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le Sociographe n°24 : VAE : faux-semblants ou vraies qualifications ?

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Par sa forme disgracieuse tout d’abord sous laquelle cette étrangeté conceptuelle est énoncée qui vient d’emblée piquer notre curiosité. Les acquis ? La validation des acquis ? L’expérience ? Les acquis de l’expérience ? La validation des acquis de l’expérience ? Que signifient donc ces « bizarreries polyphoniques » ? D’emblée, les interrogations

s’orientent du côté du Qu’est-ce ? Mais, assez paradoxalement, notre curiosité redouble d’intensité lorsqu’un premier éclairage apparaît : la VAE c’est, dit-on, la possibilité offerte à des personnes qui peuvent justifier d’au moins trois années d’expérience en lien avec un diplôme visé d’obtenir ledit diplôme, en produisant et en présentant devant un jury un dossier dans lequel elles font, de manière organisée, l’inventaire et la preuve des compétences dont elles s’estiment porteuses et qui correspondent au diplôme souhaité. Et, de facto, cette formule magique entraîne dans son sillage la redoutable question du "Comment donc est-ce possible ?"


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Le sociographe

Numéro vingt-quatre

 

Validation des acquis de l’expérience

Faux-semblants ou vraies qualifications ?

 

La numérisation de cet ouvrage a reçu le soutien du CNL

 

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Table des matières

 

Editorial Les acquis de l’oubli

La foi du charbonnier en la VAE du forgeron

I/ Débattre

Philippe Crognier VAE : cadre, enjeux et débats dans le secteur social

Jacques Fraisse Circulez ! Une gestion « moderne » des flux de qualifications

Yves Baunay Un enjeu politique Quand les syndicats s’en mêlent

II/ Accompagner

Alex Lainé Faut-il avoir peur de la VAE ? Un droit en cours de reconnaissance

Philippe Beaufort Ecrire sa VAE Ergonomie et modélisation de l’activité

Julie Boucher Vers une reconnaissance professionnelle et personnelle

III/ L’expérience... et après ?

Murielle Verbauwhède Entre peurs, doutes et joies Une histoire qui finit bien

Alain Pozzo Di Borgo Le bout du tunnel

IV/ Ailleurs

Ide Blériot et Marie-Clotilde Pirot La VAE en Haïti Entre écriture et faible taux d’alphabétisation

 

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Editorial
Les acquis de l’oubli

L’augmentation des qualifiés ne disqualifie-t-elle pas l’histoire de nos usagers ?

L’écriture laisse des traces dit-on. Certes, il semble que l’écriture se pose dans l’histoire un peu à la manière d’une trace mnésique dans la composition neuronale du cerveau. Pour autant, le langage, fût-il écrit, ne saurait se réduire à l’acquis, à ce qui se conserve. Ou alors, doit-on rajouter que ce qui se conserve, c’est l’oubli que nous partageons. Aussi, tracer quelque chose du travail social dans une revue, c’est aussi tracer quelque chose de ceux qu’on appelle parfois les oubliés de l’histoire.

Et si le handicap, au sens large du terme, a partie liée avec l’oubli, ce n’est peut-être pas uniquement parce que l’histoire l’oublie trop souvent. Le handicap même est peut-être un oubli qui se passe mal. Il y a l’excès d’oubli, dans les amnésies, la maladie d’Alzheimer ; mais également peut-être le manque d’oubli pour des formes d’autismes, de mutismes où le langage est incapable de rendre l’immédiateté de l’ensemble des éléments retenus d’une situation. L’effacement des traces, tout comme le trop de traces empêcheraient d’accéder à un espace social ordinaire. Un peu à la manière de Funes pour qui, « non seulement il lui était difficile de comprendre que le symbole générique chien embrassât tant d’individus dissemblables et de formes diverses ; cela le gênait que le chien de trois heures quatorze (vu de profil) eût le même nom que le chien de trois heures un quart (vu de face). Son propre visage dans la glace, ses propres mains, le surprenaient chaque fois ». Et J. L. Borges, de conclure : « Je soupçonne cependant qu’il n’était pas très capable de penser. Penser c’est oublier des différences, c’est généraliser, abstraire. Dans le monde surchargé de Funes il n’y avait que des détails, presque immédiats »{1}. Trop de traces tue la trace ! Dans les sociétés de contrôle, il est possible que la mémoire tue l’histoire. C’est un peu comme si nous passions notre temps à regarder les images d’une caméra qui est en train de nous filmer pendant qu’on regarde les images quelle diffuse. Il y a une sorte d’abîme d’un présent éternel qui ne partage plus rien avec l’histoire. Pour que la mémoire vienne « trancher le présent » comme dirait Henri Bergson, il lui faut l’oubli qui lui donne la durée. Le trop de mémoire serait, au bout du compte, comme le manque de mémoire ; et les commémorations auraient leurs doubles dans les pratiques de profanation.

