LE TRANSFERT EN EXTENSION

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Cet ouvrage est consacré à une exploration des variations du concept de transfert d'une part au sein des théories psychanalytiques (freudiennes, lacaniennes, kleiniennes), d'autre part au creux des praxis d'inspiration psychanalytique (psychodrame, relaxation, groupe, médiations corporelles, vidéo), mais aussi en regard des caractéristiques psychopathologiques) psychoses, pathologies limites, phénomènes psychosomatiques).
Publié le : lundi 1 mai 2000
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EAN13 : 9782296410015
Nombre de pages : 216
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LE TRANSFERT EN EXTENSION
Dérivation d'un concept psychanalytique

Collection Études psychanalytiques dirigée par Alain Julien Brun et Joël Bernat

La collection Études Psychanalytiques veut proposer un pas de côté et non de plus, en invitant tous ceux que la praxis (théorie et pratique) pousse à écrire, ce, "hors chapelle", hors" école", dans la psychanalyse.

Déjà parus

Joël BERNAT, Le processus psychique et la théorie freudienne. Au-delà de la représentation, 1996. Martine DERZELLE, La pensée empêchée, Pour une conception psychosomatique de l'hypocondrie, 1997. Thémélis DIAMANTIS, Sens et connaissance dans le freudisme, 1997. Yves GERIN, Souffrance et psychose, 1997. Filip GEERARDYN, Gertrudis V AN DE VIJVER, (dir), Aux sources de la psychanalyse, 1997. Yves MA TISSON, Approche psychanalytique du trouble sensoriel des mots, 1998. Houriya ABDELOUAHED, La visualité du langage, 1998. Stéphane LELONG, Fantasme maternel et folie, 1998. Patrick DI MASCIO, Freud après Auschwitz, 1998. Gabrielle RUBIN, Travail du deuil, travail de vie, 1998. Franca MADIONI, Le temps et la psychose, 1998. Marie-Thérèse NEYRAUT-SUTTERMAN et collaborateurs, L'animal et le psychanalyste, 1998. Miguel Zapata GARCIA, Aux racines du religieux, 1999. Eliane AUBERT, Alzheimer au quotidien, 1999. Mohamed MESBAH, Le transfert dans le champ freudien, 1999. Gabrielle RUBIN, Le sadomasochisme ordinaire, 1999

Anne CADIER, L'écoute de l'analyste et la musique baroque, 1999.

Sous la direction de

P. A. RAOULT

LE TRANSFERT EN EXTENSION
Dérivation d'un concept psychanalytique

BEAUCHESNE H. BERGES J. BLEANDONU G. DELAROCHE P. GIBEAUL T A. GUILLERAUL T G. JACQUEY X. LACHAUD D. LAVALLEE G. LEHMANN J. P. ROUSSILLON R. VALAS P. VILLIERS J.

L'HarmattaD 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

@ L'Harmattan,

2000

ISBN: 2-7384-9047-6

PRESENTATION

DES AUTEURS

BEAUCHESNE Hervé, Professeur en psychologie, a publié de nombreux ouvrages et articles, dont« Enfants de migrants », avec J. Esposito, PUF, 1981, et « Psychopathologie de l'enfant et de l'adolescent », PUF, 1978. BERG ES Jean, Psychiatre, Psychanalyste, auteur de très nombreux articles et ouvrages, membre de l'Association Freudienne. BLEANDONU Gérard, Psychiatre, a publié divers ouvrages dont « Les groupes thérapeutiques familiaux et institutionnels », PUF, 1991 ; « Cadres thérapeutiques et enveloppes psychiques », PUL, 1992; « Les consultations thérapeutiques parents-enfant », Dunod, 1999. DELAROCHE Patrick, Psychanalyste, Ancien membre de rE.F.p., Directeur de l'Hôpital de jour de Ville d'Avray, auteur de nombreux ouvrages a publié récemment «Le psychodrame psychanalytique individuel », Payot; «Du narcissisme de l'autre au narcissisme de soi », Denoël, 1998. GIBEAULT Alain, Psychiatre, Psychanalyste, membre de la Société Psychanalytique de Paris, Directeur du Centre E. et J. Kestemberg, a publié de nombreux articles. GUILLERAULT Gérard, Docteur en psychologie, psychanalyste, a publié: « Le corps psychique », Réédition L'Harmattan, 1995 ; « Les deux corps du Moi, Gallimard, 1996 ; « L'image du corps selon F. Dolto, une philosophie clinique », Les empêcheurs de tourner en rond, 1999. JACQUEY Xavier, Psychanalyste CEREP, psychiatre ASE, auteur de plusieurs articles. LACHAUD Denise, Membre d'Espace Analytique et de l'Association Freudienne Internationale, Docteur en psychanalyse, a publié: « L'enfer du devoir. La névrose obsessionnelle », Denoël ; « Jalousies », Denoël ; « La jouissance du pouvoir. La mégalomanie », Hachette, 1998. LA VALLÉE Guy, Psychanalyste, créateur d'images, chargé d'ateliers vidéo à I'hôpital de jour pour adolescent du Centre Etienne Marcel (Paris), a publié: « L'enveloppe visuelle du moi, perception et hallucination », Dunod, 1999. L)LHMANN Jean-Pierre, Psychiatre, psychanalyste, Membre du Cercle Freudien, auteur de plusieurs articles. ROUSSILLON René, Professeur de Psychologie, Psychanalyste, membre de la Société Psychanalytique de Paris, a publié de nombreux articles et ouvrages dont «Logiques et archéologiques du cadre psychanalytique », PUF, 199] ; «Agonie, clivage et symbolisation », PUF, 1999. VALAS Patrick, Médecin, psychiatre, psychanalyste, a publié: «Œdipe, reviens, tu es pardonné! », Point Hors Ligne, 1984; « Les sexes de I'homme », (Collectif), Le Seuil, 1985 ; « Les dimensions de lajouissance », Erès, 1998. VILLIERS Joseph, Psychanalyste, membre du CEFFRAP, auteur de nombreux articles.

