Le Suicide en France

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13% des Français ont envisagé sérieusement de se suicider. 35% des Français ont eu à connaître la douloureuse expérience de la mort par suicide d'un proche. Cette proportion constitue à elle seule, la confirmation que le suicide atteint notre société en profondeur. Du suicide des adolescents à celui des adultes et des personnes âgées cet ouvrage examine le rôle des médecins et psychiatres, des services d'urgence et de réanimation, le rôle des acteurs sociaux, le rôle des bénévoles et enfin l'implication des pouvoirs publics.
Publié le : mardi 1 juillet 2003
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EAN13 : 9782296328082
Nombre de pages : 188
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LE SUICIDE EN FRANCE: OPINIONS ET RÉALITÉ

Roger FARHI

LE SUICIDE EN FRANCE: OPINIONS ET RÉALITÉ
ÉTUDE RÉALISÉE D'APRÈS DEUX SONDAGES DE LA SOFRES

Préface du professeur Michel Debout Président de l'UNP.S.

L'Harmattan 5-7, rue de J'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u, 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

@L'Hannatlan,2003

ISBN: 2-7475-4764-7

L'idée bien . .

suicidaire davantage ., .

signifie qu'une

zncztatzon a mourzr.

Elle constitue souvent une . . . , .
znvztatzon a vzvre...

différemment.

PRÉFACE
par le professeur Michel DEBOUT Président de l'U.N.P.S.
" LES FRANçAIS ET LA PREVENTION DU SUICIDE

Depuis qu'ils existent, les Instituts de sondage n'avaient jamais interrogé de manière spécifique sur ce que les Français savent et pensent du suicide et de sa prévention. C'est sûrement le signe que ce comportement humain, aussi ancien que l'homme lui-même, est longtemps resté un sujet tabou dans notre société. Au fil du temps, on s'est d'abord préoccupé de sa dimension morale, soit pour l'approuver comme le firent les stoïciens et les épicuriens, soit surtout pour le réprouver, comme le font les trois religions du Livre, et plus spécifiquement encore l'église catholique qui, des siècles durant, avait vu dans ce geste l'offense suprême à Dieu, le refus de l'homme de se soumettre à la loi divine qui seule peut décider du jour et de l'heure de la mort. Il a fallu attendre le 19ème siècle pour que l'on cesse d'enfermer le fait suicidaire dans ce débat moral qui, certes, garde toute sa pertinence, pour ouvrir la compréhension du suicide vers deux nouvelles approches: psychologique et 7

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sociologique.

Ce sont les médecins aliénistes, et parmi eux Esquirol, qui les premiers ont attiré l'attention sur les liens entre suicide et folie. Si leurs explications à l'époque, restent très éloignées de nos conceptions modernes, elles ont permis d'aborder la réflexion sur la dimension psychopathologique possible du geste suicidaire. Dans la même période, Emile DURKHEIM, fondateur de la sociologie moderne, menait ses travaux sur le suicide pour publier son ouvrage en 1897, et montrer de son côté que le suicide peut être compris, non seulement dans sa dimension individuelle, mais comme le révélateur des conditions familiales et sociales dans lesquelles vivent les individus, démontrant par ses recherches que le nombre de suicide augmente lorsque le lien familial et social se d'élite. C'est à partir de ces travaux fondateurs qu'une approche plus globale, celle de la suicidologie moderne, a pu se développer, et a permis de considérer que le suicide s'inscrivait dans une réalité psychosociale et qu'il était vain de chercher à expliquer le geste suicidaire à travers un facteur déclenchant unique, mais plutôt en le restituant dans l'histoire même de la personne et de ses avatars existentiels. Les moralistes eux-mêmes ont tenu compte de cette évolution et le débat moral s'est largement dépassionné, le Vatican depuis plus de 40 ans, accepte que les suicidés puissent 8

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obtenir des obsèques religieuses, tenant compte de l'état de souffrance de la personne au moment de son geste, qui mérite miséricorde et compassion plutôt que rejet et stigmatisation. En ce début de millénaire, on peut donc penser que la société française est apaisée sur la question du suicide, qu'un consensus traverse les différentes familles de pensée et de croyance ~ qu'une grande majorité de nos concitoyens considère qu'il est légitime de soigner un suicidant (celui qui a réalisé une tentative de suicide) pour qu'il puisse survivre à son geste, et que le suicidé celui qui est mort - doit être l'objet de la même attention que tous ceux qui sont décédés de mort violente: leur famille doit être soutenue, aidée, comprise; enfin, il est légitime de développer la prévention du suicide. Pour autant, ce long cheminement de la pensée et les différents travaux théoriques et cliniques qui l'ont accompagné ont mis du temps à s'inscrire en profondeur dans les mentalités françaises et dans l'approche des pouvoirs publics. Il Y a 40 ans, l'association S.O.S. Amitié France s'est constituée. Elle a été la première à se mobiliser pour la prévention du suicide, pour la prise en compte de la souffrance personnelle et psychique, mais elle est restée au début relativement isolée. Dix ans plus tard, le Groupement d'Etude et de Prévention du Suicide, rassemblant des professionnels, psychiatres,

