Leçons de sociologie africaine

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Le présent ouvrage propose des réflexions sur les théories, le contenu, les méthodes et les problématiques de la sociologie en Afrique. Il contient, entre autres, des analyses sur des sujets sociologiques tels que : l'apport de Balandier et Ziegler, deux grandes figures néoafricanistes, la recherche, la ville, les dynamiques sociales, la sphère politique, la communication sociale, etc. Le texte se veut la défense et l'illustration de l'idée et de la pratique de la sociologie africaine, en voie d'émergence et de construction.
Publié le : jeudi 1 octobre 2015
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EAN13 : 9782336392172
Nombre de pages : 332
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Va l e n t i nNG A ND O N G O
Leçons de sociologie africaine
Leçons de sociologie africaine
Sociétés Africaines et Diaspora Collection dirigée par Babacar SALL Sociétés Africaines et Diasporaune collection universitaire à vocation est pluridisciplinaire orientée principalement sur l'Afrique et sa diaspora. Elle accueille également des essais et témoignages pouvant servir de matière à la recherche. Elle complète la revue du même nom et cherche à contribuer à une meilleure connaissance des réalités historiques et actuelles du continent. Elle entend également œuvrer pour une bonne visibilité de la recherche africaine tout en restant ouverte et s'appuie, de ce fait, sur des travaux individuels ou collectifs, des actes de colloque ou des thèmes qu'elle initie. Déjà parus Claude SUMATA (dir.),Les migrants et l’investissement en Afrique,2014. Ibrahima Abou SALL,Les relations entre le Fuuta Tooro et l’émirat de Brakna, Un terreau d’expression machiavélique du colonialisme français (1850-1903), 2013. Jean-Marcellin MANGA,Jeunesse africaine et dynamique des modèles de la réussite sociale, 2012. Ibrahima SIGNATE,L’Afrique condamnée à l’espoir, 2012. Mody NIANG,Le clan des Wade. Accaparement, mépris et vanité, 2011. Mandiaye GAYE,La problématique de la citoyenneté au Sénégal,2011. Amadou-Mahtar M’Bow,Aux sources du futur, 2011. Amadou-Mahtar M’Bow,Le monde en devenir, 2011. Fadel DIA,Wade-Mecum ou le wadisme en 15 mots-clés, 2010. Mamadi CAMARA,Où va la Guinée? Mémorandum à un ami pour sauver notre pays, 2010. Aldo AJELLO,Brasiers d'Afrique. Mémoires d'un émissaire pour la paix, 2010, Thierno DIOP,Léopold Sédar Senghor, Majhemout Diop et le marxisme, 2010. Sidiki KABA,La Justice universelle en question. Justice de blancs contre les autres, 2010. Seidik ABBA,Rébellion touarègue au Niger. Qui a tué le rebelle Mano Dayak ?, 2010.
Valentin Nga Ndongo
Leçons de sociologie africaine
© L’Harmattan, 2015 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-06679-0 EAN : 9782343066790
PROLOGUE
Il nous fait grand plaisir de soumettre à la sagacité et à la consommation tant des enseignants et chercheurs que des étudiants en sciences sociales, voire simplement des lecteurs avides de connaissances dans les domaines épistémiques, lesLeçons de sociologie africaine.
Le terme « leçon » exige sans doute une élucidation préalable. D'origine latine « lectionem », accusatif de « lectio », il porte, au départ, une connotation liturgique, mystique et sentencieuse sur laquelle va ironiser Pierre Bourdieu dansLeçon sur la leçon. Mais par leçon, il convient d'entendre simplement ici une réflexion développée par un savant, au sens durkheimien du mot « scientia », science, c'est-à-dire un homme de science, un chercheur, sur une problématique donnée, relevant de son champ de compétence. Dans les sciences sociales, en particulier, la leçon constitue, depuis longtemps, un mode d'expression privilégié, comme peuvent en témoigner les ouvrages suivants, choisis à titre illustratif :Leçons sur la philosophie de l'histoireetLeçons sur l'histoire de la philosophiede Hegel ; Leçons de sociologiede Durkheim ;Dix-huit leçons sur la société industrielle de Aron ;Leçons de sociologiede Javeau. C'est dans cette tradition scientifique qu'entend se situer notre présente œuvre. Il s'agit d'un regroupement de textes publiés ou inédits ayant pour point de convergence ou dénominateur commun la défense et l'illustration de la sociologie africaine.
