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Le vieillissement dans l'immigration

De
150 pages
Quel partenariat efficace peut-on instaurer face au public des migrants âgés ? Les différents textes présentés dans cet ouvrage s'appuient sur des recherches, allant de l'intervention sociale et la prise en compte des pratiques culturelles et cultuelles des migrants âgées, à la problématique du retour et non retour et à celle des soins, sans omettre celle de l'accompagnement social d'un groupe atypique.
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Le vieillissement dans l'immigration

Editions L'Harmattan Collection « ESPACES INTERCUL TURELS » Directeurs de la collection: Emmanuel JOVELIN Fabienne RIO et

Comité de lecture
Michèle VATZ-LAROUSSI (Université de Sherbrooke, Canada) Tania OGAY (Université de Fribourg, Suisse) Aline GOHARD (Université de Fribourg Suisse) Claudio BOLZMAN (Haute école deGenève-Université de Genève, Suisse) René MOUKONKOLO (Université de Tours, - France) Mohammed LAHLOU (Université de Lyon France) Anne Françoise DEQUIRE (Université catholique de Lille/Institut social Lille Vauban) Hédi SAillI (Université catholique de LillelInstitut social Lille Vauban) Gina THESEE (Université du Québéc, Canada) Emmanuel JOVELIN (université catholique de LillelInstitut social Lille Vauban, France) Mourad KAHLOULA (Université d'Oran, Algérie) Fabienne RIO (Université Paris 8, IME, France) Aissa KADRI (Université de Tours) Ana ELIA (Université de Calabria, Italie) Reinaldo FLEURI (Université Fédéral de Santa Catarina, Florianoplois, Brésil) Marie Antoinette HILL Y (université de Poitiers, France) Geneviève VERMES (Paris 8, France) Nicole CARIGNAN (Université du Québec, Montréal)

Sous la direction de

Mohamed BOUSNANE Abdoul BA Fatima SKANARI

Le vieillissement

dans l'immigration

L'oubli d'une génération silencieuse

Actes du colloque de décembre 2006

L'H~mattan

@ L'Harmattan, 2009 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.ft harmattan 1@wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-07916-8 EAN:9782296079168

Préface
Au lendemain de la guerre, la France a appelé les travailleurs d'Afrique à rejoindre ses usines, où la main d'œuvre manquait. C'est ainsi, que des hommes seuls parfois ou avec leur famille, ont quitté le soleil et la terre rouge de leur région natale pour faire face à nos besoins en production. Je n'oublie pas que l'immigration s'est faite souvent dans la douleur. Douleur de quitter son pays, douleur de quitter sa famille, douleur dans l'apprentissage de nouveaux modes de vie, douleur dans la précarité qui touche plus durement les populations immigrées ou issues de l'immigration... Le rêve des plus anciens migrants était de donner à leurs enfants les moyens de réussir. Mais la crise industrielle des années 70/80 a d'abord touché les immigrés. Notre pays n'a pas toujours pu les accompagner dans leurs difficultés pour trouver un emploi et un logement décent. Il n'a pas toujours su protéger leurs enfants égarés entre deux cultures et confrontés à l'absence de perspective d'avenir dans les ghettos urbains, qui les ont vu grandir. Aujourd'hui, nous devons lutter de toutes nos forces pour rendre espoir aux habitants de ces cités. Nous devons combattre inlassablement la xénophobie, le racisme et son cortège de discriminations qui brisent de nombreux espoirs et pousse parfois au repli communautaire. Cette lutte passe d'abord par des politiques publiques volontaristes de reconquête de ces quartiers, par l'emploi, l'éducation, la culture.. . Elle passe aussi par des formes de reconnaissance, que ce soit par l'acquisition de la nationalité française, le droit de vote des étrangers aux élections locales et bien sûr par l'accession à des hautes fonctions dans notre société. 5

