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LE TRANSFERT DANS LE CHAMP FREUDIEN

De
384 pages
Mohamed Mesbah pose le transfert non plus en termes uniquement de dynamique économiste peu économiste comme le faisait Freud, mais en termes de structure, nous sommes obligés de repérer des places. Et parmi ces places, il y en a une autour de laquelle s'organise la structure, c'est la place de l'analyste que Lacan appelle " Le Sujet Supposé Savoir ". Cette formulation de Lacan est essentielle puisqu'elle nous permet de définir la position structurale de l'analyste dans le champ de la cure et d'autre part la fonction de l'analyste dans le mouvement générateur de sujets que constitue la cure.
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LE TRANSFERT

DANS LE

CHAMP FREUDIEN

@ L' Harmattan, 1999

ISBN: 2-7384-8115-9

Mohamed MESBAH

LE TRANSFERT DANS LE CHAMP FREUDIEN

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris FRANCE

-

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) CANADA H2Y IK9

-

Collection Études psychanalytiques dirigée par Alain Julien Brun et Joël Bernat

La collection Études Psychanalytiques veut proposer un pas de côté et non de plus, en invitant tous ceux que la praxis (théorie et pratique) pousse à écrire, ce, "hors chapelle", hors "école", dans la psychanalyse.

Déjà parus

Joël BERNAT, Le processus psychique et la théorie freudienne. Au-delà de la représentation, 1996. Martine DERZELLE, La pensée empêchée, Pour une conception psychosomatique de l 'hypocondrie, 1997. Thémélis DIAMANTIS, Sens et connaissance dans le freudisme, 1997. Yves GERIN, Souffrance et psychose, 1997. Filip GEERARDYN, Gertrudis VAN DE VIJVER, (dir), Aux sources de la psychanalyse, 1997. Yves MATISSON, Approche psychanalytique du trouble sensoriel des mots, 1998. Houriya ABDELOUAHED, La visualité du langage, 1998. Stéphane LELONG, Fantasme maternel et folie, 1998. Patrick DI MASCIO, Freud après Auschwitz, 1998. Gabrielle RUBIN, Travail du deuil, travail de vie, 1998. Franca MADIONI, Le temps et la psychose, 1998. Marie-Thérèse NEYRAUT-SUTTERMAN et collaborateurs, L'animal et le psychanalyste, 1998. Miguel Zapata GARCIA, Aux racines du religieux, 1999.

Eliane AUBERT, Alzheimer au quotidien, 1999.

A mon Père et à toute ma Famille. Au Champ Lacanien, Uttéraire et Philosophique.

INTRODUCTION

Le déJir est en nOl/scomme lin défi all monde même (jlli /IIi dérobe i'!.ftniment son o!!iet Le désir est en nolIS comme lin ri.. ; nOl/S moquons tIN monde en nOlls mettant nllS, nOlls
livrons sans limite all désir de dési,.,.. p1iisqlle «le désir est C'est pollfYjlloi, «nollS n'avons de possibili/i que l'impossible» avide de ne jamair êt.. assollvi. »ln « AmONr d'lin êfro Îmmorle/ »p. 9. Éditions GaUimard. Georges Bataille

La

question du discours sur l'amour semble prise dans un paradoxe

d'ordre historique, cela signifie que la saisie que nous pouvons en avoir à partir du discours, change en fonction du locuteur et surtout en fonction du temps et de l'espace culturel dans lequel évolue ce locuteur. Ce qui sous-entend que dans l'amour - c'est évident quand nous lisons par exemple" Le Banquet" 1 de Platon (un des premiers textes de la civilisation occidentale sur l'amour), comparé avec un autre texte qui est également une réflexion sur l'amour: "L'art d'aimer 2" d'Ovide - nous voyons apparaitre un certain nombre de différences liées aux paramètres sociaux-historiques. Comparés à ces textes, l'ensemble des textes ultérieurs comme" De l'amour" de Stendhal of&ent une perspective fondamentalement différente, une indication de changement de civilisation. Nous pourrions à partir de là.nous demander si parler de l'amour, du lieu de la psychanalyse, ce n'est pas foncièrement tenir un discours aussi historiquement ciblé et caractéristique des préoccupations du 20ème siècle. Si l'amour est un objet historique, il faut s'interroger sur la pertinence de la psychanalyse en tant que discours du 20ème siècle dans la mesure où la psychanalyse aura peut-être fait faillite à rendre compte de ce qu'il en est de l'amour. Si les discours de l'amour changent avec le temps, est-ce que cela signifie que ces discours sont équivalents? Ce que dit Freud ou Lacan sur l'amour apportent davantage, moins en certains cas, que ce qu'en disent Platon ou Ovide ou d'autres.

1 Platon, Le Banqllet, Les Belles Lettres, 2. OvÙIt, L'Ar/d'aimer, Ubrio,

1989.

Paris, 1994.

Nous sommes donc confrontés ici à la spécificité du discours de la psychanalyse sur l'amour. Qu'est-ce qu'elle nous dit de plus que le discours philosophique ou le discours littéraire? La psychanalyse va nous parler de l'amour d'une manière décentrée à partir des autres discours dans la mesure où elle se nourrit d'un certain nombre de références littéraires. Nous avons l'habitude de considérer que l'amour est un sentiment, un affect qui, dans toutes circonstances est bavard. Il n'y a pas d'amour muet, autrement dit, l'amour est fondamentalement quelque chose qui discourt. Prenons les éléments du vécu amoureux: le rougissement, la pâleur le constituent en discours; il parle, il dit quelque chose, ne serait ce que pour souligner le saisissement dont le sujet est l'objet; les larmes, l'aveu aussi sont des discours; sans oublier ce qui est privilégié dans le champ amoureux: la lettre d'amour qui nous montre la dimension du discours. Alors pourquoi ce type de préambule, souligner ce type de paradoxe? Parce que cela importe à la psychanalyse de savoir qu'elle utilise la parole, la problématique du signifiant. Qu'est-ce que c'est que la cure? C'est simplement une thérapie spécifique liée à la parole là où un sujet advient au désir; transcender, voire même vivre avec la problématique du symptôme. Nous voyons donc se dessiner une connivence étroite entre l'amour et la psychanalyse dont le véhicule est la parole. Dire cela, c'est appeler un des registres que Lacan nous a appris à considérer et qui est le registre du symbolique. Dire que l'amour et la psychanalyse sont étroitement liés par le fait du langage, c'est donc qu'il y a dans l'amour une phase symbolique alors qu'on a l'habitude de lier l'amour à l'imaginaire. Nous avons un autre paradoxe, c'est l'impératif de la jouissance Ve concept de jouissance nous le posons avec Lacan comme synonyme de souffrance - comme paradigme nous avons la jouissance du psychotique] cette espèce de l'ordre surmoïque de "jouis" auquel chacun est appelé. La sexualité ne suffit pas à faire rapport entre les sujets dans la mesure où cet impératif découvre une impasse et que Lacan a théorisé autour du "pas de rapport sexuel ", pour redonner ses chances à l'amour dans le sens où il pouvait revenir et apporter ce qui faisait défaut, ce qui se révélait dans la jouissance. Quand nous congédions l'amour, nous sommes confrontés à une impasse qui appelle son retour à la fois dans le champ du vécu du sujet et dans celui purement épistémologique. Cette découverte du " pas de rapport sexuel" 3, de l'impasse sexuelle, du malaise entre les sexes, s'inscrit, se découvre dans le champ même de la jouissance. Le féminisme des années 70/80 a joué dans le sens qu'il a permis - au-delà de la légitime exigence d'une reconnaissance de

3. Jacqlles

Lacan,

Séminaire

Encore.

Selli/,

Paris,

1975.

8

l'égalité

- de souligner, de pointer cette impasse sexuelle, en montrant avait pour socle ultime la différence qui est même la castration.

qu'elle

Certains analystes ont été hostiles et ont contesté l'enseignement de Lacan; son parcours a été taxé d'intellectualiste et pourtant il a favorisé l'entendement de la logique signifiante et posé ses mathèmes, ses catégories dans le registre de la topologie. Par le phénomène de la praxis analytique, il a épinglé le versant de la relation du sujet au savoir et en privilégiant ce dernier il a récusé avec Freud l'expérience psychologisante de la psychanalyse. Lacan a reformulé et rénové la question du transfert qu'il a d'emblée posée dans sa démarche prélimin.aire comme imaginaire, puis comme phénomène qui intéresse le savoir et non les relations interpersonnelles. A la [m de son enseignement, il a accentué la problématique du transfert comme articulée au registre de l'objet petit" a " 4, objet cause du désir, (voire même cause de jouissance 5). La psychanalyse ne s'intéresse pas aux relations interpersonnelles, et Lacan récuse la relation intersubjective. Dans la relation du sujet à ses objets, il a restitué le concept de l'autre, d'altérité et il a également différencié plusieurs catégories d'autres - nous l'articulons par une dichotomie - le petit autre et le grand autre. Le petit autre, nous le désignons avec Lacan comme le semblable, tout ce qui fait partie dans le champ de l'individu, de l'alter-ego, de l'altérité et également que nous appelons: « imaginaire ». Il est justement nécessaire pour la psychanalyse d'isoler une catégorie d'altérité, qui n'est pas justement personnelle, ni de l'ordre de l'image, ni de l'autre, c'est précisément le registre symbolique, le langage qui fonctionne comme lieu d'altérité. Ce dernier concerne tout sujet parlant, la relation du sujet à l'autre, Lacan l'a nommé: Le " discours de l'Autre"- "l'inconscient est le discours de l'Autre". Cependant cet Autre n'est pas un semblable, c'est l'Autre en tant qu'il parle. C'est une altérité symbolique et non imaginaire; cette prégnance de l'Autre symbolique et le type d'expérience qu'il met en évidence, fait que nous ne pouvons pas confondre les deux registres: c'est justement le transfert. Ce que nous appelons relation analytique ne peut pas s'interpréter comme une relation intersubjective, d'interdépendance, car il s'y passe des phénomènes étranges, excentriques et qui sont sans commune mesure avec la réalité de la relation. A bien des niveaux, nous avons une disjonction, comme par exemple tout ce qui se manifeste comme sentiments, comme affects et tout ce qui est de l'ordre de sentiments que l'analyste déclenche, paraissent incommensurables à la réalité de la relation interpersonnelle et spécialement, le pouvoir que l'analysant impute à l'analyste: la foi, la croyance dont il est l'objet

4. Jacques
5. Nous

wcan, soulignons.

