Le travail des enfants en question(s)

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Le travail des enfants pose encore question. Pour les "négationnistes": le travail des enfants n'existe pas ; de toute façon, il n'est pas dangereux". Pour les "abolitionnistes" il faut et il suffit de faire appliquer les lois nationales et internationales pour éliminer totalement le travail des enfants. Entre ces deux intégrismes, y a-t-il place pour les réalistes ? Une découverte en détail de ces enfants travailleurs : qui sont-ils, que font-ils ? Combien sont-ils ? Pourquoi travaillent-ils ?
Publié le : dimanche 1 juin 2008
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EAN13 : 9782296201323
Nombre de pages : 522
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Le Travail des enfants en question(s) ?

Du même auteur

Conditions de travail et sous-développement: les industries agro-alimentaires au Sénégal et au Togo.- Paris, Editions du CNRS. 1981,304 p. Les droits des travailleurs à la santé: les acteurs (t.1); les réglementations (t.2).- Paris, Editions Ouvrières, 1980.- En collaboration avec Françoise Beaumont. L'inspection du travail et l'élaboration d'une politique relative au travail des enfants: guide de formation.- Document Admitra n° 36, BIT, 1993, 184 p. (traduit en anglais, espagnol, portugais, arabe, turc, indonésien, swahili). L'inspection du travail et le travail des enfants.- Document Admitra n° 31, BIT, 1992,20 p. (traduit en anglais, espagnol, portugais). Le travail des enfants dans l'agriculture commerciale en Afrique de l'Ouest francophone.- Document IPEC, BIT, 2002, 78 p., photos. Les méthodes de l'inspection du travail pour promouvoir la sécurité et la santé des travailleurs: guide de formation de formateurs (en collaboration avec Catherine Boidin).- Document Admitra n° 14, BIT, 1990, 222 p. (traduit en portugais, arabe, turc). L'inspection du travail et les risques chimiques: analyse spectrale des systèmes d'inspection du travail.- Document Admitra n° 22, BIT, 1991,250 p. (traduit en anglais, portugais). Systèmes d'inspection du travail et politiques de formation des inspecteurs.Document Admitra n° 34, BIT, 1993,67 p. «traduit en anglais, espagnol, arabe, turc). A paraître: Portraits choisis d'enfants travailleurs.- 350 photos d'enfants au travail, avec textes.

Jean-Maurice Derrien

Le Travail des enfants en question( s) ?

L'Harmattan

@L.HARMATTAN.2008 5-7, rue de l'École-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan l@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-05911-5 EAN: 9782296059115

Sommaire
INTR 0 DUCTI ON 13

CHAPITRE I - QUELLE

DEMARCHE ADOPTER?

15
17 18 18 18
19

Section 1 - EVALUATION DES PRATIQUES I - Ignorance et inaction II - Des pratiques ponctuelles et provoquées III - Des pratiques habituelles
IV

-

Des interventions

partielles

V

- Des

interventions intégrées et programmées

19 19

Section 2 - QUATRE TYPES D'INTERVENANTS I - L'activiste. II - Le technocrate III - Le contemplatif. '" IV - Le gestionnaire efficace

... 19
..,

20 20 20 20 20 21 22

Section 3 - UNE METHODE DE RESOLUTION DE PROBLEME I - L'approche participative II - L' approche pluridisciplinaire III - L'approche pédagogique

CHAPITRE Il - QUI SONT-ILS?
Section 1 : LES REPRESENTATIONS I - Un travailleur autorisé et rémunéré II - Des enfants travailleurs visibles et invisibles III - De nouvelles exclusions Section 2 - TROIS CRITERES I - L'âge... II - L'activité.. ... III - Le statut... Section 3 - UNE DEFINITION

25
27 27 28 30 31

31
... ... POUR L'ACTION
;

...35 38 46

CHAPITRE III - COMBIEN SONT-ILS ?
Section 1- S'INFORMER SUR LE TRAVAIL DES ENFANTS

.4
53 58 58 60
... 61

Section 2 - LES CHIFFRES CLES DU TRAVAIL DES ENFANTS I - Approches globales II - Par âge
III

-

Par sexe

7

IV - Par secteur d'activité V - Par statut juridique VI - Par statut scolaire

62 64 65

CHAPITRE

IV QUE FONT-ILS?

-

67
69 71 73 79
86

Section 1 - OBSERVER ET ECOUTER I - Observer les situations de travail II - Ecouter les enfants travailleurs Section 2 LES ACTIVITES ET LES METIERS DES ENFANTS
Section 3

-

- DIVISION

DU TRAVAIL

ET EMPLOIS

DU TEMPS

I - La division du travail dans l'agriculture II - Quelques tâches agricoles caractéristiques III - L'enchaînement des tâches IV - Les emplois du temps

86 87 90 90

CHAPITRE V

-QUE RISQUENT-ILS?

93
95 96 96
97

Section 1 : EVALUER LES RISQUES ET LES CONTRAINTES I - La fiche de bilan-diagnostic II - Une approche participative et pluridisciplinaire
III

- De

l'utilisation des fiches

Section 2 - LES RISQUES COMMUNS I - Premières victimes des maux du tiers-monde II - Des rémunérations dérisoires
III

98 98 105
107

IV - L'absence de prévention et de bien-être au travail.. V - «Je ne vais pas à l'école, je travaille»
VI

- Des -

horaires de travail excessifs

110 119
» 121

«Je

n'apprends

pas grand-chose:

on m'exploite

VII - «Je ne joue pas, je travaille» VIII - Enfants vendus, esclaves, trafiqués IX - Violences en tous genres Section 3 - LES RISQUES SPECIFIQUES I - Dans l'agriculture, l'élevage et la forêt..
II

128 130 145 155 155
160

- Dans

la pêche

III - Dans les mines IV - Dans les carrières V - Sur les chantiers de construction VI - Dans les briqueteries
VII

162 172 174 176
180

- Dans - Dans

les industries

agroalimentaires

VIII - Dans le textile et l'habillement.. IX - Dans la fabrication de tapis
X le travail du cuir.

184 186
190

8

XI - Dans le travail du bois XII - Dans le travail des métaux XIII - Dans les garages XIV - Dans les autres industries manufacturières XV - Dans la récupération des déchets XVI - Dans la restauration et l'hôtellerie XVII - Les enfants domestiques XVIII - Dans les rues XIX - Dans la prostitution XX - Les enfants soldats Section 4 - TABLEAUX DE L'ETAT DE SANTE DES ENFANTS TRAVAILLEURS... I - Les secteurs prioritaires II - Les dix risques et contraintes les plus graves III - Les diagnostics sectoriels IV - La validation des diagnostics sectoriels

196 199 203 206 21O 215 219 230 245 248

251 252 253 253 253

CHAPITRE VI- POURQUOI TRAVAillENT-ILS?
Section 1 OTAGES DE LA PAUVRETE? I - Question de survie? II - Une agriculture peu rémunératrice III - Un exode rural dévastateur IV - Chômage, sous-emploi et secteur informel V - Des inégalités internationales intolérables VI - Coûts du travail, délocalisations et pauvreté VII - Les pressions démographiques VIII - Un enchaînement de causes
Section 2

257
260 260 264 267 268 270 275 276 277
279

-

- ABANDONNES

PAR L'ECOLE?

I - Les résultats des systèmes d'éducation II - Un environnement défavorable à l'éducation III - La fabrique des apprenants
Section 3

280 283 288
292

- VICTIMES

DES ACCIDENTS

DE LA VIE?

I - Une vie d'enfant: un parcours d'obstacles ? II - «Familles, je vous hais»? III - Victimes de situations familiales difficiles? Section 4 - IGNORES DES SYSTEMES POLITIQUES? I - L'envers du décor II - Corruption, guerres et dictatures: les dégâts collatéraux III - Les carences de la loi IV - Une inspection du travail peu efficace

293 294 297 300 300 301 307 308

9

Section 5 - EXPLOITES PAR LEURS EMPLOYEURS? I - Une main-d'œuvre neuve II - Une main-d'œuvre presque gratuite III - Une main-d'œuvre adaptée et rentable IV - Une main-d'œuvre flexible et docile V - La rencontre d'une offre et d'une demande Section 6 - PRISONNIERS DE LA CULTURE? I - «Le mythe de l'éternel retour» II - Le respect des traditions III - La hiérarchie des âges et des sexes IV - L'hindouisme V - Le bouddhisme et le confucianisme VI - Le judaïsme et le christianisme VII - L'islam VIII - «Normalité» de la .souffrance IX - «Soumission à l'autorité ..» X - La vengeance et la reproduction de la violence XI - «Banalité du mal »? XII - Le choc des mots CHAPITRE VII

317 317 318 318 319 320 322 322 323 324 326 329 331 332 338 339 340 341 342

- QUE

FAIRE?

347
350 350 350 351 359 NOS CONNAISSANCES POUR 362 362 363 364 364 369 377 380 380 381 385 388 391 392 361

Section "1 - QUEL INTERET A AGIR? I - «Faut-il d'ailleurs agir?» II - La compétition des victimes III - Les engagements internationaux IV - Les droits des enfants travailleurs Section 2 - UN PREALABLE: AMELIORER

Section 3 - COMMENT ELABORER DES ORIENTATIONS L ' ACTION? I - Le principe du zoom: rappel. II - Faisabilité et cohérence

Section 4 - DEBATS SUR L'ACTION INTERNATIONALE I - Articuler le global et le local II - Labels sociaux, codes de conduite et commerce équitable III - Pour une ingérence sociale internationale Section 5 - DEBATS SUR LES POLlTIQUES I - Une stratégie réaliste et intégrée II - Le débat n'est pas tranché III - Quels groupes prioritaires ? IV - Quelles méthodes privilégier? V - Modifier la législation nationale? VI - Sensibiliser et former 10

Section 6 - DEBATS SUR LES APPUIS INSTITUTIONNELS I - L'Etat peut-il être efficace ? II - Qui anime, qui coordonne? III - Peut-on compter sur les syndicats? IV - Les ONG et les associations d'enfants travailleurs Section 7 - UNE POLITIQUE NATIONALE D'ACTION I - Agir au niveau intemational II - Prévenir la mise au travail des enfants

395 396 399 401 .44 .411 412 413

III - Abolir les pires formes de travail des enfants IV - Protéger les enfants travailleurs
V
VI VII

417 418
.40
.41 .422

-

Promouvoir les droits des enfants travailleurs
et former les acteurs clés les capacités d'intervention

- Sensibiliser - Renforcer

Section 8 - DES PROGRAMMES SECTORIELS D'ACTION I - Elevage ... II - Mines et carrières III - Industries manufacturières
IV

...

424 424 426 427
429

-

Les enfants domestiques

V - Fabrication de tapis Section 9 - DES PROGRAMMES
I

430 D'ACTION DIVERSIFIES 432
432

-

Dans l'agriculture...

II - Les apprentis dans le secteur informel.. III - Dans le travail du cuir IV - Dans les décharges d'ordures V - Avec les enfants domestiques VI - Avec les enfants travaillant dans les rues
VII

.43 434 434 .4 34 .45
436

-

Des programmes

multisectoriels

CON CL USION RESSOURCES RESSOURCES DOCUMENTS DOCUMENTAIRES AUDI0 VIS UELLES ANNEXES.

439 443 451 455

Il

LES SIGLES UTILISES

OIT : Organisation internationale du travail BIT: Bureau international du travail (en anglais: ILO; en espagnol: OIT) IPEC: Programme international pour l'abolition du travail des enfants (BIT) SIMPOC : Programme d'information statistique et de suivi du travail des enfants (IPEC) ONU: Organisation des Nations Unies UNICEF: Fonds des Nations Unies pour l'enfance OMS: Organisation mondiale de la santé FAO: Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture UNESCO: Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture PAM: Programme alimentaire mondial CNUCED : Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement FMI: Fonds monétaire international OMC : Organisation mondiale du commerce AlEA: Agence internationale de l'énergie atomique PNUD : Programme des Nations Unies pour le développement ONG : Organisation non gouvernementale ENDA Tiers-Monde: Environnement et développement du tiers-monde MANTHOC : Movimiento de adolescentes y ninos trabajadores hijos de obreros cristianos
ASSANTED : Association sécurité et santé au travail et développement

Les sources exploitées figurent en fin d'ouvrage dans« Ressources documentaires» et « Ressources audiovisuelles ».