L'idée même de la sociologie africaine est consécutive à un véritable choc épistémologique subi lors de la soutenance de ma thèse de Doctorat d'État en sociologie, le 08 décembre 1999, à l'université de Paris 10 – Nanterre. Je tentais alors de démontrer le paradigme de l'existence d'une opinion africaine à rebours de la théorie dominante qui pose l'opinion comme une singularité, pour ne pas dire une exclusivité, de la société occidentale, prétendument démocratique, pluraliste et dissensuelle.
Un des membres du jury, sans doute déterminé par quelque prénotion afro-pessimiste, vient alors à m'interpeller en ces termes inoubliables : « Monsieur Nga Ndongo, vous parlez de choses qui n'existent pas chez vous en Afrique. Est-ce qu'il y a une opinion en Afrique, dans une société marquée par la tradition et l'unanimisme et, donc, l'incapacité des individus à opiner, à créer un espace de débat, conditionsine qua nonl'émergence de d'une sociologie dont l'essence est d'être critique ? ». L’intervenant conclut 7
en observant que, d’habitude, à Paris, les Africains viennent soutenir des thèses d’ethnologie/anthropologie et non de sociologie comme le prétend le candidat Nga Ndongo.
Un tel comportement, à la limite injurieux de la part d’un sociologue de gauche, du reste très lié à Bourdieu, l’un de mes référents épistémiques, mais cherchant curieusement à m’excommunier de la science de Durkheim, aurait douché mon ardeur sociologique. Loin s’en faut ! Il a plutôt renforcé ma détermination à entreprendre la défense et l’illustration de la sociologie africaine, c’est-à-dire la justification de son opportunité, de sa pertinence, de sa nécessité, de son utilité et de son urgence, sans, bien entendu, mettre sous le boisseau la démonstration de la solidité de ses fondements théoriques et méthodologiques.
Les textes reproduits dans le présent ouvrage ouvrent donc un débat de fond sur la nature, les paradigmes et la vocation de la sociologie dans un continent noir qui, à vrai dire, n’a jamais été sa terre d’élection, nonobstant les enseignements dispensés, les diplômes délivrés et les programmes de recherche menés dont le caractère, généralement extraverti, reste préoccupant dans le monde d’aujourd’hui, comme l’affirme Jean Ziegler, « la sociologie est un outil qui opprime ou libère ». Elle est donc un savoir stratégique que l'Afrique, compte tenu de son histoire particulière, a tout intérêt à aborder, théoriquement et méthodologiquement, pour comprendre le monde et maîtriser son présent, et projeter son devenir, pour finalement contrôler, librement, son historicité.
Mais pour emprunter à l'égyptologue Grégoire Biyogo, je dirais que la sociologie africaine ne saurait être conçue comme une nouvelle sociologie, destinée à remplacer la sociologie classique, d'origine occidentale qui, il faut le reconnaître humblement et honnêtement, est un des savoirs majeurs de notre temps. La sociologie africaine doit donc éviter le piège de l'essentialisme, du différencialisme, du narcissisme, c'est-à-dire de la spécificité, de l'africanité, du repli sur soi ; elle doit tourner le dos à l' « ipséité » pour se confronter à l'altérité, à l'universalité, c'est-à-dire de l'africanité, elle doit se tourner en fait à l'autre, au monde, où domine la compétitivité ou ce que Samuel Huntington appelle, non sans quelque suffisance, le « choc des civilisations ».
Dans ces conditions, la sociologie africaine ne saurait être une sociologie dégradée, inférieure, c'est-à-dire de la mauvaise sociologie : « africain » n’est pas forcément l’adjectif dévalorisant et nécessairement synonyme de 8
mauvais ; il ne saurait être question ni d’une sociologie argotique, tropicalisée, créolisée ou « périphérisée », tribalisée ou clanisée ni même d'une sociologie à part, adossée à une revendication absurde d'une quelconque différence de couleur de peau. C'est une sociologie prométhéenne, c'est-à-dire une appropriation, par les Africains, d'un savoir qui, ayant longtemps servi à leur oppression, doit désormais aider à leur libération.
Il ne me reste plus qu'à inviter le lecteur à réserver un accueil positif au présent ouvrage dont les éléments susciteront sans doute d'intenses moments de falsification et de réfutation pour paraphraser Popper, permettant ainsi à la sociologie africaine de vivre, comme l'énonce Kuhn, sa révolution épistémique, en passant de la science anormale à la science normale.
Yaoundé, le 26 mai 2014
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