Le Tranifert,

Seni4 Paris. p. 447.

9

et aussi l'inverse, la haine et l'intensité de la demande. Ces phénomènes paraissent comme une démesure par rapport à la réalité de la relation interpersonnelle. Freud a isolé une des manifestations qu'il a nommée" L'amour de transfert" - Die Übertragungsliebe. En 1900, clans l'analyse avec les hystériques, il était surpris cle la production spontanée de l'amour de transfert, en d'autres termes, le dispositif inventé par Freud a déclenché, exacerbé une demande d'amour qui paraissait disproportionnée par rapport à l'objet réel. Par conséquent, le troisième terme qui pouvait rendre compte de cette erreur, est la répétition qui est celle de l'ancienne demande de l'enfance, c'est ainsi que le génie de Freud a rassemblé toute cette masse de phénomènes. Ces derniers ne sont pas motivés par la réalité de la situation mais plutôt par le dispositif analytique qui agit comme une cause occasionnelle, un déclencheur qui réveille les anciennes expériences. Freud situe cet ensemble de phénomènes inhérents au dispositif analytique dans le registre de l'enfance, cette corrélation entre le patient et l'enfant s'établit par le langage. Or, la psychanalyse n'infantilise ni le patient ni l'analyste, ce sont les modalités de la demande, de l'appel, du discours, du message qui sont à épingler dans ces phénomènes; à partir de ce que le sujet articule comme problématique signifiante, de ce qu'il ne dit pas, ces phénomènes apparaissent dans le champ psychanalytique compris sous le terme de résistances. Le sujet parle pour appeler, pour séduire, mais sa vérité nous l'épinglons au niveau du rêve, dans un acte manqué, il se trahit par la rupture du lien analytique. Une interprétation sommaire du transfert consisterait à voir dans cet ensemble d'attitudes une infantilisation, au contraire chez Freud, la manière qu'il a de saisir au milieu de ces manifestations spéculatives nécessite précisément: premièrement que le sujet se confronte avec le langage, deuxièmement la manifestation d'un symbole, d'un signifiant et la conformité à la règle fondamentale qui consiste à tout dire sans se censurer. Au moment où le sujet parle de son père, Freud a été interpellé par cette manifestation de l'analysant; il n'y a pas de raison, cela ne va pas de soi que quelqu'un s'en remette à un autre pour lui signifier avec embarras ses symptômes - obsession, dégoût, phobie, dépression et que l'Autre l'invite à en dire plus sous le mode du "revenez demain ", nous voyons le discours pivoter autour de ce signifiant auquel nous n'avons pas pris garde qui est son père et précisément ses coordonnées familiales. Freud est frappé dans plusieurs de ses textes par cette fonction paternelle où l'analyste lui-même est mis à cette place par le patient, il faisait le père dans ses analyses et le discours du sujet le mettait à cette place du père (idéal). Dans un premier temps, il va se rendre compte qu'il y a une erreur sur la personne et par conséquent ce phénomène était perturbateur de l'intersubjectivité. Le transfert est loin de permettre une dialectique des

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inconscients, une relation interpersonnelle ou un ajustement de transfert ou de contre-transfert dans une belle réciprocité des deux inconscients. Nous constatons exactement le contraire c'est-à-dire que l'expérience analytique inventée par Freud rencontre un sérieux obstacle à la communication interindividuelle, et cet obstacle provient du fait qu'il y a une erreur sur la personne. La deuxième habileté de Freud consiste à dire : nous n'avons pas à désillusionner le sujet. Quel parti pouvons-nous tirer de cette erreur sur la personne, comment la faire fructifier, comment ne pas s'en servir comme point d'appui pour faire émerger l'inconscient? Dans le dispositif analytique le sujet adresse une plainte afin qu'on le soulage de son symptôme et par conséquent ce phénomène peut être un instrument au lieu d'être un obstacle. La question du langage est fondamentale chez Freud et Lacan, elle n'est pas uniquement un moyen de communication. Dans la cure analytique l'analysant peut parler pour ne rien dire, c'est ce que Lacan appelle" la parole vide" de ce point de vue une cure analytique peut durer des années. C'est ce que découvre Freud en disant au patient" revenez demain ", le sujet reviendra souvent, et quelquefois il ne reviendra jamais et toujours pour ne rien dire de ce qui le fait pâtir, à savoir la jouissance. Lacan a opté pour le registre de l'Éthique [de" bien dire" qui n'est pas la morale mais plutôt pourrait corroborer l'Ethique de Spinoza où la raison l'emporte sur les passions). Il est difficile de dire toute la vérité du fait de l'opposition du langage, nous avons donc une opacité du langage, dès lors que ce qui est à dire concerne la jouissance dont l'articulation est difficile à cerner. Nous pourrons dire qu'il y a plusieurs obstacles extérieurs qui justifient cette impuissance, l'éducation, les bonnes manières, la honte et la pudeur. Précisément, l'invitation à la règle fondamentale vise à dépasser, à transcender ces obstacles pour essayer de dire le plus difficile et parfois l'analyste doit le rappeler à l'analysant sinon il racontera des banalités. Freud recommandait au patient de verbaliser le plus difficile, il renvoie cette situation à la question de la résistance, les barrières morales et psychiques. Lacan a reformulé cette problématique sur un versant antinomique entre ce qui est possible à verbaliser et ce qu'il en est réellement de la vérité de la jouissance. L'émergence oppositionnelle de la communication, de la problématique de l'intersubjectivité, pendant la verbalisation le sujet est arrêté par quelque chose qui concerne sa jouissance et donc nous pouvons dire que le dispositif analytique fonctionne dans une dimension dysharmonique. Freud a tiré un bénéfice. Or rnême dans le champ médical la plainte du sujet est également corrélée à une erreur sur la personne. La problématique freudienne est la suivante: quel avantage y a-t-il à tirer du dispositif psychanalytique? Quel est le pouvoir réel de la psychanalyse, c'est-à-dire de l'analyste? Il est difficile de répondre, car le transfert fait barrage dans la cure. 11

Ce que peut l'analyste dépend de la problématique du transfert dont il est l'objet. La question du pouvoir n'est pas réglée en catégories de pouvoir effectif, mais plutôt sur le versant de la capacité du décryptage de l'Autre que symbolise l'analyste pour le patient. Lacan assimile l'Autre, au grand autre du transfert. Nous n'avons pas réellement de certitude que ce soit une image, une réplique, un modèle ou une réduplication de quelqu'un que nous avons déjà connu. Lacan a révolutionné la question du transfert par rapport à Freud en posant: "l'analyste pour le sujet inaugure une nouvelle figure, une image qui n'est pas une simple copie du passé ". Il était extrêmement important de la part de Freud de conceptualiser la question du transfert comme ce qui traduisait une répétition, une retranscription. Or Lacan construit la question du transfert par d'autres coordonnées par rapport à lui en introduisant la problématique du " Sujet supposé Savoir ". C'est pour cela qu'on a qualifié Lacan d'intellectualiste par l'émergence de ce nouveau signifiant: le sujet supposé savoir 6 " le S.s.S ". Il a mis l'accent sur cette orientation en 1964 en posant la question de l'amour de transfert - Die Übertragungsliebe - dans l'articulation d'une supposition de savoir et non comme disait Freud sur une répétition de l'ancien. A ce niveau nous annonçons les résultats sans même poser des prémisses que nous développerons plus loin. Le cheminement de Lacan ne récuse pas les thèses de Freud, il les développe, en outre, elles ne sont pas définitives. C'est dans sa célèbre analyse de Dora en 1905, son exemple" Fragment d'une analyse d'hystérie 7 ': un chef d'œuvre de la clinique freudienne, que Freud donne la première fois une définition du transfert. Freud était le précurseur de la clinique psychanalytique, et afm d'épingler les phénomènes discontinus il dit: les transferts et non le transfert. A certains moments, nous pouvons considérer la question du transfert et précisément les moments où nous pouvons être sûrs que ce n'est pas la situation réelle qui détermine le message de l'analysant mais que le sujet répète quelque chose d'ancien. «Ces transferts sont des réimpressions, des copies, des tendances et notions », notons le vocabulaire des métaphores. Freud insiste sur le fait que les transferts sont des fantasmes qui doivent être réveillés, éveillés à mesure des progrès de la cure. Son génie est de pousser le sujet à en dire plus par le biais du silence de l'analyste et de lui indiquer qu'il répète quelque chose. Dans le dispositif analytique la question du transfert comme problématisation de la résistance devient un moyen, et ce dernier peut devenir un obstacle. Le moyen du dispositif analytique est l'association libre, la règle fondamentale, mais cela peut également devenir une entrave; autrement dit, le souvenir, le transfert de ces

6. Jacques Lacan. Seuil, Paris, t973.

Le Stiet

supposé Savoir, in Les Quatre

concepts fondamentaux

de la pgchantJfyse,

p. 209,

7. Sigmund Freud. Les Cinq P{)'chanafyses, P.U.P.,

1992. p.t.