12

INTRODUCTION

Le travail des enfants existe depuis des millénaires, depuis que les hommes et les femmes ont utilisé leurs enfants pour produire des biens et des services utiles à la communauté, mais l'ancienneté du phénomène n'est pas une raison suffisante pour que le scandale persiste. Scandale? Quel scandale? C'est seulement depuis deux siècles à peine que le travail des enfants est perçu et combattu comme un scandale, d'abord par une petite minorité puis par un mouvement d'opinion de plus en plus large. Quelle est l'ampleur de cette condamnation du travail des enfants? On peut se rassurer en observant que, après des débats qui ont duré de nombreuses années, tous les Etats membres de l'OIT (Organisation internationale du travail) ont adopté à l'unanimité en juin 1999 la convention 182 sur l'élimination des pires formes du travail des enfants et que 165 Etats membres sur 191 l'ont ratifiée. On peut se rassurer en consultant les déclarations officielles des pays riches et des ONG nationales et internationales qui affirment leur volonté d'éliminer dès que possible le travail des enfants et de n'échanger sur le marché mondial que des produits « libres de travail des enfants ». On est moins rassuré en entendant des ministres du travail de pays en développement, des inspecteurs du travail de ces pays, des médecins, des enseignants, des employeurs et des parents d'enfants travailleurs déclarer que le travail des enfants n'existe pas dans leur pays, que leurs enfants ne travaillent pas, qu'ils apprennent, qu'ils aident leurs parents, qu'ils s'amusent, et qu'en tout état de cause ils ne risquent rien en travaillant. On est moins rassuré en constatant en Afrique, en Asie, en Amérique Latine, que, au mépris des conventions internationales ratifiées solennellement par les gouvernements, des millions d'enfants continuent à travailler dans des conditions dangereuses et intolérables dans les ateliers du secteur informel, dans les mines et les carrières, dans l'agriculture et la pêche, dans les décharges d'ordures, sur les chantiers de construction et dans les services domestiques, les restaurants, le commerce et la prostitution. L'adoption des conventions internationales en 1989 et en 1999 n'a pas, comme par enchantement ou par miracle, résolu le problème: le travail des enfants pose encore problème, est encore en question dans les actions des gouvernants (ou

13

dans leur inaction) et dans la tête des parents, des employeurs, des enseignants, des responsables économiques et institutionnels. L'interrogation se situe à trois niveaux:

. . .

Le travail des enfants existe-t-il dans notre pays, dans notre village, dans notre branche d'activité? S'il existe vraiment, est-il dangereux pour le développement et pour la santé de nos enfants? est vraiment dangereux, que pouvons-nous faire: le supprimer totalement ou améliorer les conditions de travail de nos enfants pour qu'il devienne supportable?

S'il

Le travail des enfants est mis en question par les « négationnistes » qui nient son existence ou son caractère dangereux et par les «abolitionnistes» qui veulent l'abolir immédiatement et partout. Entre ces deux groupes qui mettent en question le travail des enfants dans des sens radicalement opposés, y a-t-il place pour les réalistes qui se posent de nombreuses questions sur le travail des enfants: les enfants travailleurs existent mais combien sont-ils dans tel pays, dans tel secteur d'activité? Que font-ils exactement? Que risquent-ils? Pourquoi travaillent-ils? Que peut-on faire? A côté des fondamentalistes qui n'ont que des certitudes, existent des réalistes qui ont beaucoup de questions et essaient d'y répondre pour commencer à agir. Commencer à agir? Le mouvement est engagé mais il est freiné par les « négationnistes » qui sont aveugles et par les « abolitionnistes» qui font peur. Un accord minimum peut être trouvé autour de deux notions: les besoins et les droits des enfants:

.
.

Il s'agit en premier lieu de satisfaire le mieux possible les besoins essentiels des enfants: une famille, un toit, la nourriture suffisante, de la boisson saine, des soins appropriés; Il s'agit ensuite de respecter les droits fondamentaux des enfants: à l'éducation, à la protection, au jeu, au développement personnel et social, à l'expression libre.

Le travail des enfants met en question les besoins essentiels et les droits fondamentaux des enfants contraints de travailler. Si les hommes et les femmes de bonne volonté estiment que cette situation est intolérable et justifie que des actions soient engagées, les questions se bousculent et se focalisent sur le : que faire? La tentation est grande alors de sauter à pieds joints au-dessus des questions intermédiaires, des étapes indispensables. C'est ce parcours que je voudrais engager à travers une démarche de résolution de problème. 14

Chapitre

I

- QUELLE

DEMARCHE ADOPTER?

Les «négationnistes », ceux qui nient l'existence ou le caractère dangereux du travail des enfants, sont d'abord victimes d'un déficit de connaissances sur les réalités du travail des enfants dans leur pays et dans le monde. Ils n'ont pas lu les rapports, les enquêtes, les comptes rendus d'observations réalisées par des chercheurs ou par des intervenants. Ils n'ont pas été sur le terrain pour observer les situations de travail et écouter les enfants travailleurs ou, s'ils y ont été, ils n'ont pas vu les mêmes choses que nous; leur regard était troublé, dévié, orienté par leur culture; là où je vois un enfant qui travaille, ils voient un enfant qui se socialise, qui aide ses parents, qui apprend, qui joue. En second lieu, les «négationnistes» n'agissent pas, ils refusent tout changement puisqu'ils nient le problème. Les «abolitionnistes» purs et durs, eux, veulent agir en renvoyant tous les enfants des lieux de travail, en les remettant à l'école, dans les centres de formation, à la maison, sur les terrains de sports, ou en les laissant dans la rue. Le retrait du travail est parfois nécessaire, indispensable; il est parfois possible mais pas toujours car on a oublié d'écouter les enfants travailleurs et leurs parents sur les raisons de la mise au travail des enfants (pauvreté, carences de l'école, situation familiale, violences). Comme les «négationnistes », les «abolitionnistes» ont souvent un déficit d'observation et d'écoute et ils n'ont pas pris en compte l'ensemble des facteurs qui caractérisent la situation des enfants travailleurs. Les échecs dans l'intervention sur le travail des enfants résultent souvent d'un manque de méthode, d'erreurs dans la démarche retenue pour aborder le problème dans toute sa complexité. Existe-t-il une démarche privilégiée pour progresser dans la résolution du problème du travail des enfants? Plusieurs démarches ont été successivement tentées par les organisations internationales (BIT, UNICEF), par les ONG, par les administrations nationales (travail, santé, éducation, affaires sociales). Avant de s'engager dans une voie ou dans une autre, il convient de les évaluer en termes d'efficacité, de résultats obtenus pour la protection des enfants travailleurs et pour la prévention de leur mise au travail.

Section 1

- EVALUATION

DES PRATIQUES

Lors des nombreux séminaires de formation que j'ai animés pour des intervenants sur le travail des enfants, avant de proposer une nouvelle démarche d'intervention, j'invitais les participants à évaluer eux-mêmes l'efficacité de leurs pratiques actuelles en matière de travail des enfants, en les amenant à se poser la question fondamentale: dans quelle mesure les méthodes que vous avez utilisées jusqu'à présent ou que prescrit votre institution ont-elles contribué à résoudre le problème sous ses trois aspects: abolition des pires formes, protection des enfants travailleurs, prévention de leur mise au travail? 17

Des informations recueillies lors des tours de table, on peut dégager une typologie des pratiques - ou des modèles - d'intervention, du moins efficace au plus efficace.
I - IGNORANCE ET INACTION

Des participants ignorent tout de la réalité du travail des enfants dans leur pays et ne sont jamais intervenus dans ce domaine soit parce que dans leurs pratiques professionnelles (inspecteurs du travail, médecins) ils n'ont jamais rencontré d'enfants travailleurs, soit parce qu'ils estiment que le problème est marginal et ne mérite pas la mobilisation d'une institution.
n - DES PRATIQUES PONCTUELLES ET PROVOQUEES

D'autres participants (magistrats, policiers, inspecteurs du travail) sont intervenus dans quelques occasions sur plainte d'un enfant travailleur, d'un parent, ou après un accident grave ou mortel survenu à un enfant travailleur. Ils ont fait une enquête, mis en œuvre les procédures habituelles pour traiter ce « cas» conformément à la loi et aux pratiques en vigueur. Ils reconnaissent que ces « interventions provoquées» sont d'une efficacité limitée, sans lendemain.
nI - DES PRATIQUES HABITUELLES

Lors de leurs visites - peu fiéquentes - dans les entreprises, des inspecteurs du travail ont constaté la présence d'enfants au travail; ils en ont fait l'observation à l'employeur; dans certains cas, ils lui ont demandé de renvoyer ces enfants à la maison ou à l'école et ils ont même dressé procès-verbal pour infraction à la loi. Mais ils ne se sont pas inquiété de savoir si leur demande a été suivie d'effet, si les enfants travaillent toujours dans l'entreprise ou ailleurs, si le procès-verbal a été jugé et l'employeur condamné, si les enfants licenciés ne se sont pas retrouvé à la rue, sans moyen de survie, ou dans la prostitution ou dans une situation de travail pire. Ils estiment qu'il n'entre pas dans leur mission d'assurer le service après intervention légale, comme on assure le service aprèsvente. Dans son dispensaire, le médecin - ou l'infirmier - a reçu plusieurs enfants travailleurs qui disent avoir été blessés au cours de leur travail; il les a soignés, leur a prescrit des médicaments mais n'a pas cherché à intervenir auprès des entreprises concernées ou de l'inspecteur du travail pour faire disparaître les situations dangereuses; cela ne fait pas partie de ses tâches; il n'assure pas lui non plus le service après intervention réparatrice. Dans son école, le directeur a exclu en cours d'année plusieurs enfants qui s'absentaient trop souvent pour participer aux travaux agricoles ou dont les parents n'avaient pas payé les fiais de scolarité; ce n'est pas son problème si ces enfants vont maintenant travailler à temps plein dans les champs, dans les 18

rues ou dans la prostitution; il n'a fait qu'appliquer les règles habituelles de son institution. Ces pratiques sont dites «habituelles» au sens où elles sont confonnes aux missions et aux procédures prescrites aux institutions qui les mettent en œuvre ; elles ne vont pas au-delà du geste professionnel prescrit et ne prennent pas en considération les conséquences de ce geste sur le futur des enfants.
IV - DES INTERVENTIONS PARTIELLES

Des ONG, des associations, des institutions d'Etat, multiples et variées, aident les enfants en matière de santé, de nutrition, d'hygiène, de scolarisation, d'hébergement, de protection sociale (en cas de violences familiales, de délinquance); elles leur apportent un appui remarquable dans leur vie quotidienne mais elles n'ont pas pris en compte le fait que la plupart de ces enfants sont aussi des travailleurs et qu'ils ne sont pas protégés contre l'exploitation, les travaux dangereux, les violences au travail.

v

- DES

INTERVENTIONS

INTEGREES ET PROGRAMMEES

Des institutions publiques et privées interviennent auprès des enfants travailleurs dans le cadre d'une politique nationale, de politiques sectorielles et de programmes d'action qui intègrent tous les aspects de leur vie d'enfant et de travailleur pour atteindre des objectifs programniés dans le temps: abolition des pires fonnes de travail des enfants, protection des enfants travailleurs, prévention de la mise au travail, abolition effective.

