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LES AFRICAINES ET LES TIC ENQUETE SUR LES TECHNOLOGIES LA

De
272 pages
Le fossé numérique ne cesse de se creuser entre les sexes, en Afrique en particulier. Que représentent donc les TIC pour les Africaines ? Ce livre traite de la question des TIC au service de l'autonomisation des femmes, des TIC dans le combat contre la violence faite aux femmes et de l'utilité des TIC dans la redéfinition des espaces public et privé.
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LESAFRICAINESETLESTIC
Enquêtesurlestechnologies,laquestiondegenreetautonomisationLESAFRICAINESETLESTIC
Enquêtesurlestechnologies,laquestiondegenreetautonomisation
Sousladirection
d’InekeBuskensetAnne Webb
Traduitdel’anglaispar
GenevièveDeschamps
Centrede recherchespourledéveloppementinternational
Ottawa–LeCaire–Dakar–Montevideo–Nairobi–NewDelhi–SingapourLesPressesdel’UniversitéLavalreçoiventchaqueannéeduConseildesArtsduCanada
etdelaSociétédedéveloppementdesentreprisesculturellesduQuébecuneaidefnan-
cièrepourl’ensembledeleurprogrammedepublication.
Nous reconnaissons l’aide fnancière du gouvernement du Canada par l’entremise de
sonProgrammed’aideaudéveloppementdel’industriedel’édition(PADIÉ)pournos
activitésd’édition.
Miseenpages:InSituinc.
Maquettedecouverture:MarietteMontambault,
d’aprèsleconceptoriginaldeAndrewCorbett
La versionanglaisedecetouvrage (Africanwomen and ICTs: investigating technology,
gender and empowerment)aétépubliéepourlapremièrefoisen 2009parZedBooks
eLtd, 7CynthiaStreet,LondresN19JF,Royaume-UnietRoom400,175 5Avenue,
New York,NY10010,États-Unis.
ww.zedbooks.co.uk
Centrede recherchespourledéveloppementinternational
BP8500,Ottawa(Ontario),CanadaK1G 3H9
info@idrc.ca/www.idrc.ca
Tousdroits réservés.Pourl’ensembledel’ouvrage:©InekeBuskensetAnneWebb, 2009.
Pourchaquechapitre,individuellement:©lescollaborateurs, 2009.
Ineke BuskensetAnne Webbontfaitvaloirleurdroit d’êtreidentiféescommedirectrices
de cet ouvrage conformémentà la loi sur les droits d’auteur, les modèles et les brevets de
1988(Royaume-Uni).
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toute transmission en tout ou en partie de cette publication, sous quelque formeou par
quelquemoyenquecesoit–supportélectroniqueoumécanique,photocopieouautre–sont
interdits sansl’autorisationexpressedeZedBooksLtd.
erDépôtlégal 1trimestre 2011
ISBNPUL:978-2-7637-8881-4
ISBNCRDI:978-1-55250-945-6
©L'Harmattan,2011
5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique,
75005 Paris
LesPressesdel’UniversitéLaval
http://www.librairieharmattan.com
2305, ruedel’Université
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
Pavillon Pollack,bureau 3103
harmattan1@wanadoo.fr
Québec(Québec),CanadaG1V 0A6
ISBN:978-2-296-54292-2
www.pulaval.com
EAN:9782296542922Table des matières
Àproposdesdirectrices................................................................... VII
Remerciements................................................................................ IX
Avant-propos................................................................................... 1
Introduction.................................................................................... 3
Ineke Buskens et AnneWebb
1. Menerdes recherchesauprèsdesfemmes
dans uneoptiquede transformation.......................................... 13
Ineke Buskens
PARTIE1
OUTILSTIC: ACCÈS ET UTILISATION
2. L’utilisationdes technologiesdel’informationetdela
communicationparlesMozambicaines:
unoutild’autonomisation?....................................................... 25
Gertrudes Macueve, Judite Mandlate, Lucia Ginger, Polly Gaster
et Esselina Macome
3. Envisagerd’utiliserlesTIClorsquel’approvisionnementenénergie
n’estpasassuré:étudedecasenAfriqueduSud rurale.............. 39
Jocelyn Muller
4. L’utilisationdes téléphonesportablesparlesfemmes
des régions ruralespourcommuniquer:
étudedecasdanslenordduNigeria......................................... 53
Kazanka Comfort et John Dada
5. Ledilemmedesartisaneségyptiennesfaceàlademande
desmarchésactuels................................................................... 67
Leila Hassanin
VLES AFRICAINES ETLESTICVI
PARTIE2
ESPACESTIC RÉSERVÉS AUXFEMMES: PERCEPTIONS ET PRATIQUES
6. Lorsqu’unepolitiqued’accèsindiférente aux sexospéciftésconduit
àdesdiscriminations: réalitésetperceptionsd’étudiantes
del’UniversitéduZimbabwe.................................................... 79
Buhle Mbambo-Tata, Elizabeth Mlambo et Precious Mwatsiya
7. Unespacepublicalternatifpourlesfemmes:lepotentiel
desTIC.................................................................................... 91
Leila Hassanin
8. UtiliserlesTICpour raviverl’espoiretl’engagement:lalutte
contrela violencebasée surlegenreauMaroc........................... 103
Amina Tafnoutet AatifaTimjerdine
9. Carnetd’adresses:les réseauxd’utilisateursde téléphonesportables
sont-ils unmoyenefcace pourdéfendrelesdroitsdesfemmes
enZambie?............................................................................... 115
Kiss Brian Abraham
PARTIE3
L’UTILISATION DESTIC AMÉLIORE-T-ELLE LES CONDITIONS DE VIE ?
