Le tribalisme en question

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Ces regards croisés sur la question du tribalisme sont le fruit d'une réflexion d'enseignants chercheurs de l'Université Marien Ngouabi de Brazzaville. Ils témoignent de la complexité d'un phénomène dont l'importance défie toute rationalité.
Ces études postulent une réinvention de l'homme congolais ou de l'homme tout court qui passe par une reconstruction radicale des mentalités.
Publié le : jeudi 1 septembre 2005
Lecture(s) : 84
EAN13 : 9782296409323
Nombre de pages : 98
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Le tribalisme en question

Études et Interventions

Psychologiques

Comité de rédaction Président: Henri Nsika Nkaya Secrétaire: Antoine Yila Membres: Alexandre Aloumba, D. Bounsana, Madeleine Boumpoto, M. Biyekele, Edgar Bokoko, Josué Kombo, Victor Mboungou, FrançoisJoseph Olandzobo, G. Turkman Adresse: B. P. 1250 Brazzaville, République du Congo

sous la direction de Henri Nsika Nkaya et Antoine Vila

Le tribalisme en question
Textes extraits avec le concours du comité de rédaction de la Revue Études et Interventions Psychologiques du Centre d'Études et d'Interventions Psychologiques

Publié avec le concours de l'Unesco

L ' Harmattan

Cet ouvrage reprend des communications faites lors de la journée organisée le 21 mai 1992 par l'Association Congolaise de Psychologie sur le tribalisme, sous le patronage du doyen de la Faculté des Lettres et des Sciences humaines de l'Université Marien Ngouabi, le Professeur Abraham Ndinga Mbo.

Maquette et mise page: André-Patient Bokiba

2005 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris
L'HARMATTAN, ITALIA s.r.I.

(Ç) L'HARMATTAN,

Via Degli Artisti 15 ; 10124 Torino
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ESPACEL'HARMATTANKINSHASA Faculté des Sciences Sociales, Politiques et Administratives BP243, KIN XI ; Université de Kinshasa - RDC http://www.1ibrairieharmattan.com harmattan 1@wanadoo.fr

ISBN: 2-7475-9007-0 EAN : 9782747590075

PRÉFACE
Paul Nzete « L'Afrique noire est mal partie », écrivait René Dumont au lendemain des indépendances africaines. Cette vision avait, en son temps, soulevé l'indignation de nombreux intellectuels africains qui croyaient y déceler un relent de racisme. La réalité quotidienne d'aujourd'hui semble donner largement raison à René Dumont. En tout état de cause, l'Afrique apparaît comme un continent en faillite et le « tribalisme », comme le mal africain. On est même tenté de dire que la démocratie africaine est mal partie. « Tribalisme»! C'est par ce terme que l'on désigne couramment, en Afrique noire, l'affirmation partisane des particularités à base ethnique ou régionale. Malgré son usage massif, il ne paraît pas très adéquat pour caractériser les fonnes d'organisation sociale et politique actuelle de l'Afrique. Premièrement, parce que ce tenne suggère que, sur ce continent, les hommes seraient organisés en tribus (regroupements de clans, c'est-àdire d'individus issus ou se réclamant d'un ancêtre réel ou mythique commun). L'anthropologie moderne utilise, à propos de certains aspects des formations sociales africaines d'aujourd'hui, plutôt le concept d'ethnie que celui de tribu. Deuxièmement, parce que la réalité décrite paraît plus complexe que celle à laquelle renvoie ce terme « tribalisme ». En effet, ce que l'on nomme habituellement «tribalisme », mais que j'appelle préférence ethnique ou régionale comporte plusieurs cadres de référence: la région, la « sous-région», l'ethnie, la «sous-ethnie», etc. Selon les cas, selon les circonstances, l'un ou l'autre de ces cadres (en particulier, la région ou l'ethnie) est privilégié. Mais, après tout, l'important pour le chercheur, c'est d'établir clairement les contours sémantiques du terme qu'il utilise. « Tribalisme»! Tout le monde en parle à propos de l'Afrique noire comme d'un mal à extirper. De nombreux et excellents travaux ont déjà été menés sur ce thème. Cependant, étant donné l'acuité de ce phénomène et l'ampleur de ses implications sociales et politiques en Afrique aujourd'hui, il devient urgent et impérieux, pour les chercheurs africains, de promouvoir une réflexion épistémologique neuve en vue de construire un cadre théorique d'appui pour une stratégie cohérente de lutte contre ce mal. Approche scientifique neuve du «tribalisme» par des Africains! Une tâche à la fois facilitée et rendue délicate par leur appartenance sociale. Membres actifs de sociétés dans lesquelles sévit ce fléau, ils en ont une