Section 2

- QUATRE

TYPES D'INTERVENANTS

En considérant que trois opérations au moins sont indispensables pour résoudre un problème (observer, comprendre, agir), on peut caricaturer comme suit les pratiques observées habituellement dans les institutions pour traiter le problème du travail des enfants (document n° 1). I - L'ACTIVISTE Il ne réagit qu'à chaud et uniquement sur des évènements dits« déclencheurs» : une plainte, un accident, un délit commis par un enfant travailleur. L'activiste ne prend pas le temps de comprendre la situation d'ensemble, les causes de l'évènement; il met en œuvre les procédures habituelles (enquête succincte, sanction, retrait du travail ou classement sans suite) et il considère qu'il a réglé le problème.

19

II - LE TECHNOCRATE Il ne traite un problème que par référence à une norme; s'il n'y a pas de norme (par exemple pas de texte sur le travail des enfants dans l'agriculture ou dans le secteur informel), le problème n'existe pas; le technocrate ne prend pas la peine d'aller observer la situation sur le terrain; il lui suffit de comprendre le lien entre le problème posé et la norme. III - LE CONTEMPLATIF Il considère qu'il a traité le problème parce qu'il a rassemblé toutes les données, qu'il a accumulé les statistiques, les enquêtes, les observations; mais le contemplatif n'arrive pas à passer à l'action parce qu'il comprend trop bien tous les tenants et les aboutissants de la situation, toutes les contraintes économiques, sociales et culturelles des uns et des autres; il estime qu'il est trop compliqué d'agir dans une telle complexité. Ces trois types de pratiques ont un point commun: elles sont inefficaces, elles ne produisent aucun résultat, elles fonctionnent dans un système fermé, sans évaluation, sans sanction positive ou négative.
IV - LE GESTIONNAIRE EFFICACE

Il parcourt méthodiquement Jes trois étapes de la résolution de problème, sans en oublier l'une ou l'autre et sans inverser l'ordre d'exécution. Il adopte une méthode participative, pluridisciplinaire et pédagogique de résolution de problème.

Section 3 - UNE METHODE DE RESOLUTION PROBLEME

DE

Elle fonctionne sur le modèle du zoom: on part d'un regard large, en rassemblant de nombreux indicateurs; sur cet ensemble, on sélectionne une dizaine de points critiques et on retient 5 ou 6 actions pertinentes et faisables. Le déroulement du processus est résumé dans le document n° 2; il sera explicité tout au long de cet ouvrage.
I - L'APPROCHE PARTICIPATIVE

Elle est fondée sur l'écoute des enfants travailleurs et des autres acteurs; s'agit, avec des méthodes d'entretien respectueuses des personnes, d'écouter que les enfants travailleurs peuvent dire sur les risques et les contraintes travail tels qu'ils les ressentent dans leur corps, dans leur tête, dans leur vie travail et à la maison.

il ce du au

Les enfants travailleurs vivent une situation globale qui est faite d'un ensemble de points négatifs, par exemple des horaires excessifs, des charges trop lourdes 20

à porter, des postures pénibles à tenir, la poussière et le bruit, peut-être les cris et les menaces des chefs; leur situation est faite aussi de quelques points positifs, l'apprentissage d'un métier, la fierté de gagner sa vie, le compagnonnage avec d'autres travailleurs, le sentiment de participer à une œuvre commune. C'est seulement en les écoutant que l'on saura ce qui est le plus pénible pour eux et ce qui est le plus gratifiant. Et leurs priorités ne seront pas nécessairement celles des experts. Il nous faudra tenir compte des problèmes prioritaires ressentis par les enfants travailleurs pour répondre, dans l'action, aux besoins réels exprimés par eux et ne pas se tromper de cible.
II - L'APPROCHE PLURIDISCIPLINAIRE

Elle doit compléter, enrichir l'approche participative et subjective réalisée à partir de l'écoute. Les enfants travailleurs ne voient pas certains risques ou ils les sous-estiment, l'électricité, l'incendie, les machines, les produits dangereux, les conséquences à long terme des charges lourdes portées ou des horaires excessifs. Leur regard sur leur propre vécu a besoin d'être complété par l'évaluation des spécialistes qui s'appuient sur les acquis des sciences de la santé au travail. Mais à la différence de l'enquête classique où un seul enquêteur donne son opinion et évalue les risques avec les seules connaissances dont il dispose, la démarche pluridisciplinaire fait intervenir plusieurs spécialistes qui, après avoir, ensemble, observé les situations de travail et écouté les enfants travailleurs, vont, ensemble, évaluer le niveau de gravité de chaque facteur de risque et de contrainte. Dans nos enquêtes auprès des enfants travailleurs en Mrique, nous avons constitué des équipes de trois personnes: un médecin ou un spécialiste de la sécurité au travail; un inspecteur du travail; et un animateur d'une association spécialisée dans l'action de terrain avec les enfants. Les enquêtes menées auprès des enfants travailleurs en Turquie ont été réalisées par deux inspecteurs du travail, un inspecteur technique (ingénieur ou médecin) et un inspecteur social Quriste ou sociologue). La confrontation de ces deux ou trois regards permet de donner une dynamique à l'évaluation des risques. Cette méthode peut être qualifiée de globale dans la mesure où elle entend prendre en compte la situation des travailleurs dans sa globalité; tous les facteurs qui peuvent avoir une incidence sur la sécurité et la santé des enfants travailleurs sont passés en revue et classés en plusieurs rubriques: les tâches effectuées; le milieu naturel; le milieu de travail; les conditions de bien-être et les mesures de prévention; les horaires, les salaires et la protection sociale; les relations de travail.

21

Chaque facteur est évalué sur une échelle de 1 à 4, du moins dangereux aux risques et contraintes très graves. L'évaluation sera le résultat de la discussion-négociation entre les membres de l'équipe pluridisciplinaire par référence à ce qu'ils ont vu et écouté et en s'appuyant sur leurs propres connaissances scientifiques et sociales et sur leurs expériences des risques et des contraintes. L'évaluation des risques combine donc les opinions des enfants travailleurs, les opinions des autres acteurs et les avis des spécialistes. Le résultat de l'évaluation participative et pluridisciplinaire, c'est la mise en évidence des risques et des contraintes les plus graves qu'il faudra prendre en compte pour élaborer le programme d'action.

III - V

APPROCHE PEDAGOGIQUE

Cette méthode a aussi une vertu pédagogique. Dans un contexte de sousestimation générale des risques et des contraintes du travail, elle permet de sensibiliser les enfants travailleurs, les employeurs, les contremaîtres sur les risques et les contraintes les plus graves et, d'autre part, de les mobiliser dans la mise en œuvre de programmes d'action qu'ils auront contribué à élaborer. Pourquoi l'appeler «méthode du zoom»? Parce que, en partant d'une connaissance plus élargie des situations de travail, elle permet, à travers l'évaluation des risques, de déboucher sur des programmes d'action ciblés sur les problèmes prioritaires et sur des solutions faisables. Pour obtenir des résultats positifs, la méthode doit, dans sa mise en œuvre, respecter les trois étapes du processus et construire progressivement des consensus successifs qui vont garantir l'effectivité du programme d'action. 1. Première étape: observer et écouter Il s'agit dans cette première phase (voir chapitre N) d'observer sur place les situations de travail, d'analyser les processus de production, les procédés de travail, de recueillir le maximum d'informations sur les risques et les contraintes du travail. Cette observation est complétée par l'écoute des enfants travailleurs et des autres acteurs afin de recueillir des perceptions, des représentations et des informations qualitatives qui n'apparaissent pas du seul fait de l'observation. Ces deux opérations d'observation et d'écoute permettent de rassembler de nombreux indicateurs pertinents sur l'état des systèmes de travail. Ces indicateurs constituent un bilan exhaustif des risques et des conditions de travail; on doit alors rechercher auprès des acteurs concernés un accord optimal sur ce bilan en leur demandant: « Voilà ce que nous avons vu et entendu; estce que cela correspond bien à votre réalité? » 22

2. Deuxième étape: évaluer et comprendre Parmi les nombreux indicateurs figurant au bilan, certains ne sont pas critiques ou significatifs et de toute façon on ne peut pas prendre de décisions avec tant de facteurs. Il convient d'évaluer la gravité des situations observées et de sélectionner les points critiques, de cibler sur les risques et les contraintes les plus graves (voir chapitre V). C'est aussi le moment d'essayer de comprendre l'environnement du système de travail et le pourquoi des situations observées qui peuvent s'expliquer par le poids des systèmes économique, culturel, social et politique (voir chapitre VI). Ces deux opérations (évaluer et comprendre) conduisent l'équipe pluridisciplinaire à établir un diagnostic de l'état du système de travail des enfants dans son environnement; ce diagnostic peut prendre la forme d'une liste de dix problèmes prioritaires à traiter, classés par ordre de gravité. L'équipe propose alors ce diagnostic à ses partenaires et recherche avec eux un accord optimal pour identifier et classer les dix risques et contraintes les plus graves. 3. Troisième étape: agir et former Il s'agit, dans cette troisième phase (voir chapitre VII), de se demander, pour chacun des dix risques et contraintes les plus graves, ce qu'il est possible de faire pour les prévenir, les combattre, les éliminer. Chaque solution proposée sera alors examinée au regard des critères de faisabilité et au sortir de cet examen, on sélectionnera quelques actions pertinentes et faisables qui constitueront un programme sectoriel ou un programme d'action. Sur ces programmes, on recherchera l'accord optimal de toutes les parties concernées qui s'engageront pour son exécution, laquelle passera souvent par la sensibilisation et la formation des différents acteurs. Cette démarche est pédagogique dans la mesure où elle apprend à tous les acteurs à résoudre des problèmes réels, reconnus par tous comme prioritaires, à évaluer les situations les plus critiques et à faire des choix dans les actions à entreprendre. C'est une éducation du regard, de l'écoute et une pédagogie de la responsabilité: tout n'est pas possible immédiatement, il faut s'attaquer d'abord aux situations les plus graves et à ce qui est faisable. Les résultats obtenus permettent alors de s'encourager à l'action, de croire qu'il est possible de lutter contre la fatalité et «la fatalité, c'est ce que nous ne voulons pas assez» (Romain Rolland). Mais il ne faut pas se le cacher: cette méthode exige une grande rigueur scientifique et une maîtrise des outils d'observation, d'écoute, d'évaluation et de programmation.

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Chapitre II

- QUI

SONT-ILS?

La définition de l'enfant travailleur est primordiale: de cette définition dépendront les actions ciblées en direction des groupes prioritaires. En 2007, nous nous trouvons devant environ 1,2 milliard d'enfants de 5 à 14 ans disponibles dans les pays en développement pour aller à l'école, pour travailler ou pour jouer. Quelles sont les frontières du groupe « enfants travailleurs )) ? Doit-on étendre ce groupe à tous les enfants effectuant quelques travaux à la maison? Doit-on le limiter aux enfants salariés qui travaillent pour autrui contre rémunération? Nous sommes confrontés à une très grande diversité, à une multitude de situations qui défient toute typologie. Qu'est-ce qu'un enfant? Qu'est-ce qu'un enfant travailleur? Lorsque l'on pose ces deux questions à un groupe d'intervenants en formation sur le travail des enfants, on perçoit d'une part des représentations extrêmement diverses de l'enfant et du travailleur et d'autre part des tentatives plus ou moins conscientes de limiter la notion d'enfant travailleur à ce qui est culturellement acceptable par le milieu. Il nous faudra d'abord identifier ces représentations puis rechercher les critères permettant de distinguer les enfants travailleurs dans les vastes groupes des enfants et des travailleurs, pour enfm proposer une définition de l'enfant travailleur utile pour l'action.