10. Les téléphonesportablesàl’heuredelamodernité:
lespoissonnièresetlesouvrièresau traitementdupoisson
deDakaren quêted’autonomie................................................ 127
Ibou Sane et Mamadou Balla Traore
11. EntrepreneuresàNairobi:étudeetmiseencontexte
deschoixdesfemmes................................................................ 141
AliceWanjira Munyua
12. Autodidactesetindépendantes:l’utilisationd’Internet
chezlesentrepreneuresdu secteur textileàDouala,
auCameroun............................................................................ 157
GisèleYitamben et ÉliseTchinda
13. LesTICcommemoteursdechangement:lecas
desentrepreneuresdesmilieuxpopulairesougandais................. 169
Susan Bakesha, Angela Nakafeero et Dorothy Okello
14. Lescabinescellulaires:instrumentsd’autonomisationpour
lesfemmesdes zones ruralesougandaises.................................. 183
Grace Bantebya KyomuhendoTABLE DES MATIÈRES VII
PARTIE4
CRÉER DE NOUVELLES RÉALITÉS
15. L’autonomisationcomme sourcede succès:l’exemple
desprofessionnellesdu secteurdesTICauKenya..................... 199
Okwach Abagi, Olive Sifunaet Salome Awuor Omamo
16. Réfexions surlesexpériencesdementoratdefemmes
faisantcarrièredansledomainedesTICàNairobi,auKenya:
jeuxdemiroir........................................................................... 215
Salome Awuor Omamo
17. Notreparcours versl’autonomie:le rôledesTIC...................... 227
Ruth Meena et Mary Rusimbi
Épilogue.......................................................................................... 243
Ineke Buskens et AnneWebb
Notes surlescollaborateurs ............................................................. 247
Index 255À propos des directrices
Ineke Buskens est une anthropologue des cultures qui se passionne
pourlaméthodologiedela rechercheetl’autonomisation(empowerment)
desfemmesetporteunprofondrespectàladiversitéculturelleetàl’unicité
del’êtrehumain.ElleafaitsesétudesàLeiden,aux Pays-Bas,eta vécuau
Ghana,enIndeetauBrésil.Elle résideenAfriquedu Suddepuis1990et
afondésasociété,«ResearchfortheFuture»,en1996.Depuis,elletravaille
comme conseillère indépendante dans les domaines de la recherche, du
genre et de la facilitationà l’échelle internationale. Dans le cadre de ses
recherches, elle privilégie les approches émancipatoires qui favorisentle
développement d’un monde durable, juste et plein d’amour. Dans les
formationsqu’elle ofre aux chercheurs, elle tente de révéler les dons de
chaque participant et cherche, dans son travail de facilitatrice,à fomenter
laprisedeconsciencedesquestionsliéesaugenreetlacollaborationauthen-
tique. Elle dirige aujourd’hui le réseau GRACE, qui met à contribution
28équipesdechercheursdisséminéesdans19paysd’AfriqueetduMoyen
Orientetimpliquéesdansdes recherches surlegenreetles relationsentre
les technologiesdel’informationetdelacommunicationetl’autonomisa-
tiondesfemmes.MmeBuskensétudieégalementàlaRamtha’sSchoolof
Enlightenment,àYelm(Washington,États-Unis)etlesapprentissagesqu’elle
yfaitl’incitentàaccepterl’inconnudans touslesaspectsde sa vie.
Anne Webbestcoordinatricedela recherchepourleprojetGRACE.
Son intérêt pour la recherche féministequalitative est né des principes de
larecherche-actionparticipative.Aucoursdesquinzedernièresannées,elle
atravailléenfaveurdelaréductiondesinégalitésauprèsdediversescommu-
nautés et équipes de recherche. Pendant sa formationen sociologie, en
éducation des adultes et en études de genre à Toronto (Institut d’études
pédagogiquesdel’Ontario)etàLaHaye(InstituteofSocialStudies),Mme
Webb a côtoyé, de façonformelleet informelle,des personnes de tous
horizons et de toutes provenances, au Canada, en Europe et en Afrique
australe, dans un processus d’enrichissement constant. Mme Webb réside
actuellementauQuébec.
IXRemerciements
Nous tenons tout d’abord à remercier Heloise Emdon, gestionnaire
duprogrammeACACIAduCentrede recherchespourledéveloppement
international (CRDI), qui a eu l’idée de raconter les expériences des
Africainesavec les technologies de l’informationet de la communication
(TIC). Nous remercionségalement JennyRadlof, ChatGarciaRamiloet
Anriette Esterhuysen, de l’Association forProgressive Communications,
pour avoir développé, avec Mme Emdon, l’idée d’un réseau de recherche
surlaquestiondegenreetlesTICenAfrique.Nousvoulonsaussiexprimer
notrereconnaissanceauCRDIpournousavoirsoutenusfnancièrementet
avoir cru en nous et, plus particulièrement, à Ramata Tioune et Edith
Adera quiontété une sourced’inspirationetdeforce.
C’était un privilège de travailler avec les participantes, qui ont
contribué à notre compréhension des diférents parcours des femmesvers
l’autonomisation et du rôle que les TICjouent ou pourraient jouer. Les
entretiens quenousavonsmenésdanslecadredeces recherchesnousont
considérablementenrichis.Nousremercionslesorganisationsquinousont
permisde rencontrerlesfemmesavec quinousdevionsparler.
Il est impossible de mentionner toutes les personnes qui nous ont
aidés et encouragés en tant qu’individus et réseau. Nous remercions en
particulier Helena Bailey, Leverne Gething, Lois Gibbs, Richard Grant,
NancyHafkin,GrantMarinus,TamsineO’Riordan,NidhiTandon,Fatima
TimjerdineetTatjana Vukoja.Nous sommes reconnaissantsànosfamilles
etamispourleurpatienceetpouravoirsupporténosabsences.Votreamour
étaitlamain quinouspoussaitàavancer.
