Le Voyage aux saints. Les pèlerinages dans l'Occident moderne (XVe-XVIIIe siècle)

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Le pèlerinage est très ancien. Il n'a pas cessé d'être actuel. Depuis une trentaine d'années, la fréquentation croissante des chemins de Compostelle a redonné une visibilité au phénomène pèlerin dont on avait trop vite annoncé la disparition.
Ce livre s'attache à retracer, au sein d'une Europe désormais divisée en confessions, les élans, les éclipses et les recharges d'une pratique religieuse que l'institution ecclésiastique s'est toujours efforcée de discipliner sans jamais y parvenir. Tout à la fois singulière et collective, la marche vers un lieu saint n'est pas vagabondage. Elle est tendue vers un terme, lieu de rencontre avec l'archange, l'apôtre ou le saint intercesseur, dont le pèlerin attend le secours.
À travers gestes et paroles, il s'agit ici de retrouver et de comprendre une expérience spirituelle qui a déplacé des foules, qui les a rassemblées auprès des sanctuaires, mais dont les acteurs n'ont fait que rarement confidence.


Directeur de recherche au CNRS dont il a reçu la Médaille d'argent en 1999 pour l'ensemble de ses travaux, Dominique Julia a été professeur à l'Institut universitaire européen de Florence (1989-1993) puis codirecteur, avec Philippe Boutry, du Centre d'anthropologie religieuse européenne de l'École des hautes études en sciences sociales.


" Hautes Études " est une collection de l'École des hautes études en sciences sociales, des Éditions Gallimard et des Éditions du Seuil.





Publié le : jeudi 12 mai 2016
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EAN13 : 9782021295719
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avec une postface inédite de Dominique Julia et Jacques Revel.

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édition et présentation du texte,

Rome, Publications de l’École française de Rome, 2006.

Atlas de la Révolution française, fascicule 2, L’enseignement 1760-1815

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avec Egle Becchi

Rome-Bari, Laterza, 1996,

traduction française, Histoire de l’enfance en Occident,

vol. 1 : De l’Antiquité au XVII e siècle

vol. 2 : Du XVIII e siècle à nos jours

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Études d’anthropologie religieuse (XVI e-XVIII e siècles)

Genève, Droz, « Cahiers d’humanisme et Renaissance », 2014.

L’École normale de l’an III.

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Introduction


Le long cours du pèlerinage chrétien

Depuis le Xe siècle, la fête de saint Blaise est fixée au 3 février dans le calendrier liturgique romain1, et le culte de ce saint thérapeute, protecteur des récoltes et du bétail, s’est enraciné dans de très nombreux diocèses, parfois même aux dépens du saint titulaire de l’église. Chaque année, en pays chartrain, l’église de La-Croix-du-Perche voit converger les paroissiens des villages alentour pour invoquer le saint, guérisseur des maux de gorge et protecteur des bovins. À la date du 3 février 1871, le curé de la paroisse voisine de Frazé, venu desservir le pèlerinage, note dans son journal :

Ni les Prussiens, ni la Révolution ne sont de force à faire tomber les pèlerinages. Aujourd’hui, jour de St Blaise, il n’y avait pas moins de monde que d’habitude à La-Croix-du-Perche […] « Comment se fait-il, disais-je à une jeune femme de ma paroisse, que, si zélés que vous êtes pour la guérison de vos corps et même pour celle de vos bestiaux, vous le soyez si peu pour la guérison de vos âmes ? Car je vois bien que le mauvais temps vous arrête, quand il s’agit, par exemple, d’aller à la messe le dimanche, et qu’il ne vous arrête pas quand il s’agit d’aller en pèlerinage, même fort loin. »

Elle me répondit : « Monsieur, c’est qu’il n’en est pas des pèlerinages comme de la messe. On va en pèlerinage parce qu’on y est forcé 2. En effet, je vis, à travers la foule empressée, des gens notoirement connus comme les plus impies de la paroisse. Eux, qui ne mettent jamais les pieds à l’église, pas même le jour de Pâques, ils s’avançaient graves et recueillis, tenant sans aucun respect humain leur petit cierge à la main, ils s’agenouillaient, respectueux, sous l’étole sacerdotale ; ils la baisaient d’un baiser retentissant puis se retiraient dans quelque endroit de l’église d’où ils pussent voir l’autel et entendre la messe du Dieu auquel ils ne croient pas, en l’honneur d’un St Blaise assez difficile à concevoir, puisque selon leur maxime favorite : « Quand on est mort, tout est mort. »