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médecins, psychologues, soignants et des bénévoles, s'est à son tour constitué à l'initiative des Professeurs MORON, SOUBRIER et VEDRINNE, pour une meilleure prise en charge des personnes suicidantes, et plus largement pour une véritable politique de prévention du suicide. Puis ce fut le tour d'autres associations, aux orientations voisines, mais à l'histoire différente, Recherche et Rencontre, S.O.S. Phénix Suicide, SOS Suicide Ecoute qui ont mis en œuvre des lieux d'écoute pour les suicidants. Plus récemment, Phare Enfants-Parents et Jonathan Pierres Vivantes se sont surtout préoccupées des familles et des proches des personnes suicidées, très marqués et culpabilisés par cette mort volontaire. Cette mobilisation, professionnelle et citoyenne, est longtemps restée peu connue du grand public et des pouvoirs publics eux-mêmes, l'un et l'autre évoluant souvent au même rythme, notamment sur les questions de société. En 1993, le Conseil Économique et Social diffusait une étude sur le sujet, reprenant beaucoup de travaux déjà réalisés, mais se trouvant être le premier texte publié au Journal Officiel de la République qui exprimait avec force que le suicide audelà de la dimension individuelle qui est nécessairement la sienne constitue un grave problème de santé publique dont la prévention doit être prise en compte dans les objectifs 10

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de politique de santé; propos repris l'année suivante dans un rapport du Haut Conseil de Santé Publique. Ce texte a en quelque sorte servi de révélateur, mais il restait encore à convaincre les médias et les pouvoirs publics d'aborder - sans faux-fuyant et sereinement - la question du suicide. C'est pour marquer cette nouvelle étape que les associations qui, jusque là, développaient leurs actions de façon séparées, ont décidé de s'unir pour organiser ensemble la Journée Nationale de Prévention du Suicide, à l'instar d'ailleurs de ce qui se faisait dans d'autres pays, la première s'est tenue le 5 février 1997. Depuis cette date, ce rendez-vous annuel a été renouvelé et a connu chaque fois un retentissement médiatique et local grâce à l'organisation de manifestations dans de très nombreuses villes de province; dans le même temps, Il régions françaises plaçaient en priorité de leurs Programmes Régionaux de Santé, la prévention du suicide. Dans le cadre de la quatrième journée nationale, le 4 février 2000, les organisateurs, au premier rang desquels Roger FARHI, ont considéré qu'à côté des travaux scientifiques et cliniques, pennettant de repérer les populations à risque, il serait aussi utile de mieux connaître ce que les Français, dans leur ensemble, pensaient de cette question. Il

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1000 personnes, représentatives de l'ensemble de la population, âgée de 18 ans et plus, sélectionné selon la méthode des quotas par sexe, âge, profession et stratification d'habitat, ont répondu à l'enquête (36 questions au total) réalisée du 26 au 28 janvier 2000. Les personnes sondées ont été interrogées, en face à face à leur domicile, par le réseau des enquêteurs de la SOFRES qui ont pu témoigner de la forte implication de ceux qui ont été amenés à y répondre, l'entretien ayant pu se prolonger longuement, tant le thème abordé pouvait permettre l'expression de souvenirs qui souvent n'avaient pas pu se dire auparavant. A la suite de cette étude, l'U.N.P.S. a souhaité connaître le positionnement des élus municipaux, généraux, régionaux par rapport au fait suicidaire et à sa prévention: une seconde enquête a été réalisée auprès d'eux en janvier 2001 par la SOFRES. Ce sont les principaux enseignements de ces deux enquêtes que Roger FARHI présente dans ce document qui sera utile à tous ceux qui s'intéressent à la prévention du suicide et qui refusent de voir dans ce geste l'expression unique d'un choix fatal. Professeur Michel DEBOUT Président de l'U.N.P.S.

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AVANT-PROPOS
Ni médecin, ni psychiatre, c'est au titre d'un engagement bénévole depuis plus de trente ans pour la prévention du suicide que j'entreprends cette étude. Bénévole, suicide, trente ans, les questions qui vous viennent naturellement à l'esprit sont probablement parmi celles-là : - "Quelle est sa motivation?". - "Son engagement humanitaire est-il la conséquence d'une tendance suicidaire personnelle? - "A-t-il été confronté au suicide d'un proche? - "Cet engagement est-il purement humanitaire? avec un grand H! - "Pourquoi le suicide? quelle idée! Vous m'observez avec curiosité, vous me posez des questions sur l'écoute, l'accueil, les suicidaires, "comment réconforter", "comment sauver des vies", "as-tu des résultats?", "sauvez-vous des vies, et combien?". Je réponds plutôt évasivement, pas clair: - "Non, on ne réconforte pas", - "Des résultats?" - "Pas vraiment,on ne sait jamais ce qui se passera après une écoute ou un entretien avec un suicidaire".