Nous nous remercions également les uns les autres pour être restés
fdèlesànotrepassionetàchacun,pouravoirprisavecsérénitélestensions
etlesconfitsqu’ungroupedepersonnesaussidiversifécréeinévitablement.
Notreattachementàl’objectifquenousdéfendonstousaéténotreforceet
notrepointdeconvergence.
Le réseauGRACE
XIAvant-propos
Lesfemmesafricainesparticipentindéniablementàla révolutiondes
technologiesdel’informationetdelacommunication(TIC)etelleslefont
demultiplesfaçons.Leschangementsapportésparl’utilisationdecesoutils
sontvisiblespartout.Enoutre,lesperspectivesdedéveloppementetd’auto-
nomisation des femmesengendrées par l’utilisation des TICsemblent
prometteuses.Pourtant,onentendpeuparlerdesexpériencesdecesfemmes
etdel’usage qu’ellesfontdecesoutils.Leurs vies s’améliorent-ellesgrâceà
ces nouvelles technologies? Si oui, de quelle façon? Existe-t-il des régions
où les femmespourraient et devraient participer à la révolution des TIC
maisnelefontpas simplementparce qu’elles sontdesfemmes?Comment
intégrer les perspectives, les connaissances et les expériences des femmes
concernantl’utilisationetlespotentielsdesTICauxpolitiquesenmatière
deTICactuellementmisesenplaceetappliquées surl’ensembleduconti-
nent ?
CesquestionsontincitéleprogrammeACACIAduCentrederecher-
ches surledéveloppementinternational(CRDI), qui soutientla recherche
surles technologiesdel’informationetdelacommunicationau servicedu
développement (TIC-D) en Afrique,et l’Association forProgressive
Communications (APC) à réunir en 2004 à Johannesbourg (Afriquedu
Sud) uncollectifd’universitairesetdemilitantsafricainsconnuspourleur
engagementpassionnéenfaveurdel’autonomisationdesfemmesgrâceaux
TIC.LespointsdevuedesAfricainesdevaientêtreracontésetcesconnais-
sancesdevaientêtredévoiléesaumondepardeschercheursafricains.Dece
grouped’individusnaîtrait un réseaude rechercheagissant unpeucomme
uneéquipederecherchevirtuelle. L’idéeaétéacceptéeetleréseauGRACE
(RecherchessurlegenreenAfrique:lesTICauservicedel’autonomisation)
est né. Les équipes ont toutes été encouragées à opter pour les sujets de
recherche qui les passionnent le plus, à concevoir leurs propres méthodo-
logiesetàformulerleurspropresquestions,toutenpoursuivantunobjectif
etdesintérêtscommuns.
Dans les études sur le développement, les conceptions ont évolué:
l’idéequ’intervenirenmettantenplacedesinfrastructuressufsait àattirer
1LES AFRICAINES ETLESTIC2
lesbénéfciairesvisésetentraînaitunchangementestdépassée.Leprincipe
del’efetdedifusion (trickle-downefect)–selonlequellesélémentslesplus
développés de l’économie tirent vers le haut les plus démunis – mène en
faità de plus grandes inégalités. Les approches fondéessur les droits et
destinéesàcombattrelesinégalitéscontinuentenrevancheàattirerl’atten-
tionetsontsourcesdeprogrès. L’importancequ’onaccordeactuellementà
la capacité d’action (agency) des bénéfciaires eux-mêmes en faveurdu
développement et de l’autonomisation semble également pertinente et
opportune. Il faut,dans toute réfexion sur le développement, trouver le
moyende s’assurer quelesfemmesenproftentellesaussi.
Legrouped’universitairesetdemilitantsréunisàJohannesbourgétait
enaccordavecl’objectifd’autonomisationdesfemmesetadmettait que sa
quêtedeconnaissances reposesurdesefortsdecompréhensiondelacapa-
citéd’actiondesfemmes.L’importancedonnéeàcettecapaciténécessitait
cependant que les chercheurs soient capables de la reconnaître chez leurs
interlocutricesetdel’illustrerdansleurs réfexionsetleursécrits,ce quiles
a conduits à mettre l’accent sur les méthodes de recherche qualitative, à
envisagerles recherchesdans uneperspectived’apprentissageconstantetà
appliquerlaculturedu respectmutuel,dupartageetdu soutien.
Aussiambitieusesquecesconsignesaientpuêtre,etlesontprobable-
menttoujours,ellessontsansaucundouteàl’originedusuccèsdeGRACE
entantqueréseauderechercheviablecontribuantnonseulementauxdébats
sur lesTIC-D(lesTICpour le développement) par rapport à la question
dugenreenAfrique,dansle sudetailleurs,maiségalementà unensemble
decapacitésderecherchesolidesetdurablesdansledomainedesTIC-Det
dugenre.
J’espèrequel’ouvragequevousavezentrelesmainsenrichiravosidées
etvousencourageraàvousinterrogeretàréféchir.Lesquestionsquiysont
soulevées,lesperspectivesétudiéesetles réalités révélées s’étendentau-delà
de l’Afriqueet du domaine des TIC.Toute personne intéressée par les
questionsdegenreetd’autonomisationpourra trouver soncomptedansla
lecturedecelivre.
HeloiseEmdon,Ottawa,octobre 2008Introduction
INEKEBUSKENSETANNEWEBB
Asseyez-vous,ledosbiendroit.
Détendez-vous,posezlesmains surlesgenoux.
Inspirezprofondémentetfermezles yeux.
Inspirez unenouvellefoisparlenezetexpirezparlabouche.
Encore unefois.Détendez-vous.
Observez,en votreforintérieur, vospensées, vosémotionsetles réactions
de votrecorps.
Nejugezpas, n’expliquezpas,contentez-vousd’observer.
