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LE TRAVAIL SOCIAL AU CUR DES PARADOXES

De
190 pages
L'auteur nous permet de pénétrer au cœur de suivis sociaux en nous ouvrant la porte de son bureau d'entretien. Elle s'attache à nous montrer les interactions à l'œuvre dans la rencontre usager-assistante sociale et nous fait partager ses sentiments, confrontée à deux logiques paradoxales : celle de l'administratif et celle de l'humain. Nous plongeons au cœur de la rencontre, en position d'entendre les doutes, les craintes, les joies du professionnel, mais aussi de l'humain travailleur social.
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Le Travail social au cœur des paradoxesCollection Technologie de l'Action Sociale
dirigée par Jean-Marc Dutrenit
Déjà parus
J.-M. Dutrenit, Evaluer un centre social, 1994.
Collectif, Diagnostic et traitement de l'enfant en danger, 1995.
J.-C. Gillet, Animations et animateurs, 1995.
M. Lepage-Chabriais, Réussir le placement des mineurs en danger, 1996.
C. Rater-Garcette, La professionnalisation du travail social, 1996.
M. Born, Familles pauvres et intervention en réseau, 1996.
Collectif, Traiter la violence conjugale, 1996.
P. Nicolas-Le Strat, L'implication, une nouvelle base de l'intervention
sociale, 1996.
J. Zaffran, L'intégration scolaire des handicapés, 1997.
M. Larès- Yoël, Mon enfant triso, 1997.
R. Laforestrie, Vieillesse et société, A l'écoute de nos aînés, 1997.
Y. Vocat, Apprivoiser la déficience mentale, 1997.
A. Jellab, Le travail d'insertion en nliss ion locale, 1997.
J.M. Dutrenit, La compétence sociale, diagnostic et développement, 1997.
M. Gouame, Les aveugles dans l'entreprise: quelles perspectives ?,
1997.
M. Bresson, Les SDF et le nouveau contrat social, 1997.
B. Ruhaud, Accueil familial et gestion de l'autorité parentale, 1997.
R. Scelles, Fratrie et handicap. L'influence du handicap d'une personne
sur ses frères et sœurs, 1997.
M. Gayda et S. Lebovici (sous la direction de), Les causes de l'autisme et
leurs traitements, 2000.
Henri Colmont, Handicap, inventivité et dépassement, 2001.
Logiciel
Accompagnement Plus, logiciel de diagnostic et développement de la
compétence sociale, 1997.Marie-Line VERGNE
Le Travail social au cœur des paradoxes
L'Harmattan L'Harmattan L'Harmattan
5-7, rue de l'École Hongrie Italia
Polytechnique Hargita u. 3 Via Bava, 37
10214 Torino75005 Paris 1026 Budapest
FRANCE HONGRIE ITALlE@ L'Harmattan, 2002
ISBN: 2-7475-2182-6Sommaire
Déclaration Universelle des droits de l'homme
Adoptée et proclamée par l'assemblée générale
des Nations Unies le 10 décembre 1948 13
Avant-propos 15
Chapitre 1 : Quand l'assistante sociale y perd
son latin 21
Chapitre 2 : Gadgé/Rom : un partout 37
Chapitre 3 : Des larmes amères 45
Chapitre 4 : Un souvenir inoubliable 53
Chapitre 5 : Il ressemblait à un vieux fou 59
Chapitre 6 : Lettre à Ismaël 63
Chapitre 7 : Chronique de la violence au quotidien 67
Chapitre 8 : Une femme amoureuse 81
Chapitre 9 : Et si impossible n'existait pas? 85
Chapitre 10 : France, ton asile fout le camp! 95Chapitre Il : Quand maternité ne rime pas
avec bonheur 103
Chapitre 12 : Toute personne a droit à un niveau... III
Chapitre 13 : Une solidarité fraternelle 123
Chapitre 14 : La douleur d'un père 131
Chapitre 15 : L'argent de poche de Mattie 139
Chapitre 16 : Asile politique ou asile territorial? 147
Chapitre 17 : Voyage au pays du fleuve Sénégal 153
Annexes:
Déclaration des droits de l'homme et du citoyen
Du 26 août 1789 167
Déclaration des droits de l'enfant 171
Charte des droits fondamentaux de
l'Union Européenne 175
Loi d'orientation relative à la lutte contre les
exclusions (extrait) 189
Notes 191
10"C'est en cherchant l'impossible
que I 'homme a toujours réalisé et
reconnu le possible, et ceux qui se
sont sagement limités à ce qui leur
paraissait le possible, n'ont jamais
avancé d'un seul pas. "
Michel Bakounine
" On a toujours pensé faire la charité
aux pauvres et jamais faire valoir les
droits de I 'homme sur la société.
