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Les Amérindiens du Québec

De
119 pages
Au XIXè siècle, ethnologues et sociologues se posaient deux questions : celle de l'origine des Indiens d'Amérique et celle de la genèse de leur pensée religieuse et plus particulièrement de leur idée du Créateur. De vives polémiques en découlèrent. Depuis la seconde moitié du XXè siècle, la tendance est de respecter l'originalité et la complexité conceptuelles des communautés amérindiennes. Cet ouvrage de synthèse a pour but de souligner leurs valeurs et de les prendre en compte.
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LES AMÉRINDIENS DU QUÉBEC Les héritiers de la Terre-Mère

(Ç) L'Harmattan, 2003 ISBN: 2-7475-5804-5 BAN: 9782747558044

Béatrice KASBARIAN-BRICQUT

LES AMÉRINDIENS DU QUÉBEC Les héritiers de la Terre-Mère

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

Collection « Inter-National»

dirigée par Françoise Dekowski, Marc Le Dorh et Denis Rolland. Cette collection a pour vocation de présenter les études les plus récentes sur les institutions, les politiques publi\ques et les forces politiques et culturelles à l'œuvre aujourd'hui. Au croisement des disciplines juridiques, des sciences politiql1êes, des relations internationales, de I'histoire et de l'anthropologie, elle se propose, dans une perspective pluridisciplinaire, d'éclairer les enjeux de la scène mondiale et européenne. Elle comprend différentes séries, parmi lesquelles: Sciences-Po Strasbourg, qui accueille les meilleurs mémoires de l'Institut d'Etudes Politiques de Strasbourg, Première synthèse, qui présente les travaux de jeunes chercheurs,

Déjà parus: Les Amérindiens du Québec
Série Sciences-Po Strasbourg: M. Leroy, Les pays scandinaves
A. Roesch, L 'écocitoyenneté

de l'Union européenne.
éducatif: le cas français.

et son pilier

M. Plener, Le livre numérique et l'Union européenne. Série Première synthèse: C. Bouquemont, La Cour Pénale Internationale et les Etats-Unis. O. Dubois, La distribution automobile et la concurrence européenne. O. Fuchs, Pour une définition communautaire de la responsabilité environnementale, Comment appliquer le principe pollueur-payeur? M. Hecker, La presse française et la première guerre du Golfe. J. Héry, Le Soudan entre pétrole et guerre civile. J. Martineau, L'Ecole publique au Brésil. C. Speirs, Le concept de développement durable: l'exemple des villes françaises.
Pour tout contact: Françoise Dekowski, fileko\vski@1Teesurf fr Marc Le Dorh, marcledorh((~vahoo.fr Denis Rolland, denisrolland(â~freesurCfr

Notes de l'auteur
«Le mythe du bon sauvage est déshumanisant pour nous, tout comme celui de mauvais sauvage... Nous sommes simplement des êtres à part entière» (1)

Lorsqu'un auteur étudie les Amérindiens il s'aventure toujours sur un terrain miné et mouvant. Miné parce que pour beaucoup encore, l'histoire indienne tient du livre d'images. L'Indien est, au mieux, celui qui arbore une magnifique coiffe de plumes en fumant le calumet; mais c'est souvent celui qui torture et scalpe. Mouvant, car aucune archive telle que l'entend l'Européen n'existe. Miné, parce qu'il fallut qu'un pape reconnaisse que les Indiens d'Amérique étaient des « hommes véritables» (2) pour que cessent les traitements que les Européens leur infligeaient car « étant des enfants de Satan ». (3) Mouvant parce que l'ethnologue ne peut empêcher qu'à son étude se mêlent ses propres projections. Terrain miné et mouvant parce qu'il est toujours difficile de considérer l'altérité de façon objective. Malgré ces pièges, nous avons tenté de mieux comprendre cette civilisation.

(1) (2) (3)

James Welch, écrivain amérindien. Déclaration faite en 1537 par le pape Paul III. Sermons de certains prédicateurs.

