Le symptôme en tous sens

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Dans sa structure élémentaire, le symptôme révèle en quoi le fonctionnement de la psychologie individuelle est décentré par rapport aux normes et à la culture. De fait, les stratégies d'analyse qui permettent de repérer les inversions qu'il opère doivent se nouer à une approche spécifique de la subjectivité ouvrant ainsi sur une problématique de sens et non seulement de définition, de concept et de théorie.
Publié le : jeudi 1 novembre 2012
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EAN13 : 9782296986664
Nombre de pages : 142
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Sliman BouferdaLe symptôme
en tous sens
Le symptôme
Dans sa structure élémentaire, le symptôme révèle en quoi le
fonctionnement de la psychologie individuelle est décentré par en tous sens
rapport aux normes et à la culture. De fait, les stratégies d’analyse
qui permettent de repérer les inversions qu’il opère doivent se nouer
à une approche spéci que de la subjectivité ouvrant ainsi sur une
problématique de sens et non seulement de dé nition, de concept et
de théorie.
Notre objectif est de démontrer que le symptôme se situe au
centre de toute épistémologie liée à l’exercice de la clinique et à la
capture institutionnelle du sujet. Car, une fois questionné en tant
qu’équivalent de ce « qui ne va pas bien », il détermine la dialectique
de la sémiologie et de la thérapie dans l’ensemble des savoirs amenés à
devenir des modèles de résolution. D’abord parce qu’il permet que toute
manifestation pathologique soit étudiée par rapport à son ambiguïté.
Ensuite parce qu’il impose de considérer cette ambiguïté selon les
paramètres du message.
S’adressant à tous ceux qui sont confrontés à la souffrance psychique,
familles et professionnels, cet ouvrage se veut une contribution à la
« déprogrammation » du sujet en situation pour que sa parole demeure
l’expression de son humanité.
Sliman Bouferda est psychologue clinicien – sociologue. Docteur en
psychopathologie fondamentale et psychanalyse, Docteur en sociologie,
il travaille dans le domaine médico-social et poursuit ses recherches en
s’appuyant sur un modèle d’analyse sémio-clinique à partir duquel toute
théorie psychologique est soumise au critère de l’imprévisible.
Couverture : détail tiré du tableau Le rat de bibliothèque (Der Bücherwurm) de Carl Spitzweg,
Musée Georg Schäfer, Schweinfurt
ISBN : 978-2-336-00377-1
Prix : 14 €
Le symptôme en tous sens
Sliman Bouferda








LE SYMPTÔME
EN TOUS SENS


Psycho - logiques
Collection fondée par Philippe Brenot
et dirigée par Alain Brun

Sans exclusives ni frontières, les logiques président au fonction-
nement psychique comme à la vie relationnelle. Toutes les
pratiques, toutes les écoles ont leur place dans Psycho - logiques.

Déjà parus

René SOULAYROL, La spiritualité de l’enfant. Entre
l’illusion, le magique et le religieux (nouvelle édition), 2012.
Bernard GANGLOFF et Daniel PASQUIER, Décrire et évaluer
la personnalité : mythes et réalité, 2011.
Mady FERNAGUT, Yolande GOVINDAMA et Christiane
ROSENBLAT, Itinéraires des victimes d’agressions sexuelles,
2011.
Louise TASSE, Les oripeaux des ados, 2011.
Anick LASALMONIE, Du procès social à l’eugénisme moral,
2010.
Jean-Max FEREY, Parents à louer pour enfants fous. Récits
des « Familles-Thérapeutiques », 2010.
Patrick PIPET, Sauter une classe, Entre mythe social et faille
narcissique, 2010.
Jean CASSANAS, Les descriptions du processus thérapeu-
tique, 2010.
Michel LEMONNIER, Le Psychologue du travail. Un agent du
changement dans la société, 2010.
Samuel GONZALES-PUELL, L'Approche thérapeutique des
déficiences intellectuelles sévères et profondes. Perspectives
institutionnelles, 2010.
Huguette CAGLAR, Les familles monoparentales, 2010.
Frédéric BRISSAUD, Pour un renouveau de la psychothérapie.
Mutations, 2010.
Ahmed CHANNOUF, Les freins invisibles à l’égalité des chances,
2010.
Pascal COULON, Les groupes d’entraide. Une thérapie con-
temporaine, 2009.
Sliman Bouferda