La bienfaisance publique n'est pas une
vertu compatissante, elle est un devoir,
elle est la justice. Là où existe une
classe d 'hommes sans subsistance,
là existe une violation des Droits de
I 'Homme. "
La Rochefoucault-LiancourtDéclaration Universelle des Droits de
l'Homme adoptée et proclamée par
l'assemblée générale des Nations Unies
Le 10 décembre 1948
Préambule
Considérant que la reconnaissance de la dignité inhérente à tous
membres de la famille humaine et de leurs droits égaux et
inaliénables constitue le fondement de la liberté, de la justice et de
la paix dans le monde.
Considérant que la méconnaissance et le mépris des droits de
l'homme ont conduit à des actes de barbarie qui révoltent la
conscience de l'humanité et que l'avènement d'un monde où les
êtres humains seront libres de parler, de croire, libérés de la terreur
et de la misère, a été proclamé comme la plus haute aspiration de
l'homme.
Considérant qu'il est essentiel que les droits de l'homme soient
protégés par un régime de droit pour que l'llomme ne soit pas
contraint, en suprême recours, à la révolte contre la tyralmie et
l'oppression.. .
Article premier - Tous les êtres humains naissent libres et égaux
en dignité et en droits. Ils sont doués de raisoll et de conscience et
doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.
Article 2 - Chacun peut se prévaloir de tous les droits et de toutes
les libertés proclamés dans la présente déclaration, sans distinction
aucune, llotalnment de race, de couleur, de sexe, de langue, de
religion, d'opinion politique ou de toute autre opinion, d'originenationale ou sociale, de fortune de naIssance ou de toute autre
situation.
De plus, il ne sera faite aucune distinction fondée sur le statut
politique, juridique ou international du pays ou du territoire dont la
personne est ressortissante, que ce pays ou soit
indépendant, sous tutelle, ou autonome ou soumis à une limitation
quelconque de souveraineté.
Article 3 - Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de
sa personne.
Article 4 - Nul ne sera tenu en esclavage ni en servitude;
l'esclavage et la traite des esclaves sont interdits sous tOlItes ses
fonnes.
Article 5 - Nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou
traitements cruels, inhumains ou dégradants. ..
14Avant-propos
A 25 ans, abando1ll1ant un emploi de secrétaire devenu
insatisfaisant, j'ai repris des études. La profession d'assistante
sociale polyvalente de secteur semblait correspondre à mes
aspirations professio1ll1elles.Le service social de secteur est le lieu
d'émergence de problèmes sociaux toujours différents et
renouvelés où la prise en charge peut être tant collective
qu'individuelle. Il est le détecteur de situations à risques du fait de
sa position. Il est le référent immédiat pour la population
demandeuse et une instance de relais pour des services plus
spécialisés. Trois idées forces me motivaient:
- une assistante sociale, c'était, à mon sens, celle qui prend
position, témoigne, dénonce le système institutio1ll1elet ne
se soumet pas. Si elle, qui est "au cœur des problèmes", ne
parle pas des injustices, des dysfonctiolmements
inacceptables, qui le fera?
- en tant qu'être humain, je me sentais concernée par les
difficultés que pouvaient rencontrer certains de mes
semblables. Il est facile de rester assis bien au chaud en
famille ou entre amis, de disserter sur les responsabilités de
nos politiques. N'a-t-on pas chacun un rôle à jouer dans
cette société pour qu'elle devie1ll1emeilleure (luême un
tout petit peu) pour ceux qu'on a laissés sur le bord de la
route?