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Vous m'observez, de plus en plus sceptique, vous avez du mal à comprendre, moi j'insiste, je vous parle de doutes, d'incertitudes, pas de preuves ou de résultats chiffrables, ou exceptionnellement, comme si je voulais décourager votre curiosité et votre intérêt. Vous insistez. après une longue hésitation,je vous dirai:

- "Oui,

parfois,

rarement,

il y a un retour positif. L'autre

jour sur le quai de métro, une personne me dit timidement bonjour, je m'approche et lui demande de me rappeler d'où nous nous connaissons". - "A Phénix, me dit-elle, j'ai participé aux réunions pendant deux ou trois ans, il y a maintenant huit ans". Elle s'appelle Marie, je me souviens, plusieurs tentatives de suicide, une longue période de silences, solitude, hôpital de jour, psychiatres, galères, échecs, etc.

- "Maintenant,

ça va mieux. Je me souviens

- me

dit-elle avec

émotion - de Danielle, une accueillante. Parfois je pense à revenir vous voir..., pour l'instant tout va bien. Au revoir, je descends à la prochaine". Décidément, ils sont plutôt curieux, bizarres, étranges ces bénévoles engagés pour cette cause! Vous n'osez pas trop me poser la question qui vous brûle les lèvres, et puis elle vient: "Qu'est-ce qui t'a attiré vers cette action?". Vous ne prononcez pas le mot suicide, vous dites association, cause, ...". Il est vraiment trop gênant le mot "suicide" . 14

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J'attendais la question depuis un bon moment, je devrais pouvoir répondre aisément, - depuis le temps qu'on me la pose! -, me voilà une fois de plus déconcerté. A vrai dire c'est moi qui suis gêné maintenant, au risque de vous décevoir, je ne répondrai pas directement à votre question. Pour moi, elle est par trop indiscrète, et ma réponse éludée et imparfaite, contiendra les mots action, engagement, retour, besoin d'être, faire quelque chose, exister, se passionner, "pouvoir se regarder dans une glace", le challenge et le défi, et l'amitié et l'équipe, et puis "l'autre" bien sûr et avant tout. Voilà,j'arrête là, revenons à l'objet de cette étude. Roger Farhi

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Introduction
Chacun de nous face au suicide a une réaction de "mal à l'aise'~ de sentiment d'impuissance ou de culpabilité, "gêne d'en parler, gêne de partager... ". C'est probablement la raison pour laquelle le suicide sera toujours un sujet difficile à aborder, qui ne peut être évoqué sans une réflexion préalable. Cette étude est basée sur deux enquêtes d'opinion réalisées par la SOFRES à l'initiative de l'Union Nationale pour la Prévention du Suicide. Elle comporte trois parties:

- 'Les Français et la prévention du suicide ", d'après l'enquête réalisée enJ'anvier 2000.
- "Les élus locaux et la prévention du suicide". d'après l'enquête réalisée enjanvier 2001. - "La prévention du suicide et le mouvement associatif' Elle a pour obJ'etde faire le point sur ce que pensent les hommes et les femmes de notre pays du suicide, de ses tentatives et des problèmes posés à notre société en matière de prévention. 17

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Le but de ces enquêtes d'opinion n'est pas d'ajouter de nouvelles statistiques épidémiologiques; en effet, grâce aux services sanitaires hospitaliers et particulièrement aux services d'urgence et de réanimation nous connaissons les différentes données regroupées et analysées par les services statistiques nationaux et de la santé (INSEE, INSERM, INSEAD, CFE8, etc.) Ce que nous ne connaissons pas ou mal, c'est le sentiment de notre société dans son rapport au suicide. C'est pourquoi nous avons voulu interroger les Français et leurs élus, pour mieux percevoir le vécu des familles de suicidaires ou de suicidés, le vécu du suicidaire avant et après une tentative de suicide, quels sont ses repères, ses besoins, ses aspirations, ses manques, ses souffrances personnelles et sociales. Afin d'intervenir avec une efficacité meilleure, il est nécessaire de connaître, avec précision, l'opinion de la population, sa perception du phénomène, ses réactions premières ou réfléchies. L'analyse de cette confrontation avec le public permettra aux acteurs sociaux, professionnels, associatifs ou publics d'engager une réflexion pour mieux comprendre. La représentation de la réalité vécue et perçue par les personnes et lesfamilles doit, comparée aux connaissances et aux pratiques d'intervention des acteurs directement 18

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