Panni ces migrants âgés, qui sont le propos de cet ouvrage, beaucoup de ces hommes et de ses femmes sont venus s'installer à Lille et dans sa métropole pour travailler dans les usines textile. Au fil des ans et malgré les difficultés nées de la crise industrielle, ils ont fait vivre Lille, comme chaque citoyen lillois. Leurs enfants et petits enfants sont allés à l'école de la République, ils ont fondé leur propre famille, les cultures se sont rencontrées, mélangées. Ainsi est né le métissage qui fait la fierté de notre ville. A Lille, je demande à chacun d'être à l'écoute de ces hommes et ces femmes immigrées, aujourd'hui âgées. Cette écoute est la première des réponses aux problèmes qu'ils rencontrent dans leur quotidien. A Lille, nous voulons permettre à chacun de s'exprimer dans sa diversité, à travers nos instances représentatives composées de citoyens de la Ville mais aussi au travers d'une longue tradition de soutien de la Ville à ses associations qui créent du lien et favorisent les échanges. Ce que je veux en priorité c'est rompre l'isolement dont souffrent les plus fragiles. Avec Lille Ville de la Solidarité, je veux développer un nouvel art de ville, une ville où l'on vit mieux ensemble. Je veux entraîner tous les Lillois dans un élan de fraternité, qui a l'ambition de ne laisser personne au bord du chemin. Dans ce cadre Lille est aussi Ville Amie des Aînés. Elle traduit la volonté de porter une attention particulière à nos aînés et parmi eux les migrants âgés, à leur culture, à leur mémoire, à l'héritage qu'ils ont à nous transmettre. Ils nous ont tant donné, nous leur devons tant. Et je veux qu'à Lille, pas une femme, pas un homme, ne souffre de solitude ou d'abandon, alors que déjà pèse sur lui la blessure de l'exil. Je pense en particulier aux hommes accueillis dans les foyers de travailleurs migrants, des hommes qui parfois n'ont jamais revu leur famille et qui souvent ont été abandonnés par notre pays dans des conditions de vie indignes. A cet égard, je tiens à saluer l'engagement auprès des migrants âgés de la Coordination Régionale de l'Immigration et je la félicite pour cet ouvrage passionnant, instructif et que j'ai plaisir à préfacer. 6

Je forme le vœu que la lecture de ce recueil incite chacune et chacun d'entre nous à faire un geste solidaire à l'égard de des hommes et des femmes dont il relate l'histoire.

Martine Aubry Maire de Lille

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Préambule
Conçue comme proVIsOire, l'immigration de travail des années 50 s'est installée et puis s'est ridée: les anciens travailleurs migrants ont vieilli en pays d'accueil et d'adoption. Certains n'ont jamais pu quitter l'hôtel meublé ou le foyer de Travailleurs Migrants (FTM), réduisant leur vie de labeur à une chambre de 5, 9 ou 12 ur, et rationalisantleurs dépenses au minimum afin de pouvoir envoyer régulièrement quelque argent à leur épouse et enfants restés au pays. Rythmant leur temps de vie entre ici et là bas, absents ici et là bas, comme l'évoquait le sociologue A.Sayad dans La double absence, nombre de ces personnes « célibatairisées » ont été maintenues dans une situation de précarité sociale, matérielle et psychologique, cumulant problèmes de santé et d'accès aux droits. Si la situation des hommes qui ont pu procéder au regroupement familial est meilleure, pour avoir pu accéder au droit de vivre en famille, ils rencontrent cependant les mêmes obstacles dans l'accès aux droits: difficile accès aux prestations sociales, aux soins, au droit à une retraite à taux plein, à un logement digne, à l'accès à la nationalité française... La situation des femmes âgées immigrées est encore plus dramatique dès lors qu'elles se retrouvent seules pour devoir faire fuce à un environnement social et administratif complexe. Le droit et les politiques publiques, loin d'améliorer les conditions de vie et de vieillissement de ces personnes, participent à leur précarisation, en les privant du droit de circuler librement, leur droit de vivre en famille sans conditions, leur droit de devenir français pour l'avoir servi, et leur droit de vieillir dignement.

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N'est-il pas impératif de reconnaître et d'affirmer que ces anciens travailleurs immigrés et leurs familles font partie intégrante de l'Histoire de France et qu'ils ont largement contribué à sa prospérité? N'est-il pas temps d'admettre que la France, redevable envers ces vieux travailleurs immigrés, doit garantir leur bien être durant cette période délicate de leur vie? Si le colloque Vieillir dans l'immigration, l'oubli d'une génération silencieuse a pour objet de rappeler les conditions de vieillissement des personnes immigrées et leurs besoins et attentes en matière de services, il se veut surtout rappeler que ces vieux immigrés appelés dans l'après-guerre pour répondre aux besoins économiques de la France, ont largement rempli leurs devoirs et qu'il est aujourd'hui urgent d'exiger le respect de leurs droits et en particulier celui de vieillir dignement, là où ils l'entendent et sans restriction aucune.

Fatima SKANARI Directrice de c.R.I.