Assisdans votreœuf,contentez-vousd’observer.
Concentrez-vous surce sur quoi vousdevez vousconcentrer:
Allez vers vosinterlocutrices,écoutezleurs voix,observezleurs visages.
Inspirezprofondément,détendez-vous.
Soyezconscient que vousêtesassislà,dans votreœuf.
Quelestlemessageleplusimportant qu’elles vouslivrent ?
Quedisent-elles ?
Inspirezprofondément,détendez-vous.
Vous possédez tout le savoir dont vous avez besoin, vous avez faitvotre
travail,laissez-lesmaintenantparlerà travers votreplume.
Laissezlesmots venir,nelescensurezpas,contentez-vousd’observer.
InekeBuskens
3LES AFRICAINES ETLESTIC4
DÉVELOPPERDESCONNAISSANCESPRATIQUES
ETFONCTIONNELLESEN FAVEURDUCHANGEMENT
Cegenrede réfexionpeutnepassembler trèsavancétechnologique-
ment, mais les relations entre les technologies de l’informationet de la
communication(TIC),l’autonomisationdesfemmes,ladiscriminationde
genre,l’accessibilité,l’entreprenariat,leplaidoyer,etc.sonttellementmulti-
dimensionnellesquenousavonsdûcommencerparnousconcentrer.Nous
entreprenions une tâche capitale en essayant de mieux comprendre si
l’autonomisation des femmesavait un impact sur leur utilisation desTIC
etleurscontributionsàcestechnologies–et réciproquement–etdequelle
façon.Nous nous apprêtions à étudier les entraves structurelles externes
auxquellessontconfrontéeslesfemmes,lesfacteursinternesetconceptuels
les empêchant ou leur permettant d’utiliser les TICà leur avantage ainsi
que les stratégies qu’elles mettent en œuvre pour surmonter les obstacles
(Buskensetcoll. 2004).
Les enseignements tirés de cette étude formentle contenu de cet
ouvrage.LesauteursassocientleursinterrogationssurlaplacedesTICdans
lavied’Africainesquimènentuneluttequotidiennepourplusd’autonomie
etd’égalitéaveclespointsdevuedesfemmeselles-mêmes,dansuncontexte
où on s’intéresse plus au potentiel des TICen faveurdu développement
qu’auxinégalitésactuelles qui sont sourcesdedivisions.
Pendant trois ans, quatorze équipes de chercheurs (comprenant
environ trente femmeset hommes) ont poursuivi leurs recherches dans
douzepays.Ils se sont réunis unefoisparanpourdes séancesde travailet
deformationenméthodologiedelarechercheetontvirtuellementpartagé
leurs impressions, leurs interrogations, leurs ressources et leurs remarques
1pendantle restedel’annéegrâceauxTIC.Leschercheursontmenéleurs
recherchesdansleurproprerégiongéographiqueet,danscertainscas,dans
leur propre communauté, sur leur lieu de travail et dans la langue locale.
Ilsfaisaientmêmeparfoispartiedespersonnesinterrogées.Ils se sontinté-
ressésàdes questions quiles touchaientàcausedeleurpropreexpérience,
deleursintérêtsetdeleurengagementenfaveurdel’égalitéentreles sexes
1. Enplusdelaformationenméthodologiedela recherche qualitative,descoursde
technologie de l’informationont été dispensés au cours des deux ateliers annuels
deGRACEgrâceàunpartenariatavecl’AssociationforProgressiveCommunications
(APC)et,plusparticulièrement,auprogrammepourlesfemmesdel’APC.INTRODUCTION 5
etdelajusticesociale,dansleslimitesduthèmegénéralduprojetGRACE
2(RecherchessurlegenreenAfrique:lesTICauservicedel’autonomisation) .
Ànotreavis,les résultatsobtenus sont remarquablesdeparl’étendue
delacompréhensionetdesconnaissancesacquisesconcernantlesexpériences
desfemmesetlesensqu’ellesleurdonnent.Ilssontégalementremarquables
parce qu’ils révèlent qu’il est possible, si les décideurs en ont la volonté
politique, de mettre un terme à la situation actuelle dans le monde: une
situationdanslaquellelesfemmesbénéfcientmoinsdelasociétédel’infor-
mationqueleshommesetycontribuentmoins(Huyeretcoll.2005).Cette
situationposeproblème sil’ensembledela sociétédoitbénéfcierdesTIC
etlesutiliserpourfavorisersondéveloppementetsil’idéededéveloppement
doit reféter et répondre aux intérêts et besoins de la population et pas
seulementàceuxdespersonnesen situationdepouvoir.
Pourrécolterdesdonnéessignifcativeslorsduprocessusderecherche
et comprendre leur sens, nous devions également nous concentrer. Nous
avons eu recours à plusieurs reprises à l’exercice de l’œufd’autruche ainsi
qu’à d’autres techniques d’introspection. Nous avons essentiellement
employé des techniques de recherche qualitative, car elles permettent
d’obtenirdesdonnéesdétailléesetdedécouvrirlesdiférentes dimensions
et les diférents aspects d’un phénomène. Les questions et méthodes de
recherche,laformationdeschercheursetleprogrammecontinudementorat
et de soutien accompagnant l’étude reposaient sur les principes de la
rechercheémancipatoirecritique(Buskens 2002;BuskensetEarl 2008).