- le concept de citoyen m'interrogeait: comment faire pour
que les" exclus" participent à la vie de la Cité quand ils
sont privés d'emploi, de dignité et menacés de perdre leur
protection sociale?La déclaration des droits de l'Honune de 1789 évoque,
dans son préambule, des droits mais aussi des devoirs. Le
premier de la Société n'est-il pas d'assurer une réelle
solidarité entre ses membres et de concrétiser ainsi une
appartenance à une même conununauté ? La plus récente
loi contre les exclusions (cf annexes) ne réaffirme-t-elle
pas ces principes?
Les propos de Miguel Benasayag, philosophe, analyste
consultant à l'hôpital de Reims\ illustrent bien ma pensée: "les
droits de l'honune ne sont pas cette chose que l'on invoque
seulement en cas de torture ou de massacres, ce sont aussi des
droits économiques et sociaux qui permettent une vie digne et
refusent la chosification marchande de l'Etre Humain".
Si aujourd'hui, ces trois aspects m'apparaissent toujours
aussi pertinents, le sentiment de ma responsabilité individuelle n'a
fait que croître. Non, je ne porte pas "la misère du monde" sur mes
frêles épaules. J'ai simplement l'impression qu'en me mobilisant
j'ai le pouvoir d'infléchir le cours des choses: rien de fantastique,
juste de petites choses mais:
- qui ont pour avantage premier de démontrer, quand il en
est besoin, à la personne concernée, qu'elle ne compte pas
"pour du beurre" . Le travail social a pour efficacité
symbolique de recréer du lien et des conditions
d'appartenance à la société. Le travailleur social ne peut
pas se contenter d'être un technicien qui applique des
textes au risque de passer à côté de la souffrance des
personnes,
- qui permettent parfois (c'est alors une victoire) de mettre
en lumière des dysfonctionnements administratifs et de les
amender.
Après des années de pratique professionnelle, il me semble
que le rôle essentiel de l'assistante sociale est de montrer à des
individus laissés sur le "bord du chemin" qu'ils n'en demeurent pas
moins des êtres humains à part entière, dignes, autant que
n'importe quel autre, de notre respect et parfois même de notre
16admiration. Il est important de montrer à ces hommes et à ces
femmes qu'il existe encore des issues, que tout n'est pas fatalité,
qu'en se groupant, on devient plus fort. Si notre rôle n'est pas de
leur indiquer un chemin, il me semble que nous nous devons de
leur montrer le carrefour face auquel ils se trouvent et de
commenter ensemble les différentes routes qui s'offrent à eux, le
choix final leur revenant. C'est d'un travail de prise de conscience
dont il s'agit.
Je ne me lançais pas dans un domaine inconnu: c'est au
sein d'un service social que j'avais été secrétaire pendant quatre
années. J'avais pris la mesure de ce que la Société (au travers de
ses institutions) attendait du travailleur social: être un agent de
"pacification sociale". Il était bien sûr question de servir de
"tampon" entre les exclus et les autres en leur appliquant du
dispositif comme on donne un remède, d'assurer la cohésion
sociale; mais aussi d'éduquer et de "mettre au moule", donc
d'assurer une fonction intégrative. Il me semblait toutefois que la
marge de manœuvre, d'inventivité, qui nous était laissée était
suffisamment grande pour me permettre, à la fois, d'être honnête
vis-à-vis de mon employeur, d'appliquer les directives
départementales (voire gouvernementales), et d'aider l'individu à
se recentrer au cœur de son destin, en l'accompagnant pour qu'il
puisse, un jour, reprendre sa vie en main.
Comme l'exprime M. Benasayag, je me devais de "laisser de côté
les certitudes techniques pour repenser les principes fondamentaux.
Il ne s'agit pas là d'une invitation au dilettantisme, mais au
contraire, de pouvoir continuer à travailler sans devenir le complice
innocent de projets que nous n'avons ni souhaités ni programmés.
En France, en ce moment, nous ne sommes pas obligés d'être dans
le maquis. On peut résister sans être en dehors des institutions. La
créativité ne peut naître que d'un espace de liberté qu'il s'agit de
créer. Ceci est une affaire de choix personnel. L'Autre, quel que
soit son nom, sert trop souvent d'alibi pOlIr ne rien faire. La
pensée, la créativité commencent quand les travailleurs sociaux ne
s'identifient plus tout à fait à leur fonction, quand ils savent s'en
extraire pour la questionner. S'interroger sur le sens de son travail,
questionner le sens commun qui le détermine, débusquer les
17tentatives de nonnalisation des "déviants", c'est refuser qu'un
simple apprentissage de techniques ne serve qu'à faire passer des
2choses que le travailleur social ne questionne plus."