DU MÊME AUTEUR

Souffrances et violences: psychopathologie des contextes familiaux, (Sous la direction), Paris, L'Harmattan, Collection Psychologiques, 1999.

INTRODUCTION

AVANT-PROPOS
« Au sens littéral, je suis pauvre d'esprit, car les pensées auxquelles je suis capable de toucher sont infiniment restreintes ». A. Artaud.

Cet ouvrage est le résultat des travaux effectués au sein du Centre d'Etudes et de Recherches psychomotrices et psychothérapiques1, devenu depuis Centre d'Etudes et de Recherches psychothérapiques, qui se sont déployés au travers d'une douzaine de journées d'études ou de cycles de conférences, principalement de 1988 à 1995. Cette association, née d'un Acte de rupture, a eu pour groupe matrice de jeunes professionnels psychomotriciens et psychologues, à cheval sur deux formations professionnelles, confrontés à une double paradoxalité. Ainsi l'orientation du CERP(P) est de favoriser un travail de la pensée comme brisure, faille, incertitude. Il s'agit de s'attacher à la naissance de la pensée par/dans la conflictualité, en maniant l'intervalle et l'intermédiaire. En fait, c'est la mise en jeu d'une fonction para comme écart, contradiction et saut, illustrée par quatre figures: le paradoxe, la parabole, le paradigme (détourné en paradogme) et parangon (par dérivation du verbeparangonner: aligner des caractères (d'imprimerie) qui ne sont pas du même corps). C'est bel et bien dans le rapport aux matrices disciplinaires, aux paradigmes dominants qu'un tel processus va se mettre en œuvre. Le travail du concept (extension/intension) convoque ici au nomadisme du concept, par un travail du négatif Ce travail s'articule au Souci clinique, rencontre avec l'impensé et l'impensable, avec ce qui naît du
1 Mes remerciements vont à l'ensemble des collègues qui ont permis 'Ia réalisation de ces journées, en particulier C. Robineau, ainsi qu'aux nombreux intervenants qui, chaleureusement, sont venus exposer leurs travaux, dont certains n'ont pu figurer dans ce recueil. Remerciements adressés en particulier à lOury, C. Synodinou, F. Roustang, M. Gaudriault.

