’Islam. Un bon « bouc émissaire » venu tout droit de la campagne, ces lieux désertés qui nous nourrissent, mais dont pas grand monde ne se soucis si ce n’est pour aller « au vert » durant quelques vacances. Les plaisirs sont exotiques s’ils restent lointains ! On y rencontre des « paysans », ces « provinciaux » rugueux et râleurs qui sentent le terroir. Celui qui est loin est celui qui sent.

Il serait tentant de pronostiquer un résultat électoral en prenant le risque que, dans quelques mois, ce pronostic s’avère une erreur. Ce serait pourtant suivre la logique de nos candidats, chacun répétant que voter pour lui, c’est s’assurer d’un devenir contenu dans un « programme clair » parce que les français doivent connaître « la vérité ».

Avec la vérité et le programme, nous pourrions nous croire dans un logiciel ou un protocole de recherche. Dans la recherche scientifique, il s’agit de montrer que quelque chose est issu d’une cause, alors qu’en politique, il s’agit de dire qu’une action aujourd’hui assure les conséquences de demain. Dans le premier cas, il s’agit de retrouver la cause d’un phénomène ; dans le second, de pronostiquer les effets, les conséquences d’une action.

Dans cette pensée déductive où tout doit être expliqué, la cause est toujours l’explication d’une connaissance faisant de la cause un « bouc émissaire » ou une « religion ». « Embrasser la cause », des exclus par exemple, n’est au font pas si éloigné que considérer « l’étranger » comme la cause de tous les maux. La pensée causale est une pensée programmatique de connaissance parfaite entre les raisons d’une écriture d’un programme informatique et ce qu’il va produire comme conséquence lorsqu’il va être utilisé. Par exemple, je suis devant mon ordinateur, avec l’utilisation d’un logiciel de traitement de texte. Je peux demander à ce traitement des statistiques, combien de signes espaces compris, etc.

On peut se demander si un éditorial est fait pour dire quelque chose ou s’il s’agit de remplir un certain nombre de signes. Le lecteur peut se trouver quelque peu choqué d’une telle question, mais lisons-nous quelqu’un pour ce qu’il dit ou survolons-nous le texte comme pour pouvoir ensuite remplir nos conversations disant que nous avons lu ? L’auteur, comme le lecteur, est pris dans une sorte de confusion entre la fonction de l’outil et son usage. Souhaitons-nous connaître l’Islam pour ce qu’il est ou pour ce qu’il fait, ce qu’il expliquerait ?

Que faut-il écouter ? Que faut-il croire ? Qui dit vrai ? Après Trump aux États-Unis et ses fake news, les informations en France sur les « affaires », les « casseroles » de certains candidats, le « battage médiatique », le « système politico-médiatique », l’écoute est elle-même confuse où l’outil médiatique doit exister tout autant que le message qu’il relai.

Est-ce le média qui sert la parole des candidats ou les candidats qui servent les médias ? Est-ce l’étranger qui sert les candidats ou les candidats qui servent des propos (et propositions) étranges ?

Cette confusion entre les fonctions d’un outil et son usage traverse toutes les réalités sociales. Lorsqu’un chercheur fait son travail, le fait-il au nom de la vérité ou pour sa carrière ? Et la vérité qu’il découvre tient-elle à son outillage méthodologique où à sa fonction de chercheur qui a ses entrées dans les castes académiques des publications et des colloques, véritables organes « médiatico-scientifiques » de la « communauté des chercheurs » ? Ou encore, l’éducateur d’une mesure d’Action éducative en milieu ouvert (AEMO) fait-il son travail lorsqu’il est dans une famille ou en réunion avec l’Aide sociale à l’enfance ou le juge ? Lorsqu’il relaie la parole de la famille, n’est-ce pas sa parole qui est en jeu ?

Nous disons volontiers que nos sociétés sont en crise, il s’agit surtout d’une crise des représentations. Que représentons-nous ? À force de vouloir nous représenter nous-mêmes, je parie qu’on va finir par ne plus représenter grand-chose…

J’ai dépassé le tweet de 140 caractères, mais j’arrive doucement aux 5000 signes, je peux considérer que j’ai fait mon travail, que mon texte soit lu ou pas, peu importe ce qu’on peut dire, non ? Je veux croire que mon sarcasme sera déjoué par les évènements qui adviennent et que la vérité revienne à ce qui fonde le Sociographe : le témoignage. Il n’y a de vérité au fond que celle du témoignage : « je jure de dire toute la vérité, rien que la vérité… » ou le témoin n’est pas tant celui qui parle que celui qui est là au moment des faits et non dans leur représentation.

