Les agriculteurs français aux urnes

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EAN13 : 9782296268371
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LES 86R ICULlEURS FRRNCRIS HUH URNES

Dans la colleclion

«

Ahernalives rurales»

Guy BAR.1Hâ..ÊMY, hipk.o. Sauver lu forits tU l'Himalaya. 144 pages, C 22 gravures hors-teXte. Denys CuCHE, Pérou Mgre. Les descendanrs d'esclaves africo;.ins du Pérou. Des: grands. domaines esclavagistes aux plantarlons modernes. 182 pages. lNsmtJT PANAPRICAIN l'OUI. LE Devm.oPPEtoœNT. omprendre IUle konofIIIU C . rurale. Guide pratique de rec:herche. 172 pages. Jean PAVAGBAU, Jeu.nn paysans ~ terres. L'exemple malgache. 208 pages. Jean-Luc Poœr, Le beefsteaJr.tù soja: IUlesoiulion ail problème alimel&tain

mondial? 168pages.

.

Les sillons tU la faim. Textes rassemblés par le Groupe de la Déclaration de Rome et présent6s par Jacques Berthelot et François de Ravignan. 22S pages. Jean-Paul BILl.AUD,Marais poileviA. Rencontres de ia terre et de l'eau. 26S pages. Rémi MANGEARD, aysans africains. Des Africains s'unissent pour uœlioP rer leurs villages au Togo. 308 pages. Philippe BSRNARDET, Association agricuJtun-ilevage eA Afriljw. Les peuls semi-trlDSQtn'Qml$ de la Côte d'Ivoire. 2AOpages. François BESLAY,Les Réguibau. De la paix française au Front Polisario. 192 pages. Adrian ADAMS,La terre et les gens dufleuve. Jalons, balises. 244 pages. Anne-Marie HOCHET,A/riqw tU.rowst. Lu paysans, cu« ignorants efficacu ». 176 pages. Jcan-Piem DARR£, La parole et la 1eC1uùque. L'univers de pens6e des 6leveurs du Temois, 200 pages. Pierre VALLIN, aysans rouges du Limousin. 366 pages. P Dominique DEsœux (sous la direcôon de). L'Eau. Qwls enjeIDC pour les sociélb nualu? m pages. Jean-C1aude GuBsooN. Parlons WlChu... Lait et viantû en France. Aspects 6eonomique et r6Jionaux. 156 pages. David SHERIDAN. L'irrigation. .Promuses et dange~. L'eall contre la faim? 160 pages. Nicole EmœR., Lu par~s tù r agricuJtun française. 160 pages.

Lloyd 1'IMBmu..A1œ, L'Afrique eA crise. La banqueroute de l' environncme:ru. 300pages. .
Anne CAooRET (sous la direction de). Protection de la Mture,' histoire et idéologi4. De la narw-e ll'environnemellr 2A6 pages. Etiame BEAUOO1JX, arc NJEUW1ŒIUt.Groupem4n.1S paysans crAfriljw. M . Dossier pour l'action. 244 pages. P. MACLOUP (textes réunis par). La pauvretJ dans le montU rural. 332 pages. Jean a.mœm, Sylvain STRASFOOEL, DisparÎlioA tU la foTit. Quelles solutions lIa crise du bois de feu? 192 pages. R. VERDIER,A. Roaœauœ (sous la direc:tiœ de), Systèmes fonci4rs à la vi/-

le et au village. Afrique noire ~

300 pages.
ON

D. DESCENDRE, 'autodétermination paysanne en Afrit{Ne. Solida,ité L lutelle des O.N.G. parlentlÎl'tS? ~20 pages. A suivre...

Etudes rassemblées

par Bertrand Hervieu

LES A6RICUL

TEURS

FRANCAIS

RUH URNES

Editions L'Harmattan 5-7 rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris

,

AVANT-PROPOS

Bertrand

Hervieu

Au cours de l'année 1989-90, plusieurs chercheurs ont lancé de nouveaux travaux sur le comportement éléctoraldes agriculteurs. Ces recherches, nombreuses, ont permis que soit organisé, les 15 et 16 novembre 1990, à l'initiative conjointe de l'Association déS ruralistes français et de l'Association française de science politique, un cOlloque international qui s'~st tenu à Bordeaux(1). De cette confrontation
.

plusieurs,

ouvrages

- l'un est consacré à la formation du vote paysan au cou rs des XIXe et XXe si èc 1es. Les textes rassemblés par Jean-LuG Mayaud seront publiés aux éditions des Belles-Lettres. - un autre, présentant des comparaisons internationales, est en préparation sous la direction de Pierre Duboscq et de Patrick
Quant in. l nt i tu 1é
sera
..

sont issus:

Citoyens

et
aux

paysans
édit ions

du
de

monde" , il l'Harmattan.

publ ié

De son côté la revue Politix, éditée par la Fondation nationale des sciences politiques, a consacré son numéro 15 (troisième trimestre 1991) à "la politique en campagne", en publiant neuf contributions au colloqué.

- 7 -

Le présent ouvrage intitulé agriculteurs français aux urnes" est l'analyse du cas français.

"Les consacré à

Je tiens à remercier les auteurs ainsi que le Centre d'étude de la vie politique française (CEVIPOF) qui a grandement faci 1ité la réal isat i on de ce 1ivre. Ma reconna i ssance va tout particulièrement à Raymonde Scafarto qui a assuré avec efficacité la mise en forme de cet ouvrage. Je remercie également Marie Tabourin pour l'aide qu'elle a apportée à la mise au pOint finale des textes.