ratage de cette renc'ontre. Ce Souci est cette élaboration, cette contrainte à la théorisation qui advient lorsque la clinique nous livre à une singularité irréductible au savoir transmissible auquel la croyance nous faisait adhérer. Nombre de praxéologies «mineures» confrontent à des impasses, obligent à une élaboration de la clinique. Souvent on constate qu'est privilégiée l'importation des modèles sans réélaboration des conditions d'importation. Le rapport à la psychanalyse est exemplaire, d'autant plus quand il s'agit de praxis se situant au pôle inverse de la cure analytique, celles qui ont pour condition de développement: l'agir, le toucher et le regard. Elles s'autorisent des interdits constitutifs du cadre analytique. De- fait l'intégration de la métapsychologie au sein de l'acte thérapeutique risque d'échouer dans un affadissement conceptuel et dans un abâtardissement notionnel. Dans la mesure où le rapport à la matrice disciplinaire est contraignant et s'instaure comme loi interdisant tout élément « transgressif », deviennent primordiales l'obligation épistémologique et l'utilisation de l'argument clinique. Une démarche heuristique, particulièrement attachée à la vigilance épistémologique, convient pour modérer l'homélie psychanalytique. La praxis se soude au cadre thérapeutique (spatialité, temporalité, règles), à la technicité du thérapeute (savoir-faire, savoir-être, corporéité). L'intervention se crée dans l'entre-deux (intercorporéité, intersubjectivité, interlocution) au creux d'un univers de contraintes et de suggestions (salle, matériel, horaire). Ses perspectives (expression, individuation, symbolisation), au fil des réalisations, narcississations, identifications, se déroulent dans l'interdit de l'institution où s'exposent la filiation, la mort et la sexuation. La clinique doit beaucoup à la psychanalyse. Ce qui se tapit au creux de ce rapport, c'est le transfert ou plus exactement son escamotage: « Paradoxalement le transfert ne peut (...) se rendre à la convocation des épistémologues ... »1. Si l'urgence de la question du transfert survient, il y a peut-être lieu de ne point lui conférer la place de l'argument clinique, à savoir celui d'une praxis insaisissable à qui ne l'a pas éprouvé, éprouvé pris dans un sens irrévocable: technique
1 R. Gori, C. Mioll~ « Psychologie clinique et psychanalyse: familiarité », Connexions, 40, 1982, p. 23. d'une inquiétante

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d'immunisation se substituant et refoulant toute réfutation. Ainsi l'enjeu d'une réflexion épistémologique sur la clinique concerne le problème de la transposition. S'agit-il de transgression, d'extension ou d'une transformation en regard de zones de chevauchement? Doit-on parler alors d'effets de transfert plutôt que de transfert? Doit-on avancer une dynamique interne inconsciente, proche du préconscient de la première topique et différenciée de l'inconscient freudien? Doit-on privilégier les perspectives dynamique et génétique aux dépens des points de vue économique et topique? Etc. Ce sont ces questions que les auteurs de cet ouvrage aborderont, éclairciront. « Voilà tout ce qu'il a été possible de faire pour être utile à chacun, tout en s'abstenant d'enseigner clairement ».
Maimonide, Le Guide des égarés.

P.A.R.

Il

QUELQUES OCCURRENCES A PROPOS DU CONCEPT DE TRANSFERT
Patrick-Ange RAOULT
1

« Faute de pouvoir voir clair, nous voulons, à tout le moins, voir clairement les obscurités », S.Freud.2 « Le plus caché est ce sur quoi tout le monde est d'accord », P .Bourdieu. 3

1) Introduction.

Comment se transposent les concepts psychanalytiques dans des praxis qui ne relèvent pas de la cure analytique?
Cette interrogation est celle que nous rencontrons constamment en psychologie clinique au travers de divers médiateurs. Doit-on uniquement se situer dans le cadre de l'extension de la psychanalyse ou promouvoir une certaine originalité de la psychologie clinique? L'on sait le rapport problématique qu'inscrit la psychanalyse au sein de la psychologie clinique. Celle-ci s'expérimente au travers d'une multiplicité de praxis à médiation, dont certaines possèdent un étayage théorique cohérent. Ces médiateurs. sont, parmi d'autres la relaxation, le psychodrame, le jeu, le dessin et les médiations corporelles. Celles-ci retiendront notre attention dans un prochain ouvrage. Elle réalise un ensemble de praxis appartenant à la psychologie clinique, qui, parfois, pour des motifs historiques, se sont autonomisées en champs professionnels spécifiques. Ces médiations permettent la confrontation à un mode de prise en charge original et fructueux. En même temps, elles sont exemplaires des difficultés épistémolQgiques dans la transposition des concepts psychanalytiques. Cependant, au-delà d'une question de légitimité de l'extension des' concepts hors la cure, nous garderons en mémoire le manifeste épistémologique de S. Freud dans « Pulsions et destin des pulsions» dans lequel on peut extraire le passage suivant: « Le véritable commencement de toute activité scientifique consiste plutôt
1. Docteur en psychologie, Psychologue clinicien, Psychothérapeute. 2 S. Freud, Inhibition, symptôme, angoisse, Paris, PUF, p. 48. 3 P. Bourdieu, Questions de sociologie, Paris, Editions de Minuit, 1980, p. 83.