12

impressions, la traduction de ces copies est la substitution de l'analyste à une autre personne antérieurement connue. Freud a donc fait cette découverte du moteur, du rôle pivot dans la répétition des souvenirs, des fantasmes du patient, autrement dit, le moyen de la cure peut devenir lui-même un obstacle si nous occultons la neutralité de l'analyste et l'analyse du transfert. Nous avons corrélativement une mutation subjective qui s'opère spontanément dans le dispositif analytique, la composition de la névrose est radicalement changée dès qu'il y a transfert. Aussitôt que l'analysant apporte un symptôme, il est sensé être décrypté, un sens lui est donné et donc il est transformé. Un symptôme dont on a parlé à quelqu'un avec toute liberté est radicalement métamorphosé; nous ne sommes pas systématiquement soulagés, cela peut être son accentuation comme cela peut être une guérison, du seul fait que nous en parlons, pas à n'importe qui mais précisément dans le dispositif analytique. Une fois que notre névrose est adressée à l'Autre, elle change de statut, de sens et éventuellement de forme, mais d'autres symptômes émergent, quelque chose comme une éclosion du symptôme. L'analysant découvre des problèmes, des nouveaux symptômes pour lesquels il n'est pas venu consulter son anatyste. Freud désigne cette nouvelle transformation par" Névrose de transfert". Nous considérons deux versants: c'est la mutation de la névrose elle-même dans le transfert à l'occasion de cette adresse, de cette complémentation du symptôme, qui est tout de même complétée par l'adresse dont l'analyste est le destinataire. Par conséquent, nous posons donc une différence entre parler à ses amis et à l'analyste. Cette nouvelle espèce de névrose induite par le fait d'en parler à un analyste est un phénomène qui ressort du langage, de l'adresse de la personne. La difficulté du symptôme comme message pointe l'absence de moyens pédagogiques pour montrer l'incidence du langage. Et dès que l'on porte cette adresse à l'analyste le symptôme est déjà transformé. La quintessence de la difficulté va être l'analyse du transfert et non seulement, elle ne sera jamais finie tant que le transfert n'est pas analysé mais le grand obstacle de la psychanalyse serait un transfert infini. Il n'y a rien de plus facile, d'évident que de faire émerger le sujet supposé savoir, pas forcément dans la cure, ailleurs, dans d'autres situations. Cette imputation faite à l'Autre qu'il sait la vérité de la souffrance de l'analysant, ce peut être le mode commun des relations interhumaines. Le point le plus difficile sur lequel Freud butait en 1936 et 1939 dans son article sur la fm d'analyse est la difficulté du transfert infini. C'était pour les freudiens une surprise. Freud gardait les patients pendant cinq ans, et l'homme aux loups est resté toute sa vie. A l'époque on avait un bon argument: "c'est la résistance ", le sujet résistait tellement à la vérité, il insiste, que l'on s'est aperçu précisément que le transfert était l'instrument de la cure. Comme disait Freud - on va tuer le personnage non en effigie mais dans

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la réalité, l'analyste est là en chair et en os, autrement dit, il est une présence massive, présentifiant même des mamelles comme dit Lacan (in les Écrits). En cette opération de transfert, de réimpression, de réédition, cette substitution simulant la personne connue dans l'enfance (le père, la mère, l'oncle ou les autres) à la personne du médecin et nous avons l'impression qu'en travaillant sur la relation médecin patient, nous allons venir à bout de ce qui n'a pas fonctionné dans le registre infantile. Il nous semble qu'il n'en va pas ainsi la question de l'amour de transfert devient un obstacle fondamental jusqu'à ce que nous ayons trouvé une autre conception de la problématique du transfert que celle de Freud - « le transfert est la répétition des ém9is libidinaux infantiles » dans" Observations sur l'amour de transfert 8 ". Il prit soin de faire de la question du transfert autre chose qu'une simple reproduction du passé, il a effectivement sophistiqué son vocabulaire en parlant de "retraduction" de réimpression ", c'est-à-dire en mettant l'accent sur le versant créatif. "

-

-

Freud a mis dans le transfert la question du père ou tout au moins la fonction paternelle, Lacan définit la problématique du transfert comme transcendance de la fonction du père biologique comme celle de la castration, la frustration ou la régression. D'un côté, par sa construction d'érudition, le phénomène de l'amour du transfert a pour causalité la supposition du savoir qui déclenche la spontanéité de [« 1'«a »-mour »] l'amour de transfert; c'est l'énoncé des quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse: « celui à qui je suppose le savoir, celui-ci je l'aime» et: « Dès qu'il y a quelque part le sujet supposé savoir (S.s.S), il y a transfert 9 I). Autrement dit, la question du transfert est articulée à la problématique (de l'amour) du savoir. Lacan dans les années 1970, reconceptualisa son concept d'Autre du transfert, il épinglera le « semblant d'être analyste» ailleurs que dans la dimension du grand Autre symbolique, en d'autres termes, dans la dimension du réel défini préliminairement comme l'impossible à vivre, à jouir, à écrire et précisément dans le registre de l'objet " a" 10 (l'objet à cause du désir). Concernant cette problématisation de la question (l'amour) du transfert, nous constatons qu'il existe une distance, voire même une complémentation, une conjonction et non une divergence entre Freud et Lacan. Pour éclairer notre problématique de transfert nous commençons à poser quelques citations des auteurs que nous allons développer dans notre recherche. Nous citons Ferenczi:

8. S. Frrud, 9. Jacques 10. Jacques

La Lacan Lacan,

Technique ks Quatre

p!Jchanafylique,

p.117.

P. U.F.

1989. Op., cit., p. 210. Seuil, Paris, 1973.

concepts fomhmentaux u Banquet, p. 447.

de h p!Jchanafyse,

le Transfert,

14

Le transfert apparat! comme un mécanismepsychique caractéristique de la névrose,engénéral,qui se manifestedans toutes les circonstances e d

la vieetsous-tendapart desmanifestations l morbidesl. I

.

La problématique du déclenchement du 'transfert, sa causalité n'est pas due réellement au dispositif analytique ni à l'analyste, malgré la présence de ce dernier qui joue le rôle de catalyseur, mais il est plutôt inhérent à la névrose du sujet; autrement dit, c'est ce qui est en rapport avec le refoulement et donc comme maladie d'amour et l'inconscient du patient se présente comme jouissance, comme une compulsion de répétition Qa Wiederholungszwang) et donc comme résistance. C'est ce que la subjectivité a introjecté psycruquement par les mécanismes d'identifications qui concerne le désir de l'Autre. Pour Michel Silvestre et malgré la présence de l'amour dans le dispositif analytique, il s'agit d'une problématique de la souffrance, du pathos du sujet, du refoulement et de la résistance, il faut donc travailler la question du transfert comme problématisation de la résistance: Qu'il veuilleou non, l'analYsant,le "patient" celuiqui s'allongesur son divan éprouvepour lui, Freud, des sentiments variés. Ce n'est pas
to%urs de l'amour, cepourrait être de la haine aussi bien

- mais

cette

relation analYtique était passionnée. Or, cettepassion constituait un problème pour l'analYste, qui devait d'abord en faire quelque chose, ensuite,s'enpréserver.Il nefallait pas, par exemple,que cettepassionfat
réciproque

- ce qui

aurait pu entraîner des conséquences néfastes pour la

cure12. En s'inscrivant dans la pensée freudienne Pierre Fédida articule la question du transfert d'une façon rationnelle voire même pertinente:
De plus et bien marquée la fafOn dont le transfert vient à se concevoir comme une résistance et comment celle-ci a la double valencede mise en échec du progrès de la cure et d'agent moteur des changements économiques lorsqu'elle est interprétée et surmontée. Isolée par l'analYse pour faire un instmment puissant de la cure, le transfert est" ein allgemein menschliches phi/nomen" (un phénomène humain) et son influençabilité consentie dès qu'il y a pouvoir. Ici la suggestibilité sur laquelle se base le rapport
fmJnotique se trouve comme facteur cfynamique dans le transfert 1J.

Ce qui veut dire que la question du transfert comme conceptualisation freudienne est un moyen utilisé dans le dispositif analytique pour décrypter la

Il. S amlor Feren~, 12. Michtl 13. Pitm Silvtstrt.

Op, cit., p.93. Demain

TrallSfert tt introjtction, P{Jthanafyst Op, dt.,p.

la pfYchanafyse.

I, P'!Y0t, Paris. 1968. 141. Selli/, Paris, 1986-1993.

Fédida. Crise et tontre-transfert.

Op, dt., p. 74. P. U.F. Paris, 1992.

15

symptomatologie du patient et il est d'autre part, un obstacle dans son versant de résistance, comme problématisation de la résistance du sujet en corrélation avec la résistance de l'analyste. Il est en corroboration avec la suggestion mais il n'est pas identique à cette dernière. Daniel Lagache, en psychologisant la psychanalyse, s'inscrit quand même dans le droit fil de la pensée freudienne: Atfjourd'hui, il apparat! clairementque ces obseroationset ces vues
concernent la théorie du

transfert.Mais ce n'est qua la fin de la

prychothéraPiede 1'!!Jstmeque Freud parle spécifiquementde transfert, sans donner encoreà cettenotion l'extension qlli IlIi sera donnéepar la suite 14. Concernant la problématique du contre-transfert, le transfert, l'articulation signifiante des sujets se manifeste, fonctionne comme quelque chose qui est en corrélation avec le transport, le report, le déplacement (métaphore et métonymie) du signifiant et donc du langage. Pour aller plus loin citons Lacan:
Cette question du contre-transfert n'est pas véritablement la question. C'est dans l'état où elle nous est apportée qll'elle prend sa signification, cette signification, c'est le désir de l'analYste. Dans la difficulté de l'abord de ces auteurs, c'est leproblème du désir de l'analYste qui Jâit obstacle 15.

Les auteurs du " Contre-transfert 16 "critiquent et posent des points de vue différents concernant précisément la doctrine problématisante du contretransfert. Pour expliciter nos propos, nous citons les auteurs de l'ouvrage du contre-transfert:
SOliS le terme du contre-transfert, on a Pli entendre tOllt ce qui, de la personnalité de l'analYste, peut interoenir dans la cure, et précisément ses réactions inconscientes vis-à-vis du patient: on trouve la mise en garde de Frelld, relative à (( l'équation personnelle)) du thérapeute, qui peut inteiférer jusque dans ses interprétations - et exigerait donc ce qui a été comme deuxième règlefondamentale relativement à l'analYse didactique, d'être menéejusqua son terme 17.