Le lecteur reste peut-être encore celui qui résiste en partie à cette crise de la représentation.

 

Islam et intervenants sociaux : entre attraction, répulsion, réflexions et ajustements objectivés

Présentation

Ahmed-Nordine Touil

 

Initialement, nous nous questionnions sur l'émergence de la « question musulmane » dans les sociétés occidentales, les formes d’hystérisation dans certains discours sur l’Islam et la manière dont cette religion s’invite dans les débats et pratiques de l’intervention sociale.

Force est de constater que les nombreux textes reçus appréhendent ces questionnements sous des angles plurielles, nous invitant à la prudence face au risque d’une forme d’essentialisation ou de réductionnisme - tout en soulignant la complexité des problématiques générées par une religion qui met régulièrement à l’épreuve les pratiques des professionnels de l’intervention sociale.

Parmi les auteurs, certains narrent combien ces professionnels se heurtent depuis de nombreuses années aux questions, parfois revendications liées à la question religieuse, alors même que - dès les années 1990, nombre d’entre eux se posaient déjà la question de cet investissement surprenant d’associations d’obédiences musulmanes sur la question du soutien scolaire, des loisirs, s’érigeant même comme conseillers en questions sociales. Soulignons au demeurant que c’est souvent avec la « bénédiction » et le soutien des collectivités territoriales, soucieuses de paix sociale, que ces dernières voisinaient et se légitimaient auprès des travailleurs sociaux. Ceci étant et avant les événements dramatiques qui ont bouleversé la France et ses habitants dans leur ample majorité, le travail social s’était déjà emparé de la question des dérives liées à l’islam radical, des actions de sensibilisation aux initiatives en matière de formation ayant été engagées au regard des problématiques qui « remontaient du terrain ».

 

Ce retour ou recours au religieux sur la scène sociale (Verba, 2016) émerge paradoxalement dans un mouvement national de sécularisation et l’islam semble occuper l’espace socio-politico-médiatique dans un contexte où dominait en France le catholicisme. Le terme islam lui-même est devenu progressivement un fighting-word - mot à forte charge polémique, qui agit du simple fait d’être prononcé (Pierre-Jean Simon){1}. Tellement d’ailleurs que le projet de ce numéro a longtemps été reporté, notre comité de rédaction ayant longtemps hésité -  le thème étant appréhendé comme « sensible ».

 

Ce numéro s’énonce donc comme un aboutissement et en même temps, une forme d’engagement et de responsabilité. Parce que les intervenants sociaux sont de plus en plus nombreux à déclarer être exposés au référentiel religieux des personnes qu’ils accompagnent, que leurs outils et parfois logiciels ne sont plus opératoires dans certaines situations, que les frontières de la liberté d’expression religieuse sont bousculées, parfois bafouées tant par certains professionnels que par des usagers, que la responsabilité des professionnels de terrain est clairement engagée par ce qu’ils mettent en place ou pas, tant face aux dérives que dans les modalités de prévention, l’urgence d’une réflexion croisées objectivée et multi-référencée (Ardoino) s’impose comme nécessaire.

 

Aussi, afin que ce numéro puisse modestement se constituer comme espace de débats et de ressources, nous l’avons partitionné en trois mouvements.

Le premier, tensions et questions, en esquissent le périmètre. Pour cela, Faïza Guélamine et Daniel Verba nous propose de cerner la manière dont les professionnels sont mis à l’épreuve quand Lionel Clariana conjugue le risque de danger à l’épreuve de la « question musulmane ». Shérif Toubal complète cette délimitation de notre objet en interrogeant sa dimension éthique, notamment dans le maillage réalisé entre le travail social, l’islam, la langue et la loi – démarche que Michel Perrier poursuit en saisissant la question des valeurs et des présupposés dans la mise en perspective de l’islam et du travail social.