J'avais aussi mesuré le risque qu'il y a à se croire "tout puissant"
face aux actions que l'on peut exercer sur le destin de l'Autre. Si je
n'ai pas pu toujours éviter totalement ce travers, la conscience que
j'avais de l'existence de ce risque m'a pennis, je crois, de le
réduire.
Les trois années que dure la fonnation d'assistante sociale
m'ont essentiellement pennis de réfléchir, de me construire des
outils philosophiques et déontologiques de travail, de définir « quel
type d'assistante sociale» je souhaitais être. En effet, on trouve
panni nous (et c'est bien naturel), celles ou ceux qui ont trouvé là
le moyen d'éviter le chômage (on compte traditionnellement plus
de postes que de professionnels pour les pourvoir), d'autres qui se
considèrent impliqués un peu plus que le salarié moyen, et enfin
ceux qui, militants, n'envisagent pas leur vie autrement. Je me
situais quelque part entre ces deux derniers portraits: engagée oui,
révoltée par l'injustice, mais pas prête à y consacrer toute ma vie.
C'était sans compter la passion qu'allait m'inspirer ce travail. Ce
qui me paraissait capital, au sortir de ces troIs ans d'étude, c'était le
respect de l'Autre, Etre Humain unique et singulier. C'est,
aujourd'hui, ce que je tente de transmettre aux étudiants que
j'accueille en stage.
Au fil de ces pages, je vais tenter de vous montrer certains
de ces hommes et de ces femmes (ceux que l'on nomme les exclus)
dont j'ai, pendant quelques jours, quelques mois, croisé la route. Ils
sont parfois touchants, rebutants, attirants, effrayants,
sympathiques... mais toujours pleins de potentialités. Vous allez,
dans cet écrit, trouver deux niveaux:
-les faits tels que je les ai perçus, et,
-mes remarques (plus personnelles et pas toujours très
professionnelles) all fil des rencontres avec ces personnes. Mon
propos est là de montrer, au risque de choquer certains, mais avec
le plus d'honnêteté possible, qu'un travailleur social, tout
professionnel qu'il soit, est aussi un être humain (le danger étant de
18l'ignorer). Il est aussi question de rencontres, et comme dans toutes
rencontres, certaines sont agréables, d'autres moins, peu laissent
indifférentes.
J'essaierai aussi de montrer comment l'aide qu'un travailleur social
apporte à un individu, si elle est effective à chaque fois et toujours
dans le respect d'une déontologie professionnelle, peut varier dans
son intensité et son contenu. Reconnaître cet aspect, composante de
la relation d'aide, pennet qu'il soit réduit à minima puisque travaillé
et questionné régulièrement par le professionnel. En effet, ce
dernier appuie son intervention sur des dispositifs légaux laissant
peu de place à l'interprétation. Mais, une même personne,
utilisatrice du service social rencontrant plusieurs travailleurs
sociaux pour un même problème, aura différentes réponses, même
si l'axe central du dispositif mis en place est identique. "11est
important de relever, comme M. Hirschhorn l'a exprimée dans son
étude sur les enseignants, l'idée "qu'aux effets de position se
surajoutent des effets de disposition. La mise à jour des contraintes
est une condition nécessaire, mais non suffisante à l'interprétation
des comportements" (1993, p. 228). Chez les assistantes sociales
également, le fait d'être dans des positions similaires ne les conduit
pas obligatoirement à adopter des comportements identiques car
une même situation peut être perçue de façon fort différente et
conduire les individus à se comporter de façon opposée."8
Un individu rencontrant l'assistante sociale de la commune dont il
dépend, aura une réponse différente en fonction de "l'état d'esprit"
du travailleur social. Révoltant diront certains: oui sûrement mais
rassurant aussi. Si le travailleur social a des "états d'âme" c'est qu'il
est humain, et s'il est humain il est sûrement mieux à même de
comprendre, d'approcher les états d'âme d'un autre être humain...