LE SYMPTÔME
EN TOUS SENS
































































































Du même auteur

Mise en espace de la folie. Soins psychiatriques
et travail de l’idéal, Paris, L’Harmattan, 2004.


































































© L’Harmattan, 2012
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-336-00377-1
EAN : 9782336003771







« Dans tous les cas, le propre d’un objet ou d’un fait dit
normal, par référence à une norme externe ou immanente, c’est
de pouvoir être, à son tour, pris comme référence d’objets ou de
faits qui attendent encore de pouvoir être dits comme tels. Le
normal c’est donc à la fois l’extension et l’exhibition de la
norme. Il multiplie la règle en même temps qu’il l’indique. Il
requiert donc hors de lui, à côté de lui et contre lui, tout ce qui
lui échappe encore. Une norme tire son sens, sa fonction et sa
valeur du fait de l’existence en dehors d’elle de ce qui ne
répond pas à l’exigence qu’elle sert. »
Georges Canguilhem, Le normal et le
pathologique, p 176.












































































Introduction

































































Le symptôme remplit une fonction secondaire qui se projette
sur la manière d’en discuter la structure : il tend à révéler les
logiques de la psychologie individuelle comme complètement
décentrées par rapport aux normes et à la culture. Voilà ce qui
nous met déjà dans le domaine de la psychopathologie : À partir
de quel moment analyser telle ou telle pathologie devrait se
nouer à une approche de la subjectivité ? Comment la clinique
aboutit-elle, dès qu’elle doit saisir les inversions opérées par le
symptôme, à une problématique de sens et non seulement de
définition, de concept et de théorie ?
Notre objectif est de démontrer que le symptôme se situe au
centre de toute épistémologie liée à l’exercice de la clinique et à
la capture institutionnelle du sujet. Car, une fois questionné en
tant qu’équivalent de ce « qui ne va pas bien », il détermine la
dialectique de la sémiologie et de la thérapie dans l’ensemble
des savoirs amenés à devenir des modèles de résolution.
D’abord parce qu’il permet que toute manifestation
pathologique soit étudiée par rapport à son ambiguïté. Ensuite
parce qu’il impose de considérer cette ambiguïté selon les
paramètres du message. Double inscription où toute
investigation qui concerne les déséquilibres psychologiques
s’affronte à la plasticité et donc à la singularité qui en recouvre
les formes de manifestation.
Aussi, l’approche clinique induit une relation amenée à
réussir dans la circularité du langage ce que la culture échoue à
maintenir comme castration. Cela rappelle que bien au-delà
d’une attitude opératoire, il existe l’action réflexive qui semble
appartenir à une catégorie esthétique : le clinicien doit
s’autoriser à être ce que sa pratique ne lui permet pas
d’habitude, en mesure de déstabiliser la structure pour enfin
déprogrammer l’emprise du cadre. Sous l’impulsion du savoir,
la démarche de voir, d’écouter et de déchiffrer, devrait avoir
comme condition la mise à mal progressive de la méthode, de
9 l'objectivation et du référentiel. Elle se raccorderait à
l’observation, à un acte perceptif qui traverse les évidences pour
ouvrir sur des explications où le sujet instruit lui-même
l'enquête par les effets symbolisants qu’il effectue.
L'exploration du sens semble concorder avec une pratique
mesurée de l’interprétation. Elle ne consiste pas à renvoyer
systématiquement la clinique à la nosologie, mais à s'interroger
sur les difficultés devant lesquelles se retrouve le regard qui
s’en inspire à chaque fois qu'il est confronté au cas, c’est-à-dire
à une situation qui doit s’appréhender dans un contexte donné.
Les règles de la clinique impliquent alors ceci : évaluer un sujet
à partir de ses symptômes induit la légitimité du savoir
accumulé sur lui et conduit à une régulation institutionnelle de
son statut. Cela nous sert à postuler : d’abord le fait que la
structure du sujet ne connaît pas de fixité puisqu’elle se modifie
sous l’influence du symptôme. Ensuite, le fait que la production
du symptôme implique une énergie considérable qui se localise
dans des attitudes de fuite, de résistance ou de plainte. Enfin, le
fait que la signification coïncide avec des figures diversifiées
dans lesquelles la vérité n’est que supplétive si l’on considère
l’aspect mobilisateur du conflit psychique.
Le savoir connaît alors le premier temps de sa spécification :
il se construit dans un abord « intersubjectif » où une
expérience locale peut se transformer, à travers les effets du
discours qui la transmet, en une référence. Le diagnostic, ainsi
que toutes les formes de thérapie qu’on aura à proposer ou à
suggérer, deviennent des « métaphores » dans une large
rhétorique structurée autour du détachement manifesté par les
1troubles . Prendre en compte ces troubles, c’est identifier ce que