dans la description de phénomènes, qui sont ensuite rassemblés, ordonnés et insérés dans des relations. Dans la description, déjà on ne peut éviter d'appliquer au matériel certaines idées abstraites que l'on puise ici ou là, et certainement pas dans la seule expérience actuelle. (...) Elles comportent d'abord nécessairement un certain degré d'indétermination,. il ne peut être question de cerner clairement leur contenu. Aussi longtemps qu'elles sont dans cet état, on se met d'accord sur leur signification en multipliant les r~férences au matériel de l'expérience, auquel elles semblent être empruntées mais qui, en réalité, leur est soumis »1. Cet axe est clairement reformulé par J. Laplanche : « toute expérience ne peut être accueillie que dans des cadres conceptuels, des pré-cadres, qui vont s'affiner et se corriger dans une dialectique, un mouvement de va-et-vient avec l'expérience »2, c'est aussi de cette manière que nous cheminerons. Ce cheminement relève d'une interrogation conjointe sur les spécificités des dispositifs mis en œuvre.

Cet ouvrage explore à la fois les variations des concepts, en particulier celui de transfert, dans le champ analytique et leur devenir dans des praxis d'inspiration psychanalytique. Après avoir présenté les conceptions du transfert dans diverses théories (R. Rouss~llon, G. Bléandonu, D. Lachaud, G. Guillerault), son extension dans des situations hors-cure sera décrite: le travail institutionnel auprès d'adolescents psychotiques (X. Jacquey), la clinique auprès d'enfants avec des pathologies narcissiques (H. Beauchesne), la relaxation (J.P. Lehmann). De manière plus générale, l'utilisation des concepts sera traitée à propos du psychodrame (A. Gibeault, P. Delaroche), de la vidéo (G. Lavallée), d'une praxis à médiation corporelle (J. Bergès). 2) De quelques variations freudiennes sur le transfert. La première occurrence freudienne (après une apparition en 1888 au sens de changement de côté du corps du symptôme hystérique) du terme de transfert survient dans le contexte des premières « Etudes sur l'hystérie» (1895) qui mettent l'accent sur la suppression des symptômes en ramenant le patient à l'état psychique dans lequel le symptôme était apparu pour la première fois et sur la
1 Freud S, 1915, Pulsions et destins des pulsions, in Métapsychologie, Traduction J. Laplanche et 1.B. Pontalis, Paris, Gallimard, 1978, pp. 11-12.. 2 Laplanche J., Nouveaux fondements pour la psychanalyse, Paris, PUF, 1987, p. 13. 14

scission dans les phénomènes de conscience. Cette double conscience présuppose que certaines représentations sont à disposition du patient et que d'autres demeurent cristallisées autour d'un noyau traumatique isolé par un réseau d'associations. Ce fonctionnement psychique sera l'origine de plusieurs conceptions: o Celle du refoulement qui isole le réseau associatif des émois pénibles, o Celle de la résistance réminiscence des émois pénibles, qui s'oppose à la

o Celle du transfert. Le transfert renvoie à une cristallisation autour de l'émoi traumatique d'un réseau d'associations. Le transfert survient quand l'arrêt des associations, lié à un affect, se substitue à des pensées sur l'analyste. Il représente alors l'insertion du thérapeute dans ces chaînes associatives. Mais cette insertion est d'abord construite sur le mode d'une suture entre un événement et sa rationalisation, avant d'être rattachée faussement à la personne du médecin. Ce transfert réalise une fausse alliance, une connexion fausse et s'exprime par un déplacement de l'accent psychique, un transfert des idées sur la personne du médecin. Il est suivant l'expression de D. Lagache: «Le transfert d'une défense contre un affect pénible, en rapport avec une pulsion reprochable »1. Cette substitution marque la relative indifférence de l'objet. C'est une relation troublée entre le patient et le médecin, en raison du contenu érotique des associations en jeu qui en traduit la teneur. Cette relation fait résistance. Le transfert comme résistance s'éclaire à propos de l'aventure de Breuer avec Bertha. Cet incident, qui montre le pouvoir (du) médecin, insiste sur l'impasse du désir de Breuer dont la guérison par transfert de Bertha ne suffit pas à masquer, ce qui sera pointé ultérieurement, comme l'amour de transfert.

