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Le sociographe hors série n°10. La protection de l’enfance

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Présentation du numéro : Ce numéro hors-série présente un tour d’horizon sur les activités de la protection de l’enfance. D’une approche des politiques de la protection de l’enfance, jusqu’aux pratiques et leurs évaluations en passant le management des établissements qui remplissent la mission, la protection de l’enfance est observée in vivo. C’est un regard in extenso que je voudrais affirmer ici. Une façon de penser la protection de l’enfance comme analyseur de la situation sociale plus large.
La protection de l’enfance est un service, autrement dit un choix politique inconditionnel de protéger les enfants. Le terme de « service » dérive du latin classique servus qui signifie l’esclave. Le service dit bien l’inconditionnalité de celui qui est au service qui se met en état d’esclave pour ses maîtres. Ici, les maîtres sont l’idée de la protection et les enfants protégés eux-mêmes. Non pas que l’enfant est le maître, mais que la valeur d’un enfant doit être maître de toutes nos activités pour le protéger. Et on peut dire en effet que l’enfant c’est la condition de la conservation de notre espèce. S’il n’y avait plus d’enfants sur la planète pendant 20 ans, notre espèce s’éteindrait comme tant s’éteignent chaque année. Aussi, protéger l’enfance, c’est protéger tous les enfants de manière inconditionnelle pour protéger notre propre reproduction.

Dossier coordonné par par Didier Wouters, Directeur adjoint Protection de l’Enfance de la Sauvegarde du Nord.


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Le Sociographe Hors Série numéro 10 La protection de l’enfance
Éditorial Service de protection
Sommaire
Présentation La merlette et le Gloubi-boulga
Politique, sociologique, réflexif
« La relation humaine et les dispositifs ne sont pas des modèles figés »
Protection de l’enfance, Justice des mineurs, de qu oi parle-t-on ? Les apports des lois de 2007 et 2016 dans la définition des missions
De la Protection de l’Enfance à la protection de l’enfant
Approche territoriale de la protection de l’enfance
Management et institution
Le management et les associations de la protection de l’enfance
Prévenir, protéger, réparer…
La maison « Pain d’épices »
Expériences de délégations
Tentatives, Évaluation
L’album de vie
La conférence familiale
L’évaluation de l’activité en Protection de l’Enfance
Épilogue, points de vie
Feu d’artifice
Guy-NoëlPasquet
Rédacteur en chef
Éditorial
Service de protection
L’activité économique des services est aujourd’hui celle qui domine les marchés des pays occidentaux dont nous faisons partie. Voil à une entrée en matière dans la question de la protection de l’enfance qui peut par aître troublante, j’en conviens. Comment peut-on faire de la protection de l’enfance un service économique ? Si c’est cet angle que je choisis, c’est que notre économie a ce talent de pouvoir faire de n’importe quelle activité humaine une activité écon omique. Nos activités extérieures (manger, dormir, se déplacer, etc.) comme nos activ ités intérieures (digérer, penser, être en santé, etc.) sont l’objet de domaines écono miques de masse (l’agroalimentation par exemple) ou de domaines éco nomiques de niche (le luxe). L’activité de protection est un domaine dont s’est saisie l’activité économique. Outre les grandes fonctions régaliennes de l’État (armée, défense, police) ; les gardes du corps, les sociétés de sécurité fleurissent un peu partout et sont livrés de plus en plus aux activités économiques privées. Les dispositifs de suivi, de caméra, de fichage sont aussi « vendus » comme de la sécurité. Le « terrori sme » avec son « État d’urgence » associe la sécurité à l’urgence. Nous voilà en plei n dans les questions de la protection de l’enfance. De l’enfance en danger qui a besoin d ’une prise en charge d’urgence pour protéger des enfants menacés.
C’est que la protection de l’enfance est un bon moy en de penser la question de la protection globalement et de ses effets sur notre v ie sociale et historique (Castoriadis, 1975). Comme aurait pu le dire René Lourau (1970), l’analyse institutionnelle de la protection peut révéler un mouvement social à l’œuv re. Ce mouvement est probablement à observer à partir d’une histoire de la protection que l’on peut faire remonter loin dans nos sociétés (histoire des armée s par exemple), mais dont l’un des « moments » (Lefebvre, 1973) est probablement dans les années 1980, en particulier avec la montée du Virus de l’immunodéficience humai ne (VIH) et les premières formes d’incorporation de la protection (Baudrillard, 1997 ).
Ce numéro hors-série, remarquablement coordonné par Didier Wouters deLa Sauvegarde du Norda protection de, présente un tour d’horizon sur les activités de l l’enfance. D’une approche des politiques de la prot ection de l’enfance, jusqu’aux pratiques et leurs évaluations en passant le manage ment des établissements qui remplissent la mission, la protection de l’enfance est observéein vivo. C’est un regard in extenso que je voudrais affirmer ici. Une façon de penser la protection de l’enfance comme analyseur de la situation sociale plus large. Une pensée qui n’est pas souvent
conduite, la pensée complexe étant soumise à fracti onner les domaines de la vie plutôt que de tenter de penser leurs liens et leurs effets réciproques (Castoriadis, 1990).