Lesméthodesmisesenœuvredanschaquecasétaientidentiféespar
lesauteurscommeétantlesmieuxappropriéespourconnaîtrelesviesetles
idées des personnes qu’ils interrogeaient. Ces femmesétaient davantage
considéréescommedesactricesdeleurpropre vie quecommedes victimes
de leur situation, ce qui peut sembler contradictoire avec l’idée que leurs
viesnesontpasbiencomprisesetnevontpasdanslesensdudéveloppement
parlesTIC.Nousvoulionscependantsavoircommentlesfemmescompre-
naient leur situation présente, nous voulions qu’elles pensent au-delà de
leurs réalités actuelles et qu’elles réféchissent à ce qui devait être mis en
place pour qu’elles puissent réaliser leurs projets. Pour fairece genre de
raisonnement, les femmesdevaient considérer qu’elles avaient la capacité
2. Ce projet a été fnancé par le Centre de recherches pour le développement
international(CRDI)canadien.Lesopinionsexpriméesdanscechapitreetdansle
restedel’ouvrage sontcellesdesauteursetne refètentpasnécessairementlepoint
devueduCRDI.Pourplusd’informationsurleprojetGRACE,veuillezconsulter
le siteinternetàl’adresse suivante: www.GRACE-Network.net.LES AFRICAINES ETLESTIC6
d’agir pour elles-mêmes (Buskens 2002, 2006; Buskens et Earl 2008 ;
Hannan 2004; Kabeer 2005). C’est ce genre de réfexion qui permet de
développerdesconnaissancespratiquesetfonctionnellespouvantentraîner
deschangements.
Mais pour donner un sens à ces connaissances, il fautégalement
prendreencomptelesnormesetlesvaleursdenossociétésquiforgentnotre
conscienceetnotrecomportement.Iln’estpasfaciledeprendreconscience
des facteursqui déterminent nos points de vue et nos valeurs. Il n’est pas
non plus aisé de se faireune idée d’une réalité qui transcenderait notre
propresavoirconscientetnotreimagination.Maisc’estledéfqu’ontrelevé
lesauteursdecetouvrage:structurerleurrecherche,puisleurpropreanalyse
etinterprétation,afndetrouveruneexplicationauxperceptionsdesparti-
cipantes et à leur recherche d’autonomisation dans le contexte de leur vie
actuelleetdeleurs rêves.Ceprocessusexigeait unegrande réfexivitédela
partdesauteurs, qui travaillaientdansleurpropremilieu socioculturel.
Lefaitdetravaillerdansunenvironnementfamilierafacilitél’établis-
sementdes relationsaveclesparticipantesetl’identifcationdesspécifcités
locales,maisiln’estpassimpledeseprépareràreconnaître,danslecontexte
de la recherche et en soi-même, en tant que chercheur, les relations et les
présupposés sociaux, culturels, économiques, de genre, etc. appartenant à
lanorme.Entantqu’utilisateursautonomesdesTIC,lesauteursespéraient
également que les bénéfces qu’ils en tiraient soient partagés par d’autres.
Toutcommedes«étrangers»,lesauteurstravaillantcomme«anthropologues
natifs»(Rodriguez2001)ontdûrévéleretremettreenquestionleurspropres
présupposés et préjugés, en prenant conscience de leur propre regard, et
réussirà«fairedecequiestnormaluneétrangetéanthropologique»(Buskens
2006,2002).Cetteconsciencedesoi,ou réfexivité,estunequalitéimpor-
tantedel’approchede recherche qualitative quelesauteursontadoptée.
Les séances d’introspection ont permis aux auteurs de découvrir des
connexions entre les mots et les actions, même lorsqu’ils semblaient, à
première vue, contradictoires. Afn de se concentrer, de réaliser ce travail
d’introspection et d’augmenter leur capacité à reconnaître les diférents
niveauxdeconscienceetlesdiférents niveauxde signifcationassociés,les
auteurs ont eu recours à une technique développée par Buskens, appelée
TransformationalAttitudeInterview(Buskens2008).Cetteméthodepermet
de réaliserdesentretiensapprofondisrévélantlesexpériences,les valeurset
lesrêves,ainsiquelesdivergencesentreceux-ci.Ens’intéressantauxéléments
nécessairespouratteindre une réalité voulue,onparvientà reconnaîtreles
obstacles (aussi bien personnels qu’externes) et identifer les atouts et lesINTRODUCTION 7
conditionsnécessairespourêtrecohérentavec l’idéedumondeauquelon
aspire.
ÉBRANLERLAHIÉRARCHIE ?
Dansleschapitresquisuivent,lesauteursconsidèrentlesTICcomme
des outils pouvant aider les personnes à transformerleur existence. Nous
necroyonspasquelesTIC,toutcommelesprécédentesformesdetechno-
logies de l’information,puissent changer des systèmes et des valeurs
inéquitables.LesTICsontdesconstructionssociales:ellessont«leproduit
d’unenvironnementparticulier,crééparcertainespartiesprenantes,pour
certains objectifs» (Heeks 2002: 5). Que ces objectifssoient explicites ou
non,ilssont«formulésdanslecadred’undiscourspluslargesurlamoder-
nisation et le développement, qui repose sur l’idée que le manque de
connaissances [occidentales] est en partie responsable du sous-développe-
ment»danslespaysen voiededéveloppement(Schech 2002:13).Il s’agit
cependantlàd’unehypothèseàlafoisarroganteetnaïve,quifeintd’ignorer
les réalités et relations politico-économiques qui rendent les pays «déve-
loppés»et«endéveloppement»dépendantsles unsdesautres.
Ilestenoutregénéralementreconnuquelanatureetl’orientationdu
développementdelasociétédel’informationnes’appuientpassurlaréalité
des femmeset encore moins sur celle des femmesvictimes de pauvreté et
dediscriminationdegenreetquinesontpasensituationdepouvoirsurla
scènepublique(HafkinetHuyer2006;Huyeretcoll.2005).Actuellement,
le manque de documentation sur les questions de genre par rapport à
l’impact des TIC«rend difcile, voire impossible, de plaider auprès des
décideurs en faveurde la considération des questions de genre dans les
politiques,programmeset stratégiesenmatièredeTIC.Commel’indique
lePNUD: “sansdonnées,iln’yapasdevisibilité.Sansvisibilité,iln’yapas
depriorité”(citédansHuyeretWestholm2000)»(ibid.:50).Lesenquêtes
menées dans le cadre du projet GRACE démontrent la complexité des
inégalitésdegenrequiperdurentdanslemilieudesTICetsontactuellement
rarementabordéesdupointde vuedes utilisatrices(ibid.;Sciadas 2005).