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Remerciements
La prise en compte du vieillissement des immigrés est une réalité qui a fait quelques progrès ces dernières années en NordPas- de- Calais. Nous tenons ici à remercier: La mairie de Lille et les services de Martine AUBRY qui ont été sensibles à cette dimension et qui collaborent avec nous afin d'améliorer les conditions de vie des personnes âgées immigrées. Au Conseil général du Nord, son président Bernard Derosier et en particulier les ervices en charge des personnes âgées qui ont pris dès engagements sur le territoire du Nord. Au Conseil régional Nord-Pas-de-Calais et en particulier la Vice-présidente Ginette Verbrugghe dont les services ont accompagné l'expérience pilote menée sur la Région. A la C.RA.M. Nord-Pas-de-Calais-Picardie, son Directeur pour leur réelle volonté de prise en compte des personnes âgées immigrées. Enfin, nous remercions tout particulièrement Fatima Skanari, Directrice de la C.RI. Nord-Pas-de-Calais, pour le travail mené depuis 2002 auprès des associations, des institutions et des personnes âgées immigrées elles-mêmes. Elle a fait émerger cette problématique des personnes âgées immigrées et a contribué à la prise de conscience collective. 11

Avant-propos
Il y a des immigrés âgés, retraités, hommes et femmes. Cette banale évidence n'est pas entièrement acquise face à l'oubli et à l'occultation de cette réalité: l'immigration reste avant tout pensée comme population jeune et active et l'immigré ne peut être vieux et retraité. Elle reste aussi occultée sinon minorée par

l'importance croissante de la population âgée en général!.
Jeunes immigrés, partis d'Afrique dans les années 19501960, devenus bras armés pour les lourdes batailles industrielles (textile, charbon, automobile, bâtiment), force de travail pour les tâches les plus pénibles, ils se trouvent et se découvrent vieillis avant l'âge, affaiblis physiquement et psychologiquement. A coup d'intérims et d'emplois exploités et parfois aléatoires, ils ont construit et traversé les «Trente glorieuses » mais se réveillent aujourd'hui dans des conditions précaires (santé fragile, retraite chaotique, logement exigu et devenu insalubre, solitude...). Leurs prédécesseurs d'Europe (Italiens, Polonais, Espagnols...) ont été pris en charge par les institutions de leurs pays d'origine et les multiples actions et accords bilatéraux et européens. Nos vieux Africains, qui n'ont pas souvent la nationalité française, depuis longtemps exclus de la vie sociale n'ont que leur solidarité et quelques associations pour leur venir en aide et les soutenir. La multiplicité, la complexité et l'imbrication de leurs problèmes (culturels, familiaux, économiques, sociaux, médicaux, migratoires...) nous imposent une réflexion soutenue
A titre indicatif, dans la région Nord -Pas- de-Calais, 19% de la population est âgée de plus de 60 ans, contre 21% au niveau national. Panni les étrangers, 21% sont âgés de plus de 60 ans (15% au plan national); 15% des Maghrébins sont âgés de plus de 60ans. 13

pour entrevoir des actions efficaces et durables (accès au droit, à la santé publique, à un logement, à des loisirs adaptés, à une retraite convenable et, somme toute, à une vie et à une fin de vie dans la dignité). Tel est le pari engagé depuis quelques années par la CRI (Coordination régionale à l'immigration) et dont ce colloque reste un moment privilégié. D'avance merci aux différentes associations ayant collaboré à l'organisation de ce colloque, à la Mairie de Lille d'avoir mis à notre disposition cette grande salle pour la tenue du colloque.

Mohamed Bousnane, Président de la c.R.I.

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Introduction
Colloquesl, thèses de doctorat, études, accords bilatéraux,
rencontres interministérielles sur l'immigration sont fréquents. C'est dire combien la question des populations immigrées reste un enjeu politique, économique, social, culturel tant dans les pays d'accueil que dans les pays de départ. En effet, le nombre de migrants dans le monde ne cesse d'augmenter malgré le durcissement des conditions à l'entrée dans les pays d'immigration. Immigration légale ou illégale, immigration temporaire ou défmitive, le problème n'est plus de contenir les flux migratoires ou d'encourager au retour mais de réfléchir à une politique d'intégration, au sens large du terme, des différentes générations issues de l'immigration. Le profil des immigrés résident dans les pays européens comme la France, l'Angleterre, l'Allemagne a beaucoup changé ces trois dernières décennies. Les candidats à l'immigration européenne proviennent de plus en plus des pays africains ou asiatiques. Ils remplacent, dans une certaine mesure, les premiers migrants originaires des pays européens autrefois en retard de développement comme la Pologne, l'Italie, L'Espàgne ou le Portugal. Aujourd'hui, ces pays sont devenus, à leur tour, des pays d'immigration. La composition démographique des populations immigrées s'est aussi
Le colloque de Poitiers organisé par le labomtoire Migrinter en 1995 sur les immigrés et enfants d'immigrés en France, le colloque de RelUles organisé par le Groupe de Recherche Migrations Internationales et Relations Interethniques/CNRS en 1998 sur le thème les Dynamiques migratoires et Rencontres Ethniques ont permis des avancées considérables sur la compréhension du processus migratoire et ses impacts. Mais dans ces rencontres, la place accordée aux persolUles âgées immigrées est restée très faible. 15