Dans la dynamique du dispositif analytique, du fait de la présence massive de l'analyste qui pourrait venir à la place du semblant de l'agalma,

14. DanielLagache,

le Transfert, Op, cit.,p. 3. P.U.P., Heimann, ibid. Mt1fl,aret Utile,.

Paris, 1980. Reiche, Paris, Navarin, 1987.

15. Jacques Lacan, .Les Écrits techniques de Freud. Op, cit., p. 304. 16. Le Contre-transfert, 17. Le Contre-transfert, Lucia tOl/ler et Annie,

16

l'objet a, cause du désir et symbolisant la fonction du sujet supposé savoir, de ce fait il y a émergence, un déclenchement spontané de l'amour de transfert de l'analysant sur l'analyste dont il y a erreur sur la personne. Nous avons également le contre-transfert, autrement dit le transfert (inconscient) de l'analyste sur son patient. Ce faisant l'analysant pourrait également induire son analyste et susciter des réactions inconscientes. Comment s'articule donc la question du transfert, des transferts? Justement, Freud, au début de sa conceptualisation de l'amour de transfert, inscrit sa problématique comme" transferts" au pluriel et par la suite il parlera de transfert au singulier. Pour éclairer notre recherche préliminaire, nous citons Laplanche comme spécialiste de l'herméneutique de la textualité freudienne:
Les transferts, au départ, il en est question à propos du rêve, donc dans" La T raumdeutung, la Science des reÎJes': Il s'agit de déplacements dus au fait que l'inconscient ne saurait revenir en «(personne)) mais doit s'incarner (avant même de se rendre «figure )), darstellbar) dans des restes diurnes. Ce sont des déplacements pris un par un, dans tel événement ou tellepersonne de l'expérience vigile, qui sont désignés comme transfert 18.

La question du transfert est ce qui se manifeste par déplacement, transport de signifiants de restes diurnes comme dans le rêve, c'est donc un transfert qui est en corrélation avec la problématique sexuelle refoulée. La psychanalyse, dans cette question de l'amour permet de faire un pas supplémentaire important. C'est que pour parler de l'amour il faut une butée signifiante, tout discours s'articule à partir d'un signifiant et particulièrement incarné par la fonction paternelle qui s'entend dans le champ analytique de la problématique du père et c'est à partir de ce signifiant que Lacan a conceptualisé par le " Nom du Père ". Il faut partir de la question proposée par Freud dans" Totem et Tabou 19 "qu'il appelle le sentiment religieux, il a donc une idée derrière la tête qui est de démontrer que la religion fonctionne exactement comme la névrose obsessionnelle et qu'elle repose essentiellement sur la notion de culpabilité. Ce dont le névrosé témoigne dans l'analyse est la culpabilité d'une faute qu'il n'a pas d'ailleurs commise, voire même d'une dette inaliénable. Il me semble qu'il n'y a pas d'analyse sans transfert ni d'école sans transfert de travail et que la question de l'amour dans son articulation au savoir est une condition de possibilité pour un enseignement de la psychanalyse à l'Université ou à l'école. Pour éclairer nos propos préliminaires nous citons les auteurs du collectif de l'ouvrage" Les Stratégies du Transfert en psychanalyse" :

18. Jean

Loplanche, Freud,

la Transcendance Totem et Tabou.

du transferl, P. B. P%t.

Op. Paris,

cit., p. 242. 1985.

P.U.F.,

Paris,

1987.

19. Sigmund

17

Le parcours

du transfert pendant

la cure laisse le sujet

seu4

sans

l'Autre, devant son objet. Le sujet fait passer sa cause à l'école: passage du transfert unique de la cure, au transfert de travaiL C'est cela qui fait école 20.

Ce qui veut dire que la psychanalyse commence avec l'amour de transfert, la souffrance, de la jouissance dans sa dimension couple analysant analyste, autrement dit, l'analyste déclenche l'hainamoration de transfert du fait de sa présence massive en corrélation avec la névrose, le refoulement du sujet, qui implique donc une production de savoir inconscient (l'Unbewuste, un savoir qui ne sait pas) dans le dispositif analytique, qui se prête à l'hystérisation du sujet. Il me semble: qu'à la fm de la cure, (la traversée du fantasme, voire même après la passe qui n'est pas obligatoire pour exercer la psychanalyse) le transfert ne disparaît pas mais il change plutôt de direction, voire même d'orientation, autrement dit, il deviendra le transfert de travail à l'école ou à l'institution qui sera un lieu d'exercice du savoir (inconscient) analytique. Il y a un pas essentiel que la psychanalyse franchit par rapport aux autres disciplines que ce soit la littérature ou la théologie, elle en dit plus. Elle apporte quelque chose qui est une tentative de résolution des apories, autour desquelles justement s'élabore le rapport de l'homme à la culture. L'émergence de la vérité de la jouissance, véritable déchirure du confort sentimental et intellectuel du sujet appelle un retour de l'amour, voire même une prothèse à ce qui fait défaut dans le champ sexuel. L'amour constitue bien, à toutes les époques et surtout à la nôtre une nécessité pour que le rapport sexuel puisse s'inscrire pour chacun dans la rencontre entre « deux parlêtres » deux sujets.

20. Le, SfratégiCJdu Tmnifm (fi P{J(h_!yJf,

NdtIr:If'Î".ParÙ, 1992.

ÉTYMOLOGIE

DU CONCEPT

DE TRANSFERT
LA QUESTION DU SENS DU CONCEPT DE TRANSFERT

Pour avancer et éclairer notre problématique nous posons comme prolégomènes la question du sens du concept de transfert ÜBERTRAGEN:
« ein amt überttagen»

Verbe transitif, transporter,

transférer, transmettre
überttagen » -

- déléguer

des fonctions;

« eine summe

virer, reporter une somme. Fig. transcrire, traduire - «ins Franzôsische übertragen» traduire en français. Übertragen werden, se transmettre, passer à. Dieses wort wurde bald in die umganssprache übertragen, ce mot ne tarda pas à passer dans le langage courant. Radio. Retransmettre, diffuser. Übertragen v. tr., transporter, transférer à un autre endroit. ÜBERTRAGUNG (die): f. Transposition, Übertragung der amtsgewalt, délégation de pouvoir. transfert:. translation.

Nous constatons donc l'émergence des nouvelles significations telles que dans le verbe übertragen l'idée de transporter, transmettre, traduire et diffuser. Dans « Die Übertragung» comme substantif nous avons l'idée de transposition, translation, transcription et enfin image et métaphore. Par conséquent nous saisissons, d'après cette déconsttuction, quelque chose qui se pointe à l'horizon comme un transport, un mouvement, une métaphore, un glissement de signifiants de sens, de mouvement d'un endroit à un autre.

19

TRANSFERT: « Trans 21}): PréfIxe emprunté au latin, trans (" par delà'J préposition et préverbe qui a eu en français le sens" au-delà ". Transalpin, "à travers" (transpercer), et qui marque le passage ou le changement (exemple: transition, transfert, travers, traverser.) Trans: Préverbe et préposition, "par delà, au-delà" ; comme préposition (oo.) s'emploie avec des verbes marquant le mouvement comme repos. TRANSFÉRER: verbe transitif. 1356 du latin transféré, de trans, et ferre" porter". Transporter en observant les formalités prescrites. Transférer un prisonnier, transférer le corps, les cendres d'un mort, des reliques. (en parlant d'une autorité d'une juridiction) le Roi voulait transférer l'Assemblée; transférer la royauté, l'exercice du pouvoir à (responsabilité). Transférer: passer (faire), 1550. Spécialité (Droit commun) : transmettre la propriété (un bien ou un droit) d'une personne à une autre, selon les formalités requises. Transférer une obligation, des titres de propriétés. Aliéner, garantir. Par extension transférer une fête, la remettre d'une date à une autre. TRANSFERT: -1724; en latin transfert" il transfert" apparaissait sur les registres commerciaux de transfert, transférer, transférer. Il 1. Déplacement d'une personne à une autre. Droit commun: lequel une personne transmet un droit à une autre. mot qui action de acte par

1. PSYCHOLOGIE 22. Phénomène par lequel un état affectif éprouvé pour un objet est étendu à un objet différent, normalement en vertu d'une association. Transfert des sentiments. Transfert du châtiment sur le partenaire, dans le sadisme. Aussi identifIcation projection. Ce choix, si rigoureux qu'il ne retient que l'unique, fait, dit-on, la différence du transfert analytique amoureux; l'un est universel, l'autre est spécifIque. Il a fallu beaucoup de hasard, beaucoup de coïncidences surprenantes (et peut-être beaucoup de recherches) pour que je trouve l'image qui, entre mille, convient à mon désir 23. 2. PSYCHANALYSE - (1914, traduction du mot allemand de Freud, « Übertragung », 1905, « V erschiebung »). Acte par lequel un sujet, au cours de la cure, reporte sur le psychanalyste soit une affection (transfert positif), soit une hostilité (transfert négatif) qu'il éprouvait primitivement, surtout dans l'enfance, pour une autre personne (père, mère, etc.). Transfert et contre. transfert, du transfert transférentiel.

21. Dictionnaire 22. 1789,

de la langue franfaise,

le Robert. 1880, p.356,357, en psychop/iysiologje,. 27. puis 1896, Ribot, pour traduire

in année Sc. et industrie.

l'exp. angL Transference feeling, James SullY, 1882. 23. R Barthes, Fragments d'un discours amoureux,p.

