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Les Amours marocaines

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Les sociétés, musulmane et européenne, diffèrent l’une de l’autre par la base même. L’unite constitutive de la collectivité islamique n’est autre que la famille ; et, contrairement à ce qui se produit chez nous, par suite de l’établissement ou du mariage des enfants, la famille arabe, loin de voir le nombre de ses membres diminuer, le voit s’accroître sans cesse.

L’individualisme inné, qui nous pousse, dans notre civilisation européenne et particulièrement chez les Anglais, à déserter la maison paternelle, quand il s’agit de devenir nous-même, de faire notre vie ou de fonder un foyer, n’agit pas sur le musulman.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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À propos de Collection XIX

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Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…

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André-D. Rebreyend

Les Amours marocaines

A MON AMI

ÉTIENNE RIGADE

 

En souvenir affectueux.

O Maghreb sombre, reste bien longtemps encore, mure, impenetrable aux choses nouvelles, tourne bien le dos à l’Europe et immobilise-toi dans les choses Passées. Dors bien longtemps et continue ton vieux rêve, afin qu’au moins il y ait un dernier pays où les hommes fassent leur prière...

P. LOTI

Les Amours marocaines

On a multiplié les livres sur le Maroc et l’on commence à le connaître, surtout géographiquement, Industriellement et commercialement. Sur Casablanca et la Chaouïa, sur Fez, Meknès, Rabat, les documents ont abondé, et un certain nombre de noms et de produits marocains sont devenus familiers aux oreilles européennes.

Il n’en est pas de même des mœurs. Je suis surpris de voir combien les Français, même ceux de Casablanca, sont ignorants des choses du Maghreb ne touchant pas aux affaires. Quoi de plus attrayant, de plus suggestif pourtant que l’étude des usages, de la famille, des légendes, des préjugés (et aussi des idées justes) d’un pays si proche du nôtre par les transports, si loin par ses conceptions de la vie !

Quand ce ne serait que pour mon plaisir, j’ai voulu consigner ici le résultat de mes observations à ce point de vue, mais je pense que ce ne sera pas seulement pour mon plaisir, Il n’est pas inutile de connaître et de comprendre cette civilisation à laquelle nous sommes de plus en plus mêlés, que nous modifierons certainement parce que nous sommes les conquérants, les plus forts, mais qui pourrait bien avoir aussi de l’action sur la nôtre. Et puis, ne regretterions-nous pas, plus tard — trop tard — à l’époque des souvenirs, de n’avoir pas su pénétrer davantage, quand il était possible de le faire, tout ce que l’Islam comporte en soi de curieux et de beau ?

Ne fût-ce même que dans un but de documentation et d’instruction, il est bon de connaître cette existence arabe, si douce et si agréable à vivre et qui peut-être, en son con- traste singulier, est une réponse et une leçon à nos activités fiévreuses parfois si vaines !

C’est une suite de notes que je consigne ici et je n’y mets aucune prétention littéraire, La plupart ont paru dans des journaux de la mère-patrie et de sa belle colonie. C’étaient des articles un peu doctes. J’ai voulu les reprendre, leur donner une forme plus agréable, les semer de réflexions, d’anecdotes, de visions et d’observations nouvelles. Je n’ai pas fardé la vérité ni écrit pour les fillettes à qui l’on coupe du pain en tartines, mais je n’ai eu, je m’empresse aussi de le déclarer, aucune pensée équivoque en parlant de ce qui touche aux choses de l’amour. Tout ceci n’est que de la documentation saine. J’ose espérer que le lecteur ne m’en voudra pas d’avoir dit les choses comme elles sont, ce qui est la meilleure façon de n’estropier ni la Vérité, ni la Pudeur.

 

A.-D.R.

I

AVANT-PROPOS

Les sociétés, musulmane et européenne, diffèrent l’une de l’autre par la base même. L’unite constitutive de la collectivité islamique n’est autre que la famille ; et, contrairement à ce qui se produit chez nous, par suite de l’établissement ou du mariage des enfants, la famille arabe, loin de voir le nombre de ses membres diminuer, le voit s’accroître sans cesse.

L’individualisme inné, qui nous pousse, dans notre civilisation européenne et particulièrement chez les Anglais, à déserter la maison paternelle, quand il s’agit de devenir nous-même, de faire notre vie ou de fonder un foyer, n’agit pas sur le musulman. Il se mariera, certes, et plutôt deux fois qu’une, mais ne cessera pas pour cela de faire partie de cette collectivité qui l’a pris à sa naissance et à laquelle Il appartiendra toujours.

Alors qu’en Europe, le père et la mère restent généralement seuls chez eux, après le départ de leurs enfants aux bras de ceux avec qui désormais ils passeront leur existence, c’est le contraire qui se produit ici. Le fils revient avec son épouse se ranger sous la tutelle de son père et, tant que ce dernier est vivant, sa progéniture ne cesse de lui obéir, tout en recevant de lui ce qui lui est nécessaire pour la vie matérielle.

Chez nous, mariage est un peu synonyme d’indépendance, d’émancipation ; rien de cela chez les Arabes, qui prennent femme étant encore jeunes et, par conséquent, hors d’état de pouvoir subvenir aux charges de la nouvelle nichée. Aussi n’y aura-t-il rien de changé au foyer. Une bouche de plus à nourrir, soit, mais aussi une servante que l’on ne paiera pas.

Il n’est point rare de rencontrer des familles arabes se composant de quinze membres et plus. Dans aucune autre civilisation, le culte du foyer n’est aussi développé. Le chef de famille s’y trouve entouré de ses parents, de ses enfants, de ses petits-enfants, de ses filles répudiées par leurs maris et, bien souvent des neveux et nieces de sa ou de ses épouses. Tout ce monde vit sous le même toit.

A la mort du père. le fils aîné prend en main les intérêts de la maison. Il ne cesse pas d’être respectueux pour sa mère, mais l’autorité de celle-ci devient subordonnée à celle de son fils. Et cette transmission d’autorité se fait, Je tenant disparu, d’une façon aussi curieuse que symbolique. Dans les maisons perpétuant la tradition, le père seul a le droit en effet-de dormir dans un lit. Une fois mort, sa femme ne peut plus s’y reposer. Et c’est le fils aîné qui, en montant pour la première fois sur la couche paternelle, s’investit lui-même de ses nouveaux pouvoirs, qui ne sont en aucun cas détenus par une femme.

A défaut de descendant mâle, c’est au mari de la fille ainée qu’échoit le soin de gérer les intérêts de la communauté ; c’est lui qui centralise les revenus, effectue les achats, même ceux du ménage et donne les ordres aux domestiques. Dans une maison abritant plusieurs hommes adultes, le père ou le fils aîné ne se livre généralement à aucun travail, saut à quelques transactions commerciales. L’Arabe considère comme dégradante toute tâche corporelle et s’en affranchit dès qu’il le peut.