( 1)

Le colloque de Bordeaux a été avec le soutien de : - Mairie de Bordeaux - Conseil général de la Gironde

organisé

- CNRS - ministère Technologie, - ministère

de
DIST

la

Recherche

et

de

la la de

de l'Agriculture et de Forêt, DGER - ministère de l'Education nationale, la Jeunesse et des sports, DRED

- 8-

Michèle Baratra Omar Bouchta DalielBoy Isabel Boussard Bruno Càutrès François Clerc E1ieme Criqui Pierre Dubosq

RAPT (Bordeaux) RAPT (Bord$aux) FNSP-CEVIPOF (Paris)' FNSP-CEV1POF (Paris) CERAT (Grenoble) Ministère de l'Agriculture Université Nancy Il RAPT (Bordeaux) Sénat FNSP-CEVIPOF (Paris)
, CRAPS (Lille)

Jean Gnqé
Bertrand Hervieu Annie Laurent Pierre lenonnand
Pt1iIippe Mallein

STRATES (Paris) CERAT (Grenoble) FNSP-CEVIPOF (Paris) CRAP (Rennes) FNSP-CEVIPOF (Paris). ERMOPRES (Tot.bJse) RApT (Bordeaux) FNSP-CEVIPOF (Paris) lEP (Bordeaux) ENS (Fontenay aux Roses) Université F. Rabelais (Tours) FNSP-CEVIPOF (Paris) FNSP-CRA (Paris) ENS (Fontenay aux Roses) ENtTA (Dijon) FNSP-CEVIPOF (Paris)

Noma Mayer Dens Mérlau JaI1ne Mossuz-lavau Jean-Yves Nevers JoêIPaiIhé Pascal Perrineau Patrick Ouantin VIOlette Rey Jean-Philippe Roy Mariette Sineau Marie-Françoise Souchon-lahn Béatrice Velard Jean Vercherand Jean Vl8rd

Introduc:t
L'ANALYSE

ion

ELECTORALE

EN DEBAT

Pascal

PERRINEAU

.

Avant de découvrir dans cet ouvrage ce que les agriculteurs font des urnes, il peut être uti le de consacrer quelques pages aux seules urnes' ou plutôt à l'usage que la science pol itique et le$ pol itologues font du résultat de$ urnes. En un mot, il s'agit de faire le point sur cette forte tradition de la science politique française qu'est l'analyse électorale. Avant d'aborder l'état actuel des débats théoriques qui traversent et animent la sociologie électorale, un bref rappel des origines et des principaux développements méthodologiques qui ont affecté la. discipl ine est nécessaire.
L'acte de naissance coutumièrement cité de l'analysé électorale - et::certains élargissent

en parlant de la science pol itique française

~

est
1913,

la publication par André Siegfried, en

du "Tableau
sous la Ille

politique

de

la France
C'est

de

l'Ouest

République"1.

dans

1. A. SIEGFRIED, ableau Politique de la France de l'Ouest sous la T lIIe République, Genève-Paris'-Gex, Slatkines Reprints, 1980, (1ère édition 1913), 536 p. -11 -

-

consacré à l'étude des résultats dans un grand Quest à l'époque essentiellement rural, que s'est fondée la tradition de la géographie électorale. L'objectif de l'auteur était de rechercher les tendances fondamentales de l' opi ni on poli tique par l'analyse géographique détaillée de la répartition des suffrages sur un ensemble territoria1 suffisamment vaste (seize départements) et une période suffisamment longue (plus de quarante années d'existence de la Troisième République et plus de dix élections générales faites au suffrage universel) pour que l'examen soit possible et conduise à des conclusions solides. Ses concl usions sur la stabil ité géographique des opinions pol itiques et sur l 'existenc~ de véritables tempéraments ou "cl imats pol itiques" ont inauguré une forte et passionnante tradition de géographie électorale qui tente encor~ aujourd'hui de répondre aux questions que se posait André Siegfried dans l'introduction de son maître ouvrage: "N'y at-il pas des relations précises entre le tempérament politique d'une population et le milieu où elle vit, et quelles sont ces relations? Pourquoi existe-t-il des atmosphères politiques dont la loc~lisation géographique fait penser à celle des el imats ? Pourquoi tel part i prospère-t-i l i ci pour dépérir un peu 'plus loin ?"2. Questions toujours d' actual ité. Pour lui, la réponse était à chercher dans le substrat de la géographie humaine (le type de propriété, le mode d'habitat, les modalités du contrôle social).

électoraux

cet

ouvrage

Ce électorale

vieux courant de la géographie a évolué. Il a épousé la statistique
pp.XXVI-XXVI.