Section 1 : LES REPRESENTATIONS
I - UN TRAVAILLEUR AUTORISE ET REMUNERE La position la plus confortable pour les inspecteurs du travail est de s'en tenir à la définition légale: l'enfant travailleur, c'est un enfant de plus de 14 ans ou un jeune qui a bénéficié d'une autorisation de travail délivrée par l'inspecteur du travail; c'est un salarié ou un apprenti, titulaire d'un contrat écrit, signé et validé par l'inspecteur du travail. Avec une telle défmition, on ne prend aucun risque, tout est prévu par écrit: l'âge, la durée de l'apprentissage, les horaires, la rémunération, les tâches à exécuter, les conditions de travail; peu de surprises à attendre lors d'un contrôle sur place. Le problème, c'est que cette représentation ne concerne qu'une infime minorité d'enfants travailleurs, quelques unités par an dans un pays africain de taille moyenne, par exemple 7 contrats d'apprentissage signés par an au Sénégal dans les années 80. La définition la plus largement admise par les autorités étatiques (inspection du travail, éducation nationale, services de santé) est celle de l'enfant salarié dans une entreprise du secteur formel, moderne, structuré. Cet enfant travailleur entre dans le champ d'application du code du travail et bénéficie des mesures de protection prévues par ce code. Les inspecteurs du travail d'Afrique francophone s'abritent ainsi derrière l'article 1er de leurs codes du travail, issus du Code du travail d'Outre-Mer du 15 décembre 1951promulgué par la France, puissance coloniale, selon lequel: «Est considéré comme travailleur au sens de 27

la présente loi, quels que soient son sexe et sa nationalité, toute personne qui s'est engagée à mettre son activité professionnelle, moyennant rémunération, sous la direction et l'autorité d'une autre personne, physique ou morale, publique ou privée. Pour la détermination de la qualité de travailleur, il ne sera tenu compte ni du statut juridique de l'employeur, ni de celui de l'employé ». S'il n'y a pas de salaire, il n'y a pas contrat de travail; le critère discriminant est ici la rémunération. On exclut ainsi 75% des enfants travailleurs, lesquels ne sont pas du tout rémunérés. En réalité on ne retient qu'environ 5% des enfants travailleurs, ceux qui exercent dans le secteur formel; on les trouve surtout dans les pays d'Asie mais très peu en Afiique, sauf peut-être dans quelques grandes plantations. De la sorte, on a réduit le problème du travail des enfants à des dimensions raisonnables en excluant tous les enfants qui travaillent dans le secteur informel et dans l'agriculture. II - DES ENFANTS TRAVAILLEURS ISIBLESET INVISIBLES V Admettre que le travail des enfants existe dans son pays, c'est pour un gouvernement, pour un fonctionnaire, reconnaître un échec, celui de l'éducation et de la protection de tous les enfants. La tentation est donc grande de n'identifier comme enfants travailleurs que ceux qui sont sous contrôle (potentiel), les enfants salariés et ceux qui sont les plus visibles, ceux qu'on ne peut cacher, les enfants de la rue ou dans la rue; ceux-ci sont les résidus inévitables, incompressibles, du développement, la honte du pays aux yeux des touristes étrangers; l'action va alors se concentrer sur les enfants travailleurs visibles que l'on va tenter de faire disparaître du paysage: « Cachez ces enfants . .. que Je ne sauraIS vOIr». On va ainsi exclure de la définition de l'enfant travailleur:

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les enfants domestiques qui travaillent dans leur propre famille, chez des parents plus ou moins éloignés ou chez des patrons ou des patronnes étrangers à la famille; de toute façon, on ne les voit guère, ils sortent peu de leur maison sauf pour faire les courses, chercher de l'eau ou accompagner les enfants à l'école; les enfants travailleurs à domicile: qu'ils soient non scolarisés, dé scolarisés ou qu'ils aillent encore à l'école, ils aident leurs parents, en général leur mère, à fabriquer des vêtements, des tapis, des chaussures, des jouets, des articles de vannerie; les aides familiaux: ils travaillent dans une petite entreprise familiale appartenant à leur famille directe ou élargie, exploitation agricole, d'élevage, pêche, forêt, petit commerce, atelier de fabrication; ils « aident », ils ne sont pas rémunérés; on les appelle des travailleurs familiaux non rémunérés (TFNR);

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les apprentis: sans contrat d'apprentissage écrit et validé par l'inspection du travail, ils travaillent dans leur famille proche ou élargie ou pour un employeur étranger à leur famille, mais puisqu'ils sont censés apprendre un métier, ils ne sont pas rémunérés pendant les nombreuses années (3 à 10 ans) que dure leur «apprentissage» ; donc ce ne sont pas des « travailleurs» au sens légal; les enfants scolarisés: puisqu'ils vont à l'école, ils sont enregistrés comme élèves et non comme enfants travailleurs; on oublie ainsi que les enfants scolarisés peuvent aussi travailler avant ou après l'école; c'est d'ailleurs le cas de la moitié des enfants considérés comme enfants travailleurs par les statistiques du BIT ; les enfants de moins de lOans: dans les représentations des statisticiens et des économistes, un enfant de moins de lOans ne travaille pas; tout au plus il « aide» ses parents; c'est pourquoi la très grande majorité des enquêtes statistiques nationales n'enregistrent comme travailleurs que les enfants de 10ans et plus; les enfants marginaux, ceux dont l'activité ne peut être considérée comme un travail aux yeux des gens de la société «normale»: les enfants prostitué( e)s, les enfants soldats, les enfants trafiquants de drogue, les enfants mendiants, les enfants guides d'aveugles ou de handicapés; pour les juristes purs et durs, il ne peut y avoir-de contrat de travail pour une activité immorale ou illicite ou marginale; les enfants esclaves ou en servitude pour dette: comme l'esclavage et la servitude pour dette sont interdits dans la plupart des pays et dans les conventions internationales, la tentation est grande de nier l'existence de ces millions d'enfants tenus en esclavage ou en servitude pour dette et de les qualifier d'apprentis (fabrication de tapis) ou d'aides de leurs parents (fabrication de briques, agriculture, mines, carrières) ; les enfants travailleurs indépendants: ils travaillent pour leur propre compte, quand ils veulent et où ils veulent, ils n'ont pas de patron (cireur de chaussures, vendeur ambulant); pour la plupart des «gens sérieux », ce n'est pas un «vrai travail », c'est tout juste une occupation, on ne peut pas s'installer à son compte et gérer sa petite entreprise individuelle si on n'est pas un adulte; les enfants travailleurs ruraux: si on écoute leurs parents (agriculteurs, éleveurs, pêcheurs, forestiers), les enfants ruraux ne travaillent pas vraiment; ils les aident, ils contribuent à la survie de la famille, ils satisfont à leur devoir de solidarité familiale; pour la société, ils sont tellement intégrés à la vie de la famille, du groupe, du village, qu'on ne les voit même plus, on ne les reconnaît pas comme travailleurs; on exclut ainsi de 75% à 90% des enfants travailleurs dans les pays en 29

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développement caractérisés par la prédominance de l'agriculture, de l'élevage, de la pêche et de la forêt.

Ces enfants travailleurs «invisibles» pourraient dire, comme Ralph Ellison, écrivain noir américain (dans «Invisible Man »): «Je suis invisible, tout simplement parce que les autres refusent de me voir ».
III - DE NOUVELLES EXCLUSIONS

Dans les représentations de la majorité des adultes, deux distinctions permettent encore de réduire le nombre des enfants qui seront reconnus comme travailleurs:

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on distingue tout d'abord les activités économiques qui ont pour objectif la production de biens ou de services destinés au marché et comme moyen le travail, «le vrai travail» et les activités non économiques qui ne seraient pas du vrai travail parce qu'elles se réalisent dans le cadre familial et domestique pour produire des biens et des services destinés non pas au marché mais à la consommation des membres de la famille; c'est là une distinction caractéristique de l'économie libérale qui ne connaît comme mesure de l'activité que le marché; on distingue ensuite le travail-exploitation (il n'y a exploitation au sens marxiste du terme qu'entre un travailleur salarié et un patron qui extorque la plus-value à son profit) et le travail-socialisation (l'enfant ne travaille pas, il se socialise, il apprend par son activité laborieuse à se situer dans une société hiérarchisée, il apprend son futur métier et ses rôles futurs de père, de mère, de citoyen); l'utilisation de cette distinction par les mêmes personnes révèle une étonnante connivence entre l'approche marxiste de l'exploitation et l'approche culturelle de la socialisation, très répandue en Afrique et en Asie; pour les défenseurs du travail-socialisation, il ne saurait y avoir exploitation pour un enfant qui travaille dans sa famille proche ou élargie.

Témoin de la confusion mentale qui règne dans ce domaine, cet article paru dans le quotidien Fraternité-Matin (Côte d'Ivoire) le 20 juin 1996 : « L'Afrique

compterait la plus forte proportion avec 23,6 millions d'enfants au travail soit
26,3%. Sans rejeter totalement l'avis de ces experts internationaux, il convient de dissocier l'esclavage, la prostitution enfantine du travail comme partie intégrante de l'éducation des enfants. Laver des assiettes, puiser de l'eau, faire la lessive (pour les jeunes filles), faire des buttes d'arachides, désherber un champ de maïs ou de riz (pour les garçons) font partie de la vie au village. Quand en ville, les parents sont au chômage (donc sans revenus), quand les 30

diplômés sont toujours en quête d'un premier emploi, de quoi peuvent vivre les enfants? S'ils peuvent vendre des journaux à la criée, laver des assiettes, vendre de l'eau, des mangues ou des œufs ...où est le drame? Les bien-pensants rétorqueront qu'à 10-11 ans, ils devraient être à l'école. Qui leur assurera fournitures et tenues? L'esclavage et autres trafics d'enfants sont à condamner vivement; mais certaines formulations excessives mériteraient une nouvelle mouture. Pour éviter les confusions et conclusions hâtives ». Ainsi, par réductions successives, les représentations les plus communément admises conduisent de nombreux responsables politiques et administratifs, des leaders d'opinion à conclure: «Il n'y a pas d'enfants travailleurs dans notre pays, le travail des enfants n'existe pas chez nous, où est le drame? ». La planète des enfants travailleurs se réduit à la fine pointe visible de l'iceberg: des enfants de la rue visibles dans les grandes villes et quelques enfants salariés autorisés à travailler dans le secteur formel. Les représentations mises en évidence lors de nombreuses réunions et d'entretiens multiples sont-elles cohérentes avec la réalité observée sur le terrain et vécue par des millions d'enfants travailleurs? Le problème du travail des enfants est d'abord un problème de regard; selon le regard que vous portez sur les enfants travailleurs, vous verrez quelques individus isolés ou des millions d'enfants au travail. Pour aiguiser notre regard, nous disposons d'abord de trois critères: l'âge, l'activité, le st~tut.