1 Dans L'équilibre mental, la folie et la famille, Paris, Maspero, 1979, R.D.
Laing et A. Esterson défendent l'idée que le diagnostic est une façon de dire
plutôt qu’une preuve en soi. Pour eux, la schizophrénie par exemple ne peut
s'apparenter à un "fait", c'est-à-dire à quelque chose qu’on pourrait déterminer
comme maladie au sens médical du terme : "Lorsqu'un psychiatre établit un
diagnostic de schizophrénie, il veut dire tout simplement que les fonctions
psychiques et le comportement d'un patient déterminé sont troublés parce que
quelque chose chez ce patient cause le comportement troublé qu'il observe. Il
10 le symptôme persiste à signifier au moment où il loge « les
béances » laissées par la classification des signes.
Donc, quand on décide qu’une symptomatologie détermine
l’interprétation qu’on en fait, on rapporte obligatoirement la
vérité du fait observé au savoir comme vérité. Car, il y a
sûrement quelque chose qui glisse dans l’interprétation, quelque
chose qui peut toujours advenir fortuitement, mais qui va guider
l’ensemble des actes qu’on pose à l’égard du sujet, y compris le
type du langage qu’on choisit pour lui parler. Ce quelque chose,
c’est la manière de concevoir le pathologique en l’opposant à
un état antérieur qui saurait l’isoler comme altération au
2moment où le sujet se dérobe à toute régulation d’ordre social ,
Par conséquent, une maladie psychique ne se mesurerait aux
troubles qu’elle présente que du moment où l’effet qu’elle a sur
le système d’échange implique une inversion du langage. Au
lieu que celui-ci reste un instrument d’adéquation entre
conduite et contexte, il signale l’incompatibilité de l’un avec les
exigences de l’autre. Telle est la logique même qui pose le
symptôme comme projection langagière venant indiquer,
esquisser ou déterminer en quoi les conflits qu’il est supposé
exprimer ou « mettre en surface » constituent une
transformation dans le domaine du réel. C’est une logique qui
révèle aussi une disqualification du caractère linaire de la
communication en raccordant le processus de subjectivation à
l’unité de l’expression et de la signification.
On peut considérer alors que le symptôme ne reflète pas