1 D. Lagache, 1952, Le problème du transfert, in Le transfert et autres travaux psychanalytiques, Paris, PUF, 1980, p. 7. Confer aussi: 1954, La doctrine &eudienne et la théorie du transfert; 1951 : Quelques aspects du transfert; 1956 : Psychanalyse et psychologie, in Œuvres Tl, T2, T3, Paris, PUF. 15

Cette première approche est ainsi l'occasion de souligner l'importance de l'équation personnelle du médecin, en même temps que de mettre en avant que le nouveau symptôme doive être traité comme l'ancien. L'influence du médecin s'étaye sur la confiance. Le transfert est avant tout un double déplacement de temps et de personne. Ce déplacement est surtout un déplacement d'affect. « Le cas Dora» (1900, 1923) est l'occasion de préciser le transfert, à la fois comme perturbation associative empêchant l'accès aux souvenirs refoulés et comme déplacement des quantités d'énergie. Mais surtout, c'est la pluralité des transferts qui est mise en avant: ils sont, ces transferts, de nouvelles éditions ou des fac-similés des tendances et fantasmes éveillés, rendus conscients au cours du traitement psychanalytique. Ils remplacent une personne antérieure par la personne du médecin. Ils réalisent un découpage des moments partiels de l'expression pulsionnelle dont la répétition, à valence sublimatoire, permettra la possibilité d'un renoncement à leur but sexuel primitif Leur source est dans le processus névrotique lui-même qui, au lieu de produire des symptômes, produit des transferts. La mésalliance tient à l'oscillation entre un pôle infantile et un pôle actuel au cours de laquelle des expériences psychologiques passées sont revécues. Elle vise un «agieren» en lieu et place de la remémoration. Les phénomènes de transfert ne sont pas, en soi, créés par la psychanalyse, celle-ci les démasque en tant qu'obstacles au travers d'une expression d'un émoi hostile. Si le transfert en tant que tel peut être évité, le plus souvent il doit. être deviné sans le concours du malade. Révélateur en tant qu'obstacle, il devient l'allié le plus puissant du procès analytique. Avec «L'homme aux rats », Freud précise le conflit entre l'amour et la haine dans le transfert sur le médecin, en même temps qu'il stipule le transfert comme l'école de la souffrance. En 1907, le transfert, comme cure d'amour, est défini comme le seul à pouvoir lever les résistances. Dans «La Dynamique du transfert », 1911, le caractère de répétition perpétuelle d'un cliché ou d'un stéréotype conditionne la capacité d'aimer, et fait du transfert un produit, d'un côté de la résistance, remplaçant la remémoration par la répétition, et de l'autre des tendances libidinales frustrées et réprimées. Les résistances tiennent à l'approche des zones où se trouve la libido introvertie et à l'attraction de l'inconscient. Le transfert s'expose dans 16

la série: fixation, frustration et régression, et renvoie à une saisie en terme de plaisir/déplaisir. Ainsi le transfert résulte du compromis entre la résistance et l'exploration analytique, qui entraîne le transfert du contenu complexuel sur la personne du médecin. L'analyse du transfert consiste à détacher de la personne du médecin les sentiments hostiles et les tendances érotiques refoulées. Le transfert, par ailleurs, se subdivise en transfert positif: qui est transfert des sentiments affectueux sur une base érotique, et en transfert négatif: transfert de sentiments hostiles. Pour autant le transfert présente souvent un caractère ambivalent. Le «Conseil au médecin », 1912, développe l'allégorie du miroir, spécifiant la froideur émotionnelle de l'analyste, alors que parallèlement il insiste sur l'inconscient, comme organe récepteur de l'inconscient du patient, soit le rôle de l'attention flottante. La systématisation de la «Vue d'ensemble des névroses de transfert» permet la différenciation entre les névroses de transfert (hystérie d'angoisse, hystérie de conversion et névrose obsessionnelle), les névroses actuelles et les névroses narcissiques. Les facteurs en jeu dans les névroses de transfert sont le refoulement, le contreinvestissement, la formation substitutive et la formation de symptôme, la fonction sexuelle, la régression et la disposition à la névrose. Ces névroses sont définies par la capacité de J'investissement libidinal de l'objet et par la capacité d'actualisation du conflit dans la situation de la cure. Ces névroses sont mises en lien avec la prédisposition phylogénétique à l'angoisse. Au cours de l'année 1913, S. Freud pose le lien entre le transfert et la suggestion; il insiste sur le fait que la guérison par transfert, c'est-à-dire sans liquidation du transfert, ne permette que des résultats incomplets. L'introduction au narcissisme, 1914, ouvre à la compulsivité de la répétition dans le transfert, et désigne l'analyste en place d'idéal du moi. Mais c'est surtout l'ouvrage «Remémoration, répétition, perlaboration », 1914, qui porte au jour la compulsion de répétition, non comme cause du transfert, mais comme cause de'la résistance. La production du transfert est liée d'une part à la compulsion de répétition du côté du patient qui abandonne l'impulsion à se souvenir, d'autre part à la situation analytique. Il y a alors une remémoration spécifique à l'analyse, laquelle produit une maladie artificielle accessible par le maniement du transfert. De celui-ci dépend la 17