Une politique de la juste mémoire serait également celle qui rendrait justice à l’oubli et aux oubliés. Sans pour autant qu’on puisse parler d’un devoir d’oubli, il y a une justice à rendre à ceux qui sont les oubliés, dans la mesure où ils sont les témoins de nos propres angoisses face à la question de l’oubli. Toute connaissance est, de ce point de vue, une reconnaissance, c’est-à-dire reconnaître ici et maintenant quelque chose d’ailleurs et d’hier dans l’épaisseur d’une durée et d’un espace. Et si penser est alors oublier les différences, peut être faut-il revendiquer un droit à la ressemblance, fût-ce à ceux qui sont oubliés, tordus, difformes, extra-ordinaires. Valider les acquis peut se réduire à un travail comptable d’accumulation de mémoire, un peu à l’image de nos disques durs informatiques.

Le Sociographe ne saurait se rendre complice d’une telle accumulation. Et si la revue œuvre à la recherche en travail social, c’est dans une écriture en creux, un langage qui tente de faire revenir dans la représentation son commencement, de traverser nos discours muets de l’origine qui ne peut se penser, qui ne peut passer dans les mailles du récit que comme meurtre, repas où le corps est le tombeau autour duquel dansent les fêtes et sévissent les guerres. Il s’agit de mettre des mots, de mettre dans le langage les formes y compris les plus folles de la présence, parce que celles-ci sont les témoins (gênants) des profondeurs de l’oubli dans sa duplicité de destruction et de persévérance. En effet, la mémoire se fait le plus souvent dans l’oubli des organes du corps, comme si ce qui persévérait tombait toujours dans le creuset d’un corps destiné à l’oubli. En ce sens, l’oubli remet toujours en question la frontière entre le normal et le pathologique parce qu’elle est le fond de silence de situations limites du discours scientifique et philosophique. Pour cette raison, Le sociographe ne peut qu’ouvrir ses lignes à des écritures plurielles qui visent à donner une connotation, un ton, une coloration aux oubliés silencieux, parce qu’en eux on touche peut-être à quelque chose de l’ordre de l’inoubliable : la vie. L’acquis de l’oubli est peut-être le souvenir de l’oubli, qu’il y a de l’oubli et des oubliés. Dans nos champs professionnels, peut-être faut-il que la VAE certifie que les professionnels ont à faire avec l’oubli, dans l’oubli, et qu’il s’agit de s’en souvenir, quitte à le marteler à la manière d’un forgeron…

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La foi du charbonnier en la VAE du forgeron

 

> Dossier coordonné par Philippe Crognier, directeur  projets-recherche à la Sauvegarde du Nord  (pcrognier@adnsea.fr)

 

La validation des acquis de l’expérience – vae –  est un objet de réflexion pour le moins singulier.

Par sa forme disgracieuse tout d’abord sous laquelle cette étrangeté conceptuelle est énoncée qui vient d’emblée piquer notre curiosité. Les acquis ? La validation des acquis ? L’expérience ? Les acquis de l’expérience ? La validation des acquis de l’expérience ? Que signifient donc ces « bizarreries polyphoniques » ? D’emblée, les interrogations s’orientent du côté du Qu’est-ce ?

 

Mais, assez paradoxalement, notre curiosité redouble d’intensité lorsqu’un premier éclairage apparaît : la vae c’est, dit-on, la possibilité offerte à des personnes qui peuvent justifier d’au moins trois années d’expérience en lien avec un diplôme visé d’obtenir ledit diplôme, en produisant et en présentant devant un jury un dossier dans lequel elles font, de manière organisée, l’inventaire et la preuve des compétences dont elles s’estiment porteuses et qui correspondent au diplôme souhaité. Et, de facto, cette formule magique entraîne dans son sillage la redoutable question du Comment donc est-ce possible ?

