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le Sociographe n°19 : Histoire d'écrire (2) : Imprimer du Lien social

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Dans ce numéro 19 les textes se démarquent de toute contrainte et frayent plutôt avec l’envie d’écrire, pour soi, pour les autres, gratuitement, tout simplement, sans réponse attendue ni contrepartie envisagée. Tout simplement, c’est-à-dire, sans se plier à de quelconques demandes ou obligations.

Si ce n’est au simple désir du scripteur, c’est-à-dire à soi-même.

...Mais, tout devient vite compliqué avec la langue écrite. Ainsi, déjà, ces quelques lignes de présentation sont trop réductrices ; elles ont succombé aux charmes et aux dérives de cette écriture qui est en même temps l’objet de réflexion du numéro de la présente revue. Nos propos sont bien évidemment à nuancer. L’écriture que l’on pratique en toute liberté, au fond, n’existe pas vraiment. Triste réalité. L’histoire d’écrire était trop belle, et il ne faut pas raconter d’histoires... Les textes qui composent ce numéro tendent à abonder dans ce sens et à montrer en quoi cette écriture-là, plus personnelle et intimiste, non fonctionnelle au premier abord, sert pourtant et avant tout elle aussi à imprimer du lien social.


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Le sociographe

Numéro dix-neuf

 

Histoire d’écrire (2)

Imprimer du lien social

 

La numérisation de cet ouvrage a reçu le soutien du CNL

 

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Table des matières

 

Editorial Quel(s) corps ?

Jusque tard dans l’écriture

I/ Atelier d’écriture et lien social

II/ L’écriture, par-delà les frontières

III/ Ailleurs

 

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Editorial
Quel(s) corps ?

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La pression de la main, le papier,

comme objet social, se déforme tout autant que le corps de celui qui écrit, contraint à des torsions et des contorsions pour ajuster sa main, sa plume, la forme de ses caractères. Dans l’écriture, il y a encore le corps du scripteur.

L’écriture informatique recentre l’écriture. On n’a plus à avoir une écriture de droitier ou de gaucher. Le corps se contorsionne moins, et dans l’écrit, le corps du scripteur apparaît moins.

Enfin, l’écriture d’imprimerie est une sorte de seconde écriture où le corps disparaît presque totalement. On parle alors du corps du texte, de la police, comme si, le corps du scripteur disparaissant, il fallait trouver au texte un corps.

Dans ces trois figures de l’écriture, la pression sur le papier se modifie et ce qui semble être en jeu, c’est la question du corps. Grâce à la configuration corporelle, on peut reconnaître l’écriture de quelqu’un. Mais avec l’imprimerie, il semble qu’on ne reconnaisse pas l’écriture du scripteur. Pourtant, au moment de l’impression d’un ouvrage, l’enjeu du corps du texte est prépondérant, comme s’il fallait retrouver du corps dans le texte.

Ainsi, l’écriture semble toujours utiliser le corps comme médiation, comme si dans l’écriture, quelque chose du corps, de sa présentation dans l’espace social était encore en jeu.

 

La revue utilise comme police dans le corps du texte, le Garamond. Le Romain de Garamond est fondé sur les minuscules de l’écriture carolingienne du IXème siècle, telle qu’elle avait été pratiquée par les humanistes italiens. En 1550, des capitales furent adjointes au bas-de-casse. On a retrouvé la trace de ces fontes dans le spécimen de caractères publié en 1592 par la fonderie Egenolff-Berner de Francfort. Cette fonderie tenait ses caractères du fondeur Konrad Berner.

L’appellation de caractères Garamond 1540 qui fut accolée aux Caractères de l’Université fut à l’origine d’une grande confusion. Ce caractère qui porte le nom latin de Typi Academiæ avait été gravé à Sedan aux alentours de 1615.

Actuellement, le Garamond fait un véritable retour en force, remplaçant le plus souvent le Times New Roman dans les publications.

Ainsi, que ce soit le corps du scripteur ou le corps du texte, l’enjeu réside dans la manière d’occuper une place dans l’espace social, représenté ici par la feuille de papier. Or, s’inscrire dans la publication, c’est presque changer de corps, passer d’un corps charnel à un corps-texte et ainsi, partir de son histoire pour la remettre dans l’histoire ; se saisir soi-même comme le fruit d’une histoire et s’affirmer comme auteur, comme participant à l’origine de l’histoire humaine.