Section 2

- TROIS

CRITERES

I - V AGE Pour définir un enfant travailleur, il faut d'abord se mettre d'accord sur l'âge au-delà duquel une personne ne peut plus être qualifiée d'enfant. Les réponses à cette question simple: qu'est-ce qu'un enfant pour vous, dans votre pays, dans votre culture, sont loin d'être uniformes et il est nécessaire, pour agir, d'aller au-delà des réponses culturelles et institutionnelles. L'âge de la fin de l'enfance varie d'abord selon les cultures et les coutumes. Dans certaines cultures, on est enfant, c'est-à-dire soumis à l'autorité du père ou de son représentant, jusqu'au mariage (12-14 ans pour les filles, 20-25 ans pour les garçons); dans d'autres cultures (par exemple chez les Saras, au sud du Tchad), on quitte l'enfance quand on a été initié aux rites et secrets de la tribu ou du groupe social (entre 10 et 15 ans). Ailleurs, c'est le début de la puberté, les premières règles qui servent de marqueur de la fin de l'enfance. L'âge «culturel» est soumis à deux tendances contradictoires: d'une part on veut prolonger l'enfance le plus loin possible pour garder l'enfant sous l'autorité de ses parents; d'autre part, on veut raccourcir la période de l'enfance 31

pour pouvoir le faire travailler le plus tôt possible: « Ce n'est plus un enfant, il peut travailler ». L'âge «institutionnel» de la fm de l'enfance varie selon les critères que l'on retient comme références et selon les législations: pour le médecin et le pédiatre, on n'est plus enfant après 14 ans; on entre alors dans l'âge de l'adolescence;

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pour l'enseignant, la fin de l'enfance correspond à la fin de l'obligation scolaire: 10 ans (Bangladesh, Iran, Myanmar); 12 ans (Haïti, Colombie, Nigeria, Soudan, Cameroun, République démocratique du Congo) ; 13 ans (Sénégal, Rwanda, Côte d'Ivoire, Burundi, Madagascar, Bolivie, Indonésie) ; 14-16 ans dans la plupart des pays; pour le juge administratif, civil ou pénal, la législation fixe l'âge de la responsabilité pénale (possibilité d'être inculpé et mis en prison pour ses fautes personnelles: à partir de 13 ans dans certains pays comme Madagascar, de 16 ans en Bolivie), de la responsabilité civile, de la majorité civile (droit d'être électeur, 16 ans ou 18 ans; droit d'être éligible, souvent 21 ans) ; l'inspecteur du travail se réfère à l'âge légal d'admission au travail: 12 ans ici (Soudan, Qatar) ; 13 ans (Thaïlande, Arabie saoudite, Liban) ; 14 - -15 ans en général; 16 ans exceptionnellement (Chine, Cambodge, Gabon, Burundi) ;

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la convention des Nations Unies relative aux droits de l'enfant (20 novembre 1989) définit l'enfant comme toute personne de moins de 18 ans;
la convention 138 de l'OIT, 1973, fixe l'âge d'admission au travail à 15 ans ou à 14 ans pour les pays les moins développés; pour la convention 182 de l'OIT, 1999, la protection contre les pires formes de travail des enfants s'étend à tous les « enfants» de moins de 18 ans.

La réalité est très éloignée de ces références culturelles et institutionnelles: au Tchad, des enfants à partir de 10 ans sont mis à disposition, donnés ou vendus par leurs parents à des éleveurs nomades ou à des agriculteurs sédentaires pour travailler; ils ne vont pas à l'école, ils sont emmenés par les nomades dans leur transhumance du nord au sud; ce sont en fait des esclaves que l'on retrouve comme domestiques en Libye emmenés par des militaires toubous ;

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dans les zones rurales du Venezuela, les enfants commencent à travailler à 6-7 ans; à partir de lOans, ils font tous les travaux agricoles; à 14 ans, ils sont considérés comme des adultes; au Salvador, une enquête sur les enfants travailleurs urbains montre que 12% ont commencé à travailler avant 6 ans; 53% entre 6 et 10 ans; 31,5% entre Il et 14 ans; au Pérou, selon l'IPEC, les enfants commencent à aider aux tâches domestiques et agricoles dès l'âge de 6 ans ; à La Paz (Bolivie), une petite fille déclare qu'elle a commencé à vendre des caramels à 9 ans ; à Il ans elle est domestique; au Maroc, 28% des enfants travailleurs enquêtés par l'UNICEF (1996) ont été mis au travail avant l'âge de 10 ans; à Madagascar, des enfants mendient dès l'âge de 3-4 ans; aux Comores, un docker de Moroni déclare avoir commencé son travail à 9 ans en transportant des sacs de ciment et des sacs de riz; un bijoutier a commencé son apprentissage à 9 ans; dans les mines et les carrières de Guinée, l'âge d'entrée au travail est de 7 ans, de même au Burkina Faso, au Mali, en République démocratique du Congo; au Mali comme dans toute l'Afrique noire, les enfants ruraux commencent à travailler aux champs à 6 ans; à lOans la petite fille doit être capable de réaliser tout ce que sa mère peut faire (travaux domestiques et agricoles, commerce); le garçon doit savoir travailler comme son père agriculteur ou éleveur ; en Inde, les enfants travailleurs les plus jeunes ont été trouvés au Tamil Nadu dans la fabrication des allumettes et des explosifs; ils avaient 3 ans et demi.

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De nombreux enquêteurs (statisticiens, économistes, sociologues, animateurs d'associations humanitaires) ne s'intéressent qu'au groupe des enfants de 10 à 14 ans; ils considèrent qu'en dessous de 10 ans le nombre d'enfants travailleurs doit être très marginal; ce regard déformé sur la réalité rend difficile toute comparaison entre pays sur les situations des enfants travailleurs. Au mieux, les enquêtes portent sur le groupe des 7-14 ans. J'ai pour ma part rencontré des enfants de 4 ans dans les carrières du Burkina Faso; des enfants de 5-6 ans dans les ateliers de tissage de la soie en Inde; des enfants de 7-8 ans dans les décharges d'ordures de Djakarta (Indonésie) et de Dakar (Sénégal); des petites filles de 5-6 ans bêchant avec une daba (petite houe) dans les champs au Cameroun, au Bénin, au Sénégal; des petites filles de 33

6-7 ans fabriquant des tapis au Maroc. En conséquence je ne fixe pas de limite inférieure d'âge dans ma définition de l'enfant travailleur; il s'agit pour moi d'un enfant de moins de 15 ans, sans en dire plus. En ce qui concerne la limite supérieure de l'enfance, la convention des Nations Unies sur les droits de l'enfant (1989) et la convention 182 de l'OIT (1999) sur les pires formes de travail des enfants ont semé la confusion dans la définition de l'enfant travailleur en qualifiant « d'enfant» tous les jeunes de moins de 18 ans. Je ne pense pas que les jeunes de 15 à 17 ans apprécient d'être encore considérés comme «des enfants» à 15, 16 et 17 ans par des institutions qui prétendent les «protéger ». Cette confusion regrettable a autorisé certains enquêteurs à produire des statistiques globalisantes et des analyses sur «les conditions de travail des enfants de moins de 18 ans » dans tel pays ou dans tel secteur d'activité; des statistiques portant sur un groupe aussi large ne sont d'aucune utilité pour l'action car on ne peut comparer les risques pour des enfants de moins de 7 ans et pour des adolescents de 15 à 17 ans. Pour ma part, je considère qu'il faut revenir aux définitions admises par la convention 138 de l'OIT (1973) qui fixe l'âge d'admission au travail à 15 ans et que pour les jeunes de 15 à 17 ans il faut parler d'adolescents et non d'enfants. L'intervention auprès de ces deux groupes n'est pas de même nature: pour les enfants de moins de quinze ans, il s'agit d'essayer de les soustraire du travail et, si on ne peut les retirer du travail, de les protéger contre les risques graves auxquels ils sont exposés; les adolescents de 15 à 17 ans sont souvent autorisés à travailler par les législations nationales sauf dans certains secteurs dangereux (mines, transport de charges lourdes, travail en mer, contact avec des produits toxiques, construction, etc.) ; pour eux l'objectif de la convention 182 de l'OIT est de les protéger contre les pires formes de travail préjudiciables à leur santé et à leur sécurité. Cette clarification des termes permettrait d'homogénéiser les enquêtes et les statistiques et de procéder à des comparaisons internationales utiles sur des groupes prioritaires qui pourraient être définis comme suit :

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les enfants de moins de 7 ans ; les enfants de 7 à Il ans;

les enfants de 12 à 14 ans; les adolescents de 15 à 17 ans.

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il convient ici de préciser les limites d'âge fixées par la convention 138 de l'OIT (1973) sur l'âge d'admission au travail:

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15 ans: âge minimum d'admission au travail, ou plus de 15 ans si l'âge de la frn de la scolarité obligatoire est supérieur (article 2) ; 13 ans: âge minimum d'admission à des travaux légers qui ne sont pas susceptibles de porter préjudice à leur santé, à leur développement et à leur assiduité scolaire (article 7) ; ces âges de 15 et 13 ans peuvent être réduits à 14 et 12 ans dans les pays «dont l'économie et les institutions scolaires ne sont pas suffisamment développées» (articles 2 et 7) ; 18 ans: âge minimum d'admission à tout« travail qui, par sa nature ou les conditions dans lesquelles il s'exerce, est susceptible de compromettre la santé, la sécurité ou la moralité des adolescents» ; cet âge peut être abaissé à 16 ans « à condition que leur santé, leur sécurité et leur moralité soient pleinement garanties et qu'ils aient reçu, dans la branche d'activité correspondante, une instruction spécifique et adéquate ou une formation professionnelle» (article 3).

La convention 182 de l'OIT (1999) sur les pires formes de travail des enfants dispose en son article 2: «Aux fins de la présente convention, le terme «enfant» s'applique à l'ensemble des personnes de moins de 18 ans ». Mais la recommandation 190 qui lui est jointe appelle les Etats membres à accorder une attention particulière «aux plus jeunes enfants» et «aux enfants de sexe féminin ». il est vrai que le critère de l'âge n'a pas la même signification pour les garçons et pour les filles; il faudra en tenir compte en permanence dans l'évaluation des situations et dans le choix des actions prioritaires. Pour simplifier et pour trouver un accord opérationnel entre les enquêteurs et les intervenants, je propose de retenir deux âges:

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les enfants travailleurs de moins de 15 ans, à protéger en priorité, en prenant en considération les sous-groupes définis ci-dessus (moins de 7 ans; de 7 à Il ans ; de 12 à 14 ans) ; les adolescents de 15 à 17 ans s'ils sont exposés aux pires formes de travail défrnies par la convention 182 (travaux dangereux, esclavage, prostitution, activités illicites, etc.).

II L'ACTIVITE
Dans ce vaste groupe d'enfants et d'adolescents ainsi défrnis par l'âge (les moins de 15 ans, les 15 à 17 ans), qui peut être qualifié de « travailleur» ? Le travail des enfants est principalement mis en question par ceux qui contestent à des millions d'enfants leur qualité de travailleur. Cette mise en cause ou en question utilise une multitude de moyens. 35

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Le principal moyen d'exclusion est la notion même de travail. Dans la plupart des pays du tiers-monde qui ont été colonisés, l'image mentale du travail et du travailleur a été très marquée par la figure dominante du fonctionnaire et par la reconnaissance sociale accordée aux salariés permanents des grandes entreprises du secteur moderne de ces pays; dans toute famille rurale de 10 ou 15 enfants, il faut qu'il y ait au moins un enfant qui accède au statut envié de fonctionnaire ou de salarié d'une entreprise moderne. Les codes du travail sont faits pour eux; ils ne s'appliquent qu'aux salariés définis comme «toute personne qui s'est engagée à mettre son activité professionnelle, moyennant rémunération, sous la direction et l'autorité d'une autre personne...appelée employeur» (codes du travail du Bénin, du Togo, du Cameroun, de la Côte d'Ivoire, du Sénégal, etc.). Le paysan adulte et le commerçant installé dans sa boutique en ville sont aussi considérés comme des travailleurs - indépendants - parce qu'ils vivent des revenus de leur travail. C'est donc la rémunération qui va définir le travailleur. S'il n'y a pas de rémunération, de salaire, d'argent, il n'y a pas de vrai travail, de vrai travailleur. Cette définition exclut ainsi des millions d'enfants travailleurs, des travailleurs familiaux qui «aident» leur famille ou leur employeur, leur seule contrepartie étant qualifiée d'avantages en nature: le logement, la nourriture, les frais de transport, les frais de scolarité, les vêtements, les médicaments en cas de maladie. Les notions d'aide, d'apprentissage, de socialisation viennent renforcer cette image mentale du travail défmi comme travail salarié ou travail contre rémunération, ainsi qu'en témoignent les réponses suivantes des parents, des employeurs, des responsables politiques et administratifs à la question: que fait cet enfant?