2. A. SIEGFRIED,op,cit.,

- 12 -

et a accouché de ce que l'on appelle aujourd' hut Pécologie électorale, synthèse de la classique analyse géographique et de l'écologie quantitative, "cet enfant naturel de la .géographie électorale et de la statistique"3. Les résultats électoraux sont maintenant' archivés sous forme de fichiers infbrmatisés(à différents niveaux écologiques région, département, circonscription, canton, commune, parfois. bureau de vote). Des logiciels spécialisés ont été mis au point pour le traitement de ces résultats. Cette mutation méthodo logi que a eu des répercuss ions importantes sur l' analyse écologique qui est devenue de pl!Js.en pl us stat i st ique et de moins en moins géographique. De plus en plus, les tableaux de tri, les calculs de< coefficients de corrélation ou de régression, les analyses factorielles remplacent les cartes traditionnelles. La géographie électori;ile classique s'est peu à peu marginalisée et cela d'autant plus qu'elle a subi, à partir des années soixante, le rude assaut de l'enquête par sondage. Venue des Etats-Unis et issue des techniques de la psychosociologie, elle a, pendant deux décennies, réduit l'approche géographique et même 1'écologie électorale à la portion congrue. Au début des années quatrevingt-dix, celles-ci ont repris droit de cité et les méthodes écologique et" psychosociologique ont de plus en plus tendance à se mê1er. En témoi gnent les travaux de 1a Fondat i on nat i ona 1e des sc i ences po lit i ques (et particul ièrement des chercheurs du CEVIPQF) et certains travaux de géographes ou d'historiens. Cette évolution de l'analyse électorale est bénéfique dans la mesure où elle permet
3. A..lANCHOT,"le comportementélectoral'" in M. GUILLAUME (dir.), L'Etat des sciences sociales en France, Paris,. la Découverte,
1985, pp.278-281.

- 13 -

I

d'échapper à ce que peuvent avoir de réductrices les approches "monomaniaques" (que la manie soit celle de l'écologie ou celle du sondage). La frustration est inévitable quand l'analyse s'enferme dans l'une ou l'autre de ces "manies". Frustration quand on lit les enquêtes basées sur l~s seuls sondages d'opinion caron n'y trouve pas de réponse aux questions relatives à l'influence du terrain, de l'espace avec ses traditions et son histoi re, sur le' comportement des électeurs. Frustration aussi quand on se cantonne à la seule écologie électorale et que l'on voit les électeurs disparaitre derrière les électorats, \es mécanismes individuels du choix électoral rester opaques.. Les développements méthodologiques de l'analyse électorale française ayant été rappelés, qu'en est-il maintenant des développements théoriques, de l'évolution des modèles d'explication qui se sont imposés? Les. deux approches écologique et psychosociologique, séparément ou conjointement utilisées dans les années soixante et soixante-dix, ont peu à peu abouti et convergé vers la mise en place d'un modèle dominant d' exp 1i cat i on du comportement é l ectora l art i culé avant tout sur les variables socioéconomiques et idéologico-culturelles. C'est de ce modèle dont parlent Daniel Boy et Nonna Mayer quand ils mentionnent la version française du "paradigme de Michigan" "Très schématiquement, ce modèle se fonde, d'un~ part sur le caractère discriminant des proximités idéologiques (en termes de droite et de gauche), d'autre part sur la relative prédictibilité des comportements électoraux en fonction des caractéristiques sociales et - 14 -

r culturelles (statut professionnel, richesse, intégration religieuse)"4. Cé modèle ne doit pas être perçu comme étroitement déterministe et mécaniste. Il constitue un progrès par rapport au modèle très infrastructuriste des années cinquante. Ce dernier accordait un poids décisif à la seule variable socio-économique. Dans le premier cahier électôral de la Fondation nationale des sciences politiques, Pierre George écrivait: "l'hypothèse de travail choisiè est que l'ensemble des facteurs déterminants des opi nions pol it iques du pl us grand nombre émane de la condition économique et ;sociale des citoyens"s. A cette approche mécaniste où l'élection n'était qu'un "reflet politique" de la réalité socio-économique s'est peu à peu substitué un modèle plus raffiné où le rôle du facteur socio-économique est rela~ivisé au profit du conditionnement culturel. En effet, pour ce modèle d'explication du vote QÙi s'.établit en France dans les années soixante-dix, deux éléments sont importants. Premier élément :l'identtté socio-économique des électeurs. Elle ne pèse pas directement dans leurs choix politiqlres : elle joue à travers le prisme:. de l'identification subjective à un groupe ou à une classe de référence. Deuxième élément: le poids des facteurs culturels qui excède de beaucoup celui de l'identification sociale subjective. Ces facteurs culturels sont des systèmes d'interprétation larges, à vocation
4. D. BOY,.MAYER, "L'électeur français en questions", in CEVIPOF, . L'électeur français en questions,Paris, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, 1990, p.197-217. 5. P. GEORGE, Etude préliminaire des conditions économiques et " sociales de la vie politique dans une communede la Seine: Bourg-la-Reine", in C. MORAZE (dir.), Etudes de sociologie électorale, Paris, A. Colin, 1947, 90 p. 15 -

..

totalisante,

des

systèmes

de

valeurs

fondamentales au premier rang desquelles figurent lès valeurs religieuses et les valeurs pOlitiques (identification idéologique, proximité partisane, etc.). e' est à l'aide d'un tel modèle que l'ana lyse é l ectora le française a interprété la dynamique électorale des années soixante-dix qui a about i à l a vi ctoi re de l a gauche en 1981. La poussée de l a gauche et sa vi cto i re ont été perçues comme étant la résultante d'un double mouvement social et culture16. Au plan soci al, l' extraordi nai re transformation socioéconomique des "trente glorieuses"7 s'est accompagnée d'une urbanisation, d'une salarisation, d'une tertiarisation, d'une. entrée massive des femmes sur le marché du travail et de l'insertion dans la société de la génération du "baby boom". Tous ces éléments ont élargi la base sociale de la gauche alors qu'en même temps les bases sociales de la droite (petits patrons indépendants, agriculteurs, femmes sans profession) se réduisaient. Au plan culturel les évolutions observées ont renforcé le mouvement social: "les mutants de la société française semblent s'être détachés de la matrice catholique-conservatrice qui les ancrait à droite pour adopter les valeurs du libéralisme culturel et de protection sociale généralisée que diffusent les part i s de gauche. Les tradi t ions
6. J. CAPDEVIElLE al., France de gauche, vote à droite, Paris, et Presses de la Fondation nationale des scIences politiques, 1981, 355 p. 7. J. FOURASTIE, trente glorieuses de la révolution invisible, Les . Paris, Fayard, 1979, 299 p.