20

La méthode cathartique de Breuer ( ) exigeait l'emploi de l'hypnose ( ), l'état d'hypnose paraissait bien dissimuler certains phénomènes dont Freud commençait de soupçonner l'importance déterminante, ainsi ce qu'il appela le " transfert ", ensemble d'émois violents, contradictoires et ambigus que le patient avait éprouvé jadis à l'égard de ses parents et qu'il reportait maintenant inconsciemment sur la personne du médecin. Le transfert chez Freud est un déplacement d'affect, de représentation à représentation impliquant la personne du thérapeute dans sa relation avec le patient; nous avons donc un transfert du patient et un contre-transfert du psychanalyste, l'enjeu est le réveil des pulsions et comment donc les gérer? Nous retenons donc du signifiant « transfert» comme signification pertinente dans les disciplines: Psychologie, Psychanalyse - l'idée de déplacement, de transposition, de transmission, métaphore et métonymie, de signifiant, d'un objet, de quelque chose, d'un sujet à un autre. Nous mettons le doigt sur l'émergence de la question du langage, du signifiant, des pulsions et des images qui se profilent dans une relation intersubjective. Nous développerons plus loin la problématique du transfert.

PROBLÉMATISATION DES CONCEPTS FONDAMENTAUX DE LA PSYCHANALYSE FREUD ET LACAN
PULSIONS ET DESTINS DES PULSIONS

Pour avancer et éclairer notre problématique de transfert nous allons avec Freud tenter d'expliciter les concepts fondamentaux de la psychanalyse à savoir: l'inconscient, la répétition, la pulsion, le phallus, l'imaginaire, le symbolique, le réel, l'objet" a " cause du désir, la demande, le désir, le besoin, la jouissance, les quatre discours de Lacan, le transfert, la haine, l'amour, le Père freudien et le Nom-du-Père lacanien. Comment s'articulent donc le stimulus et la question de la pulsion? La physiologie selon Freud, indique que le concept de stimulus (et le schème-réflexe dont la provenance vient du registre extérieur vers la substance nerveuse), est reconduit vers l'espace extérieur sous l'effet d'action et nous pouvons subsumer le concept de pulsion à celui de stimulus; la pulsion est donc un stimulus pour le psychique mais nous ne devons pas les faire équivaloir. Pour poser nos premiers jalons, nous commençons par une citation de Freud:
Pour leprychique ily a manifestement encore d'autres stimulus que les stimulus pulsionnels, ceux qui se comportent d'une façon analogue à celle des stimulus pf?ysiologiques. Par ex., lorsqu'une forte lumière frappe l'œi4 ce n'est pas là un stimulus pulsionnel mais ce en est un lorsque le

23

dessèchement

de la muqueuse

du pharynx

ou bien le début de coTTOsion de

la muqueuse gastrique

se font sentir 24.

Nous constatons donc qu'il y a une différence entre le stimulus pulsionnel et un autre stimulus physiologique. Le stimulus pulsionnel selon Freud n'est pas situé dans l'espace extérieur mais plutôt vient de l'intérieur de l'organisme. Ainsi, sa manifestation agit d'une façon différente sur l'animisme, et pour être écarté, il a besoin d'autres actions; sa liquidation peut se faire par une action adéquate à une fin, dans la mesure où il faut voir le modèle dans la fuite motrice devant la source de stimulus. Ainsi, selon Freud: La pulsion,
momentanée au contraire

n'agit jamais

comme une force d'impact

mais t01!Jours comme une force constante 25.

Étant donné que la source de la pulsion n'est pas à situer dans l'espace extérieur, mais plutôt dans l'intérieur de l'organisme, on ne peut pas la fuir. Freud appelle le stimulus pulsionnel « besoin» et ce qui supprime ce dernier, c'est la satisfaction. Sa réalisation ne peut avoir lieu que par une modification conforme au but approprié, de la source de stimulus interne:
Nous trouvons donc l'essence de la pulsion d'abord dans ses caractères pn'ncipaux: sa provenance de stimulus à l'intérieur de l'organisme, sa survenue en tant que force constante, et nous déduisons - sans une de ses autres marques distinctives, son iTréductibilitépar des actions defuite 26.

Nous constatons donc que la problématique de la pulsion fonctionne sur au moins trois registres: Sa localisation ne se situe pas dans l'espace extérieur mais dans l'intériorité du corps; c'est une force en mouvement, qui pousse et cherche à se satisfaire et enfIn il est impossible de la fuir. Freud nous dit:
Le système nerveux
d'éliminer
aussi

est un appareil qui
27.

auquel

est impartie

la fonction à un niveau

les stimulus

lui parviennent,

de les ramener

bas que possible

Nous constatons donc que les préliminaires des pulsions compliquent le schème-réflexe physiologique simple. Le sujet selon Freud se soustrait par des mouvements musculaires aux stimulus externes et si l'un arrive à atteindre le but il devient alors - étant le mouvement adéquat à sa fm - disposition héréditaire. D'autre part, étant donné leur apparition dans l'espace intérieur de

24.

A

supposer

bien entendH

que ces processus

internes

soient

/es fondements

organiques

des besoins

que sont

la soif

et lafaim.
25. Sigmund, Freud, ibid., p.165. 26. ibid., p.165. 27. Ibid.,p.166.

24

l'organisme, les stimulus pulsionnels ne peuvent être éliminés par ce mécanisme. Ils soumettent le système nerveux à des exigences plus élevées, ils l'incitent à des activités compliquées, apportent au monde extérieur ce qu'il faut de modification pour que celui-ci procure la satisfaction à la source de stimulus interne, et ils le forcent à renoncer, de tenir à distance les stimulus. Nous poursuivons avec Freud: Ce sont lespulsions et non ks stimulus externes,qui sont ks véritabks moteursdesprogrèsqui ontporté le systèmenerveux, à cepoint itifiniment
perftrmant, au tltgré tit son développementprésent 28.

Nous avons doric une suprématie des pulsions qui se trouvent localisées dans l'organisme du sujet sur les stimulus mais ces derniers, au cours du développement humain ont dû exercer un effet sur la substance vivante. L'activité du système nerveux du sujet est régie par le principe de plaisir et de déplaisir. Selon Freud:
La sensation tit déplaisir a ciffaire à un accroissement du stimulus, la sensation tit plaisir avec un abaissement de celui-ci. Nous maintenons cette f?ypothèsejusqu'à ce que nous réussissions à deviner évenfuellement la nature de la relation entre leplaisir et le déplaisir et lesfluctuations dans ks grandeurs de stimulus qui agissent sur la vie d'âme 29'

Pour aller plus loin, Freud articule par le versant biologique l'étude de la vie d'âme, la pulsion semble comme une catégorie se situant entre l'animisme et le somatique. La pulsion apparaît donc comme une représentation psychique des stimulus issus de l'intériorité du corps et se transpose dans l'âme. Un travail exigeant s'impose à l'animisme et au corporel. Freud nous propose de débattre la question de la pulsion en correspondance avec quelques signifiants tels que: poussée, but, objet, source. Avec Freud nous entendons par poussée d'une pulsion, le facteur moteur de celle-ci, la somme des forces, la mesure d'exigence de travail qu'elle représente. Le signifié (le sens ou la signification: Sinn ou Bedeutung) de la pulsion vient du mot allemand « trieben» qui veut dire « pousser ». L'essence du fondement de la pulsion est le « trieben », pousser et mouvoir, elle est un fragment d'activité et même quand nous exprimons selon Freud, d'une façon relâchée de pulsions passives nous signifions et pointons des pulsions à but pas siE

28.Ibid.,p.166. 29. Ibid., p.167.

25

Le but de la pulJion est toujours la satisjàction, qui ne peut être atteinte que par la suppression de l'état de stimulm à la source
pulsionnelle 30.

La question donc de la pulsion se défmit dans plusieurs directions d'une part, l'essence de sa fondation est la poussée, s'ajoute la problématique de la satisfaction et poUt se réaliser, il faut absolument supprimer la source de son excitation et les buts variés de la pulsion peuvent s'entre-échanger et même se combiner. Dans l'expérience analytique selon Freud nous apprenons également qu'il existe certaines pulsions « inhibées quant au but », pour des processus qui sont tolérés par un cheminement dans la voie de la satisfaction mais qui subissent par la suite un blocage ou déviation. A ces processus de la pulsion inhibée quant au but, s'inscrit une satisfaction partielle. C'est ce que Lacan souligne dans" Les Quatre Concepts Fondamentaux de la Psychanalyse" :
Toute pulsion est pulsion parlielle 31.

L'objet donc de la pulsion est invariable, autrement dit un objet peut venir se substituer à un autre, il s'inscrit donc dans le registre de la métaphore, voire même de la métonymie. Par conséquent, dans la dimension du désir, n'importe quel objet peut venir satisfaire le sujet, il se situe dans un pôle d'opposition par rapport à la question de l'amour. L'amour s'articule plutôt dans le registre de l'Un, du même, de l'unité, de l'unique, de la fusion entre le sujet et l'autre, autrement dit, c'est élever l'objet à l'ordre du sublime. L'objet de la pulsion est l'orientation du sujet pour sa satisfaction. Il n'estpas nécessairement oijet étranger,maÙ il est tout aussi bien un
une partie du cops propre 32.

En d'autres tetmes, l'objet de la pulsion est la satisfaction, elle peut être localisée soit dans la sphère de l'objectivité soit dans le registre de la subjectivité; autrement dit, son objet est situé dans l'altérité ou bien au niveau du registre du propre corps. Cette articulation est signalée par Freud dans: « Pour Introduction au narcissisme 33», à savoir que le corps lui-même est pris comme objet de la libido, il peut être échangé selon la trajectoire des destinées de la pulsion, quelquefois le même objet sert à satisfaire en même temps plusieurs pulsions. C'est le cas selon Adler 34, de l'entrecroisement des pulsions.
30. Ibid.,160. Lacan, p.168. Fnud. 1908. "Vie Ver sexuelle" agmsionsmeb p.81, P. U.F. in leben Paris. und der Neurose . La pulsion d'agmsion dans la vie et dans la Op, cit. Les Quatn Concepts Fondamentaux de la p!Jchanaflse, Seui/, Paris, 1964. p. 163.

31. Jacques 32. 33. Ibid.,

S igJnund, Adler.

34. A. névrose.

Forschr.

26.577.