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l'enfant berger de 8 ans qui garde le troupeau familial (vaches, chèvres, moutons, chameaux) ne travaille pas, il surveille les bêtes, il peut s'amuser ou lire tout en gardant un œil sur le troupeau; l'enfant de 6-7 ans qui, de 6 heures du matin à 19 heures le soir est présent dans les champs de riz, de milou de blé pour protéger les récoltes contre les oiseaux (les mange-mil en Afrique noire) et contre les singes ne travaille pas, il joue, il est simplement présent pour faire peur, même si pendant toute la journée il doit se déplacer et faire du bruit pour éloigner les animaux indésirables; l'enfant qui à partir de 6 ans accompagne son père aux champs et l'aide toute la journée dans ses travaux agricoles (labour, irrigation, désherbage, semis, récolte, transport) ne travaille pas, il aide son père, il se socialise, il apprend à devenir un paysan comme son père; la petite fille qui, à partir de 5-6 ans, aide sa mère du matin au soir dans ses travaux domestiques (garde des plus petits, cuisine, vaisselle,

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recherche de l'eau et du bois, ménage), dans ses travaux agricoles ou dans son commerce sur la rue ou au marché ne travaille pas, elle aide sa mère, elle apprend son futur rôle de mère et d'épouse; l'enfant forgeron qui martèle un soc de charrue rougi par le feu ne travaille pas, il s'éduque pour reprendre le métier de son père ou de son oncle; l'enfant mis en apprentissage dans une menuiserie ou dans un garage ne travaille pas, par définition, puisqu'il est là pour apprendre un métier; des parents ruraux à Madagascar: «Pour nos enfants, aller chercher l'eau à la rivière ou au puits et le bois dans la forêt, ce n'est pas un travail, c'est un jeu ». Ce n'est pas l'opinion des enfants concernés: «Faire cela deux fois par jour, ce n'est plus un jeu, c'est une corvée. Je ne joue pas, je travaille» ; une organisation patronale au Maroc: «La petite fille que vous voyez dans l'atelier de fabrication de tapis ne travaille pas, elle apprend à tisser, elle est auprès de sa mère, elle joue, elle dort; de même l'enfant du commerçant dans sa boutique, il aide, il ne travaille pas» ; au Mali, en Guinée, au Sénégal, l'enfant hébergé en ville par un tuteur (<< tutorage»), que ce tuteur soit de sa famille ou non, doit en en contrepartie «rendre des services» à son tuteur: chercher l'eau et le bois, s'occuper des enfants, faire la vaisselle, la lessive et le ménage, aller vendre quelques marchandises dans la rue, cultiver le jardin; ce n'est pas du travail, c'est« une aide et un apprentissage ».

La notion de socialisation - on pourrait même dire «le mythe» - est très commode pour éviter de s'interroger sur la réalité et la pénibilité des tâches confiées aux enfants. Entendu au Mali lors d'un tour de table: «Pour les parents, le travail de leurs enfants est perçu comme une éducation, un apprentissage, une préparation à la vie adulte, une initiation à la vie; le travail est porteur de socialisation, il fait partie du processus de socialisation; il ne faut pas jeter le discrédit sur l'éducation de nos ancêtres; nos valeurs doivent être préservées; le forgeron doit transmettre ses techniques; pour son enfant installé derrière les soufflets de la forge, c'est un jeu ; le petit berger ne travaille pas, il se socialise; l'enfant qui chasse les oiseaux des champs de mil, c'est de la socialisation, comme pour l'enfant soumis aux rites de l'initiation; pour les inspecteurs du travail, les enfants ruraux ne travaillent pas, ils aident leurs parents, de même pour les enfants domestiques; s'il n'y a pas de rémunération, il n'y a pas de travail, c'est de la socialisation; ici ce n'est pas l'Asie, les enfants ne sont pas objets d'exploitation; l'enfant travailleur, c'est celui qui effectue des activités hors de sa portée, dangereuses, dégradantes, pénibles; il faut limiter la définition de l'enfant travailleur à celui qui n'est pas accompagné

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par ses parents; en compagnie de ses parents, il se socialise, il ne travaille pas. » La durée du travail est aussi invoquée pour nier la qualité de travailleur à des enfants: «Est enfant travailleur tout enfant qui travaille au moins huit heures par jour, parce que nous, fonctionnaires, nous travaillons huit heures par jour» (Guinée, 1997). Seules les activités permanentes sont qualifiées de travail; sont ainsi exclus de la définition tous les enfants saisonniers, occasionnels, les élèves qui travaillent avant ou après l'école, pendant les congés hebdomadaires ou pendant les vacances scolaires. Confronté à ces représentations du travail et de l'enfant, je pose la question: quand un adulte, homme ou femme, effectue tous ces travaux d'agriculteur, de berger, de domestique, de forgeron, de menuisier, de garagiste, de commerçant, on dit bien qu'il travaille, on ne dit pas qu'il joue ou qu'il apprend. Quelle différence y a-t-il entre un adulte qui fabrique un lit ou une armoire dans la menuiserie familiale et un enfant qui ponce les planches, qui rabote, qui colle, qui vernit, qui transporte les planches ou les meubles? La différence, c'est que l'adulte est payé pour son travail (à la pièce, à la journée ou au mois) et que l'enfant n'est pas payé parce qu'il apprend son métier (pendant 5 ans, 7 ans, 10 ans) ; en réalité ils contribuent tous les deux à la production de l'atelier, ils ont la même activité mais l'un est un adulte et l'autre est un enfant, ce qui fait toute la différence dans le regard porté sur l'enfant travailleur. Pourquoi ne pas reconnaître à l'enfant sa dignité de travailleur en admettant que c'est l'activité qui définit le travail et non l'âge, le statut, l'horaire ou le mode de rémunération? Même s'il n'est pas rémunéré, l'enfant agriculteur, berger, aide familial, domestique, apprenti, vendeur est un enfant travailleur. Par activité, on entend, au sens ergonomique du terme, les gestes et les opérations physiques et mentales qui contribuent à la production de biens et de services destinés au marché, au troc ou à l'autoconsommation.
III - LE STATUT Est-ce que le statut - juridique - de l'enfant qui travaille est un critère pertinent pour définir l'enfant travailleur? Pour de nombreux acteurs - parents,

employeurs, inspecteurs du travail, responsables politiques et administratifs c'est un critère essentiel qui permet de distinguer les enfants travailleurs des autres enfants. Pour ma part, j'estime que le statut juridique de l'enfant au travail permet de mesurer le degré de protection ou d'exploitation de l'enfant mais qu'il n'est pas pertinent pour définir l'enfant travailleur. Pendant longtemps, on a considéré, à tort, que les conventions de l'OIT sur le travail des enfants (la première date de 1919) ne s'appliquaient qu'aux enfants travailleurs salariés. Cette interprétation erronée se retrouve dans de nombreux 38

codes du travail, notamment en Afrique francophone; ils ne s'appliquent qu'aux travailleurs qui, en contrepartie de leur travail exécuté sous l'autorité de leur employeur, reçoivent une rémunération. Elle explique que dans de nombreux pays les inspecteurs du travail se désintéressent complètement du

travail des enfants: «Nous ne sommes chargés que de faire appliquer le code
du travail; si des enfants travaillent dans leur famille, dans l'agriculture, dans le secteur informel, comme domestiques ou dans des activités illégales, ce n'est pas notre problème, nous n'avons aucun droit d'intervenir, ce serait même un abus de pouvoir. » A l'autre bout de la chaîne, on trouve des enfants hors la loi, sans aucun statut dans la mesure où ils exercent des activités illégales, interdites, marginales: prostitution, transport et commerce de drogues, de produits de contrebande ou de contrefaçon, mendicité. Hors la loi aussi sont les enfants esclaves, en servitude pour dette ou les enfants soldats dans les pays qui ont condamné ces situations comme contraires aux droits de l'homme et de l'enfant. Les enfants travaillant dans les rues sont souvent considérés comme des délinquants, des hors la loi; ils sont pourchassés par la police et par les municipalités et parfois victimes des escadrons de la mort (Brésil). Entre ces deux situations extrêmes, les salariés et les hors la loi, on trouve la très grande majorité des enfants travailleurs; leur statut juridique est difficile à cerner, il n'est pas défini par la loi, il a été précisé par les sociologues, les économistes et les enquêteurs mais pas par les juristes. On peut citer dans ce vaste groupe aux frontières floues:

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les enfants domestiques: s'ils travaillent dans leur propre famille, même à plein temps, ils n'ont aucun statut, pas plus que les femmes au foyer qui exécutent tous les travaux domestiques; s'ils travaillent pour autrui, dans une autre famille, ils sont normalement considérés comme des salariés mais de nombreux codes du travail les excluent de leur champ d'application; exécuté dans la famille ou pour autrui, le travail domestique n'est jamais considéré comme une activité économique, c'est la face invisible de l'iceberg; les aides familiaux: en Amérique latine, plus de la moitié des enfants travailleurs sont des travailleurs familiaux non rémunérés (TFNR): 57% en Equateur, 47,7% au Panama, 47% en Amérique centrale; à Lima (enquête Alarcon, 1991), 50% des enfants travailleurs travaillent pour leurs parents directs, 17% pour d'autres parents; 60% ne reçoivent qu'un pourboire; 37,7% ne reçoivent rien; dans la fabrication de briques au Pakistan, en Inde, au Pérou, à Madagascar, il n'y a jamais de relation directe entre l'employeur et l'enfant travailleur, l'employeur ne connaît que le père (enquête de Pérez au Pérou en 1990) ; en Bolivie, pour la coupe de la canne à sucre, le contrat est conclu avec le père de 39

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famille; il embauche femme et enfants pour l'aider au ramassage des cannes sinon il ne gagne pas sa journée parce que les exigences sont fixées trop haut; au Mali, la main-d'œuvre enfantine est constituée à 93% de travailleurs familiaux non rémunérés, employés dans l'agriculture, l'élevage, les services domestiques, les mines d'or, les petits ateliers familiaux, le petit commerce; les enfants travailleurs à domicile: travailleurs invisibles par excellence, ils aident leurs parents qui travaillent pour une entreprise ou un sous-traitant; les enfants ne sont pas reconnus comme salariés, ne sont jamais payés; au Pérou, 80% de la main-d'œuvre féminine urbaine travaille à domicile, notamment dans la couture; les couturières préfèrent travailler chez elles car elles peuvent en même temps obtenir un revenu monétaire et accomplir leurs tâches domestiques, leurs obligations de maîtresse de maison (ama de casa) ; elles travaillent sans horaires, sans congés, souvent sans contrat; leur revenu dépend de la quantité de pièces qu'elles produisent; 34% des couturières à domicile requièrent l'aide de leurs enfants (enquête Sara Lafosse à Lima); au Pérou encore, à Puerto Maldonado, des enfants travaillent gratuitement pour des entreprises d'épluchage de châtaignes; les mères requièrent l'aide de leurs enfants pour remplir les barils de châtaignes exigés chaque jour par l'employeur; au Portugal, les garçons et les filles des familles nombreuses dans certaines petites villes cousent des chaussures dès le retour de l'école jusqu'à minuit pour que leur mère puisse remplir son contrat avec l'entreprise de fabrication de chaussures (voir le film «Chemin des écoliers: les enfants de Felgueiras, de l'école à l'usine ») ; les enfants travailleurs indépendants: ils travaillent à leur compte dans une multitude de métiers (voir chapitre IV) ; ils n'ont pas d'employeur ni de surveillant; l'argent qu'ils gagnent leur est donné par leurs clients mais pour ceux qui gardent un lien avec leur famille, ils en donnent une grande partie et parfois la totalité à leurs parents; les apprentis sans contrat: l'apprentissage informel est, en Afrique noire, le mode privilégié de mise au travail des enfants en dehors des activités rurales; il résulte d'un accord entre le père et un maître d'apprentissage; il n'y a pas de contrat écrit, pas de rémunération; le temps de la formation n'est pas fixé à l'embauche; il dépendra des capacités et de la bonne volonté de l'enfant à apprendre son métier; le contrat d'apprentissage légal, écrit, signé et enregistré par l'inspection du travail est tout à fait marginal; au Niger on en a compté 68 sur une période de cinq ans (soit à peine 14 par an) à côté des milliers d'apprentis informels;