- 16 -

idéologiques issues des affrontements politico-religieux de la France rurale commencent à s' affaibl i r dans une France urbai ne en voie de déchrist ianisat ion avancée"s. Ce modèle social et culturel qui semble parfaitement rendrec6mpte de la victoi re del a gauche en 1981 a eu un succès politique certain. François Mitterrand, alors premier secrétaire du PS, développa dans les années soixante-dix.. la thèse selon laquelle la gauche disposait d'une majorité sociologique et qu'elle gagnerait le jour où celle-ci se transformerait en majorité politique. Ce modèle dominant allait cependant connaître de nombreux démentis. En. 1978, contre toute attente; la droite avait résisté et dans "France de gauche, vote à droite", les auteurs considéraient que la victoire de la droite relevait plus du hasard que de la 'nécessité. Un hasard aidé par l'effet patrimoine. En effet, un véritable "parti des patrimoines" traversait les électorats et contrariait les effets politiques de l'évolution sociale et culturelle. En 1981, avec la victoire de la gauche, tout sembla rentrer dans l'ordre des choses. Cepend{int, l'hégémonie retrouvée des droites aux premi ers tou rs de toutes 1es é 1ect ions de 1982 à 1989 a montré les limites du modèle social.. et culturel. Le tassement de. la gauche, l'effondrement du PC, la poussée verte, l'explosion du Front national, la montée de 1'abstent.i onn isme tous ces mouvements appellent ..une .remise en cause du modèle. Deux autres phénomènes interrogent la pertinence du modèle social et culturel. Tout d'abord le comportement électoral des différentes catégories de l'électorat s 'homogénéise fortement. Ce mouvement est particulièrement sensible
8. J. CAPDEVIELLEa1., op.cit.,p.11. et

- 17 -

lorsqu'on compare la pénétration électorale de la droite dans les diverses catégories de l'électorat en 1981 et en 1988 (cf. tableau 1). La droite progresse pour l'essentiel dans les catégories qui lui étaient jusqu'alors lès plus défavorables (jeunes, ouvriers et hommes). Ensuite, cette tendance )la de pair avec une grande instabilité des électorats. Du premi er au second tour de l' é 1ect ion présidentielle de 1988 on estime à plus de 1.500.000 les électeurs dè droite du premier tour qui ont choisi François Mitterrand au second tour. D'autres enquêtes montrent que d'une élection à l'autre, la mobilité est encore beaucoup plus importante interrogés par l'institut CSA les électeurs du premier tour de l'élection présidentielle de 1988 étaient 35% à affirmer vouloir faire un autre choix politique que leur choix présidentiel lors des élections législatives. Cette mobilité envisagée entre l'élection présidentielle et les élections législatives touchait plus de 10 millions d'électeurs. De tels mouvements ne peuvent être expliqués par référence au vieux modèle socia1o-cu1ture1 et appellent des amendements et des enrichisséments. Le principal amendement est venu de 1~ prise en compte du politique dans les facteurs explicatifs. Il faut bien reconnaître qu'un des péchés mignons de la sociologie électorale française a été de considérer l'élection comme une sorte de recensement politique où l'on enregistrait la traduction pOlitique de facteurs sociaux et culturels. Cette conception du comportement électoral comme comportement "expressif" est évidemment tronquée.

- 18 -

Tableau 1:
droite

Evolution de la pénétration dans plusieursclâtégories

électorale de

la

de l'électorat

Présidentielle Evolution 1981 1988 de la droite (1er tour) Oar tour) 1981-1988

Ensemble Hommes Femmes 18 - 24 ans 25 - 34 35 - 49 50 - 64
65 ans et plus Agriculteurs
Cadres, Artisans, ,prof. lib.
cammer. ,

49

51

+ +
-

2 8 4

45 53 35 36 51
56 62 72
66

53 49 47 43 53
54 56 73
65

+ 12 + 7 + 2
+
-

2 6 1
1

indépendants Prof.int. ,

66

73

+

7

employés

Ouvriers
Source:

38 28

41 37

+ +

3 9

sondages post-électoraux SOFRES

On ne peut oublier que le comportement électoral est "un comportement sous contrainte, conditionné par les structures du système électoral et la conjoncture de l'élection, ou, si l'on préfère, la réponse à une question"9. Pour prendre une métaphore économique, il s'agit de renverser la perspective, et avant de s'intéresser à la demande électorale de comprendre l'offre électorale. "Que penseraiton d'un économiste qui étudierait le comportement des consommateurs sans se L'interprétation sociologique
p.2.

g.

ln

A.