Ce dialogue, en forme d’exemplum, est mis en scène par l’abbé Vincent, dans le journal qu’il écrit durant la guerre franco-prussienne de 1870-1871 et la période de la Commune3. Cette sorte de parabole nous procure trois informations majeures. Tout d’abord, en temps de crise, la pratique du pèlerinage est plus que jamais vivante. Ensuite, la conversation rapportée dit bien l’écart, voire le fossé, qui sépare, à la fin du XIXe siècle, la culture cléricale de la culture des campagnes. Là où le curé entend développer les formes de la liturgie ordinaire et une pratique religieuse régulière, les paysans disent, eux, quelles contraintes pèsent sur la démarche pèlerine. Si l’on ne part en pèlerinage que « forcé », c’est que le malheur s’est abattu sur vous et qu’il faut le conjurer, lever le mauvais sort par le recours à la puissance thérapique du saint. L’unanimité retrouvée ne satisfait donc pas le pasteur qui perçoit toute l’équivoque de sa situation au moment de l’acte pèlerin : derrière un même mot, le « mal », le clerc et le paysan ne mettent pas le même sens, et le malheur n’entre guère dans les catégories de pensée de la théologie catholique4. Enfin, l’abbé Vincent dénonce chez ses paroissiens un péché contre le premier commandement dans la maxime : « Quand on est mort, tout est mort », puisqu’elle dénie à Dieu justice et sainteté et répudie la doctrine de l’immortalité de l’âme. C’est, en réalité, avouer toute la complexité, voire même les ambiguïtés du phénomène pèlerin. L’abbé Vincent reprend d’ailleurs à son compte toutes les condamnations des pasteurs post-tridentins5 : ses paroissiens sont des « barbares qui […] n’ont retenu du christianisme et de sa langue surnaturelle que des mots dont la signification incomprise ou rabaissée affecte leur intelligence d’une manière toute différente de ce qu’il faudrait – vulgaires en tout, terrestres jusque dans les choses de l’esprit, incrédules jusqu’à l’athéisme, crédules jusqu’à la superstition – négateurs des croyances les plus saintes et les plus naturelles, idolâtres de ce qu’ils appellent les Saints, jusqu’à l’adoration réelle de leurs statues de pierre ou de bois ». Le regard porté est sans appel : « En dépit des lumières de la lecture, de l’écriture et de l’arithmétique », les paysans « civilisés » du Perche « se retrouvent presque aussi primitifs, presque aussi païens que leurs pères d’il y a quinze cents ans »6. Les textes qui suivent cherchent à déchiffrer, au plus près des sources historiques, l’opacité d’un phénomène de longue durée, où le geste l’emporte sur l’écriture ou la parole.

L’expérience pèlerine constitue, en effet, une donnée essentielle de l’anthropologie religieuse ; elle traverse les cultures et les siècles. Le pèlerinage n’est pas errance ou vagabondage : il est déplacement, fait le plus souvent à pied et dirigé vers un terme, le lieu saint où doit s’accomplir la rencontre avec une puissance surnaturelle qui l’habite. Il est rupture par rapport au grain des jours, épreuve physique de l’espace au travers des difficultés du chemin et des souffrances du corps qui préparent l’itinérant à cette rencontre finale avec l’extraordinaire. Il est en même temps épreuve spirituelle, puisque le pèlerin, dans cet entre-deux qui sépare l’arrachement à son village et à sa famille et le retour chez les siens, est devenu un étranger (peregrinus) sous le regard de ceux qui le voient passer. Les motivations qui poussent au départ peuvent être collectives (consultation d’un oracle, célébration d’une fête, retour aux lieux-sources d’une religion vécue) ou individuelles (vœu, demande de guérison, etc.). L’accomplissement de l’expérience se fait en un lieu sacré : lieux cosmiques qui sacralisent des fleuves, des sources ou des montagnes ; Lieux saints marqués par une théophanie ou par la présence historique du fondateur de religion, telle la Terre sainte avec Jérusalem, lieux de mémoire et d’espérance messianique pour les Juifs, lieux de l’Incarnation et de la Passion pour les chrétiens, terres du second avènement et certitude d’immortalité ; lieux où s’enracine le culte des corps saints autour des tombeaux des prophètes, des confesseurs de la foi ou des saints. Le pèlerinage est rencontre du surnaturel en ce lieu précis, sacralisation du pèlerin à travers toute une série de pratiques et de rites qui l’arrachent à la réalité profane : processions de circumambulation qui visent à s’approprier l’espace sacré, baisement d’entrée, rites d’attouchement des objets sacrés (statues, reliques), rites d’immersion ou d’absorption (eau, débris de pierres) qui sont captation de la puissance sacrale7, parfois même parcours mémoriels (ainsi, à Jérusalem, le chemin de la Passion, le texte des Évangiles à la main). Même effectué individuellement, le pèlerinage s’inscrit toujours dans une tradition collective qui a élu les chemins vers tel lieu de vénération. La société du pèlerinage est une société de l’éphémère et de l’extraordinaire, portée par l’espérance et l’attente de l’extraordinaire, où s’abolissent, le temps de la route, les distinctions sociales (clercs/laïcs, riches/pauvres, etc.), société aussi d’assouvissement festif, suivant l’expression d’Alphonse Dupront, où s’articulent inextricablement recharge sacrale par le rite, fête du protecteur et foire où se libère la liesse à l’intérieur d’un temps situé hors du quotidien.

La pratique du pèlerinage ne remonte pas au-delà du IVe siècle, et l’on peut penser que la liberté accordée au christianisme par Constantin et Licinius dans l’édit de Milan de 313 n’est pas étrangère au développement rapide du phénomène. C’est alors seulement que les chrétiens ont commencé à attacher à certains lieux une valeur particulière : les premiers « Lieux saints » ont été ceux qui conservaient les traces des événements inscrits dans l’Ancien et le Nouveau Testament, retrouvées soit suivant des traditions locales maintenues dans les communautés chrétiennes primitives, soit par des « inventions » de tombeaux ou de reliques, effectuées sous l’emprise d’une révélation divine transmise en songe ou en vision. S’ébauche ici une topographie sacrée non seulement de la Terre sainte, mais aussi de la Syrie, de l’Égypte et de la Mésopotamie, qui comprend, outre les sites bibliques, les tombeaux des premiers martyrs et les lieux sacralisés par la présence et les reliques des moines les plus saints. Cette géographie dessine progressivement des itinéraires, des stations et, sous l’impulsion de l’empereur Constantin lui-même, les constructions d’églises se multiplient, la plus célèbre étant la basilique destinée à magnifier le tombeau du Christ. Trois motivations principales dictent la marche du pèlerin.

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