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les enfants travaillant dans la rue: ce sont les plus visibles pour les autorités municipales, la police, les touristes; en Amérique latine on distingue les enfants de la rue (niîios de la calle), ils vivent et travaillent

dans la rue et ont très peu de relations avec leur famille, quand ils ont
encore une famille; ils sont plutôt travailleurs indépendants, travaillent à leur compte ou parfois pour un fournisseur qui leur fait vendre ses marchandises; les enfants dans la rue (niiios trabajadores callejeros) travaillent dans la rue mais vivent dans leur famille directe ou proche et souvent ils continuent à aller à l'école; ils peuvent travailler pour leur famille (vendeurs de plats cuisinés par leur mère) ou à leur compte (cireurs de chaussures, récupérateurs de déchets) ou pour un fournisseur de marchandises (journaux, sacs, vêtements) ; cette distinction enfants de la rue et enfants dans la rue existe aussi évidemment en Afrique et en Asie mais elle tend à être refusée par les enfants les plus conscients (les enfants de la rue seraient ceux qui sont nés dans la rue de relations illégitimes); c'est pourquoi nous préfèrerons l'expression «enfants travaillant dans la rue ». Pour illustrer la complexité et l'ambiguïté du critère du statut, on peut examiner quatre «statuts» d'enfants travailleurs ruraux; on en reste souvent à une image idyllique du travail rural; la réalité est tout autre, faite de contrainte, de violence, d'exploitation. 1. L'élève rural, travailleur occasionnel TIva à l'école régulièrement; quand il rentre de l'école, ses parents lui laissent le temps de préparer ses devoirs, ses leçons et ses examens; mais il effectue dans la ferme familiale et à son domicile des travaux agricoles et domestiques pendant moins de deux heures par jour. TI travaille aussi aux champs et à la maison les fins de semaine, le jour de pause hebdomadaire s'il existe et pendant toutes les vacances scolaires. Si l'on additionne toutes ces périodes, on peut considérer que l'élève rural consacre sur l'année environ un tiers de son activité totale aux travaux agricoles, d'élevage et domestiques. Cette part d'activité laborieuse peut même atteindre la moitié de son temps lorsque les écoles fonctionnent «à double flux », un groupe d'élèves étant en classe le matin et un autre groupe l'aprèsmidi; dans ce cas, l'élève travaille aux champs ou à la maison tout le matin ou toute l'après-midi; on se trouve alors à la frontière du groupe 2, l'enfant travailleur agricole familial, à ceci près que le droit de l'élève à aller à l'école et à préparer devoirs, leçons et examens n'est pas mis en cause. Autre problème de frontière: l'élève rural peut être appelé à travailler avec sa classe dans une rizière, dans un champ de coton, de café ou d'arachide à la demande - ou plutôt sur ordre - de son maître d'école qui a conclu un accord avec un propriétaire privé pour mettre à sa disposition un groupe d'élèves pour la récolte, le désherbage ou le repiquage du riz; le propriétaire versera une 41

certaine somme à l'école et au maître; les élèves peuvent alors être assimilés à des salariés (type 3) non rémunérés. C'est une pratique courante, que les maîtres justifient par la nécessité d'acheter du matériel pédagogique (cahiers, crayons, livres) et par la vertu « pédagogique» du travail agricole. 2. L'enfant travailleur agricole familial Il travaille dans l'exploitation agricole de ses parents directs à plein temps. Il est en général non scolarisé; il ne va plus à l'école ou il n'y a jamais été; ou alors il va à l'école de façon très irrégulière; il consacre en fait l'essentiel de son temps aux travaux agricoles et domestiques dans la ferme familiale et à son domicile. Très jeune (4-5 ans), il accompagne son père et sa mère aux champs; très vite on lui donne une petite daba (houe) et un coupe-coupe et il participe avec sa famille à tous les travaux agricoles; le produit de la récolte appartient au père, à la mère ou à la famille. L'enfant travailleur agricole familial permet aux adultes de la famille de s'employer à des travaux lucratifs, en ville ou dans les champs. On peut prendre l'exemple de ce groupement de neuf jeunes paysans créé en Casamance (Sénégal); pendant quatre jours de la semaine, ils travaillent sur les deux hectares collectifs et pendant ce temps-là, ce sont les femmes et les enfants de la famille qui cultivent leur lopin individuel; en outre les enfants sont appelés en renfort sur les champs collectifs du groupement en cas de travaux urgents (récolte, désherbage) non rémunérés pour les enfants; on est là encore à la frontière du travail salarié. 3. L'enfant salarié agricole L'enfant salarié agricole travaille pour autrui, pour une personne autre que ses parents directs, pour une autre exploitation agricole, par exemple pour une grande plantation. Il peut être rémunéré, en général à la tâche, à I'hectare labouré ou récolté, au nombre de kilos ou de sacs récoltés, ou bien à l'heure ou à la journée. Il peut ne pas être rémunéré si, travaillant avec ses parents, ce sont ses parents qui recevront la rémunération, ou si, en contrepartie de son travail, il est logé, nourri, vêtu, soigné par son employeur, ou encore s'il travaille sur ordre du maître d'école (voir type 1). Doit être considéré comme enfant salarié agricole l'enfant qui cueille le café, le cacao, le thé ou le coton pour le compte de son père, de sa mère ou d'un autre membre de sa famille sur un champ autre que familial; le patron de la plantation ne le connaît pas, l'ignore totalement (<< on n'embauche pas les ici enfants»); il ne connaît que le père ou la mère à qui il confie une tâche (récolter 2 ou 3 lignes) et qu'il paie à la fin de la journée; il ne veut pas savoir si le père ou la mère a utilisé, pour exécuter sa tâche, ses propres enfants ou les enfants de sa famille élargie.

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L'enfant salarié dans une plantation peut avoir une activité intermittente; pendant que la mère récolte, la petite fille de 7 ans berce sa sœur de 2 ans installée au bout du sillon; quand l'enfant dort, la petite fille vient aider sa mère et quand la mère donne le sein au nourrisson ou prépare le repas de midi, c'est la petite fille qui assure la récolte. Peuvent aussi être qualifiés de salariés agricoles les enfants qui travaillent dans les situations suivantes:

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les enfants recrutés par les femmes qui cultivent des jardins potagers autour des villes de Casamance (Sénégal) ou d'ailleurs: ces enfants sont chargés de puiser l'eau au puits ou à la rivière et d'arroser les plantations à raison de deux heures le matin et deux heures le soir; ils sont payés de 3500 à 5000 FCF A par mois (1995) ; un commerçant achète un âne, une charrette et un fût de 200 litres; il confie le tout à un ou deux enfants qui vont passer toute la journée à vendre l'eau pour l'arrosage des parcelles; pour une journée de travail, ils recevront 150 FCFA (1996) ; à la périphérie des villes, des propriétaires de champs embauchent des jeunes ruraux déscolarisés pour cultiver, arroser le matin et le soir, exécuter tous les travaux agricoles; à 90% ces enfants retournent au village pendant l'hivernage (trois mois de saison des pluies) pour cultiver leurs propres champs et ceux de leur famille; au Bénin, des enfants de 5 à 14 ans sont recrutés par des propriétaires individuels ou par des groupements de producteurs (ou de productrices) pour chasser les oiseaux pendant la période de levée des graines ou juste avant la récolte; on peut trouver de 6 à 8 enfants par hectare; pour 8 semaines de garde, l'enfant est payé 6000 FCFA (60 FF en 1998) ; dans un périmètre irrigué de la vallée du Kou au Burkina Faso (1000 hectares de riz), tous les exploitants labourent avec une paire de bœufs et une charrue mais 70% des exploitants ne possèdent pas en propre de bœufs; ils les louent à leurs voisins et avec les bœufs ils louent aussi la petite fille de 6-7 ans qui seule peut les conduire car les bœufs n'obéissent qu'à elle; cette petite fille travaille pour autrui, elle peut être assimilée à une salariée, à ceci près que la rémunération de ce travail sera versée au père de famille à qui appartiennent les bœufs, la charrue. .. et la petite fille; peuvent être assimilés à des salariés les enfants d'un même groupe d'âge, garçons ou filles, qui créent une association et vont louer leurs services de ferme en ferme pour les labours ou le repiquage du riz ; l'association est payée en espèces ou en nature (des animaux, des cadeaux) ; les gains sont aussi utilisés lors des fêtes entre enfants du même âge;
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sont aussi dans une situation de salariées les petites filles qui participent au repiquage du riz chez un propriétaire privé; elles sont emmenées au travail par leur mère, membre d'un groupement féminin qui loue les services des femmes du village contre rémunération versée au groupement; la situation est à peu près identique pour deux garçons qui aident leur père à labourer un champ dans le cadre d'un contrat de labourage conclu avec le propriétaire, la rémunération traditionnelle pour une surface donnée étant le repas de midi, la boisson (vin de palme) et une certaine somme d'argent perçue par le père.

4. L'enfant esclave agricole L'enfant esclave agricole est contraint de travailler pour autrui (par exemple sur une grande plantation) soit pour rembourser une dette familiale ou personnelle (pour payer le prix de son voyage sur la plantation) soit parce qu'il est captif, empêché de circuler librement et de retourner dans son village; il est en général nourri et logé; il espère recevoir un peu d'argent lors de sa « libération» mais souvent ses « dettes» compensent largement sa créance. Peuvent relever aussi de ce statut:

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les enfants talibés (Sénégal) ou garibus (Mali) qui, confiés par leurs parents pour leur « éducation religieuse », travaillent sur les champs de leur marabout, construisent des réseaux d'irrigation, défrichent, labourent, sèment et récoltent pour le compte de leur marabout; les enfants des esclaves traditionnels qui, dans certains pays du Sahel (Mali, Mauritanie, Niger, Burkina Faso, Sénégal), continuent à travailler sur les champs de leur maître, leur seule contrepartie étant la nourriture et le logement.

Dans ces deux situations, des fortunes colossales se sont construites sur le dos de ces enfants esclaves. En conclusion sur ce point, il faut reconnaître que les frontières statutaires sont perméables, poreuses; un même enfant peut, d'une semaine à l'autre, passer d'un statut à l'autre:

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l'élève peut devenir enfant travailleur familial ou enfant salarié si ses parents exigent qu'il quitte temporairement l'école pour les aider pendant les gros travaux agricoles à leur ferme ou pour exécuter un contrat conclu avec une autre exploitation; l'enfant travailleur familial peut devenir enfant salarié agricole si ses parents l'envoient travailler avec eux ou sans eux dans une autre exploitation pendant quelques jours ou pendant une saison;

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l'enfant salarié peut d'une rémunération, employeur refusant loger jusqu'à ce que

devenir enfant esclave si, engagé contre promesse l'enfant est contraint de travailler pour rien, son de le payer; il se contente de le nourrir et de le l'enfant s'enfuie sans obtenir son dû.