LANCELOT,

des résultats

électoraux,

document dactylographié,

- 19 -

préoccuper de l'offre et des règles du marché?". interroge Alain Lancelot 10. Que penser. d'un analyste électoral qui ne chercheralt à savoj.r que ce que les' citoyens font des urnes sans"'jamais se poser la question de ce que les urnes (l'élection, son type, ses ,~enjeux. . .) font aux citoyens? Dans le domai ne électoral, les caractéristiques politiques propres à chaque élection doivent 'être systématiquement prises en compte et leur rôle dans. la formation des résultats s'impose comme
.

le

facteur

explicatif

qu'il

faut

traiter

en

premier si l'on veut éviter tout contresens. La question pol it ique pré-existe à la réponse. De quoi est faite cette question? Elle est caractérisée par les enjeux dégagés, dans un premier temps, par la campagne électorale et par les stratégies des acteurs pol itiques et médiatiques et ensuite proposés aux électeurs. Elle est aussi constituée par la configuration des candidatures et l'équation personnelle des candidats. Elle varie enfin avec le mode de scrutin, le. type d'élection et sa place dans le temps. En mettant ainsi l'accent sur le mode de product ion pol it ique des votes on ne réhabi lite pas seulement le pol itique, on redécouvre aussi le changement. Un changement électoral qui trouve davantage sa logique dans le changement d'offre politique que dans 1e changement soc i al. De l' élect i on présidentielle de .1988 aux européennes de 1989 1a gauche perd plus de 6 mi 11i ons d' électeurs. Un tel mouvement ne peut trouver sa racine dans un changement social et culturel inexistant. En revanche, la modification de l'offre pOlitique peut pe rmet t re de rend re compte de' l' essent i el d'un tel mouvement. Un nouveau modèle d'explication du comportement électoral doit réhabiliter les
10. Idem.

- 20 -

facteurs pOlitiques du vote sans pour autant les substituer purement et simplement aux traditionnels facteurs sociaux et cu ltu re l s; Ce n'est hélas pas dans ce sens que semble s'orienter le .débat. Dans une querelle épique, réductri ce et cl ivante comme en raffole l'Université française, on tend à opposer terme à terme un modèle dit "déterministe" et un modèle dit du "choix rationnel". Un tel débat ne peut fai reavancer les choses car. chaque modèle contribue à expliquer une part des choix électoraux. Pour$impl ifier le premier .éclaire les pe rmanences , les grandes masses, les "bataillons de fantassins électoraux" alors que le second exp l i que le changement et les déplacements de ces "voltigeurs électoraux" qui bien souvent font la déc i si on. C'est donc vers un modèle. de synthèse, encore à inventer et à opérationnaliser, qu'il faut s'orienter. C'est à un tel modèle qu'Alain tancelot a travai llé11. Pour lui, deux types de facteurs sont à prendre en compte. Les facteurs de long terme que sont les positions objectives des individus et les filtres culturels (qui donnent sens aux positions objectives) définissent une simple "prédisposition électorale", une orientation politique de l'individu. Celle-ci pour se transformer en vote est modifiée et retravaillée par des facteurs de court terme. Ceux--cisont d'ordre politique: laconfigurat i on é lectora le (cand i datu res, pe rsonna l ités...) et le jeu stratégique de l'électeur face aux enjeux de l'élection (graphique 1). Alain Lancelot diverses variables:
dépend

hiérarchise ainsi ces "Le comportement. électoral

au

premier
de la
,~

chef

des

contraintes
Il traduit

politiques

consultation.

11. A. LANCELOT,"Où

en est la sociologie électorale ?', in
p.257-260. -- 21 -

Universalia 1986, Paris, EncyclopediaUniversalis,

0 " <0 ~N I 0:LI) N

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-

22

-

tradition culturelle, inscrite dans à laquelle se rattachent les Cette tradition donne un sens à la objective de ces électeurs et leur se repérer en s' i dent ifi ant ou en s'opposant" 1 2 . Ce type de modè1e , même s'il donne la part trop belle aux facteurs politiques, dessine les linéaments du modèle de synthèse vers lequel l'analyse électorale doit s'orienter;. Il devrait permettre d'intégrer de nombreux éléments des deux modè1es j usqU' alors. présentés comme antagonistes. Un tel modèle devrait permettre de saisir à la fois la répartition des électeurs en grandes masses politiques sur le long terme et les changements électoraux à court terme. Il mettrait ainsi fin à cette hémiplégie qui touche l'analyse électorale française et qui fait de l'électeur un être morcelé, coupé en deux ou bien presque entièrement rabattu sur sa condition économique, sociale et culturelle, ou bien libre et sans attaches, stratège solitaire, feu follet intéressé par la seule conjoncture. Ces deux conceptions sont réductrices et. l'analyse électorale aura fait un immense pas, le ~our où elle saisira ensemble ces deux moitiés et appréhendera à la fois le système et l'acteur.

ensuite la l'histoire, électeurs. condition permet de

12. ln A. LANCELOT, comportementélectora]", "Le - 23 -

op.ciL,

p.281.

Première part

ie

APPROCHES DU COMPORTEMENT ELECTORAL

DES AGRICULTEURS

"

Chapitre

l
ET LEGISLATIVES

LES ELECTIONS PRESIDENTIELLE

DE 1988, Analyse

EUROPEENNES 1989 DE écologique globale
Isabel
Jean

BOUSSARD
CHICHE

"Il est permis de dire, en conclusion, que les ~griculteurs ne diffèrent pas profondément du reste du pays par leur comportement électoral. Celui-ci présente beaucoup moins de particularités que le comportement des ouvriers, par exemple"1. Ecrites aux lendemains des élections du 2 janvier 1956, ce~ lignes laissent le chercheur perplexe. Certes, Joseph Klatzmann trouve qu'ils votent un peu moins pour les rad icaux et le Rassemb lement des gauches républicaines (RGR), un peu plus pour le Mouvement républicain populaire (MRP), les modérés ou les poujadistes, bien qu'ils ne soient pas sensibles à la propagande de ces derniers, mais fondamentalement l'auteur pense que leur comportement ne diffère pas de celui des autres catégories sociales. Et pourtant les agriculteurs étaient encore nombreux puisqu'avaient pu être étudiés les cantons où ils formaient au moins 70% de la population active.