En cela, l’impression est un acte éducatif dans la mesure où il entérine ce processus par lequel des individus se saisissent de l’histoire dans leur histoire.

Pour une association d’IRTS, décider d’une politique de publication, c’est se poser un peu ces mêmes questions. La formation des travailleurs sociaux doit-elle rester périphérique ou doit-elle se saisir de quelque chose des histoires de ceux qui sont bénéficiaires du travail social ? De quelque chose de son histoire, du corps professionnel des éducateurs ou des assistants de services sociaux ? De l’histoire plus large de la question sociale, du corps social ?

L’ambition du Sociographe est de contribuer à éclairer les passages, les traductions, les transductions entre réalités sociales, pratiques professionnelles et prescriptions politiques par le jeu de métamorphose, de contradiction, d’unité-dialectique entre corps social, corps professionnel et corps charnel. Et si l’écriture et sa publication supposent et nécessitent des modifications corporelles, elle met en œuvre également des luttes, des conflits, des enjeux entre ces différents corps.

En ouvrant nos lignes aux témoignages, Le sociographe souhaite participer à ce que dans ce jeu, chacun puisse y trouver sa part…, pour ne pas dire sa participation. Pour Le sociographe, faire œuvre de travail social, c’est peut-être travailler les impressions, tout comme le musicien fait œuvre d’interprétation. Il ne s’agit donc pas d’éclairer pour figer des corps, mais bien au contraire de participer à éclairer les corps, fussent-ils ceux des « usagers », fussent-ils corps professionnels, ou encore corps d’imprimerie ; comme des figures mouvantes, vivantes. En cela, le tracé de l’écriture ou l’arrête de la lettre d’imprimerie donne l’idée de la finitude dans son mouvement à se maintenir .

GNP

(*) En référence à la revue du même nom.

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Jusque tard dans l’écriture

 

> dossier coordonné par Philippe Crognier, doctorant en sciences de l’éducation, directeur-adjoint chargé du département Admission à l’IRTS NPDC (philippe.crognier@wanadoo.fr)

 

Ecrire : suite... mais pas fin.

Le précédent numéro faisait état des vertus heuristiques de l’écriture et était en quelque sorte la parfaite illustration de la pensée de Duras qui écrivait : Si on savait quelque chose de ce qu’on va écrire, avant de le faire, avant d’écrire, on n’écrirait jamais. Ce ne serait pas la peine. (Ecrire, Paris : Folio, 1993, p. 53.)

Avec Histoires d’écrire (2), on retrouve à nouveau l’écriture. Mais cette fois l’angle d’attaque est différent. Dans le numéro 18, les auteurs avaient tendance à relater une activité d’écriture répondant assez souvent à une certaine forme de commande sociale ou institutionnelle. Ici, les textes se démarquent de toute contrainte et frayent plutôt avec l’envie d’écrire, pour soi, pour les autres, gratuitement, tout simplement, sans réponse attendue ni contrepartie envisagée. Tout simplement, c’est-à-dire, sans se plier à de quelconques demandes ou obligations. Si ce n’est au simple désir du scripteur, c’est-à-dire à soi-même.

…Mais, tout devient vite compliqué avec la langue écrite. Ainsi, déjà, ces quelques lignes de présentation sont trop réductrices ; elles ont succombé aux charmes et aux dérives de cette écriture qui est en même temps l’objet de réflexion du numéro de la présente revue. Nos propos sont bien évidemment à nuancer. L’écriture que l’on pratique en toute liberté, au fond, n’existe pas vraiment. Triste réalité. L’histoire d’écrire était trop belle, et il ne faut pas raconter d’histoires… Les textes qui composent ce numéro tendent à abonder dans ce sens et à montrer en quoi cette écriture-là, plus personnelle et intimiste, non fonctionnelle au premier abord, sert pourtant et avant tout elle aussi à imprimer du lien social.

Deux directions différentes sont explorées dans ce numéro consacré à l’écriture : un espace clos où se pratique volontairement une langue écrite exprimant culture, littérature, mais aussi psychoses, et un espace géographique, immense, sans frontières, où s’écrit la grandeur du monde et également l’infiniment petit, autrement dit une partie de nous-mêmes. Ces deux directions se rejoignent finalement et, modestement, permettent de mettre en exergue quelques enjeux de l’écriture dans certaines sociétés du XXIème siècle.