Deux situations limites montrent la complexité des relations de travail dans le monde rural amcain : au Mali, j'ai rencontré des jeunes migrants de 13-14 ans qui, au cours d'une même semaine, travaillent gratuitement pendant quatre jours sur les champs de leur logeur (pour payer leur loyer) et partagent les trois autres jours de la semaine entre les champs d'autres propriétaires où ils se louent à la journée ou à la tâche (statut de salarié) et leurs propres champs dont ils retirent les revenus directement (statut d'exploitant individuel, de fermier ou de métayer) ; au Burkina Faso, sur un périmètre irrigué (1000 hectares de rizières), 40% des parcelles sont exploitées sous le régime du métayage; ce qui veut dire que l'adhérent de la coopérative, propriétaire, qui a reçu de l'Etat une parcelle d'environ un hectare, ne l'exploite pas lui-même; il a confié tous les travaux agricoles à une famille qui a déjà ses propres champs sur le périmètre; le père de famille fait travailler sur cette parcelle reçue en métayage sa femme et ses enfants; pour l'enfant, c'est donc bien du travail pour autrui; la rémunération de ce travail revient au père de famille qui reçoit la moitié de la récolte, l'autre moitié appartenant au propriétaire de la parcelle.

Si on devait agir auprès des enfants travailleurs uniquement en vertu de leur statut juridique défini par la loi, l'intervention ne porterait que sur au maximum 5 à 10% des enfants travailleurs, dans certains pays sur zéro enfant travailleur. La position de l'OIT est maintenant très claire: les conventions protègent tous les enfants travailleurs sans tenir compte de leur statut juridique, salariés ou indépendants, domestiques ou aides familiaux, apprentis avec ou sans contrat, marginaux ou hors la loi. La détermination du statut juridique des enfants travailleurs est certes importante pour utiliser les ressources de la loi en vue de leur protection mais elle est secondaire par rapport à la reconnaissance du statut social de l'enfant travailleur; s'il est reconnu comme un travailleur par ses parents, par ses proches, par son employeur, par la société, il sait et ils savent qu'il contribue à sa propre survie, à celle de sa famille et à l'économie de son pays; s'il est nié en tant que travailleur, il est considéré comme un être sans valeur, sans statut social, comme les esclaves de l'Antiquité et des temps modernes dont le travail est considéré comme sans valeur par leurs maîtres.

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Section 3 - UNE DEFINITION POUR L'ACTION
Les représentations, les images de l'enfant travailleur qui dominent dans la tête des intervenants sont diverses et variées et souvent très éloignées de la réalité vécue par les enfants travailleurs. Si l'on n'arrive pas à un accord sur une définition commune de l'enfant travailleur, il sera difficile, dans un pays donné, d'élaborer un programme national d'action sur le travail des enfants et de mettre en œuvre des actions prioritaires et communes combinant les compétences des institutions étatiques, des ONG, des parents et des employeurs d'enfants travailleurs. Je propose donc de définir l'enfant travailleur comme toute personne de moins de 15 ans (ou l'adolescent de moins de 18 ans s'il est exposé aux pires formes de travail) qui exerce une activité autre que scolaire ou ludique. L'école et le jeu sont aussi des activités mais ce ne sont pas des activités laborieuses, c'est-à-dire des activités de production de biens et de services destinés au marché, au troc ou à l'autoconsommation. Cette définition large du travail par l'activité permet de considérer l'enfant qui exerce, même à temps partiel, une activité agricole, domestique, artisanale, industrielle, commerciale ou de service comme un travailleur qui a des droits et qui doit être protégé. On peut admettre cependant que l'enfant scolarisé qui effectue des travaux domestiques dans sa propre famille pendant moins de deux heures par jour n'est pas considéré sur le plan statistique comme un enfant travailleur si ces travaux peuvent être qualifiés de « légers », en fonction de l'âge de l'enfant; ces petits travaux s'inscrivent dans le cadre de la solidarité au sein de la famille (faire son lit, débarrasser la table, faire la vaisselle, chercher l'eau et le bois). Cette définition est opératoire, utile pour l'action parce qu'elle fonde l'action sur deux critères simples, l'âge et l'activité, le travail tel que défini ci-dessus, sans tenir compte du statut juridique de l'enfant travailleur ou des causes et des circonstances particulières de la mise au travail de l'enfant. Elle diffère de l'approche de l'UNICEF qui a inventé et mis en œuvre la notion d'enfants en circonstances particulièrement difficiles (ECPD); le groupe des ECPD rassemble de nombreuses catégories d'enfants classées en fonction des causes et des circonstances particulières qui justifient une intervention spécifique:

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les enfants travailleurs, certes, mais aussi les enfants de la rue (qui vivent dans la rue, sans lien avec un domicile familial, et de la rue d'où ils tirent leur subsistance quotidienne) et les enfants dans la rue (qui travaillent dans la rue mais rejoignent un domicile familial le soir) ;

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les enfants abandonnés, orphelins de père et de mère, qui vivent en mendiant, en travaillant ou en se prostituant; les enfants domestiques; les enfants prostitués; les enfants transporteurs ou vendeurs de drogues ou de marchandises de contrebande; les enfants mendiants; les talibés ou les garibus, enfants des écoles coraniques en Afrique; les enfants maltraités ou négligés par leur famille ou leur gardien (marabout, par exemple) ; les enfants handicapés physiques ou mentaux, aveugles, sourds-muets, mutilés de guerre ou d'accident;

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les enfants victimes de catastrophes naturelles: tremblementde terre, tsunami,inondation; les enfantsemprisonnéspour vol, recel, drogue,prostitution;
les enfants réfugiés, déplacés, seuls ou avec leur famille;

sécheresse,

les enfants « en stratégie de survie », qui regroupent une grande partie des catégories ci-dessus.

La plupart des enfants relevant de ces groupes d'ECPD survivent en travaillant si l'on veut bien considérer que le petit commerce, la mendicité, la prostitution sont du travail; en tout cas ce ne sont pas des activités ludiques ni éducatives. Mais dans cette approche des ECPD, les enfants travailleurs sont noyés dans un vaste ensemble de groupes qui requièrent des actions spécifiques. Cela dit, tout travail ainsi défmi n'est pas nuisible. Il faudra distinguer les travaux dangereux ou très dangereux, intolérables et les travaux légers, non dangereux. Il faudra en outre compléter la notion de danger par celle de contrainte: il s'agit ici d'intégrer les facteurs de pénibilité, de monotonie, de cadence, d'horaires de travail, de relations de travail violentes, c'est-à-dire tout ce qui peut être défavorable au développement de l'enfant. On peut donc dire que l'enfant travailleur qui doit être protégé est une personne de moins de 15 ans (ou un adolescent de moins de 18 ans) exerçant une activité autre que scolaire et ludique si cette activité nuit à sa scolarisation, à son développement physique, intellectuel, psychologique, affectif et social, à sa dignité et à ses droits au respect et à l'expression. Vaste programme!

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Chapitre

III

- COMBIEN

SONT-ILS?

La première ligne de défense des « négationnistes » consiste à dire, on l'a vu, que le travail des enfants n'existe pas dans leur pays ou dans leur secteur d'activité: « Nos enfants ne travaillent pas, ils aident, ils jouent, ils apprennent, ils se socialisent ». On trouve une bonne illustration de cette négation dans un article du journal sénégalais Le Soleil (25-26 octobre 1997) publié à l'occasion de la signature d'un accord Sénégal - OIT sur le travail des enfants: « Ce fléau est plutôt répandu en Amérique latine et en Asie. Au Sénégal il s'agira plutôt de prévenir ce mal qui n'est pas répandu, comme l'a déclaré hier le ministre du travail: Culturellement il faut préciser que le travail des enfants n'a pas grande signification ici mais il faut juguler les dérapages possibles ». Une enquête de 1993 avait pourtant montré que le nombre d'enfants travailleurs de 6 à 14 ans pouvait être évalué de 184000 à 425 700 selon que l'on prenait en considération l'activité économique au cours de la dernière semaine ou au cours des 12 derniers mois, soit un taux d'activité variant de 12,4% à 30%. Même écho dans un rapport du représentant des employeurs du Cameroun pour un séminaire régional du BIT à Dakar en 1992 : « Au Cameroun le travail des enfants ne connaît pas une proportion alarmante. Il est inexistant dans l'industrie et les mines ». Le patronat du secteur moderne se rassure: la crise économique a entraîné les enfants dans les activités indépendantes, dans les rues et sur les marchés, dans des emplois non salariés et informels, tous secteurs qui n'intéressent pas le patronat moderne. Si l'on est parvenu à faire admettre que l'activité laborieuse de ces enfants ne peut être assimilée à un jeu, à de l'éducation scolaire, à une simple aide familiale et que ces enfants exercent un vrai travail, nos interlocuteurs reconnaissent: « Certes, il existe peut-être dans notre pays des enfants qui travaillent, mais ils sont très peu nombreux, c'est marginal». La bataille des chiffres est alors engagée et il faudra franchir la deuxième ligne de défense: faire reconnaître que le problème concerne un nombre d'enfants tel qu'il justifie une attention particulière des gouvernants et des citoyens. Et à ce stade primaire de la démonstration, les réalistes disposent de peu d'informations fiables. Quelles sont les principales raisons de ces carences? Depuis une quinzaine d'années le travail des enfants a mauvaise presse; la tentation est grande de minimiser le problème en considérant que le phénomène ne touche qu'une infime minorité d'enfants de la tranche d'âge de 5 à 14 ans. De nombreux pays montrés du doigt par l'opinion internationale ont succombé à cette tentation en ne retenant dans les statistiques officielles que les enfants de 10 à 14 ans et uniquement ceux qui travaillent dans le secteur formel, moderne et qui sont salariés, c'est-à-dire qui reçoivent un salaire. Pourquoi faut-il se méfier des statistiques officielles, souvent utilisées pour justifier l'inaction? Parce que les biais sont nombreux: 51

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le travail des enfants étant souvent contraire à la loi, les enquêteurs, les employeurs et les parents s'accordent pour ne pas déclarer les enfants de moins de 15 ans comme étant des travailleurs; la majorité des enfants travaillent dans des activités difficiles à recenser: agriculture, élevage et pêche (70%), secteur informel, travail domestique, travail à domicile, petits métiers des rues, activités illicites, marginales (prostitution, drogue, mendicité) ; les enfants de moins de 10ans sont rarement comptabilisés car on ne veut pas croire qu'ils «travaillent» ; la définition restrictive de la notion de travail permet d'écarter de la qualification de «travailleur» de nombreux enfants qui effectuent des activités laborieuses ou qui travaillent à temps partiel (saisonniers, intermittents); on dit d'eux: «TIs ne travaillent pas, ils jouent, ils apprennent, ils accompagnent leurs parents, ils les aident» ; 75% des enfants travailleurs ne sont pas rémunérés; ils sont apprentis, travailleurs familiaux, aides au domicile de leurs parents, oncles, cousins; en l'absence de rémunération, ils ne sont pas enregistrés comme « travailleurs» ; entre 5 et 10% seulement des enfants travailleurs sont considérés comme de « vrais salariés », pris en compte dans les statistiques officielles; entre 50 et 90% des enfants travaillent et étudient en même temps; ils sont recensés comme écoliers et non comme travailleurs; le nombre de petites filles au travail est largement sous-estimé car on ne prend pas en compte les travaux ménagers qu'elles effectuent à plein temps au domicile de leurs parents (le taux de scolarisation des filles est beaucoup plus faible que celui des garçons) ; si on en tenait compte, il est probable que le nombre de filles au travail serait plus élevé que celui des garçons; si les enquêtes sont réalisées en période scolaire et pendant un jour d'école, les résultats seront très éloignés de ceux qui apparaîtraient lors d'une enquête effectuée pendant les vacances scolaires ou en fm de semame ; de même, en raison de la saisonnalité des cultures, le nombre d'enfants travaillant dans l'agriculture peut varier du simple au quadruple au cours de l'année entre la saison sèche et la saison des pluies.

Autre biais, énorme, dans l'agriculture: au Sénégal, pour l'Institut sénégalais de recherche agricole (ISRA), l'unité de travail agricole (UTA) est l'homme adulte de 15 à 59 ans; la femme de 15 à 59 ans est comptée pour une demie unité, comme le garçon de 8 à 14 ans; la fille de 8 à 14 ans ne «vaut» qu'un 52

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