I. J, KLATZMANN,

"Géographie électorale de l'agriculture française',

in J, FAUVET H. MENDRAS et (dir,J, Les paysans et la politique dans la France contemporaine, Paris, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, 1958, p,50, - 27 -

Qu'en est-il en 1988-89, c'est-à-dire quelque trente-deux ou trente-trois ans plus tard, alors que les agriculteurs n' attei gnent jamais de telles proportions et qu'ils ont perdu la majorité au sein de la population rurale? L'étude sera menée ici pour quatre tours d'élection: les deux tours de l'élection présidentielle de 1988, le premier tour des législatives qui ont suivi et les élections européennes de 1989. Ces élections ont été marquées, on le sait, par un retournement de l'opinion publique dans son ensemble et peuvent être comparées à celles de 1981 ou 1984. Deux cad res géog raph i ques se ront env i sagés : ce lui .

de la circonscription
Le comportement

et celui du départe,ment.

au niveau des circonscriptions

Cent quatre circonscriptions de la France métropol itaine ont ét;é sélectionnées: celles dans lesquelles les agriculteurs représentent au moins 10% de la population active, c'est-àdire constituent un poids électoral pas tout à fait négligeable. l l faut voir comment ell esse répartissent sur le territoire, comment on y vote par rapport au comportement dans les 6irconscriptionsdites "non agricoles" et dans la France entière, enfin examiner s'il y a des différences en fonction de la "densité" des agriculteurs.

-

Les "104"

Ces circonscriptions se l'ensemble du territoire avec du sud du Massif centra 1, de parisien, de la Normandie, de

répartissent sur une prédominance l'est du Bass in la Bretagne, des

- 28 -

Pyrénées et des Alpes2. Elles se situent dans . soixante-six départements dQnt neuf. en entier, c'est-à-:odire que les troisc.irconscriptions de U

l'AveYron sont

agri co les",

ai ns i que ce 11 es du

Cantal, de la Creuse, du Gers, du Lot, du Lotet-Garonne, de la Loiè-re, de. la Meuse. et du Tarn-et"""Garonne. Cette liste n'étonnera personne car on retrouve bien la France du rural profond. Y a-t-il un comportement spécifique dans cescirconscripti.on$?

-

Les résultats

des votes

Une première constatation .$' impose qui n'est que la confirmation d'une tendance très ancienne, déjà décelée par MarcelVigreuxen
18483 et 19124:

cOnfirmée parMich~l Augé-Lar1béen on vote davantage dans les

circonscriptions agricoles que dans les autres et même dans la France entière et cela quelle que soit l'élections. De plus les. écarts sont assez importants: le plus fort est de 4,89 (législatives, 1er tour, par rapport aux votes dans les 451 circonscriptions "non agricoles"), le plus faible 1,78 (présidentielle, 1er tour, par rapport à la France entière). Bref, le caractère "participationniste", relevé à chaque fois que le cadre est petit, ce qui est le cas de nos vi llages, et donc que
2. Voir carta 1.
3. M. VIGREUX, Paysans

et notables du Morvan au XIXe siècle,

Chateau:-Chinon, Académie du Morvan, 1987, p.i57.

4. M. AUGE-LARIBE, L'évolution de la France agri{;o.le, Paris, Colin, 1912, p.284-285.

5. Yair tableau 1.

- 29 -

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"1010" 16,20 4,62 6,52 35,44 46,58 16,38 21,67 38,05 Il,69 49,74

lea "1,51" 18,40 4,52 6,910 33,"52 44,98 16,33 19,30 35,63 15,32 SO,9S 3,87 99,80 15,79 53,910 46,06 100,00 34.79 0,87 Il.49 36,66 49,02 37,910

.

3,68 100,00 12,92 54,16 4S,84 100,00 29.90 0.53 9,81 39,39 49.73 41.OZ

-

Total droit. Eat. droit.
TO + IEXTD

43.36

2.34

39.81

1.87

1.97 40.53 9.87 SO,40 0.43 99.99 SO.3S 2,44 7.78 23,56 33.78 28.72 8,39 1.08 38.19 n.98 SO,17 10.67 S,39 100.01

6.69 SO.OS 0,21 100,01 ~1t89 47,60 2,68 6.83 24,62 34.13 30,37 7,S6 39.06 8.80 47,86 9,77 8,23 99,99

10.67 SO.48 0.48 99,98 S1.00 2,38 8.01 21,29 33.68 28,30 8,60 37.96 12,77 SD.73 10.89 4,67 99,97

Ecot",I._

Abotentlon
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Source : Statisti èt8l>1I.. per Ie logiciel EDEN crié per Jean Chiche. T0\8 les pourcent~ sont ici calculés per rapport aux suffrag..

IIIés. arrondil . I. deual_ cléci_I.. ce qui e""lI_ soient p8s toujours égaux. 100.