suspension de la compulsion de répétition. En 1915, «L'observation sur l'amour de transfert» désigne ce dernier comme un piège pour l'analyste et une résistance en tant qu'elle ravale le psychanalyste au rang d'amant. L'amour de transfert provoqué par la situation analytique, intensifié par la résistance et déficient à l'endroit de la réalité, ne laisse pour seule solution que l'application de la règle d'abstinence. De 1915 à 1919, Freud relève l'aspect libidinal du transfert qu'il assimile à la suggestion, et la fonction du transfert positif qui assure le dépassement des résistances. Cependant la recherche des satisfactions substitutives par le patient, est contrée par l'attitude active du psychanalyste: soit son attitude attentive et compréhensive, soit l'interprétation des résistances et du matériel, soit surtout l'application de la règle d'abstinence. La conception du transfert est avant tout libidinale. La reformulation de la compulsion de répétition dans le transfert, indépendante du principe de plaisir, est démontrée dans «Au-delà du principe de plaisir» en 1920. En effet, l'expérience sexuelle infantile étant à la fois une expérience douloureuse et une blessure narcissique, son refoulement est conforme au principe de plaisir, alors que sa répétition dans le transfert ne lui est pas conforme. Cependant cette formulation du chapitre II est complétée singulièrement avec celle du chapitre V qui fait du transfert le produit d'un automatisme de répétition complètement indépendant du principe de plaisir. Le texte de 1921, «Psychologie collective et analyse du moi », introduit l'idée d'un transfert partiel du moi d'après le modèle de l'objet perdu, rapprochant ainsi de l'identification et de l'introjection de l'objet dans le moi. La nouvelle classification des résistances est le fait d' «Inhibition, symptôme, angoisse », 1926, selon la topique des instances (Ca, Moi, Surmoi). Le problème du transfert est repris en 1937, « Abrégé de psychanalyse », selon trois axes principaux: r:J Veiller à ce que ni les sentiments amoureux ni les sentiments hostiles n'atteignent un degré excessif r:J Ne pas confondre son savoir avec ce que le patient sait.

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1:1

Le transfert est conçu comme la véritable force

motrice de la participation au travail analytique et comme ambivalent dès son origine. Ainsi, de manière globale, le transfert, comme obstacle et soutien, demeure l'instrument essentiel de la psychanalyse. Il apparaît soit comme répétition d'une expérience passée soit comme structure fantasmatique d'une relation amoureuse. Il est lié tant au refoulement qu'au narcissisme. Il présuppose le préalable d'un investissement d'objet. Produit de la disposition au transfert (tendances et fantasmes refoulés) et de la résistance (répétition agie au lieu de la remémoration) avant 1920, il est référé à l'automatisme de répétition ensuite. Il s'avère fonction de cette disposition mais aussi du setting analytique. Ces quelques indications n'ouvriront qu'à diverses lectures, qui loin de déboucher sur une définition homogène laissent à l'observateur le sentiment de confusion. Celle-ci paraît s'accentuer par la diversification des variations du terme. J'en donnerai quelques exemples. 3) Variations post-freudiennes sur le transfert. Imre Herman, à partir de la notion d'atmosphère, évoque un transfert négatif sous le double aspect d'un transfert d'affect et d'un transfert de situations conflictuelles, ainsi qu'un transfert de conflits. Il parle, dans le même texte, de transfert fIXe,de transfert transitoire et de transfert partagé. Il rappelle d'autres formulations: transfert avec sensations corporelles et transfert avec régression. A. Freud oppose transfert d'émois libidinaux et transfert de défense, J. Bergler transfert et amour. E. Glover parle, lui, de transferts modérés et massifs et de transfert de longue durée. D. Lagache oppose transfert dynamique et transfert spontané. M. Safouan différencie transfert analysable et transfert analysant. M. Neyraut spécifie une distanciation entre transfert direct et transfert indirect. Il introduit aussi les transferts explicites et implicites. Nombre d'auteurs américains mentionnent un transfert surmoique. S. Ferenczi analyse un transfert. paternel par autorité et un transfert maternel par tendresse. D. Anzieu nous initie au transfert paradoxal. A. Bejanaro détaille le transfert central, les transferts latéraux et le transfert groupaI, pendant que R.Kaës isole l'intertransfert. A. Eiguer, après R. Roussillon, articule transfert sur le cadre, transfert sur le thérapeute et transfert sur le processus. G. 19

Decherf et J.P. Caillot, lors d'un regroupement, notent, un transfert clivé, un transfert familial paradoxal, magique, un transfert pervers, un transfert phallique. probablement, mais j'avoue que j'en perds quelque peu le transfert pris d'un véritable mouvement brownien.