La protection de l’enfance est un service, autremen t dit un choix politique inconditionnel de protéger les enfants. Le terme de « service » dérive du latin classique servusnditionnalité de celui qui est ausignifie l’esclave. Le service dit bien l’inco  qui service qui se met en état d’esclave pour ses maîtr es. Ici, les maîtres sont l’idée de la protection et les enfants protégés eux-mêmes. Non p as que l’enfant est le maître, mais que la valeur d’un enfant doit être maître de toute s nos activités pour le protéger. Et on peut dire en effet que l’enfant c’est la condition de la conservation de notre espèce. S’il n’y avait plus d’enfants sur la planète pendant 20 ans, notre espèce s’éteindrait comme tant s’éteignent chaque année. Aussi, protéger l’en fance, c’est protéger tous les enfants de manière inconditionnelle pour protéger n otre propre reproduction. Et nous sommes aliénés à cet état de fait du vivant et de s a reproduction (Lukacs, 1960).
Notre économie a cependant cette capacité à se sais ir de toutes nos activités, celle de la protection n’y échappe pas, et elle est bien tentée par la protection de l’enfance. Après tout, il s’agirait d’inverser le p rocessus. Non plus la puissance publique esclave de l’enfance, mais l’enfance en da nger comme production de richesses publiques. Dans un marché de l’emploi ten du et sélectif, ne craignons pas qu’elle puisse trouver ses adeptes et ses collabora teurs (sic) ! L’enfant dans la rue, sans parent et sans personne est en danger. Si cett e situation ne fait pas problème, ce n’est pas la plus fréquente, même si elle existe. L ’enfant retiré à un couple où règne la violence conjugale, c’est déjà plus discutable, mai s pas beaucoup plus. L’enfant dans une situation de couple plus contestable, la questi on se pose. On le voit avec les slogans issus des « manifs pour tous » contre le ma riage homosexuel qui se prolonge dans les discours sur la gestation pour autrui.
{1} À qui appartient l’enfant ? Il appartient à la puissance publique comme condition de la reproduction de notre espèce et de nos sociétés, certes ! La protection de l’enfance pose dès lors la question des ménages à qui sont confiés les enfants. La puissance publique qui légifère sur la protection, légifère également sur les ménages. Le mariage, l’interdiction de la polygamie, les all ocations familiales, la scolarisation, etc. sont autant de législations qui visent à garan tir que ceux à qui sont confiés les enfants sont « autorisés ». La législation fonction ne par défaut, tout ce qui n’est pas interdit est autorisé. Mais l’inflation de la prote ction rétrécie comme peau de chagrin ce qui est autorisé parce que beaucoup de choses devie nnent interdites. L’accompagnement à la parentalité, les aides famili ales, le suivi des grossesses sont autant de services qui assurent les conditions opti males des naissances et de l’éducation des enfants. Mais ces « services » vien nent aussi diminuer le pouvoir d’agir des parents. Tant que les parents sont des auxiliai res efficaces des professionnels qui protègent l’enfant, il est plus économique de s’app uyer sur eux. Mais jusqu’à quand ces auxiliaires vont-ils être efficaces ?
{2} Peu à peu, l’activité parentale, voire familiale , passe du domaine domestique au domaine professionnel. Et chaque fois qu’une act ivité quitte son domaine domestique pour aller dans le domaine professionnel , une organisation peut en saisir la plus-value. Pour qu’une « marge » puisse être dé gagée, il faut que l’activité sorte de sa sphère confidentielle, qu’elle soit « objectivée », mise sur le marché. L’entrée du « social » dans la famille (Donzelot, 1977) par les professionnels, que ce soient ceux de l’administration comme ceux plus insidieux de la télé ou des réseaux, consiste à faire sortir les éléments de la vie domestique au g rand public. Autrement dit, mettre en circulation des domaines de vie qui, une fois en mo uvement, peuvent être saisie par une organisation de type économique qui peut faire ses marges.
La pression sur les services de protection de l’enf ance vient davantage de ce mouvement de service public saisi par l’activité ma rchande, que ce qu’elle vient de raisons endogamiques. Si au départ l’action de prot éger les enfants est une action communicable et louable, dans des périodes de press ion économique sur l’emploi et les marges, la tentation est grande d’inverser l’or dre des choses. Non pas d’accueillir des enfants pour les protéger, mais d’aller cherche r des enfants dans les familles et montrer qu’il faut les protéger pour augmenter le n ombre de prises en charge qui agit comptablement sur les marges et conséquemment sur l ’emploi. C’est en substance ce que dénonçaient Isabelle Cottenceau en 2013 puis Pi erre Chassagnieux et Stéphanie Thomas en 2016 en Angleterre où les enfants placés apparaissent comme un « marché ».