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31

l'électeur perçoit davantage la valeur "marginale" de sa voix, si souvent constaté6, est ici confirmé. Si ;'on suit maintenant les votes en faveur des différentes tendances politiques, on constate qu'il n'y a aucune ,différence signifi cat ive dans l es votes en f aveu r des dive rs gauche et de l'extrême gauche. En ce qui concerne le Parti communiste français (PCF), le premier tour de l'élection présidentielle ne marque pas non plus de différence, en revanche dans les circonscriptions "agricoles", on vote un peu moins pour ce parti aux législatives et aux européennes, par rapport aux "451" et à la France entière. La constatation la plus remarquable, mais nullement inattendue, est la faveur de François Mitterrand ou du Parti socialiste dans les huit cas de figure proposés, tous les signes sont positifs, l'écart le plus faible étant de + 0,18 (présidentielle 2e tour, par rapport à la France entière) et le plus fort + 2,73 (législatives 1er tour, par rapport aux "451"). Ceci entraîne un total des pourcentages en faveur de la gauche plus élevé dans les "104". Au premier tour de l'élection présidentielle: 1,6 point de plus par rapport aux "451". Les écarts sont plus faibles au deuxième tour1 aux législatives et aux européennes, néanmoins, là aussi, tous les signes sont positifs. Si l'on regarde de l'autre côté de l'échiquier politique, on voit qu'à la présidentielle premier tour Raymond Barre ne recueille pas des pourcentages très différents, Valéry Giscard d'Estaing a plus de voix aux
6. A. LANCELOT, L'abstentionnisme électoral en France, Paris, Presses de la Fondation nationale des sciences pOlitiques, 1968, p.119.

- 32 -

européennes, mais il ne faut pas oubli er qu' i l représentait l'union de l'UDF et du RPR7. Les votes en faveur de Simone Veil sont un peu plus fa i bles, quant à Jacques Chirac il ap l us de faveur au premier tour de l'élection prési denti elle ,< mai s il nel a retrouve pas au deux ième, pui sque c'est toujours Françoi s Mitterrand qui l'emporte. Aux législatives "l'union" est plus en vogue. Ceci entraîne un total pour Ta droite toujours plus' élevé, avec plus de 3 points aux législatives par rapport aux" 451" . Cette double faveur pour la>gauehe et pour la droite est compensée par un faible vote "Le Pen" ou extrême droite. Dans les six cas où cette force est présente, tous les signes sont négatifs ,aVeC des écarts allant. de - 2,92 (président ielle 1er tour , par rapport à ,la France entière) à - 3,98 (législatives 1er tour, par rapport aux "451"). La compensation se fait aussi par un vote un peu moins favorable aux écologistes. En résumé, on peut donc dire que, dans les ci rconscript ions "agricoles", on vote davantage pour la ,gauche et davantage pour la droite. ~n revanche on est guère enclin à voter pour Jean-Marie Le Pen ou les écologistes.

-

Différences en fonction des agriculteurs

de la "densité"

L'analyse a pu être affinée en fonction de la "densité" d'agriculteurs dans la population act ive, c' est-à-d ire que les 104 ci rconscriptions agricoles ont été divisées en quatre
7. Union pour la démocratie française République. et Rassemblement'~our la

- 33 -



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- 34 -

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Les constatations précédentes sont à peu près toutesconfi rmées ici: plus les agricu 1teu rs sont nombreux, plus l'abstenU on diminue, de façon régul ière à la présidentielle et aux législatives, presque régul ière aux européennes. Les variations des votes en faveur des divers gauche, de l'extrême gauche, de Raymond Barre ou de l'Union sont sans signification. Curieusement les votes en faveur

du PCF sont

un peu plus

élevés

quand

les

agriculteurs sont nombreux pour les légi slatives et les européennes: + 1,21 entre la première et la dernière strate dans le premier cas, + 1,25 dans le deuxième. Le parti socialiste enregistre une hausse pour toutes les élections mais qui n'est pas régulière, alors quel e total de la gauche augmente, lui, régul ièrement et dans des proportions qui ne sont pas négl igeables : + 3,17 au premier tour de la présidentielle, + 5,91 au premier tour des législatives et '+ 2,07aux européennes. On retrouve un vote plus favorable à Jacques Chirac au premier tour de la présidentielle et, de la même façon, cette faveur disparaît au second. Le total de la droite augmente pour le premier tour de la présidentielle, mais baisse aux législatives et reste étale aux européennes. En revanche la sorte de "répugnance" à voter Le Pen est entièrement confirmée puisque la baisse est de 5,7 au premier tour de la présidentielle, de 3,04 pour
8. Voir tableau II.

- 35 -

les législatives et de 4,16 aux européennes. De même les votes pour les écologistes diminuent régu1 ièrement entre le premier et le dernier cas, sauf pour les 'légis1atives-.

Ces observations sont étayées par un calcul des coefficients de corrélation entre le pQurcentage d'agriculteurs et les différentes for:ces pol itiques. Ils ne sont significatifs que dans cinq cas au premier tour de la présidentielle et aux européennes, Antoine Waechter est affecté de deux coefficients, négatifs: -.30 et -.31, de même Jean-Marie Le Pen: -.58 et-.57. Dans le premier cas, le vote en faveur de Jacques Chi rac est affecté d'un coefficient positif: +.45.