 

Ce numéro 24 du Sociographe saisit la vae par quatre points d’accroche. On aborde, en effet, la validation des acquis de l’expérience sous l’éclairage du cadre réglementaire, des enjeux et des débats qu’elle suscite. Le lecteur peut ensuite appréhender la mesure sous l’angle de l’accompagnement à la composition du dossier. Il peut également entendre le témoignage de personnes qui ont vécu la vae de l’intérieur puisqu’elles ont postulé à un diplôme par cette voie. Enfin, le lecteur se laissera sans aucun doute surprendre par un projet original d’exportation et d’adaptation de la vae dans un pays lointain à faible taux d’alphabétisation.

 

La première section de ce numéro rassemble tout d’abord l’article de Philippe Crognier qui met en exergue les tenants et les aboutissants de la mesure appliquée aux diplômes du secteur social et qui tente d’explorer les « coulisses de la vae ». La réflexion se prolonge avec l’article de Jacques Fraisse qui positionne la vae non pas au carrefour mais au rond-point des expériences et qui pose l’hypothèse d’une vae outil de gestion des flux de qualifications. Yves Baunay, enfin, formule de manière critique et constructive les interrogations syndicales qui pèsent sur la vae.

Dans la deuxième section de ce numéro, Alex Lainé développe un point de vue éclairé et résolument optimiste sur l’accompagnement des candidats pour l’obtention par la vae de diplômes délivrés par le ministère de la Jeunesse, des Sports et de la Vie associative. Philippe Beaufort, pour sa part, prolonge la question de l’accompagnement et propose un détour par la modélisation des activités et l’ergonomie dans les situations de travail. Enfin, Julie Boucher nous offre un voyage au cœur de la vae via la connaissance, la reconnaissance de soi, et de celui – ce lui ? – qui sommeille en nous.

La troisième section rassemble deux témoignages de candidats à la vae. Murielle Verbauwhède fait tout d’abord état de ses peurs, doutes et craintes initiales lors de son entrée en vae pour l’obtention du diplôme d’Etat d’éducateur spécialisé. Etaient-ils fondés ou non ? Alain Pozzo, quant à lui, interroge les finalités de la vae et déplore que dans le prolongement de cette mesure il n’y ait pas de dispositif d’aide de retour à l’emploi.

Enfin, Marie-Clotilde Pirot et Ide Blériot viennent incarner la rubrique Ailleurs en retraçant la mise en place de la vae en Haïti. La démarche présentée, pour le moins singulière, met en exergue deux notions surprenantes : le diplôme sous condition et la certification achevée.

 

Un faisceau d’éléments de réflexion émerge de ce numéro et vient confirmer le fait que derrière la validation des acquis de l’expérience réside un véritable nouage d’enjeux sociétaux ; l’adjectif sociétal ayant ici le sens de ce que l’on fait avec l’homme pour la société des hommes. Gageons donc que ces contributions permettront aux candidats potentiels, aux employeurs, aux accompagnateurs, aux évaluateurs, aux financeurs de mieux saisir la réalité de la mise en place de la validation des acquis de l’expérience et l’espace sociétal dans lequel cette mesure s’inscrit .

Philippe Crognier

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I/ Débattre

 

PHILIPPE CROGNIER
VAE : CADRE, ENJEUXETDÉBATSDANSLESECTEURSOCIAL

 

> P. Crognier est directeur projets-recherche à la Sauvegarde du Nord (59). Membre du comité de rédaction du Sociographe. Mail : pcrognier@adnsea.fr

 

L’obtention d’un diplôme, d’un titre, d’un certificat de qualification professionnelle a longtemps supposé la poursuite préalable d’études à l’école, à l’université, dans un organisme de formation, avec des évaluations régulières et des examens de fin de parcours. L’école était alors considérée comme un lieu privilégié, voire le lieu unique, où pouvaient s’acquérir savoirs, savoir-faire, savoir être…

Pourtant, nombreux sont ceux qui, pour de multiples raisons, n’ont pas pu ou n’ont pas voulu emprunter ou poursuivre le chemin initiatique traditionnel qui mène au diplôme. Ils sont entrés dans la vie active et ont acquis ainsi au fil des années des connaissances, des compétences, des aptitudes qui ne sont aujourd’hui reconnues par aucune certification, alors qu’une simple vérification démontrerait, pour nombre d’entre eux, qu’ils ont toutes les qualités pour obtenir le diplôme… qu’ils n’ont cependant jamais eu.