Pas simple... Mais seul un humain a des capacités d'empathie... En
ce qui me concerne, je suis consciente d'être certains jours plus ou
moins attentive (malgré mes efforts), plus ou moins
interventionniste, plus ou moins empathique ou patiente... Je sais
tout cela, je mets en place mes "annes professionnelles" pour que
l'usager n'en souffre pas, mais... j'ai parfois la désagréable
impression d'avoir raté un entretien, de ne pas avoir su saisir une
phrase au bon moment. C'est toujours culpabilisant, mais
inévitable, je crois.
19Je souhaite, par cet écrit, montrer qu'on peut être différent
(dans cette société où vous êtes soit gagnant soit perdant, soit faible
soit fort, et où toute souffrance est considérée comme une
faiblesse) mais rester un Etre doté de nombreuses valeurs. Toutes
les personnes rencontrées ont un point commun: le sentiment de se
sentir rejetées et le doute qu'elles ont de leur utilité sociale; et si
elles demandent une aide financière ou un logement décent, elles
sont souvent en quête d'un autre fonctionnement social. Si j'ai
parfois pu les soutenir, les aider à ne pas totalement couler, à faire
le point sur leur vie... elles m'ont souvent appris, et j'ai une très
profonde admiration pour nombre d'entre-eux.
Il va de soi que leurs noms et prénoms ont été modifiés.
Une dernière précision: certains professionnels du social
pourront être surpris voire choqués par les lignes qui suivent, par la
"banalisation" de certains faits. Je tiens donc à préciser que j'ai
toujours exercé dans un département "sinistré" de la région
parisienne. Nous sommes témoins, chaque jour, de faits de plus en
plus graves ou dramatiques, et, malgré nos efforts, nous avons
tendance à porter moins d'importance qu'il ne serait nécessaire à
certaines situations. Je pense précisément aux situations dites
d'enfants en danger. Ce mot n'a actuellement pas le même sens
partout en France. "Ainsi, la norme sociale dominante, celle de
l'institution et au-delà de la société, est remise en question.
Confrontée régulièrement à une autre norme comportementale,
l'assistante sociale est conduite à une réévaluation de ses propres
repères. Dans la mise en œuvre du travail d'évaluation
professionnelle, ce facteur est essentiel. Les variations de la norme
sociale résulteront d'une adaptation progressive allX traits
comportementaux des usagers s'imposant dans une relation
8
quotidienne professionnelle." En banlieue parisienne, nous
sommes arrivés à un point de saturation, de non-absorbtion des
problèmes de maltraitance sous toutes ses formes où les diverses
administrations œuvrant sur tout le territoire Guge des Enfants,
éducateurs, travailleuses familiales, conseillère en économie
sociale et familiale...) ne sont en mesure d'intervenir que sur les
situations les plus graves.
20Chapitre 1
Quand l'assistante sociale y perd son
latin...
Madame Oddo est arrivée d'Haïti en 1985, accompagnée
de sa fille Rachelle et de son ami Monsieur Denis. Tous trois ont
vécu jusqu'en août 1988 dans le 10ème arrondissement de Paris
dans des conditions que ni Madame ni Monsieur ne souhaiteront
éclaircir.
En avril 1988, Madame Oddo a donné naissance à un petit garçon,
Jean, qui n'a pas été reconnu par son père, Monsieur Denis. En
septembre 1988, la famille a emménagé dans un deux pièces.
Celui-ci leur a été loué par une agence immobilière dans des
conditions peu claires. D'après Monsieur Denis, l'agence n'a eu
que faire du fait qu'il ne possèdait aucun justificatif de ressources
régulières. Il semblerait que l'agence ait consenti cette location en
contrepartie d'un certain nombre de travaux de rénovation à
effectuer dans l'appartement. Si la situation financière du couple
est très précaire (puisque ni l'un ni l'autre n'ont d'emploi) leur
situation administrative l'est encore plus. En effet, à leur arrivée en
France, tous deux ont déposé une demande afin d'obtenir le statut
de réfugié politique. Aujourd'hui, Monsieur Denis a épuisé tous les
recours possibles et n'a obtenu que des refus. Il se trouve donc sans
titre de séjour en France. Il lui est bien sûr impossible de trouver un
elnploi déclaré dans ces conditions. Madame Oddo attend, elle, la