26

Il se produit donc une fixation du fait d'une union intime entre la pulsion et l'objet. Sa réalisation s'effectue dans l'enfance, au cours du développement pulsionnel, et comme résultat on a une interruption de la mobilité de la pulsion en résistant à sa résolution. Pour aller plus loin, nous poursuivons avec Freud:
Par sourn de la pulsion, on entend ceprocessus somatique dans un organe ou une partie du corps, dont le stimulus dans la vie d'âme se trouve représenté par la pulsion. On ignore si ce processus est régulièrement de nature chimique ou s'il peut aussi correspondre à la déliaison d'autres Jorns, mécaniques par ex 35.

Ce qui veut dire que pour Freud, il y a une certitude de la localisation de la source de la pulsion dans le registre d'une partie d'un organe, de l'organisme du somatique, mais son excitabilité qui est représentée par la pulsion se situe au niveau de l'espace psychique. Et corrélativement, Freud pose une probabilité de ce processus concernant sa composition chimique, mécanique, il récuse l'explication psychologique de la question des sources pulsionnelles, et malgré que l'origine de la source de la pulsion soit d'ordre somatique. D'après la praxis analytique on la repère grâce à ses buts dans l'espace psychique. Freud se pose la question suivante: Existe t-il une différence, une distinction entre les différentes pulsions issues du corporel et agissant sur l'animisme concernant la question des qualités et des comportements 36? Selon lui, la réponse est négative. Il faudrait plutôt opter pour l'hypothèse simple à savoir que les pulsions sont du point de vue qualitatif de même nature et leur effet sont dus à l'intensité de leur excitation qui les mènent à certaines fonctions de cette quantité. Leur différence est due aux opérations psychiques des pulsions saisies de façon singulière, et qui se laissent ramener à la diversité des sources pulsionnelles. Combien existe t-il de pulsions? Freud ne fait aucune objection sur le nombre des pulsions, là où il y a une exigence de l'objet. Il nous propose de distinguer, parmi ces pulsions originaires, deux groupes: les pulsions du moi ou pulsions d'auto-conservation et les pulsions sexuelles. Cette exposition est une simple construction adjuvante qui ne sera maintenue qu'aussi longtemps qu'elle s'avérera utile et dont le remplacement par une autre apportera peu de changement aux résultats de notre travail de description et de mise en ordre. L'occasion de cette mise en place est venue de l'histoire du développement de la Psychanalyse, laquelle prit comme objet des psychonévroses et notamment, «les névroses de transfert» (l'hystérie et névrose de contrainte). On y distingue un conflit à la racine de chaque affection, entre les revendications de la sexualité

35. Ibid.,p. 36.Ibid.p.

170. 168.

27

et celle du moi. En posant la question des psychonévroses narcissiques - les Schizophrénies, Freud opte pour une autre direction, un autre registre d'explication, voire pour un autre classement des pulsions originaires. Ce faisant, il ne trouve pas d'arguments qui puissent contester l'opposition entre les pulsions sexuelles et les pulsions du moi. D'autre part, Freud récuse radicalement le fondement psychologique sur une quelconque explication, voire même une solution sur cette dichotomie oppositionnelle de ces pulsions. Au départ, la biologie n'est pas en contradiction radicale entre des pulsions du moi et des pulsions sexuelles. Elle nous apprend que la sexualité ne peut pas être confondue avec les autres fonctions de l'être parlant, puisque ses tendances transcendent le registre de la subjectivité, et sa fonction spécifique est la production de nouveaux sujets afin de conserver l'espèce humaine. En outre, selon Freud, la biologie pointe deux points de vue de la relation entre le moi et la sexualité, ils se rapprochent comme s'ils étaient égaux en droit. Le sujet est donc l'essentiel, le but de son activité sexuelle est la satisfaction, elle est un équilibre, un besoin non contingent. L'autre conception selon Freud est que le sujet est de l'ordre du temporaire et éphémère du plasma germinatif presque immortel, légué par la génération. L'hypothèse de la recherche biologique d'Ehrlich, dit Freud, c'est que la fonction sexuelle se démarque d'un chirnisme particulier, des autres processus corporels, elle est plutôt du registre d'une présupposition J7. Comme il est difficile de résoudre la question de la vie pulsionnelle à partir du registre de la conscience, il nous est indispensable de procéder à l'exploration des troubles du sujet à l'aide de la Technique psychanalytique. Depuis son développement (Freud et Lacan), du fait de ses observations sur les psychonévroses, la psychanalyse nous a apporté des résultats satisfaisants sur l'isolement des pulsions sexuelles. Et avec son frayage aux autres affections névrotiques, la psychanalyse pose la fondation des pulsions du moi d'une façon largement élaborée, bien qu'il nous semble audacieux d'attendre de ce chantier de recherche, des conditions adéquates à la problématique de l'observation. Pour problématiser la question des pulsions sexuelles, citons Freud:
Pour caractériser d'unefaçon généralelespulsions sexuelles,on peut dire ce qui suit: elles sont nombreuses, sont issues dl sources o'l!,aniques multipks, exercent d'abord kur activité indépendamment les unes des autres et ne sont rassemblées que tardivement en une synthèse ou moins
complètes J8.

Le but des pulsions sexuelles est donc d'obtenir la jouissance d'organe, et une fois leur synthèse réalisée, elles rentrent dans la fonction de reproduction,

37. 38.

Sigmund Ibid. p.

Freud, 170.

ibid.

28

c'est ainsi qu'on arrive à les distinguer des pulsions du moi. Pendant leurs parcours, selon Freud, elles s'étayent d'abord sur les pulsions de conservation et lors de la découverte de l'objet, elles s'écartent progressivement et s'orientent sur une trajectoire que leur indiquent les pulsions du moi. Durant toute la vie, une partie d'entre elles demeurent associées aux pulsions du moi et les dotent de composantes libidinales. Nous arrivons - dans l'entrée en maladie - à les discerner lors du processus du refoulement et du retour du refoulement, alors que pendant leur fonction normale, il est difficile réellement de les repérer. Lors de leur cheminement, elles peuvent changer d'objet comme par métaphorisation. Et selon des propriétés déjà citées, elles sont en mesure de fonctionner dans le registre de la sublimation 39. Quels sont les destins des pulsions sexuelles au cours de leur développement? Selon Freud il y en a quatre 40.
Le renversement Le retournement Le refoulement, La sublimation. dans le contraire, sur la personne propre,

Pour ce faire, nous traiterons les deux premiers points. Ce faisant et d'après Freud, certains motifs des pulsions les empêchent de parcourir normalement leur cheminement et les destins de ces dernières se manifestent comme résistances contre les pulsions. Le renversement dans le contraire selon Freud s'articule en deux processus différents, à savoir, le retournement d'une pulsion, de l'activité en registre de passivité et le renversement quant au contenu. Comme les deux processus sont distincts par essence, nous les discutons donc séparément. La question du renversement dans le contraire s'explique selon l'expérience analytique par le couple d'opposés sadisme masochisme et plaisir à regarder exhibition 41.Pour la question du renversement Freud dit qu'il ne concerne que les buts de la pulsion 42.Autrement dit, à la place du but actif entre autres par exemple, tourmenter, regarder, s'inscrit le but passif: être tourmenté, être regardé. Par contre, la problématique du renversement quant au contenu se présentifie uniquement dans la transformation de l'aimer en haïr. Comme éclairage, je pose un aphorisme lacanien:
La vraie amour c'est ce qui dibouche sur la haine 43.

39. S. Frelld, Op, ci!.p. 171. 40. Ibid.,p.172. 41. S. Frelld, ibid.

42. Ibid.
43. Jacqlles LacaN, SémiNaire Encore, Sellil, Paris, 1975.p. 173.

29

Pour la question du retournement nouveau Freud:
Le retournement
considérant que sur sa personne

sur la personne propre, nous citons de

propre

nous un

est fàcile sadisme

à concevoir retourné sur 44.

en le

le masochisme

est pricisément

moi propre

et que l'exhibition

inclut

le fait

de regarder

le corps propre

Dans sa passivité active le masochiste partage la jouissance de la fureur exercée contre sa personne et l'exhibitionniste articule la dénudation de celle-ci, par conséquent, le fondement de cette problématique est la substitution de l'objet dont le but demeure inchangé. Nous constatons donc une convergence, voire même une conjonction entre le retournement sur la personne propre de l'activité vers le registre de passivité. Nous allons maintenant approfondir cette problématique pulsionnelle dans ce qu'elle présentifie de perversité. Concernant la question de la dichotomie « sadisme - masochisme », la problématique du sadisme constitue un registre d'activité de violence sur son partenaire, le sujet sadique est celui qui inflige une puissance, une souffrance à une autre personne en tant qu'objet [Lacan pointe que le pervers est l'instrument de la jouissance de l'Autre] ; par la suite cet objet est abandonné et remplacé par la personne propre et corrélativement le retournement sur cette dernière est réalisé, d'où une modification du but de l'activité en passivité pulsionnelle. Pour ce faire, une autre personne est recherchée en temps qu'objet et après le changement du but intervenu et nécessairement cette dernière doit assumer le rôle de sujet. Le troisième cas selon Freud, c'est ce qu'on appelle le masochisme - le mode de satisfaction se produit aussi dans ce cas, par la voie du sadisme originel; autrement dit, le moi passif se remettant, en fantaisie, à sa place antérieure qui est maintenant cédée au sujet étranger:
Il existe rencontrer 45. aussi une satisfaction masochiste directe. Un masochisme

originel qui ne serait pas du sadisme de la façon décrite, ne semble pas se

Cela nous renvoie à l'hypothèse du cas 2°, c'est-à-dire à la problématique du comportement de la pulsion sadique dans la névrose de contrainte; nous constatons que le retournement sur la personne propre, sans pour autant occuper une place de la passivité à l'égard d'une nouvelle personne, et la transformation ne vont que jusqu'au versant du 2° cas. A ce niveau, Freud nous introduit à la grammaire des pulsions, autrement dit, la manie de tourmenter devient auto-tourment voire même autopunition, le verbe actif se transforme non pas en passif mais en verbe moyen réfléchi. Pour articuler la problématique
44. ibid.
45. --1Jout de 1924. Le problème lconomique du masochisme :j'ai soutenu le contraire, in a.c. XIII.