connaissance intime. Mais, pour cette même raison, ils risquent de ne pas prendre suffisamment de distance par rapport aux mythes, préjugés et réalités du milieu. De plus, les sciences humaines comportent elles-mêmes une certaine partialité. Ces difficultés s'amenuisent quand les chercheurs font montre d'esprit critique et de rigueur scientifique. Parce que le «tribalisme» est un phénomène complexe, il appelle des réponses relevant de plusieurs disciplines et requiert par conséquent une recherche pluridisciplinaire, chaque science s'efforçant de promouvoir son apport spécifique. Le « tribalisme» interpelle non seulement l'anthropologue, le sociologue, le politologue, le philosophe, etc., mais aussi le psychologue - qui se préoccupe des problèmes de comportement. Le psychologue est sollicité notamment pour une approche scientifique de la quête identitaire qui se profile à travers le comportement «tribaliste ». Comment se forme chez l'individu et dans une communauté la conscience du « nous» ethnique ou régional? Comment perçoit-on l'« autre» ou les « autres»? Comment naissent les préjugés et les clichés ethniques et régionaux? Comment l'affirmation de l'identité ethnique ou régionale se mue-t-elle en agressivité? Ces questions et bien d'autres tout aussi importantes pour la connaissance du fait « tribaliste » ne sont pas étrangères au champ de recherche du psychologue. Et c'est avec beaucoup d'intérêt et de plaisir qu'on lit les textes qui constituent cet ouvrage et qui sont le produit d'une réflexion menée par des psychologues congolais. On s'en réjouit d'autant plus que, pour une couverture plus large du sujet, ils ont associé à leur regard ceux des spécialistes de sociologie, de philosophie et de politologie. Chacun s'est exprimé selon son profil scientifique, selon sa culture. Les points de vue diffèrent d'un texte à l'autre. C'est un regard pluriel sur le « tribalisme». Par la qualité des problèmes qu'ils soulèvent, ces textes contribuent incontestablement à 110urrirun débat qui se veut toujours plus froid, toujours plus profond.

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INTRODUCTION

Henri Nsika Nkaya « Démocratie africaine, otage du tribalisme ». Ce titre d'une conférence de presse donnée cette année, à Brazzaville, par le responsable de la Fondation Panafricaine de Lutte Contre le Tribalisme venu de Yaoundé, est l'événement principal qui a suscité l'idée de réunir plusieurs spécialistes des sciences sociales et humaines autour de la question du «tribalisme» au Congo. Les enseignements tirés de l'observation du déroulement de l'année de transition vers la démocratie pluraliste, passage amorcé dès la tenue de la Conférence nationale, viennent comme à l'appui de la thèse de la Fondation Panafricaine de Lutte contre le Tribalisme. La grande assemblée qu'a constituée la Conférence nationale souveraine au Congo (du 25 février au 10juin) a, en effet, fini elle-même par montrer, après des phases délirantes de consensus contre l'ancien régime, des fissures certaines sur les lignes ethniques de sa composition. Par ailleurs, les partis politiques naissants sont tout de suite devenus petits ou grands partis en fonction de la « vénérabilité» de leur fondateur à l'intérieur d'un espace ethnorégional donné et de l'importance démographique de celui-ci. L'adhésion politique à cet égard n'est que la reconstitution des noyaux de solidarité ethnorégionale. Ni le discours politique tenu durant les campagnes électorales, ni les formes de séduction (le cadeau par exemple) adoptées par certains candidats, n'ont pu infléchir les positions spontanées et premières des électeurs; chaque consultation électorale n'a été que l'occasion de raffermir les retranchements ethnorégionaux. Le jeu des alliances entre partis en fonction des positions politiques ou de valeurs communément défendables s'est montré inefficace. Les jeunes cadres qui ont tenté la création de partis d'un autre style, avec la volonté de défier les pressions « tribalistes », se sont avérés de malheureux aventuriers que les grandes matrices ethnorégionales ont fini par récupérer presque tous, l'un après l'autre. Même ceux des partis qui se sont positionnés dans le sillage d'une idéologie que l'on pouvait croire plus puissante que le sentiment ethnorégional, la foi religieuse, n'ont pas drainé des foules d'électeurs. Sauf quand ils se sont trouvés devant deux candidats co-régionnaires de vénérabilité comparable, il semble que les Congolais n'aient pas fait leur entrée dans la démocratie en ayant un réel comportement électif dans les urnes. Les capacités de prise de conscience qui font l'autonomie du sujet de la démocratie ont manifestement été obstruées par l'intensité du sentiment

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