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le Sociographe n°14 : Le retour des "nounous"

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Si les structures d’accueil collectif vont gagner en souplesse d’horaires avec l’application du décret d’août 2000 et se transformer toutes en « multi-accueil », il n’est pas certain que la qualité de l’accueil soit au rendez-vous au vu de la complexité éducative à gérer un groupe d’enfants à présence variable. Et le bienfait de la collectivité pour la future socialisation et scolarisation de l'enfant apparait, comme le repère l'article de Martinaud, peu crédible. L’accueil individualisé du jeune enfant, tant en France qu’en Europe peut être celui qui demain deviendra le mode prépondérant, aussi bien pour des raisons pédagogiques qu’économiques, et l’accueil collectif marginalisé d’autant. L’avenir des assistantes maternelles se situe-là. Elles seront passées, dans leur histoire, du dénigrement et de la méconnaissance au respect et à l’estime. Ce qui n’est que justice.


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Le sociographe

Numéro quatorze

Le retour des "nounous"

 

La numérisation de cet ouvrage a reçu le soutien du CNL

 

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Table des matières

Editorial Ecrire l'oralité

L'avenir d'une histoire

I/ Paroles d'AsMat (assistantes maternelles)

Lydia Anoto La vie rêvée d'une assistante maternelle (et sa réalité)

Karine Martin Trajet de « nounou »

Ghislaine Boffa et Annie Hadj-Hacene  Le métier des assistant(e)s maternel(le)s

Bibliographie

Magali Bareil Accueillir des enfants en difficulté Du transitoire au permanent

Josiane Redon Enfant, parents, assistante maternelle Rôles d'un Relais assistantes maternelles

Françoise Bauche Statuts des assistantes maternelles, une chronologie

Bernadette Becker Responsable d'un relais assistantes maternelles

Muriel Gazoty Assistante maternelle en crèche familiale, pourquoi ?

II/ Politiques d'accueil et accueil individualisé du jeune enfant Claude Martin Politisation de la prise en charge de la petite enfance Vues d'Europe (*)

Bibliographie

Elisabeth Algava et Marie Ruault Profil des assistantes maternelles (*) Etude sur le premier mode de garde en France

III/ Impact des modes d'accueil... Céline Lanoë De l'effet de styles (pédagogiques) dans l'éducation préscolaire

Karen Martinaud-Thébaudin Socialisation des tout-petits Etude comparative entre crèche, halte-garderie et assistante maternelle

Note de lecture

 

Editorial
Ecrire l'oralité

Ecrire sur les « nounous » est un peu une gageure ! En effet, la figure de la « nounou » est quasiment toute inscrite dans la tradition orale, alors que la rédaction d’une revue s’inscrit dans la tradition de l’écrit. Aussi, par ce numéro, nous voilà à retravailler les rapports (souvent dans l’exclusion réciproque, en tout cas toujours dans la contradiction) entre une mémoire orale transmise par le vivant, et une mémoire plus inerte déposée sur des pages blanches. C’est que la voix est tout à la fois le son émis par des cordes vocales, la musicalité, ce qui laisse à la mémoire l’évocation ; et à la fois la trace de ce qui est dit, l’écrit qui peut s’inscrire sur du papier. Aussi, dans le cadre des nounous, nous n’avons guère de témoignages, de traces écrites par elles. Elles sont nommées toujours de manière indirecte par ceux qui excellent dans l’art de l’évocation. Nous savons par exemple que Stravinsky avoue n’avoir ressenti de réelle tendresse que pour sa nourrice (la niania). Et Moussorgski dit également avoir reçu l’influence de sa niania, nourrice traditionnelle, dont les contes ont fécondé son imagination et ont joué un grand rôle dans son évolution d’homme et de musicien.

Il semble que la nounou soit porteuse d’une langue dans sa forme la plus archétypale, c’est-à-dire la langue chantée, parlée. Dante ira même jusqu’à installer la langue italienne à partir du dialecte maternel que chaque homme apprend spontanément de la bouche de sa nourrice qui regroupe les beautés éparses des dialectes sicilien, lombard, romagnol, des Pouilles, etc.

Or, la tradition scolaire de la socialisation convenue s’inspire largement de l’imprimerie de Gutenberg qui conduira à la séparation de l’Eglise et de l’État. On passe du verbe sacré à la sacralisation de l’écrit profane. Après une socialisation républicaine consacrée et transmise par la lecture des autres et l’écriture pour les autres, entrerions-nous dans une socialisation où l’œuvre des autres et faire œuvre pour autrui, est subordonnée à l’immédiateté du parler ici et maintenant ? L’immédiateté de la mémoire des disques durs bouleverse les processus de socialisation. Cette violence du « parler immédiat » n’est-elle pas aussi le retournement de la violence de la culture de l’écrit qui s’est imposée en faisant taire les enfants en classe et en repoussant au loin la langue parlée dans leurs familles, un « patois » assimilé à un « mal parlé » ? Il semble que la culture de l’écrit, qui a tant marqué nos cultures, ait réduit la parole, la voix, le chant, à l’immédiateté de l’instant présent. Et si nos « nounous » sont encore très déconsidérées aujourd’hui, peut-être est-ce parce qu’elles transportent avec elle la force d’un langage parlé, d’une culture orale.

Pour autant, doit-on craindre que la reconnaissance des assistantes maternelles ne fasse entrer ce monde de l’oral dans une culture de l’écrit qui ne sait plus comment exister face aux diatribes, aux blabla, à la langue de bois ? Si nous avons choisi d’utiliser la figure de la nounou pour envisager l’actualité des assistantes maternelles, c’est que nous tenions à garder la filiation de cette profession avec la tradition orale portée par leurs aînées ; les nounous.