entre autres, un transfert J'en oublie la tête à voir

L'on conçoit l'intérêt des propositions soit de D. Lagache d'analyser le transfert selon ses sources, ses moyens, son but et son objet, soit celles de E. Glover séparant l'analyse des mécanismes mentaux, l'analyse des affects, l'analyse des mouvements libidinaux. Finalement de quoi parle-t-on quand on prononce le terme transfert ? Apparemment il ne circule pas les mêmes définitions, ni le même objet derrière le même terme. Pour ajouter à la confusion, le lecteur naïf que je suis, évoquera quelques thématiques autour du terme de transfert, sur le mode du melting pot, faisant l'économie, pour l'instant des développements conceptuels qui accompagnent les divers courants qui seront ainsi malmenés, afin de mettre en perspective quelque chose d'un inachèvement, condition d'une exportation/importation du concept. Ainsi la distinction transfert et névrose de transfert n'est pas toujours explicite. Le transfert est-il la modalité d'une relation interpersonnelle par actualisation anachronique d'un conflit inconscient non résolu, voire de l'ensemble des attitudes émotionnelles acquises comme le proposait D.Lagache, ou doit-il se concevoir comme tromperie mise en acte au travers d'une tromperie sur la personne de l'analyste, placé comme sujet supposé savoir, comme le stipule J. Lacan? Ces interrogations naïves rendent compte d'un certain nombre d'incertitudes du milieu des cliniciens. Les phénomènes transférentiels, pour autant qu'on les réduise à des déplacements d'affects, débordent-ils le cadre de la cure? Et surtout dans quelle mesure peut-on les spécifier comme transférentiels, si ce n'est que lorsqu'ils ont été rattachés à leurs racines inconscientes dans le conflit infantile? Les déplacements, quoique virtuels, ne relèvent pas du réel, mais des modalités véridictoires, dont la valeur se déduit de la remémoration. Le transfert, comme réalité psychique, ne peut être, ainsi que l'indique M. Neyraut, 20

une relation mais le déplacement d'une relation. Cependant I. Herman désigne une distinction entre déplacement, mécanisme relatif à des contenus ou investissements d'énergie, et le transfert, phénomène complexe engendrant des affects et des situations. Doit-on soutenir cette position ou plutôt insister sur le déplacement? Mais lequel: déplacement d'affect, déplacement de représentation ou déplacement de relation? 4) Névrose l'analyste? de transfert, contre-transfert, désir de

Alors le transfert? I. Herman précise qu'il n'y a pas lieu de considérer comme transfert toute bonne relation entre analyste et analysé. D'ailleurs S. Freud énonçait le transfert d'abord comme apparition d'émois hostiles. Dont acte. Car les cliniciens oublient fréquemment ces éléments. D'ailleurs S. Viderman nous avertit:« Le transfert existe, nul psychanalyste n'en doute, mais après que la théorie l'eut conçu et qu'une situation analytique, achevée pour l'essentiel de ses caractères spécifiques, l'eut fait exister, mais pas avant ». Après, et pas avant, cette précaution épistémologique renvoie chacun à sa théorisation et à son cadre. Car la psychanalyse tire son pouvoir de l'avoir spécifiée, et toute extension se montre problématique. D'où aussi, dans le champ analytique, la question de savoir si la réduction de la situation analytique au transfert n'opère pas une dénégation d'autres modalités relationnelles. L'on sait les discussions qu'ont entraînées les références tant aux relations d'objet qu'aux identifications et aux instances. Le déplacement des conflits objectaux, qui revient à assimiler le transfert aux éléments déplacés, conduit, par exemple, à la notion de relation d'objet transférentielle, au sens de M. Bouvet. M. Neyraut note en ce point l'opposition entre une relation d'objet et le transfert qui est déplacement de cette relation. L'identification à l'analyste a été aussi largement critiquée par J. Lacan. Quant à l'identification projective, elle réduit le transfert aux mécanismes psychiques, comme l'ont souligné J.C. Rouchy et J. Villiers. G. Bonnet sépare les interventions de type psychologique relatives soit au niveau, en partie accessible, de la face symptomatique, soit au niveau des phénomènes d'autosuggestion, soit au nivea.u relationnel de l'adaptation et de la socialité de la cure psychanalytique. Ces interventions ne font pas appel au transfert proprement dit qui suppose la mise en œuvre de deux inconscients. Il 21