Le comportement

au niveau des départements

On peut tenter de vérifier ces premières constatat ions en se plaçant , à un aut re iveau, '" celui ',du département, cadre pour lequel, en
.,

.'

outre, on peut disposer d'autres variables. Le
premier critère retenu est donc à nouveau le pourcentage d'agri.cu1teurs, auquel s'ajouteront la proportion de grandes exploitations et le revenu net d'exploitation global mq¥~n par

exploitation.

-

-

Le pourcentage

d'agriculteurs

de

Le même seuil a été choisi, à savoir moins 10% d'agriculteurs dans la population active

départementale et 10% et plus, soit 45 départements dans le premier cas et 51 dans le second sur les 96 départements métropolitains, puisque la Corse en compte deux.

- 36 -

Laçarte de ces 51 départements ressemble un peu à celle des ... i rconsc r i pt i ons,cequi' c est logique. On. retrouv~ 1a prédominance dliMassi f central, de la Norm,andie, de la Bretagne, de l'est du B~ss in paris; en, des Pyrénées et des Alpes9. Au niveau départemental on n'atteint Jamais un pourcentage d'agriculteurs aussi élevé qu'au plan des circonscriptions le maximum se situe dans le Gers : 30,5%, pui~la Creuse..: 29,9,le. Cantal: 26,4 et la Mayenne 25,3 d'après le recensement de 1982 puisque' les résultats' de celui. de . 1990 ne sont pas encore bien connus. Il est probable qu'à l'heure actuelle les chiffresso'ntunpeu moins élevés. Tout ce qUia été dit précédemment est ici confirmé l'abstention est toujours moins forte' quand les agriculteurs. sont assez 3,83 pour les législatives nombreux (jusqu'à 1er tour)10, il .n'y a pas de différence concernant les' votes divers gauche, extrême gauche ou divers droite ;le PCF est en léger retrait; le parti socialiste en revanche. est toujOurs en haUsse (jusqu'à + 3,2 aux législatives), de même le total de la gauche, mais de peu.
~

L'UDF ou l'Un ion sontp 1us fortes, de même Jacques Chi rac, mais là aûssi au pr~mier tour

seulement.

.

Le total

de la droite

est nettement

plus élevé (+ 3,7 aux législatives) et l'extrême droite est toujours beaucoup plus faible: - 4,9 à la présidentielle~ - 4,7 aux lég is 1at ives, - 4, 6 aux eu ropéennes. Le .vote écologiste est sensiblement le même partout.

9. Voir carte 2.
10. Voir tableau III.

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la taille

des exploitations

voulu tester un autre facteur à savoir la taille des exploitations en isolant les départements où On a
explicatif, les "grandes exploitations"11 moins ou plus du tiers
tat.ions d' exp lo.i dans le département

constituaient du nombre
12
.

force est de constater que cette variable n'a aucune influence13. Les courbes sont absolument plates. Un léger avantage perçu à une élection est perdu à la suivante et viceve rsa. Une te 11e rema rque négat ive n'est pas sans intérêt. On aurait pu imaginer que les "gros" agriculteurs voteraient différemment des autres. Il ne semble pas que ce soit le cas. En restant prudent, car cet indicateur est très fruste, on peut suggérer que le comportement électoral des agriculteurs ne diffèrent pas tellement entre les "petits" et les "gros". Un critère financier permettra peut-être d'affiner l'analyse.

- le revenu

net.moyen

par exploitation

Le revenu net d'une exp loitat ion a été calculé pour la France entière. Il se situe un peu plus de 91.000F en 1989. Notons au passage la faiblesse de cette moyenne et rappelons, qu'heureusement pour eux, les agriculteurs ont souvent d'autres revenus que celui de leur exploitation. De la même façon que précédemment

11. Selon

la définition

de l'IMSEE

: exploitations

de plus de 40

équivalents hectares de blé.

12. 28 départements dans le deuxième cas.

t3.Voir

tableau

IV.

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les départements ont été divisés en deux en-dessous d~ la catégories: ceux qui étaient ou la moyenne et ceux qui l'atteignaient dépassaient. Là aussi les différences sont extrêmement faibles dans les départements où les agriculteurs sont plus riches, l'abstention serait un peu plus forte, les votes en faveur de la gauche un peu plus faibles et pour la droite légèrement plus élevés, de même le vote Le Pen14. Mais, répétons-le, les écarts sont étroits et inciteraient à conclure plutôt dans le ~ens précédent, à savoir que la richesse ne fait pas le vote.

Conclusion Ces remarques concernant les élections de 1988-1989 ne font que confi rmer une tendance antérieurement décelée15. En particulier la faveur du Parti socialiste dans les départements "agricoles" date, au moins, de 197316. En n'examinant que les premiers tours de. scrutin, on voit que, sauf pour la présidentielle 1974, tous les écarts sont positifs. La différence est faible en 1973 (+ 0,5), se renforce aux législatives de 1978 (+ 2) et à celles de 1981 (+ 2,5) pour
14. Voir tableau V.

15. Voir 1. français p.3-12. élections

BOUSSARD, comportement électoral des agriculteu.rs "Le de 1973 à 1981", Economie rurale, 149, mai-juin 1982, (Dans cet article, seuls les premiers tours des . sont envisagés).

16. Voir tableau VI.

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ou

défaveur

de

la

~auche. "Agricoles"

du

parti deDuis

socialiste 1973

dr,-,itc

da!)~dépa!'tetlel:t..

L73.

P74

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PSI

L8l

P88 fi.7

L88

E89

T. gauche P.S. r. droite
Toujours

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-2.0
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+3.4

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+3.7

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tou,' de scrutin.

-

43 -

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