Ouvrages du même auteur

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La Société arménienne au XIX ème siècle (Paris 1981). L'Arméno-Cilicie, le royaume oublié (Paris 1982). Les Arméniens au XX ème siècle (Paris 1984). L'Odyssée mamelouke, à l'ombre des armées napoléoniennes (Paris 1988). Les Hospitaliers, cotte de maille sous robe de bure (Paris 1989). Coutumes et traditions arméniennes (Paris 1990). Grains de sagesse du peuple arménien (Paris 1991). Zabelane, une Arménienne en Languedoc (Montpellier 1994). L'Exil, la vie en suspens (Paris 1998). A découverte de l'Arménie (Paris 1999).

Introduction:

Les Amérindiens

Depuis quelques décennies, bien que le mot amérindien soit toujours utilisé, il est de plus en plus supplanté par l;e terme de Premières Nations. Ce n'est par ailleurs, que justice, car le terme de première n'est en aucun cas usurpé. Si pour les habitants de l'Amérique du Nord il est difficile d'être objectif lorsqu'on parle des premiers habitants de cette partie du monde, il en est tout autrement pour les Européens. Cet ouvrage n'est ni pro ni anti amérindien et il n'a aucune prétention. Il n'est qu'un survol, bien rapide, de la vie des ancêtres de ceux qui luttent non pas pour reconquérir tous leurs territoires mais pour avoir le droit de vivre sur une partie de la terre et garder leur spécificité. Et en cela les Amérindiens ne sont nullement différents des autres peuples vivant sur la planète Terre. Dans les chapitres qui suivent nous tenterons de noter les traits qui nous semblent les plus représentatifs des ethnies amérindiennes et nous avons fait surtout appel à la mémoire algonquienne qui constitue l'une des plus grandes nations autochtones du Canada. À l'arrivée des Français au XVIIIe siècle on comptait 250 000 Algonquins, chiffre qu'ils sont loin d'atteindre aujourd'hui (10 500 individus selon des sources officielles de 1998). Ces incursions dans le monde amérindien n'entendent pas se payer de phrases creuses; elles essaient de dépouiller les nonIndiens de leurs idées reçues et de leurs certitudes face au plus affolant mystère, celui de la nature que les Amérindiens tutoient quotidiennement.
C'est cette société initiale que nous tenterons de dépeindre.

1- Les autochtones du Québec
L'Amérique du Nord compte de nombreux Amérindiens mais notre propos se limite à ceux vivant au Canada et plus précisément au Québec. Dans la province québécoise on compte près de 100.000 Amérindiens répartis en Il ethnies distinctes: Abénaquis (Abenakis), Algonquins, Attikameks, Cris (Cree), Hurons Wendat, Innus, Malécites, Micmacs, Mohawks, Montagnais, Naskapis. A ces ethnies, il convient d'ajouter les Inuits ainsi que, pour un faible nombre (188 seulement en 1997) les Amérindiens non affiliés. D'autres Amérindiens tels que les Ojibways, Iroquois, Delawares sont apparentés aux ethnies sus nommées. Ces groupes aborigènes sur les 133 communautés des Premières Nations de l'Amérique du Nord, ont leur propre langue, leur histoire, leurs territoires, leurs coutumes et leur mode de vie. De nombreux historiens soutiennent que les Premières Nations descendent en ligne directe des peuples qui traversèrent le détroit de Behring il y a 10 millions d'années. D'autres affirment qu'elles étaient déjà là sur le territoire et que des vagues migratoires venues de l'Est ne firent que se mêler aux autochtones. Nous ne pouvons trancher mais les deux thèses ne s'opposent en rIen. Quoi qu'il en soit le substrat initial a, semble-t-il, englobé les immigrants sans violence et les communautés amérindiennes prospérèrent jusqu'à l'arrivée des Européens. Les autochtones vivant au Québec sont groupés en 54 communautés et représentent selon certains auteurs, 1 pour 100 de la population québécoise soit, 65 000 ou 100.000 membres alors qu'ils atteignent près de 4 pour 100 (3.8 pour 100) dans le reste du Canada. Notons qu'il existe des Indiens non affiliés au nord du Québec, ainsi que la nation Inuit et des métis.