Nous sommesconscients quelesTICpeuvent serviràenrichirnotre
vie, nous fairegagner du temps, contribuer à notre bien-être et à notre
développementéconomique,etc.Maisilspeuventégalementexacerberles
situations, relationsetimagesliéesau genreet,parlefaitmême,jouer un
rôleconservateuretréactionnaire.L’essentieln’estdoncpastantlaquestion
del’accèsetduprix,bien queceux-ci restentdesfacteursimportants,maisLES AFRICAINES ETLESTIC8
la connaissance de ses droits et la possibilité d’aménager un espace pour
l’autodétermination.
Les TICcréent diférentes valeurs temporelles et spatiales, mais la
placeaccordéeàl’autodéterminationn’estpasexplicite.Elleaplusieurssens
et peut être décrite diféremment en fonctiondu contexte. Par ailleurs,
l’utilisationdesTICpouraméliorerlaviedesindividusprésupposequeces
individus disposent d’un certain contrôle sur l’espace et le temps dans
lesquelsils vivent.
LESCHAPITRES
Lesauteursdecetouvrage soulèvent uncertainnombrede questions
liéesàleurcompréhensiondespointsde vueetdesexpériencesdes utilisa-
trices de TICqui ont participé à leurs recherches. Ils s’intéressent aux
éléments qui ont une incidence sur l’usage que les femmesfontdes TIC
qu’elles ont à leur disposition et, dans certains cas, aux efets du manque
d’accèsauxTIC.Ilsanalysent unensemblecomplexedefacteurs.
Lespersonnesinterrogéesdanslecadredel’étudeavaient toutes une
certaineexpériencedesTICtellesquelestéléphonesportables,laradio,les
ordinateurs, Internet et les CD-ROM. La façondont les femmess’en
servaient et les possibilités qu’elles entrevoyaient ou qu’elles visaient en
matière d’accès, d’utilisation et de contrôle (de l’objet et du contenu) des
TIC,les conséquences qui les touchaient et les implications de ces consé-
quences, considérées dans un contexte culturel et socio-économique plus
large, variaient considérablement. Elles révélaient également certains
élémentsimportants,indispensablesàlacompréhensiondel’incidencedes
TICsur le développement, la réduction de la pauvreté, l’égalité de genre
oulajustice sociale.
Nousavons regroupélesexpériencesdesparticipantesenfonctionde
leur utilisationdesTICpar rapportàla questiondel’autonomisation.
Lesfemmesdontilestquestiondanslapremièrepartiesonttouchées
parlesTICdemanière«passive».Lesdiférentes technologiesontchangé
leur vie,maiscesfemmesn’ontpas,ou rarement,lapossibilitéd’accéderà
cesoutilsetdelesutiliser.Cetteimpossibilitéestdueàunmanqued’infras-
tructures (notamment d’électricité et de matériel), à la pauvreté (leur
principale priorité étant de survivre) et à l’analphabétisme. Souvent, ces
facteurssontpartiellementouentièrementliésaugenre.Parexemple,dans
certainscontextes,lesTIContuneincidencesurlaviedesfemmes,carelles
sont entrées dans leur sphère parce que des membres de leur familles’en
servaient,queleurcommunautéyavaitaccèsouqu’ellesconnaissaientleurINTRODUCTION 9
usagepotentieletlesbénéfcesqu’ellespourraiententirer,mêmelorsqu’elles
necherchaientpasactivementà s’en servir.Certaines technologiesontété
considéréescommeinutiles tandis quelesbienfaitsd’autres se sont révélés
relatifs.
Dansladeuxièmepartie,lesparticipantesbénéfcient,ou vontbéné-
fcier, d’espaces réservés aux femmesqu’elles créent ou qui vont être créés
pour elles par le biais desTIC.Elles peuvent y trouver refuge,s’exprimer,
apprendre,établirdescontactsetexercerdesactivitéscommerciales.Dans
certainessituations,ledéséquilibreentrelesgenresdanslemilieudanslequel
viventcesfemmesestsimarquéqu’ellesn’ontpasl’opportunitéd’améliorer
leur vie et de contribuer davantage à leur société dans les espaces publics
physiques existants. Les espaces virtuels créés par lesTICleur permettent
dejouirdenouvelleslibertésetd’entirerparti.Encréantdenouvellesformes
d’espaces–en utilisant un téléphoneportablelorsqu’elles sont victimesde
violence dans un espace physique fermé,en créant des environnements
d’apprentissage et de travail favorablesqui ne requièrent pas de pénétrer
danslasphèrepubliquepatriarcale,endéveloppantlesréseauxdeplaidoyer
– les femmesse créent de nouvelles possibilités et de nouvelles libertés.
Qu’indique,cependant,ledésiroul’objectifdesfemmesdedisposerd’es-
pacesquileursontréservésgrâceauxtechnologiessurleschoixdesfemmes
etleurintérêtpourlesTIC?Quepenser,dansuneperspectived’égalitédes
sexes, de ce désir de se séparer des structures de pouvoir existantes plutôt
qued’yfaireface?Est-ceuneformed’expressiondel’autonomisationpour
lesfemmesconcernées?Sont-ellesen traindecréerdespossibilitésd’auto-
nomisation ?