Si la revue ambitionne de donner la parole à ceux qui sont sans voix, qui n’ont pas souvent droit au chapitre, ce n’est pas tant pour leur donner une « libre parole » ou les laisser « parler pour ne rien dire », que l’occasion d’inscrire leur réalité comme évocation d’une histoire et d’un devenir-autre possible. Ainsi, la nounou, par les imaginaires qu’elle évoque et convoque, tente toujours de rendre visible le potentiel des enfants, tout comme la musique s’efforce de rendre sonore des bruits qui le ne sont pas.

Pour autant, comment l’écrit peut-il s’inscrire dans l’évocation ? Le discours ne peut se répéter sans sombrer dans la lourdeur de la redite, là où la ritournelle, la musique, l’éducation doivent perpétuellement redire, repasser le même thème avec des interprétations à chaque fois recommencées. Aussi Le Sociographe décline souvent, à travers des thématiques à chaque fois différentes, la même ambition de rendre ceux qu’on nomme « les usagers », non seulement acteurs, mais aussi auteurs. Auteur dans la revue, bien sûr ! Mais aussi et surtout auteur d’un être ensemble .

 

GNP

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L'avenir d'une histoire

 

  • dossier coordonné par Charles Foxonet enseignant-chercheur

À Tata pour ses 100 ans

 

0.000 en 1990, 258.400 en 2001, 600.000 à l’horizon 2010 (source Ircem; cf. article d'Algava et Ruault), aucune profession dans notre secteur n’a connu une telle expansion. Profession ? Croyez-vous ? répondent les assistantes maternelles{1}. Les parents employeurs, les travailleurs sociaux, les pouvoirs publics nous considèrent-ils véritablement comme des professionnelles ? C’est une demande pressante de reconnaissance qui traverse les témoignages de ces praticiennes de la petite enfance. D’où les réticences, voire les refus de s’inscrire dans la lignée des nourrices. Vilipendées durant deux siècles par médecins et philosophes dans le combat contre la mortalité infantile et pour la réédification d’un « devoir maternel », leur héritage a été amplement renié. « Or, l’abandon toujours incessant et toujours grandissant du devoir de la mère, le renvoi des enfants nouveaux-nés entre des mains inconnues, mercenaires, souvent infidèles, prend de plus en plus les proportions d’une série d’assassinats prémédités » (article « nourrice » du Grand Dictionnaire Universel du XIXè siècle (Larousse, 1876)).

De cette multitude de femmes anonymes qui ont élevé jusqu’à la moitié d’une génération à certaines époques{2}, ne subsistent dans notre mémoire collective que quelques vestiges positifs : certains personnages du théâtre classique, des récits, quelques portraits{3}, une épingle.

Ma grand-mère à 100 ans, mon fils, 4 ans. Elle a été élevée jusqu’à l’âge de 3 ans par une « nourrice à la campagne », il bénéficie depuis 2 ans de l’accueil d’une assistante maternelle. Que peut-il y avoir de commun entre une fermière landaise illettrée des années 1900 et une bachelière montpelliéraine du XXIè siècle ? « Les nounous d’aujourd’hui ne sont pas les clones de celles d’hier. Les parents n’en attendent pas les mêmes services et les enfants n’occupent pas la même place qu’autrefois dans notre société »{4}. Certes. Mais lorsque j’écoute l’aïeule et son arrière petit-fils s’exprimer sur leur « nounou », j’entends dans leur parole le même ressenti et les mêmes images. Figures d’attachement substantielles sachant procurer ce dont un jeune enfant a seulement mais obligatoirement besoin pour son bien être et son développement : sécurité, plaisir, créativité.

« Mères transitionnelles » comme le propose M. Ruffo{5} ? À discuter. Pour le moins, personnes de confiance (à qui l’on confie) prioritaires pour les parents. La dernière enquête sur les préférences des modes d’accueil en France{6} place les assistantes maternelles en tête (32%), avant les grands-parents (24%) et les crèches collectives (22%). Même si la disparité est grande en fonction des lieux, des catégories sociales et des capacités d’accueil, le tableau général est significatif : 61% des ménages qui font appel a un mode d’accueil payant pour leur enfant de moins de 3 ans ont recours à une assistante maternelle, quand ils ne sont que 33% à recourir à la crèche{7}.

Si les structures d’accueil collectif vont gagner en souplesse d’horaires avec l’application du décret d’août 2000 et se transformer toutes en « multi-accueil », il n’est pas certain que la qualité de l’accueil soit au rendez-vous au vu de la complexité éducative à gérer un groupe d’enfants à présence variable. Et le bienfait de la collectivité pour la future socialisation et scolarisation de l'enfant apparait, comme le repère l'article de Martinaud, peu crédible. L’accueil individualisé du jeune enfant, tant en France qu’en Europe{8} peut être celui qui demain deviendra le mode prépondérant, aussi bien pour des raisons pédagogiques qu’économiques, et l’accueil collectif marginalisé d’autant.

L’avenir des assistantes maternelles se situe-là. Elles seront passées, dans leur histoire, du dénigrement et de la méconnaissance au respect et à l’estime. Ce qui n’est que justice .

C. Foxonet

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I/ Paroles d'AsMat (assistantes maternelles)
 

LYDIA ANOTO
LAVIERÊVÉED'UNEASSISTANTEMATERNELLE
(ETSARÉALITÉ)

 

L’assistante maternelle rêve de calme, complicité, jeux avec les enfants qu’elle garde. Mais parfois la gastro-entérite et autres joyeusetées viennent contrarier une journée qui aurait pu, du être idéale.

Récits parallèles (J'en ai rêvé.../ ...J'aurai dû m'en douter) d’une même journée, où pourtant rien n’est pareil.

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