appelle ce quelque chose schizophrénie et se doit de rechercher par la suite ce
qui cause cette schizophrénie." (p 7)
2 Ce qui fait dire à l’un des antipsychiatres américains les plus célèbres, que la
maladie mentale n’est pas une réalité et ne constitue qu'un effet de croyance,
une erreur similaire à celle qui concernait « les sorcières » du moyen âge. Voir
Szasz (T), Fabriquer la folie, Paris, Payot 1976. Voir aussi la conception de
David Cooper considérant que les malades mentaux constituent une catégorie
sociale de « révolutionnaires » que le système capitaliste empêche de
s’exprimer pour retarder l'avènement de la société socialiste : Psychiatrie et
antipsychiatrie, Paris, Seuil, 1970 et aussi son article, « Vers la non
psychiatrie » in La sexualité dans les institutions, Paris, Petite Bibliothèque
Payot, 1978, pp 113-129.
11 l’arbitraire de ses contenus. Puisqu’il tend à établir des rapports
de dissymétrie entre objet et satisfaction, il ne peut répondre de
sa crédibilité sémiologique qu’en étant la forme même d’une
pensée nouée à ses contradictions. En effet, le symptôme n’a
pas la rigidité d’un fait, mais le caractère d’une mobilité qui
soumet la causalité psychique au principe du codage et du
décodage.
Il est possible de souscrire à l’existence d’une réciprocité
entre les troubles psychiques et le travail de recomposition qui
en témoigne dans les formes d’expression les plus détournées
ou les plus étranges. Ce qui nous semble d’une grande
importance pour la clinique : toute trace sémiotique, quelle que
soit la pathologie, possède la qualité d’un message qui cherche
adresse. Le sens peut se placer et se replacer, il dépendrait de ce
qui advient quand le sujet n’a ni de prise sur ses manifestations,
ni les ressorts qui lui permettent de supporter « la violence
symbolique » du contexte. C'est que l’existence d’un code
commun qui régule les échanges selon des habitudes et des
valeurs plus ou moins partagées, implique l’épreuve du sujet
incapable, pour cause de pathologie, de faire place à ce qui lui
est imposé de l’extérieur. Le symptôme devient, dans son
essence même, une appropriation plus ou moins narcissique du
langage qui explique comment l’affrontement entre sujet et
contraintes externes produit un renversement dans le système
des représentations. Révélant une structure individuelle
modifiée, ce renversement amplifie le rôle de la causalité
psychique dans toute mutation opérée par le sujet. De fait, si
l’on suppose qu’un déséquilibre psychologique se précise
encore plus par des relations controversées avec la réalité, il
nous faut saisir en quoi la rupture normative qu’il entraîne
autorise à référer le symptôme à ce qui est supposé en constituer
la source.
Nous sommes donc en face d’une complexité qui ouvre la
clinique sur l’épistémologie selon deux principes :
Premièrement, aborder le symptôme comme médiation, devrait
ouvrir sur le statut de la subjectivité dans la psychopathologie.
Deuxièmement, considérer le symptôme à partir de la notion de
subjectivité, c’est opposer la causalité psychique à l’immobilité
du signe par transfert de la structure vers le sens et inversement.
12 Ainsi, le statut du malade reste lié à ce qu’on entend dans les
notions de diagnostic, de soin et de thérapie. On peut envisager
doublement les répercussions que cela entraîne : sur les
stratégies d’identifier la maladie qui vont concerner le savoir et
sur les régulations institutionnelles qui vont concerner son
traitement. Donc, comment l’articulation de la psycho-
pathologie sur l’institution explique, à rebours, le rapport entre
société et système de normation et comment l’apparition du
symptôme vient radicaliser leur dialectique.
Dans un premier temps, nous tenterons de voir comment la
nosologie s’appuie sur l’observation clinique dans une finalité
d’ « expertise » amenée à réviser constamment les notions et
les concepts à partir d’expériences originales. Car c’est à partir
de la dynamique historique qui l’a déterminée comme ensemble
de réponses, que la psychopathologie s’inscrit dans l’idéal qui
consiste à soutenir ses théories. Par rapport à cela, nous allons
revenir aux règles de formation par lesquelles se sont établis
deux modèles habilités de fait, non seulement à analyser les
différentes formes de manifestations pathologiques, mais aussi
à traiter la souffrance qui en découle : la psychiatrie et la
psychanalyse. On tentera de répondre aux questions suivantes :
comment la psychopathologie fut-elle amenée à opérer des
points de rupture dans l’histoire des idées pour ordonner
une connaissance qui en légitime l’efficacité ? Comment cette
connaissance ouvre-t-elle sur la lisibilité des symptômes sans
tomber dans une mythologie analogue aux théories sociales ?
Dans un deuxième temps, nous nous reporterons aux
logiques qui s'organisent autour du sujet en situation, c’est-à-
dire produisant le symptôme qui va amener à ce que le
traitement institutionnel qui lui est réservé devienne une
réponse adéquate, voire nécessaire. Deux exemples s’offrent à
nous : le placement éducatif et l’hospitalisation psychiatrique.







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