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Les autochtones, exception faite des Inuits, appartiennent à deux grandes familles culturelles: l'iriquoïenne et l'algonquienne. Parmi les nations amérindiennes nous avons: Les Abénaquis (Abenakis) ou peuple de l'aube. Ils sont peu nombreux (1960 selon le dernier recensement québécois de 1999) et la majorité d'entre eux vivent au bas SaintLaurent. Leur artisanat atteste de liens indiscutables avec les tribus Malécites et Micmacs. Les Algonquins forment une grande famille. Leur dénomination a différentes significations. Selon les Malécites elle dériverait du mot allegonldn signifiant dans leur idiome « ceux qui sont en train de danser». Pour les Montagnais leur nom vient du mot algoumeknots c'est-à-dire « ceux qui se peignent en rouge ». Et pour d'autres clans, algonquin ne serait que l'altération de algoumequin lui-même dérivé de agamekini soit «ceux de l'autre bord» (du fleuve). D'autres tribus avancent que le mot algonquin est une déformation du mot algumakin désignant le lieu « où l'on
pêche au harpon». '

Ainsi que nous le remarquons, les Algonquins sont vus comme des personnes vivant au bord de l'eau et attachées à des manifestations rituelles (peintures, maquillages, danses). Quoi qu'il en soit les Algonquins s'appellent indifféremment amikini (peuple du castor) et anishanabek (anicinabek: vrais hommes, êtres humains). La plupart des Algonquins vivent au nord et au nord-ouest du fleuve Saint-Laurent. Les tribus algonquines les plus importantes sont les Crees (Creeks) et les Montagnais. Elles comptent à elles deux plus de 28.000 personnes. Les tribus Ojibwa, Abenakis, Micmac, Nipissing parlent une langue algonquienne et celle des tribus Ottawa et Wakash leur est apparentée. Au XVIIe siècle la tribu des Ouekarinis (gens de la petite nation) faisait partie de cette grande famille mais elle fut exterminée par les Iroquois à la fin de ce même siècle.

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Le peuple algonquin compte à lui seul plus de 40 000 individus. Les Attikameks sont apparentés aux Montagnais et comptent 4200 membres. La tribu amérindienne des Cree, est l'une des plufs importantes du Québec. On dénombre 1200 personnes dispersées sur un territoire de 13 696 km2, s'étendant à l'ouest et au nord de Québec. Le nombre des amérindiens Malécites est évalué à 600 dispersés dans la région du bas Saint-Laurent. Les Montagnais, bien que faisant partie de la grande famille algonquienne, ont leur propre dialecte, le innu, apparenté à celui des Cree mais se divisant en quatre sous dialectes. Cette tribu est très importante puisqu'elle compte 14 304 membres vivant pour la majorité au nord du fleuv~ Saint-Laurent. Les Micmacs (Souriqois) comprennent 5000 individus dont la plupart vivent au nord du Saint-Laurent et en Gaspésie (1) Leur nombre particulièrement important avant l'arrivée des Européens influença la toponymie de l'Amérique du Nord. Quant à leur dénomination, elle n'a aucun rapport avec le terme micmac qui serait soit une déformation du mot néerlandais muytmaker signifiant mutin soit le terme latin migmaatis, mélange. Les membres de cette tribu se définissent, tout comme les Algonquins, comme de vrais hommes, avec l'appellation elnu. Leur hospitalité était légendaire et lorsqu'ils invitaient des membres étrangers à leur tribu à partager un banquet, ceux-ci savaient d'ores et déjà qu'ils pouvaient compter sur leur aide et leur amitié... par ailleurs il est intéressant de savoir que le mot désignant le banquet était le même que celui désignant un allié. Les Naskapis ont quelques points communs avec la nation Cree ; mais leur population est très limitée: les 581 membres qui la composent vivent au nord du fleuve Saint-Laurent. Les Hurons Wandats malgré leur renommée mondiale ne dépassent pas 3.000 personnes et font partie de la famille lroquoïenne. Leur coiffure hérissée rappelait aux Français la tête du sanglier d'où leur nom. Cette nation se donne le nom de wandat c'est-àdire «habitants de la péninsule» Quatre tribus constituaient cette nation. Tribus sédentaires, elles occupaient le territoire situé entre les lacs Huron et Ontario.
( 1) Ce fut 1'00 des premiers groupes indigènes à rencontrer les Européens. Il