30

du sadomasochisme Freud pose une diaclectisation de ces deux registres. La question de la pulsion dans le sadisme semble être à côté de son but en général, à l'intérieur de celui-ci, elle tend vers une action à but tout à fait particulier à côté de l'humiliation et infliger de la souffrance à la victime. Par contre, nous savons selon Freud que la psychanalyse nous apprend qu'infliger de la douleur n'a aucune importance concernant les actions à but originelles de la pulsion - et l'enfant est un pervers polymorphe comme disait Freud, le sadique ne tient pas compte de l'infliction de douleurs. Dès lors qu'il y a eu accomplissement d'une transposition du registre sadique à celui de masochisme, alors les douleurs s'y prêtent bien à produire un but passif masochiste. Et selon la praxis analytique Qa problématique des pulsions), les sensations de douleurs, de déplaisir empiètent sur l'excitation sexuelle et provoquent un certain plaisir et corrélativement on peut jouir de la douleur. UnefOis que ressentirdes douleursest devenuun but masochiste, eut p aussi se constituerrétroactivement, e but sadique d'Ùifligerdes douleurs, l tandis qu'on les provoque chez d'autres, on jouit soi-même
masochiquement dans l'identification avec l'oijet souffrant 46.

Il y a une jouissance par identification pour le masochiste et le sadique ne jouit pas de la douleur mais plutôt de l'excitation sexuelle qui l'accompagne, c'est ce qui rend précisément la position du sadique assez confortable. Par conséquent, le but originel du masochiste, c'est de jouir de la douleur, mais le but de sa pulsion se situe originellement au niveau du sadisme. Par déduction donc, nous constatons une dialectisation de la jouissance de la pulsion originellement - du masochiste et du sadique, en d'autres termes, quand une des deux instances jouit, elle le fait dans la douleur par identification à l'autre Qe sujet pris comme objet) ou soi-même pris également comme objet. Pour aller plus loin et avec Freud nous développons la problématique des pulsions, c'està-dire un autre couple d'opposés, les pulsions qui ont pour but regarder et se montrer (voyeur et exhibitionniste dans le langage des perversions). Pour problématiser la question de la pulsion scopique, nous procédons de la même façon que nous avons auparavant posé l'articulation de la problématique des pulsions. Pour Freud, la question du verbe regarder nous indique une activité orientée vers un objet étranger, le renoncement de l'objet, le renversement de la pulsion de regarder sur une partie du corps, et corrélativement le retournement en passivité et la mise en place du nouveau but: être regardé. L'installation d'un nouveau sujet auquel on se montre pour être regardé par lui. En d'autres termes, je subodore que le but actif survient avant le but passif, et que le regarder, précède l'être regardé. Or il y a une disjonction essentielle dans le registre du sadisme; c'est-à-dire qu'on reconnaît pour la pulsion scopique un

46.Ibid.,p.174.

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stade antérieur à celui désigné dans le 1er cas. Pour éclairer notre problématique des pulsions nous poursuivons avec Freud: La pulsion de regarder est en eifet, au début de sa mise en activité, auto-érotique, elle a bien un objet, mais elle se trouve sur le corps propre 47. Cette thèse, Freud l'a déjà posée dans «l'Introduction au narcissisme dans la vie sexuelle. C'est par la suite donc, que cette pulsion scopique procède à un échange de cet objet avec un objet correspondant du corps étranger (cas 1er). Ce stade initial est important, car c'est de lui que s'opère le couple opposé de pulsions, où la substitution s'effectue d'un registre à un autre. Concernant donc la question de la pulsion scopique, Freud nous propose le schéma suivant 48.
Soi-même regarder un membre sexuel

= Membre

sexue4 être regardé

par personne propre.

a)--->c)- Soi-même regarder actif).

un oijet étranger (plaisir à regarder

b)--->d) Gijet propre être regardé par personne étrangère (plaisir à montrer, exhibition).

Un plaisir au stade liminaire manque à la question du sadisme, qui aussitôt, s'achemine vers un objet étranger encore qu'il ne serait pas précisément absurde de le construire à partir des efforts de l'enfant qui veut se rendre maître de ses propres membres. Concernant la question de la transformation selon Freud, de la pulsion par renversement de l'activité en passivité et retournement sur la personne propre, l'opération ne se réalise pas sur le montant total de la motion pulsionnelle. Pour l'orientation pulsionnelle active selon Freud, la pulsion ancienne subsiste dans une certaine proportion à côté de la jeune passive, en d'autres termes, la question de la pulsion scopique impliquerait que tous les stades de développement de la pulsion, le registre auto-érotique et également la forme finale active et passive, subsistent côte à côte. L'évidence de cette affirmation tient du fait qu'au lieu de considérer des actions pulsionnelles, nous prenons comme critère d'évaluation le mécanisme de la satisfaction. Pour aller plus loin et avec Freud nous articulons la problématique des pulsions en procédant par métaphorisation avec les irruptions de laves 49 successives. Il propose de

47. Ibid. p. 175. 48. Ibid. p.175. 49. Ibid. p. 175.

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décomposer la vie de toute pulsion en vagues isolées, séparées dans le temps et homogènes à l'intérieur d'une unité de temps, et ayant entre elles les mêmes rapports que les éruptions volcaniques. Ce faisant, on s'imagine que le déferlement pulsionnel originel s'achemine sans transformation et ne subisse aucun développement. Une prochaine vague est soumise à une modification par exemple au retournement vers la passivité et vient s'ajouter à la vague antérieure, etc. Nous proposons de poser un regard sur l'ensemble de la motion pulsionnelle, du début jusqu'à un certain point d'arrêt. Cette transmission, enchaînement de vagues qui vient d'être posée nous présentifie l'image d'un développement de la pulsion. Par la suite, lors du développement postérieur, nous observons à côté d'une motion pulsionnelle, son opposé passif, pour ce faire, nous le mettons en rapport avec le concept créé par Bleuler

d'ambivalence

50. La

question de l'histoire du développement de la pulsion et la

constance des stades intermédiaires nous ont permis d'accéder à l'entendement voire au saisissement de la problématique de la pulsion. Selon Freud, la question de l'ambivalence pulsionnelle varie selon les sujets, les groupes humains ou les races. Cette dernière a été transmise comme une part d'héritage archaïque. Dans la vie pulsionnelle d'après Freud, la part des motions actives non transformée, a été moins grande en des temps originaires qu'elle ne l'est en moyenne aujourd'hui. Freud a été influencé au début par ses études neurologiques, il insiste beaucoup sur le versant biologique concernant la transmission héréditaire; il me semble que la question du symbolique, du signifiant, est prédominante. En d'autres termes, je ne vois pas comment on peut transmettre les neurones (quoique les biologistes penchent plutôt sur la thèse de la transmission du patrimoine génétique - l'ADN). J'insiste donc sur le fait que la question de la parole, du langage, du signifiant, est fondamentale pour la transmission du désir, de la jouissance, de Ja loi dans les générations. Nous allons avec Freud faire des excursions dans d'autres registres, c'est-à-dire articuler la question des pulsions avec la problématique du narcissisme et J'auto-érotisme. Comme éclairage nous poursuivons avec une citation de Freud:
Nous sommes habitués à appeler narcissisme la phase précoce de développement du moi, pendant laquelle lespulsions sexuelles de celui-ci se satisfont auto-érotiquement, sans mettre d'abord en disCtlssion la relation
entre a1lto-érotisme et narcissisme 51.

50. E. Bleuler. 1910.Vortrag E. Bleuer.1911. 51. Sigmund Freud,

iiber Ambivalent P.U.F.

(conférence sur l'ambivalence).

Compte

rendu in PfYchoa.I.266.

Dément preacox. Leip'iig und Viens. F. Deuticke. Viesexuelle, Paris, 1994.

33

Par conséquent et avec Freud, en l'exempliflant, il nous faut donc dire du stade préliminaire de la pulsion scopique, pendant lequel le plaisir à regarder, a pour objet le corps propre et il appartient au narcissisme, qu'il est une formation narcissique. C'est à partir de lui que se développe la pulsion de regarder active, en quittant le narcissisme; mais la pulsion scopique, maintiendrait l'objet narcissisme. La problématique du changement de la dimension du sadisme en registre du masochisme désignerait selon Freud un retour à l'objet narcissique, alors que dans les deux espaces, la question du sujet narcissique est troquée par identification avec un autre moi, étranger. Du fait de la construction du stade préliminaire narcissique du sadisme, nous nous acheminons vers une conceptualisation à caractère général, selon laquelle la problématique des destins de pulsions comme nous l'avions déjà pointé, à savoir que le renversement de l'activité en passivité et le retournement sur le moi propre, sont assujettis, soumis, voire aliénés à l'organisation narcissique du moi et portent en eux le sceau de cette phase. Ils sont probablement en relation aux tentatives de résistance, qui à des registres élevés du développement du moi, sont réalisées par d'autres mécanismes. Avec Freud, nous avions jusqu'à présent débattu la question de deux couples de pulsions opposées: sadismemasochisme et plaisir à montrer. Ces derniers sont les mieux connus, se présentiflant comme ambivalences. D'autre part, dans le registre du sadisme 52, la source d'organe, a vraisemblablement la capacité musculaire dans son versant actif et renvoie directement à un autre objet, appartenant lui-même au corps propre. Corrélativement, dans les pulsions auto-érotiques, le rôle de la source d'organe selon Freud est si pondérant d'après une supposition tentante de P. Fedem et Jekels 53, que la forme et la fonction de l'organe décident de l'activité et de la passivité du but pulsionnel.

52. Ibid.
53. Int, Zeitschrift fir PsychoanalYse 1913. (p. Feden). Beitrage :(!Ir AnalYse MS Sadismus und masoschismusContributions à ft11taIYse du sadisme et du maJochisme 1913. (Quelques remarques sur la doctrine MS Pulsions, 1913.)