 

Quatre articles sont proposés dans la partie Ateliers d’écriture et lien social. Gilbert Millet, sceptique, cherche tout d’abord à savoir, à partir d’ateliers d’écriture qu’il a dirigés avec des publics en difficulté d’insertion, si l’écrivain peut être considéré comme vecteur d’insertion sociale. Il est rejoint d’une certaine manière par Roger Wallet qui relate quelques bribes d’expériences d’écrivains-animateurs d’ateliers d’écriture en milieu carcéral et qui déplore également l’instrumentalisation dont sont victimes les littérateurs animateurs d’ateliers d’écriture. L’administration aimerait-elle que les écrivains endossent pour les besoins de la cause les habits du travailleur social ? Telle est la question qui émerge. Le Clicoss 93 (centre ressource pour les travailleurs sociaux de Seine Saint Denis) relate des expériences d’ateliers d’écriture mises en place pour des travailleurs sociaux, et visant à des productions collectives et personnelles, à partir de déclencheurs tels que les métiers, les territoires, les compétences… Laurent Combres referme cette première partie, en s’intéressant au travail de remaillage d’un lien social par l’écriture avec des adolescents et de jeunes adultes psychotiques.

Trois articles sont présentés dans la partie suivante : L’écriture, par-delà les frontières. Le premier article est rédigé par Patrick Schmoll qui fait état de pratiques lecturales et scripturales sur la Toile et qui se demande si les moyens de communication en réseau modifient nos rapports à l’écriture, au texte, au livre, et transforment notre vision du monde.  Georges Gros, ancien instituteur, écrivain et fervent défenseur de la langue occitane, tente, avec une pointe de nostalgie, de mettre en évidence dans son article les vertus de la pédagogie Freinet pour l’apprentissage de la langue écrite à l’école. Enfin, Cléo Tierny fait le point sur l’évolution des enjeux scripturaux au sein de la communauté européenne, entre le Tournant langagier d’hier et le Tournant cognitif d’aujourd’hui.

 

Le traditionnel Ailleurs referme le numéro 19. Il est alimenté par Myriam Santhune. Celle-ci montre dans un témoignage poignant en quoi un simple cahier d’écolier, transformé en journal de bord, a pu l’aider à vivre et à surmonter une expérience éprouvante, vécue auprès de jeunes délinquants dans un camp de rééducation aux Etats-Unis.

 

Bien sûr, les numéros 18 et 19 du Sociographe sont loin d’avoir épuisé le thème de l’écriture et d’en avoir percé tous les secrets. L’écriture, étonnamment mystérieuse et protéiforme, sans cesse en mouvement et en mutation, n’a donné à voir que quelques uns de ses aspects et nous réserve probablement encore bien des découvertes.

P. Crognier

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I/ Atelier d’écriture et lien social

 

GILBERT MILLET
L’ÉCRIVAIN, VECTEURDINSERTIONSOCIALE
ESPOIROUILLUSION ?

 

> G. Millet est est romancier, critique littéraire et rédacteur en chef de la revue littéraire Hauteurs (www.hauteurs.fr). Mel : millet.hauteurs@wanadoo.fr

 

Au fil des siècles, l’écrivain a vu se modifier son statut et le rapport qu’il entretient avec la société.

Dans l’antiquité grecque, c’est Apollon, Dionysos ou les Muses qui parlaient par la bouche du poète. Orphée lui-même est fils d’une Muse. Cette conception a longtemps survécu. Ronsard ou Musset la développent. Hugo fait du poète un mage qui guide les peuples. Rimbaud évoque le voyant. Mallarmé sacralise le langage poétique et le refuse au profane. Des romanciers sont tentés par cet élitisme. Stendhal dédie Lucien Leuwen « To the happy few », c’est-à-dire à un petit nombre de privilégiés. Le XXème siècle développe, autour de la pensée communiste, d’écrivains aussi divers qu’Éluard, Aragon, Sartre, Genet, la notion de littérature engagée où l’écrivain a pour vocation de prendre part au mouvement social, au combat politique, de s’adresser aux masses et, par le réalisme socialiste, se faire le portraitiste de la grandeur ouvrière.