ne peut surgir que dans le cadre précis de la cure qui met en œuvre un système topique à trois registres. Le premier registre est celui des pulsions et fantasmes inconscients sous l'égide des exigences du Ca, le second celui des maîtres-mots dominé par les exigences du surmoi et de l'Idéal du Moi, le troisième celui de la réalité relationnelle codifiée sous le régime du Moi. Il en résulte la confrontation d'un transfert de désirs, d'un transfert de savoir et d'un transfert de pouvoir chez chacun des deux protagonistes. Le transfert analytique ne suppose pas la réalité et se soutient d'une théorie du fantasme, dit-on. La référence aux instances (transfert du Surmoi, du Ca par exemple) induit le même effet de substantification, à l'encontre de la réalité psychique. Ainsi transfert négatif et transfert positif sont à concevoir comme effet ou prédominance d'expression en tant que les émotions manifestes n'ont pas de corrélation nécessaire avec l'effet du transfert dans la cure. Si l'un, le positif, favorise la remémoration, si le second, le négatif, induit l'Agieren, leur opposition même n'est pas aussi certaine comme le rappelle la mention de résistance par le transfert de M. Bouvet, comme le montre la valeur figurative de la mise en acte. G. Pommier développe une position nuancée à ce titre en tenant compte de la duplicité des transferts pluriels qui sont mises en forme du transfert originaire, témoin d'une perte en un temps édénique. Les variations d'affects dans le déroulement de la cure, actualisant des identifications de l'histoire infantile, sont des faces diverses du transfert et nécessitent que l'analyste s'adapte à la présentation du transfert selon un tempo gradué, ce en fonction de l'intensité des résistances. Ces quelques précisions, qui sont en fait autant d'interrogations, ouvrent sur la distinction entre transfert et névrose de transfert. Celle-ci reçoit une double acception, l'une renvoie au plan nosographique, l'autre réfère à une névrose artificielle homologuée à une névrose clinique. La dimension sémiologique se trouve dégagée par le travail de P. Lacoste1 autour de « Vue d'ensemble des névroses de transfert », venant s'adjoindre ainsi à la modélisation de S. Lebovici différenciant névrose à transfert et névrose de transfert d'un côté, névrose de l'enfant et névrose infantile de l'autre. Ce modèle dégage la névrose de transfert comme « caractérisée par la
I Lacoste P., La sorcière et le transfert, Paris, Ramsay, 1987.

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reviviscence de conflits infantiles où le caractère névrotique ne s'est affirmé qu'après l'en-deça du se faisant, qu'après l'entre-deux où le frayage a forcé le silence et que dans la révélation de l'après-coup. C'est le complexe d'Œdipe qui organise ou réorganise la névrose infantile et la névrose de transfert, I 'histoire prégénitale en modulant les fantasmes inconscients qui l'expriment »1. Cette conception suppose l'importance du cadre analytique, et de son setting, dans leur rapport avec la temporalité psychique.

Une certaine conception dualiste, celle d'Ida Macalpine, insiste sur la structure infantile du champ psychanalytique. Cette incidence du cadre, qui était l'objet de critiques dans les années 50 (D. Lagache en rapporte deux: l'absence de rapports humains réels et la production d'une paranoïa artificielle) paraît rejoindre les Ecrits techniques de Freud. Ce dernier porte là une grande attention à la règle d'abstinence, et impute un rôle à la situation analytique dans l'amour de transfert. De même le schéma du baquet que propose J. Laplanche, figurant le rapport de l'adaptatif et du sexuel, réalise, par le setting, par la règle fondamentale et par les refus de l'analyste, un véritable baquet d'amour, qui met en jeu quatre ingrédients: la sexualité, le fantasme, la parole et le transfert. Le transfert, différencié des transferts, est un transfert de base, d'essence paternelle. Le transfert analytique est la reprise du processus du transfert originaire de l'enfance lié au supposé signifié qu'est le parent. La situation analytique, en tant qu'elle réinstaure la situation originaire, est par elle-même le transfert. Déjà en 1954 D. Lagache rappelle que la situation réelle n'est pas cause du transfert. J. Lacan pose comme support axial du transfert l'analyste en tant que sujet supposé savoir dans la mesure où la demande de l'analysant est de recevoir la signification d'un signe que le Autre lui ferait. Cet appel au savoir de l'Autre inaugure l'amour de transfert. Cet amour fait obstacle, fermeture (J. Lacan) au processus analytique. D'un côté son lien avec le sexuel, au même titre que le symptôme, fait de l'analyste le séducteur d'origine. Ce transfert sexuel, d'après G. Bonnet, selon ces trois axes (scène originaire, problématique oedipienne, identité) est la condition de l'évolution de
1 Lebovici S., L'expérience du psychanalyste chez l'enfant et chez l'adulte devant le modèle de la névrose infantile et de la névrose de transfert, RFP, 5-6, 1979, p. 793. 23

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