Il n’est pas impossible que ce qui apparaît comme m arginal aujourd’hui se généralise demain. Le mouvement social et historiqu e de la protection, son incorporation et l’externalisation de sa mise en œu vre pourrait conduire les services de protection de l’enfance à une pression telle qu’il ne s’agit pas tant d’être au service des enfants, mais de mettre les enfants au service des prestations de sauvegarde. Au fond, ce serait là une bonne façon de réinventer la place de l’enfant esclave.
Nous n’en sommes pas encore là et je veux croire qu e les contributions de cette publication duSociographe peuvent ace decontribuer à protéger l’enfance dans sa pl notre propre reproduction de nos sociétés.
Bibliographie
Baudrillard, Jean,Écran total, Paris, Galilée, 1997.
Castoriadis, Cornélius,L’Institution imaginaire de la société, Paris, Seuil, 1975.
Castoriadis, Cornélius,Le monde morcelé. Les carrefours du labyrinthe III, Paris, Seuil, 1990.
Chassagnieux, Pierre et Thomas, Stéphanie(réalisateurs),Les enfants volés d’Angleterre, documentaire, Dream Way Productions, 2016.
Cottenceau, Isabelle(réalisatrice),Angleterre, le royaume des enfants perdus, documentaire, Canal+, 2013.
Donzelot, Jacques,La Police des familles, Paris, Minuit, 1977.
Lefebvre, Henri,La Somme et le reste, Paris, Bélibaste, 1973.
Lourau, René,L’Analyse institutionnelle, Paris, Minuit, 1970.
Lukacs, Georg,Histoire et conscience de classe, Paris, Minuit, 1960.
Nathan, Tobie,L’Enfant ancêtre, Grenoble, La Pensée sauvage, 2001.
DidierWouters
Présentation
Directeur adjoint Protection de l’Enfance de la Sauvegarde du Nord.
La merlette et le Gloubi-boulga
Il est tôt. Je prends le café sur la terrasse. Derr ière moi, un peu plus haut, la merlette nourrit ses petits. Elle a construit son n id, sur le volet en bois, dans l’encoignure du mur, à l’abri du laurier-sauce. Pré cédemment, elle avait édifié un autre nid, un peu plus loin, dans la haie où, comme fonda tion, elle avait choisi d’utiliser un vieux sac plastique, recyclant ainsi nos déchets in dustriels. Finalement, elle a opté pour le volet en bois et le BTP, pour protéger ses petits.
Pour assurer son besoin de protéger et le besoin de protection de sa progéniture, elle a eu besoin de sentir la sécurité d’un environ nement humain, produit de ses institutions : la propriété privée avec la maison e t la haie, l’entreprise industrielle avec le plastique
Elles ne sont pas toutes comme cela les merlettes, mais celle-là pousse très loin le bouchon de l’anthropomorphisme.
Aux heures où Bruxelles poursuit sa croisade contre la désinstitutionalisation… même les animaux proches de l’homme entrent en rési stance, pour affirmer comme réalité tenace et intangible que l’homme n’est que social, et que le social n’est qu’institution.
Ce n’est pas moi qui le dis, c’est la merlette.
Un peu tiré par les plumes certes…mais cela permet pour le moins d’éviter de réduire l’institution aux murs des établissements e t de s’éclairer de Fauconnet et de Mauss lorsqu’ils énoncent que « l’institution est e n somme dans l’ordre social, ce qu’est la fonction dans l’ordre biologique ; et de même que la science de la vie est la science des fonctions vitales, la science de la soc iété est la science des institutions ainsi définies » (Fauconnet, Mauss, 1901, p 168). A leur suite, Durkheim nous permet d’enfoncer le clou dans la pensée molle du « Gloubi -boulga » technocratique (Casimir, l’Ile aux enfants FR3, TF1 1970-1980) qui n’est mal heureusement pas que bruxellois, lorsqu’il « appelle institution toutes les croyance s et tous les modes de conduite institués par la collectivité » (Durkheim, (1901) 1 983 ; p. XXII).
Donc, l’institution n’est pas les murs, et s’aventu rer sur le terrain de la Protection de l’Enfance, c’est tenir compte de ce maillage fin , complexe et mouvant de nos institutions que sont la famille, le couple, le mar iage, la filiation, la justice, l’enfance, l’adolescence, l’âge adulte, et bien d’autres … tou tes ces représentations et croyances qui génèrent foultitude de modes de conduites conco urant à définir en creux ce qu’est un enfant social et en quoi il doit être protégé.
Il sera donc ici demandé aux lecteurs plus qu’aux a uteurs et il leur appartiendra d’enfiler d’un même élan l’ensemble incomplet des c has d’aiguilles qui leur sont ici
proposés.
Bibliographie :
Durkheim E.([1901], 1983),« Seconde préface », Les Règles de la méthode sociologique, Paris, PUF, p. XI-XXIV.
Fauconnet ., Mauss M. (1901)« Sociologie », La grande Encyclopédie, tome trentième, p.165-176.
L’Ile aux enfants,ORTF (1974-1975), FR3 (1975), TF1 (1975-1982).