Danslatroisièmepartie,lesfemmesontrecoursauxTICpouraccroître
leur contrôle du temps et de l’espace dans leur vie personnelle et profes-
sionnelle.Cenpendant,leurutilisationdesTICsouventremetenquestion
etbouleverselesrôlesetles«normes»degenredanslesespacespublics.Les
femmesdécouvrent l’indépendance à travers l’acte physique d’utiliser les
TICet en tirent des bénéfces socio-économiques. Toutefois,étant donné
que leur utilisation de ces technologies leur permet de mieux assurer leur
triple rôle, on peut avancer que les TICcontribuent au maintien, voire
renforcentladivision traditionnelledu travail selonlegenreet,partant,le
déséquilibreentrelessexes.Certainesfemmesonttoutefoisréussiàseservir
desTICnonseulementpouraméliorerleurvie,maisaussipourtransformer
leurréalité.Ellesontmodifél’imageetlaconditiondelafemmedansleurs
relationspersonnellesetdansleurcommunauté.
Lesauteursdelaquatrièmepartiesesontentretenusavecdesfemmes
qui utilisent desTICpour améliorer leur vie en fonctionde leurs propresLES AFRICAINES ETLESTIC10
objectifs.Cesfemmescréentdenouveauxespacesoùelles-mêmesetd’autres
peuvent vivre, penser et travailler et qui ont, de diférentes manières, une
incidence sur les espaces publics aux niveaux familial,local, national et
international.Enchangeantleurpropreconditionetenbrisantle«plafond
de verre», elles deviennent une source d’inspiration pour d’autres. Ces
femmesvont de la PDG d’une société deTICnationale, qui a accès à de
nombreusesressources,àlacoifeuse quiadûéconomiserpendantdeuxans
pouracheterletéléphoneportablequiluiapermisdemontersonentreprise
etquipeutdésormaisachetersapropremaisonetmêmeofrir unechambre
enlocation.
Ces quatre parties peuvent être considérées comme des scénarios ou
des étapes. Dans chacune d’entre elles, on peut s’interroger sur le niveau
d’autonomisationnécessairepourquelesfemmesaientaccèsauxTICetles
utilisentouparticipentauxespacescréésgrâceauxTIC.Notreétudeindique
qu’ilexisteplusieurs«seuilsd’autonomisation»avecdiférentes combinai-
sonsdefacteursfavorables,internesetexternes.Pourtant,àchaqueniveau,
mêmelorsqueleschoixdesfemmessontdespluslimitéscarellessontprivées
desservicesdepremièrenécessité(commel’électricité),ellesexprimentleur
capacitéd’agir.AmartyaSenécrit:«Jene vois,àl’examen,aucunepriorité
aussibrûlantepourl’économiepolitiquedudéveloppement qu’une recon-
naissancepleineetentièredelaparticipationetduleadershipfémininsdans
les domaines politique, économique et social». Mais il admet cependant
queledéveloppementde«lafonctiond’agentdesfemmes(...)estl’undes
domaines les plus négligés dans les études sur le développement et sans
aucundoutecelui quimériteraitleplusde retenirl’attention»(Sen 2000:
270).
Enclarifantcommentlesfemmesexercentleurcapacitéd’actiondans
leur utilisation des TIC,comment les questions de genre entravent ou
améliorent l’accès des femmesau TICet leur utilisation, comment des
femmesont réaliséleurs rêvesgrâceauxTICetcedontellesonteubesoin
pour yarriver,à quelsobstaclesellesontétéconfrontéesetcommentelles
ontréussiàsurmonterlesdifcultés internesetexternes,lesauteurscontri-
buentà unemeilleurecompréhensiondupotentieldesTIC.Cespuissants
outils méritent toute notre attention. Ne pas leuraccordercetteattention
pourrait signifer des occasions ratées pour les femmes.Nous prendrions
aussile risque quelesTICrenforcent,involontairement,ladiscrimination
enverslesfemmesetlespriventdeleurautodétermination.INTRODUCTION 11
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Mener des recherches auprès des femmes
dans une optique de transformation
INEKEBUSKENS
Les recherches qualitatives auprès des femmescomme celles que les
auteursontmenéesposentcertainesdifcultés. Leschercheursetlesparti-
1cipantesontgrandidansdes sociétésandrocratiques ,ce qui signife qu’ils
seperçoiventeux-mêmesetles unslesautresà traverslesfltrescréésparla
pensée sexistelargement acceptée. Il yafortàparier que lesfltres varient
beaucoup entre les diférents individus, groupes, communautés et pays et
enleurseinetqu’ilsresterontindéterminésàdiversdegrés,maisilestcertain
quepersonne n’enestexempt.
LESFEMMESENTANTQUE PARTICIPANTES
Lesfemmesontintégrédesprésupposésnonvérifésetdesconceptions
entachéesdepréjugésconcernantleurexistenceetleurscapacitésoul’absence
decelles-cià undegré tel qu’ellesne savent souventpas vraiment quielles
sontetcequ’ellesveulent.Lesfemmespeuventpenserqu’ellessont,entant
que personnes, moins utiles, moins capables, moins compétentes, moins
talentueuses,etc.qu’ellesnelesontvraiment.Enoutre,lesconceptscultu-
rellementacceptésdanslessociétésàprédominancemasculinenepermettent
pastoujoursauxfemmesdefairepartdeleursréalitésetdeleursexpériences.
1. L’androcratie se défnit comme la domination par des hommes de pouvoir et se
distinguedeladominationmasculineetdupatriarcat. VoirEisler(1995).
13LES AFRICAINES ETLESTIC14
Lesfemmessont souventjugéesetdénigréesparl’idéologieandrocratique
dominante(Daly1973;Belenkyetcoll.1986;Gilligan1982).