LA QUESTION

DE L'INCONSCIENT

L'INCONSCIENT

La clinique analytique freudienne pose que la nature du procès du refoulement ne se manifeste pas sur l'effacement d'une représentation figurant la pulsion mais plutôt par une mise à l'écart du devenir conscient, par conséquent nous ne pouvons la saisir qu'à l'état inconscient et, même inconsciente, elle peut manifester des effets qui peuvent atteindre la conscience. Avec Freud nous posons que tout ce qui est refoulé demeure nécessairement dans le registre inconscient, en revanche, tout le refoulé ne recouvre absolument pas tout ce qui est inconscient mais le refoulé lui-même est une partie de l'inconscient. Comment accéder à ce savoir inconscient? Nous pouvons, nous semble-t-il, l'épingler précisément dans sa manifestation de déplacement, après qu'il a subi une transposition dans le registre du conscient. Et d'après l'expérience analytique, une telle traduction est de l'ordre du vraisemblable. L'analysant doit surmonter ses résistances et celles-ci en se déplaçant du conscient vers l'inconscient ont créé un refoulé. La problématique des résistances fonctionne comme dialectisation dans le dispositif analytique entre l'analysant et l'analyste. Une question s'impose. Qui résiste? Freud situe les résistances au niveau du moi, du Ça et du sur-moi; pour Lacan, elles sont du côté de l'analyste «voire même de l'inertie du signifiant» qui en est le déclencheur occasionnel. Malgré les contestations diverses sur la question de l'hypothèse de l'existence, de la véracité de l'inconscient, Freud pose son inscription dans le registre de la reçherche scientifique et Lacan ne considère réellement pas la 35

psychanalyse comme une science, mais il l'inscrit dans le champ de la science, d'autant plus qu'il y a du calcul dans la combinatoire signifiante au niveau de la chaîne signifiante lors du déroulement de la verbalisation chez le sujet. Ainsi, Freud pense qu'il est nécessaire de poser la question de la légitimité de l'inconscient. Nous possédons dit-il, de multiples preuves de l'existence de l'inconscient 54. La nécessité légitime de l'existence de l'inconscient est due au fait qu'à un certain degré supérieur, les données de la conscience des sujets normaux ou malades, fonctionnent, se manifestent dans une dimension lacunaire produisant des actes psychiques qui semblent avoir leur explication par une présupposition à d'autres actes et dont la conscience ne prouvent pas réellement. lis sont des actes manqués, des rêves, tous ceux qu'on nomme symptômes psychiques et les compulsions de répétition se manifestent d'une façon discontinue chez les malades. L'expérience quotidienne subjective nous apprend que nous sommes confrontés à des idées incidentes dont nous ignorons la ptovenance et les résultats de pensée dont l'élaboration nous est restée cachée. Tous ces actes qui se manifestent consciemment paraissent insensés si nous posons leur explication uniquement dans le registre de la conscience [cette énonciation nous rappelle la section de la " Conscience" de la " Phénoménologie de l'esprit de Hegel '1 de tout ce qui se manifeste chez les sujets concernant l'ordre d'actes animiques. Ces derniers semblent selon Freud fonctionner rigoureusement dans un registre rationnel que nous pouvons mettre en évidence si nous interpolons des actes inconscients induits. Il s'avère de surcroît que nous pouvons fonder sur l'hypothèse de l'inconscient un succès sans précédent concernant justement la question de la pratique. De cette dernière nous serons crédités concernant les processus conscients. Par conséquent, la question de l'hypothèse de l'inconscient, de son existence sera justifiée et légitimée; autrement dit, il est du registre de la vanité, voire de la gesticulation, de poser, de penser, que tout ce qui fonctionne dans l'animisme doive inévitablement être transporté, transféré au savoir inconscient de la conscience - et devenir conscient. Pour aller plus loin et corroborer notre problématique, nous citons Freud:
La conJCiencene comprend à chaque moment qu'un contenu minime, si bien que la grande partie de ce que nous nommons connaissance consciente doit, de toute façon, se trouver nécessairement, durant les grandes périodes à l'état de latence, dans un état d'inconscienciabilité.

En d'autres termes, la récusation de l'existence de la question de l'inconscient deviendrait malgré la latence des souvenirs, absolument inintelligible, voire même caduque. Une objection s'impose, ces souvenirs latents n'ont pas à être qualifiés de psychiques mais plutôt concordent aux

54. Sig;nund, Freud, O.c.

V. XII!.p.

206. P.U.F.

Paris, 1988.

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restes de processus somatiques d'où le psychique peut de nouveau procéder. Au contraire, pour Freud, il est facile de rétorquer que le souvenir latent est plutôt un indubitable reliquat d'un processus psychique 55. L'objection porte sur l'assimilation non-dite, mais d'emblée ftxée, du registre du conscient à l'animisme. Cette comparaison, cette analogie n'autorise pas de poser: que tout ce qui est psychique doit systématiquement être aussi conscient ou bien c'est une question d'accord, voire de terminologie. De ce point de vue, elle est fondamentalement irrécusable comme toute convention; la réponse de Freud est que l'assimilation conventionnelle du psychique conscient est absolument inappropriée; en d'autres termes, on aurait tendance à surévaluer sans raison le rôle de la conscience et sans obtenir des compensations qui sembleraient venir d'autres registres. D'après Freud, la pratique hypnotique et notamment la suggestion post-hypnotique (avant même l'époque de la psychanalyse) a démontré rigoureusement l'existence de l'les voire même la question de sa légitimité:
L ~pothè.re pen.rée habituel de l'incon.rcient e.rt au.r.ri une f?ypothè.re purement tenu pour corne te. légitime, dan! la me.rure où, en la po.rant, nou.r ne dévion.rpa.r de notre mode de

Puisque la conscience fournit à chaque sujet le savoir des états animiques propres et par identiftcation, nous saisissons avec entendement les comportements et actions de l'autre. Aftn de synthétiser notre exposition de la problématique de l'hypothèse de l'inconscient, nous allons avec Freud explorer trois dimensions, voire trois directions. Une conscience que le sujet ignore est quelque chose de différent de la conscience étrangère et celui qui récuse l'hypothèse de l'inconscient ne pourra pas être content de la troquer contre une conscience inconsciente. En second lieu et selon Freud, l'analyse nous apprend que les processus d'âmes latents que nous inférons, fonctionnent à un niveau supérieur de la liberté mutuelle, comme si leurs rapports étaient occultés les uns
aux autres, autrement dit Freud pose l'hypothèse d'une deuxième conscience

-

conscience en nous, d'une troisième, d'une quatrième, voire d'une série d'états de conscience inconnus de nous. Et enfIn troisièmement, la recherche clinique analytique nous apprend qu'une partie de ces processus latents possèdent des spécialités étrangères, différentes, qui s'opposent à l'espace de la conscience; nous constatons donc d'après la praxis analytique, que des actes psychiques sont privés de conscience. Freud récuse également l'appellation d'une " subconscience ", elle nous induit en erreur dit-il, et fonctionne dans le registre de l'incohérence. La terminologie adéquate est la " double conscience (clivage de conscience)" et cette dernière ne semble pas contredire la conception freudienne. Il faudrait plutôt les poser comme cas de clivage des activités

55 Sigmund,

Freud, ibid, p. 208.

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animiques en deux catégories, la même conscience se manifeste dans l'un et l'autre registre. En conclusion avec Freud nous inscrivons les processus animiques comme relevant en soi du registre de l'inconscient et également nous mettons en parallèle leur perception par la conscience par la vue, le regard du monde extérieur par les organes des sens. L'hypothèse de l'activité inconsciente, semble comme une continuation lointaine de l'animisme primitif et nous renvoyait des images vivantes de notre conscience - c'était la vision de Freud 56. Il nous met en garde de ne pas confondre la perception de conscience et le processus psychique inconscient. Freud souligne également comme la correction de perception de l'objet externe, l'objet interne ne pose pas de difficultés pour accéder à son territoire 57. Cependant le registre de l'inconscient pose des problèmes pour y accéder; il est pratiquement inaccessible en dehors de la clinique analytique. La psychanalyse freudo-Iacanienne nous donne les clefs aHn de quitter ce paysage extime mais pourvu de rationalité et de cheminer vers la dimension des lumières et non demeurer dans le territoire de l'obscurantisme voire même de l'ignorance. Selon Freud l'inconscient n'est qu'une marque distinctive du psychisme, qui ne suffit en aucune façon à sa caractérisation. En d'autres termes, l'inconscient contient des actes latents, temporairement inconscients et des processus refoulés susceptibles de devenir conscients. D'après l'explication freudienne, l'acte psychique passe par deux phases d'états et parmi ces dernières il y a censure. Dans la première phase, il est inconscient et appartient au registre de l'inconscient. Si lors de l'examen, il est rejeté par la censure alors l'accès à la deuxième phase lui est refusé, autrement dit, il est donc" refoulé" et demeure inconscient. Mais s'il soutient cet examen, il pénètre dans la deuxième phase et appartient donc au système conscient. Par contre, son rapport à la conscience n'est pas fondamentalement univoque par cette appartenance, il n'est pas tout à fait conscient mais il est plutôt capable de conscience (selon l'expression de J. Breuer 58) et qu'il peut sans résistance particulière, devenir objet de la conscience. Pour articuler cette problématique, nous citons Freud:
Eu égard à cette capacité de conscience,nous appelons aussi le système
conscient le ((préconscient 59 )).

Si le devenir conscient est également co-déterminé par une certaine censure, alors, une séparation absolue s'impose aux deux systèmes, le conscient
56. Jacql/es Lacan, Op., cit.p. 211.

57 Ibid.
58. Sigml/nd Frel/d, O.c., P. U.F. Opl/s., cit. p. 212. Voire les Étl/du sl/r fHystérie, IIIè partie, chp V, (GW':I,. O.c., p. III.).

59 S. Frel/d, ibid., p. 312.

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