Le second volet, épreuves et réponses, en conjuguent les approches. Celine Chantepy-Touil ouvre cette partie en nous décrivant comment elle-même et son équipe travaillent avec les jeunes et les familles la dimension de la prévention des risques à la radicalisation, démarche que Dounia Bouzar explore également depuis plusieurs années, lui permettant de nous exposer combien il est essentiel de travailler sur le repérage des idéaux proposés par les groupes radicaux pour refaire du lien humain. Fréderic Perez, privilégiant l’angle de la psychologie, nous décrit l’infiltration du religieux dans le sujet et l’actuelle question musulmane. Pour clore ce second mouvement, Sami Zegnani prend le parti de nous éclairer sur les fonctions de reproduction sociale du salafisme, en étudiant notamment les motivations des habitants des quartiers populaires convertis à ce mouvement hétérogène.

Le dernier volet s’inscrit dans un pas de côté, en saisissant notre objet dans des contextes pluriels, notamment en Afrique du Nord où intervention sociale et cadre religieux sont étroitement imbriqués. Ahmed Rouadjia nous décrit ainsi comment s’entremêlent actions caritatives et caractère religieux de l’intervention sociale en Algérie quand Ahmed Lemligui souligne la façon dont le Maroc traite les mêmes questions de manière complètement différente, notamment en mettant en tension contrôle de l’Islam et gestion de l’action sociale. Le numéro se clôt (ou s’ouvre) par une invitation à une soirée africaine et autres (petits) récits, Pierre Rosset nous proposant de traduire des mots comme aïd, musulmane, halal, prière, pain, foulard, tapis, etc., soulignant combien des termes ordinaires prennent une dimension extra-ordinaire quand le contexte les charge d’une dimension nouvelle - termes d’ailleurs que les professionnels de l’intervention sociale apprennent à conjuguer au quotidien pour certains.

L’appréhension par le verbe nous permet de rendre hommage ici à Malek Chebel, anthropologue de et sur l’islam, disparu le 12 novembre 2016 à Paris. Ce dernier n’a eu de cesse que de plaidoyer sur ces questions, pour un Eros contre Thanatos

 

« L'islam, à mes yeux, est une auberge espagnole. Vous venez et vous y prélevez ce que vous y voulez, selon vos intentions. Si elles sont bonnes vous trouverez les bonnes choses que l'islam propose au monde et à la civilisation. Si vos intentions sont mauvaises vous allez précisément y prélever des choses qui sont très circonstancielles et très précises, et tout à fait évidentes, dans le Coran et la sourate ». (Malek Chebel, invité de la Grande Table le 23 janvier 2015)

 

TENSIONS ET QUESTIONS

Islam et travail social. Les professionnels à l’épreuve

 

Faïza Guélamine

Sociologue, responsable de formation à l'ANDESI, membre associé à l'URMIS, Paris 7.

 

Daniel Verba

Sociologue à l'université Paris 13-Sorbonne Paris Cité et chercheur à l'IRIS (CNRS-EHESS-INSERM-P13).

 

Résumé : Conséquences d’une plus grande visibilité de l’islam en France, les travailleurs sociaux sont confrontés depuis deux décennies à des pratiques qui constituent pour eux une nouvelle source de questionnements et d’embarras. Qu’il s’agisse en effet de leurs rapports aux personnes accompagnées qui mobilisent des références confessionnelles ou bien de leurs propres collègues dont certains revendiquent ostensiblement leur appartenance à la religion musulmane, les travailleurs sociaux doivent composer avec un nouveau référentiel religieux qui les ramène aux racines chrétiennes du travail social dont ils avaient cherché à s’émanciper en se professionnalisant. D’où le rappel à l’ordre laïc qui s’exprime dans ce secteur où l’islam est vécu comme régressif pour la liberté d’expression et surtout le droit des femmes.

Mots Clés : Travailleurs sociaux ; Islam ; ordre laïc.

Islam and social work. Tested professionals

Summary: Consequences of a bigger visibility of Islam in France, social workers have been confronted for the past two decades by practices which, for them, are part of a recent series of questionings and embarrassment. Wether it be caused by their relationship to the people they accompany who refer to their beliefs or their own colleagues among whom some claim their obvious membership to the Muslim religion, social workers have to work with a new religious reference table which takes them back to the Christian roots of the social work which they had tried to emancipate themselves from by becoming professionals. This is why there is a secular call to order which expresses itself in this sector where Islam is lived as regressive for the freedom of expression, especially when it comes to woman's rights.

Key words: Social workers; Islam; secular order.