Endemandantauxfemmesdeparlerdeleursvies,leschercheursleur
ont aussi implicitement demandé de choisir les concepts avec lesquels le
faire.Cesconceptsétantinfuencésparlesimagesd’unecultureandrocra-
tique,ilspeuventêtrenormatifs,dénigrantsoutoutsimplementinappropriés
pour représenterles réalitésdesfemmes.Lorsquelesconceptsintégréspar
les femmesnuisent à leur cheminement en tant qu’êtres humains, elles
subissentdes tensionsetdesconfitsentrece qu’elles saventd’elles-mêmes
et ce dont elles croient être capables. Elles peuvent même ne pas être
conscientes que les concepts socioculturels qu’elles ont assimilés sur les
femmesengénéralinfuencentl’imaged’elles-mêmesqu’ellessesontperson-
nellement construite en tant que femme.Interroger des femmessur leurs
sentimentsimpliqued’accéderàleurexpérienceetleur véritépersonnelles
toutenrévélantleurrelationaveccetteculturedominante.C’estprécisément
dans l’espace mental entre les concepts culturellement acceptables et leur
véritépersonnellequesesituentlestensionsentrecequelesfemmespensent
êtreoudevoirêtreetcequ’ellesressententvraiment(AndersonetJack2006).
Que peuvent attendre les chercheurs de leurs échanges avec les
femmes?
Les femmespeuvent être très attentives à ce qu’elles pensent que les
chercheurs veulent entendre, car elles manquent d’assurance au moment
desedéfniretd’exprimercequ’ellesressentent.Ellesontsouventl’impres-
sion de ne pas avoir «les bons mots» pour parler de leur expérience. Elles
peuvent donc se contredire et parler entre les lignes. Elles peuvent avoir
tendanceàsecomparerauxstéréotypesqu’ellesontde«lafemmevertueuse»
etelleslefontparfoisen«se situantelles-mêmes»par rapportàcemodèle.
Ellespeuventparmomentsparleren«stéréo»,exprimerlecôtéculturelle-
ment accepté de leur rôle de femmeet, en sourdine, leur expérience
personnelleauthentique(ibid.).
Lesfemmespeuventpartagerleurexpérience toutencritiquantleurs
proprespropospardesmétaréfexions.Lesnotionsqu’ellesutilisentpeuvent
êtredes«notionsenconstruction»:ilestpossiblequ’ellesutilisentd’autres
conceptslorsdel’entretiensuivant.Ellespeuventparfoisavoirrecoursàdes
notionsculturellementacceptéespourcritiquerleurproprevie.Ilpeutaussi
arriver qu’ellespuisentdansleurexpériencepersonnellepourcritiquerdes
concepts culturellement acceptés. De nombreuses femmesont beaucoup
derêvesqu’ellesn’ontpasréalisésetsontpleinesd’inquiétudesetdedoutes
quantàleurconcrétisation.Unerechercheapprofondiepeutfaireremonter- % TLULY KLZ YLJOLYJOLZ H\WY.Z KLZ MLTTLZ 15
toutcelaàlasurfaceetcauseruncertaindésarroi.Idéalement,leschercheurs
devraientpouvoirlesconseiller(ibid.).
LARECHERCHE AUPRÈSDESFEMMES: L’EXEMPLEDU
ZIMBABWE
Nousallonsmaintenantanalyserleprojetde rechercheentreprispar
l’équipe de GRACE au Zimbabwe afn de mettre l’accent sur le type de
décisions qui caractérise la recherche qualitative auprès des femmeset les
opportunitésofertesparcegenred’étudespouraccumulerdesconnaissances
valideset utiles.Cetteétudeestprésentéeintégralementauchapitre 6.
Àl’universitéduZimbabwe, troischercheuses, quiétaientbibliothé-
caires à l’université à l’époque des recherches, avaient remarqué que les
étudiantsétaientbienplusnombreuxquelesétudiantesdanslelaboratoire
informatiquedelabibliothèque.Lesétudiantsde touteslesfacultésontle
droitd’utiliserlesordinateurs.Lesstatistiquescompiléesgrâceauxregistres
d’utilisation et aux taux d’inscription des étudiants ont confrmé leurs
observations. Au moment de cette étude, la bibliothèque ne disposait pas
desufsamment d’ordinateurspourtouslesétudiantsquienavaientbesoin.
La règledu«premierarrivé,premier servi»étaitdoncappliquée.
En s’appuyant sur leurs statistiques et sur l’observation des partici-
pantes,leschercheusesontmisaupoint uneétude qualitativeapprofondie
pour comprendre la situation. L’analyse des récits de ces étudiantes leur a
permisd’identiferplusieursraisonsexpliquantcettedifculté d’accès.Nous
n’analyseronsqu’uneseuledecesraisonsici:lefaitquelaconcurrencepour
l’accèsauxordinateursseterminaitsouventenconfrontationphysique.En
d’autresmots,lesétudiantspoussaientlesétudianteshorsdulaboratoire.
Leschercheusesauraientpus’arrêterlàet,aveclesdonnéesrassemblées,
dresser un tableauperspicacedes relationsentrelesétudiantes,l’utilisation
desTICetlesétablissementsd’enseignement supérieurenAfrique.
Ellesontpourtantchoisides’intéresserauxdeuxprincipales«anoma-
lies» révéléesparleurétude:lefaitquecertainesétudiantes réussissaientà
accéder aux laboratoires (ils ont commencé à les appeler «déviantes», car
elles déviaient de la norme) et que lorsque l’on demandait aux étudiantes
«normales»commentellespercevaientlefaitdenepaspouvoiraccéderaux
ordinateurscommeellesle voudraient,plusieursd’entreellesnemettaient
pas du tout en cause la règle du «premier arrivé, premier servi». Dans
l’espritdecesparticipantes,cette règleétait toutàfaitacceptableetconsti-
tuaitmêmeunprogrèsparrapportàcequoiellesavaientétéhabituées.Ces